ACTE II
MARIE
Maman, tu m'avais promis ces boucles d'oreilles-là.
BLANCHE
Ah î alors. . .
MADAME FONTKNAY, la retenant.
Eh bien! qu'est-ce que cela fait?.., je lui en achèterai d'autres.
MARIE, a deuii-voii.
Mais elles viendront de chez le marchand, celles-là.
MADAME FONTENÂY, haussaut les épaules.
Eh bien! est-ce que celles-là n'en viennent pas aussi ?
MARIE, tout bas.
Ce n'est pas la même chose.
CLAUDE,à part, en regardant Marie.
Voilà le supplice de tous les jours.
BLANCHE, regardant une grappe de raisin que lient sa mère.
Il est beau le raisin, cette année.
MADAME FONTENAY
Oui... mais, tu as un peu de fièvre, tu me l'as dit, et les fruits ne te valent rien.
BLANCHE
Non^ les fruits ne valent rien pour la fièvre... (Eiie mord à
mèflae la grappe.)
MADAME FONTENAY, rianl.
Je vais te renvoyer. Blanche.
BLANCHE, continuant.
[ Tiens , je ne m'en irai pas ! (lout eu riant. Blanche a nui par s'asseoir sur les genoux de sa mère.)
MADAME FONTENAY, cherchant à la renvoyer.
Voyons, est-ce que tu crois que je puis déjeuner comme
ça?.
BLANCHE, riaut.
Non. Mais, tu ne déjeuneras pas, voilà tout !
MADAME FONTENAY, l'erobras=ant foUeiBent.
Oh! grande bête, va!
i,0 CENDUILLON
CLAUDE, quia vu le supplice qu''eiidure Marie, voulant changer la conversation.
11 paraît, madame, que vous n'avez rien pu obtenir de monsieur Antoine ?
MADAME FOMENAY.
Oh! absolument rien... (Voyam Maile qui, n'y tenant plus, cl qui, suffoi|uée par ses larmes, s'est éloignée.) Tu te lèveS dc table, Made?
Qu'est-ce que c'est que ce caprice-là ?
MARIE
Ce n'est pas un caprice, maman... mais je n'ai pas faim.
MADAME FONTENAY
Ce n'est pas une raison. D'abord, pourquoi n'as-tu pas faim?... Je suis sûre que tu seras allée déjeuner ce matin à la ferme, comme cela t'arrive souvent... Tu ne peux rien faire comme tout le monde !
MARIE
Mais, maman, je n'ai pas déjeuné à la ferme,
MADAME F ON TEK A Y.
Il faut bien croire que si...
MARIE
Je puis bien être malade comme ma sœur... (Elle s'éloigne.)
BLANCHE, se levant, et courant à elle.
Malade!...*
MADAME FONTENAY
Alors, si tu es malade, dis-le.
BLANCHE, à Maiie.
Est-ce que vraiment tu souffres, ma petite sœur?
MARIE
Non!
Pourquoi es-tu triste?... Qu'as-tu?...
MARIE
Je n'ai rien.
MADAME FONTENAY
Laisse ta sœur tranquille, mon Dieu !... Ce rôle de sauvage l'arnuse...
* Justin, Madame Fontonay, Cl uilo, Bl mclie, Marie.