ACTE PREMIER
chien couchant. Il grandit en se faisant petit ; il s'élève à plat ventre ; les femmes le trouvent bien fait et disent aux hommes qu'il a du talent ; il rit }.our faire voir ses dents et mange dans la main du riche ; oh! les flatteurs!... Vois-tu, Phidias, le médisant est la plus cruelle des bêtes farouches ; mais le flatteur, c'est la plus dangereuse des bêtes privées, et dire qu'il y en aura toujours!.... Tiens!... il m'est venu une idée.
PHIDIAS
Laquelle ?
DIOGÈNE
On devrait fonder une feuille... hebdomadaire ou quotidienne... cette feuille pourrait s'appeler journal et serait rédigée par une certaine classe d'hommes bi.arres que l'on appellerait jtîiimalistes ; — ces hommes ne laisseraient rien passer ; ils attaqueraient Aristophane et Lycurgue , Miltiade et le peuple, les hommes et les choses ; de toute façon, ce serait une excellente affaire ; car, s'ils disaient hautement leur avis, ils deviendraient grands, et, s'ils voulaient transiger avec leur conscience, ils deviendraient riches; car le troupeau des autres hommes s'abonnerait bien vite, ainsi que le berger : le troupeau, pour faire dire qu'il aime le berger, et le berger, pour faire dire qu'il ne tond pas la laine du troupeau!... C'est une assez bonne idée!... on y viendra!... on y viendra!... En attendant, je suis sans asile, et je viens te demander un coin pour dormir.
PHIDIAS
Tiens, prends cette natte.
DIOGÈNE, se conchant *.
Merci ! . . . Que les voleurs viennent, j'aboierai pour ta récompense.
PHIDIAS
Il n'y a rien à voler chez moi, Diogène... rien... que mon travail, et ils vont venir!... ils vont venir!... (u pienre la tète dans set
* Phidias, Diogène,
DIOGÈNE
Qui donc?
PHIDIAS
Gorgias et les juges.
DIOGÈNE
Ahl oui... Gorgias, l'homme qui m'a chassé.
PHIDIAS
Il va venir, et vous serez forcées de le suivre, ô mes belles statues 1
DIOGÈNE, se soulevant un peu.
Il y avait une fois un sculpteur nommé Pygmalion. Ce sculpteur aimait sa statue ; voilà une histoire à laquelle on croira parce qu'elle est fausse. Il y avait une fois un sculpteur, nommé Phidias, qui aimait trois statues... voilà une histoire à laquelle on ne croira pas, parce qu'elle est vraie.
PHIDIAS, vÎTement.
Que dis-tu?
DIOGÈNE
Est-ce que je ne sais pas tout ! Phidias, ne cherche pas à tromper Diogène ; Phidias, les esculapes ont mal guéri ta fièvre, ils te l'ont laissée dans le cœur.
PHIDIAS
Eh bien!... oui!... Laïs!... Aspasie!.,. Phryné!... femmes ou statues, je vous aime ; mon ciseau vous a donné un seconde vie ; il vous a immortahsées. Tiens !... nous sommes bien seuls, Diogène, tu vas les voir, (il tire le rideau; et trois statues apparaissent, éœlairées par les rayons de la lune.)
DIOGÈNE, se levant *.
Par Apollon!... c'est sublime!...
,* Diogène, Pbidia».