‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 135 sur 167 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ANTOliNE, CLAUDE, (claude va au fond, regarde (a cavalcade s'éloigner et lui envoie un dernier adieu de la main... Pendant ce temp;, Antoine, le chapeau rabattu sur les yeux, marche avec agitation.)

ANTOINE, à lui-même, d uu ton relevenu brutal,

i' Voyez-vous ça, mamz'elle lafiéiotte!... C'est mon dernier mot... Nous verrons bien, si ce sera aussi le dernier de sa mère... Elle tient à son petit million, c'est-à-dire à mon petit million, matante. (Avec couvoiuse.) Un million!... ce n'est pas l'embarras, je suis pas mal bête, tout de même, moi, de payer si cher deux beaux yeux et... Eh bien, oui, mais c'est que ces deux yeux-là, je les vois sans cesse depuis cinq jours... Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne bois plus... (Après un temps.) Pourquoi qu'elle me refuse, je vous le demande?... Je ne suis pas laid, je suis bel homme. 11 y a quelque chose là-dessous; je le saurai.

CLAUDE, à lui-même.

Us sont déjà loin, et madame les suit encore des yeux... (se reioornant.) Ah! mousicur Autolueest encore là.

ANTOINE

J'ai mon idée!... Dites donc, monsieur Claude, mon garçon est allé avec la carriole faire une commission pour moi au village, je ne peux pas partir encore, et, en attendant que la voiture revienne, je voudrais bien causer un peu avec vous.

CLAUDE, froidement.

A vos ordres, monsieur.

ANTOINE

Mais je vous avoue que la route m'a altéré, et que je goûterais volontiers le vin de ma tante.

CLAUDE

Vous allez être servie monsieur, (ii sonne.)

ANTOINE, à paît.

Le vin le fera jaser.

CLAUDE, à un domeiti'juc.

Apportez ici des biscuits et...

80 CENDRILLOr\

AM<ii?;E.

Une bouteille de Pomaru, mon garçon^ je n'en bois pas

d'autre. (Le Domestique soi', et revient presque aussitôt avec ce qu'on lui a (iemandé. Us s asseyent à la table. D un ton de bonhomme.) Ah! ma lOÏ !

monsieur Claude^ j'ai bien espéré un moment que nous allions pouvoir devenir b^ns amis, et qu'il ne serait plus question de procédure entre nous... mais il n'y a pas eu moyen, (versant.) Quoique ça, vous ne refuserez pas de trinquer avec moi, n'est-ce pas ?

claî:de.

Pardonî mais je ne boisjamaisde vin...

ANTOINE, coalraiié.

Ah!... à votre aise; mais c'est égal, si l'on ne vous connaissait pas...

CLAUDE

Eh bien?...

ANTOINE

Eh bien, vous savez le dicton : « Tous les méchants sont l)uveurs d'eau, c'est bien prouvé par le déluge... » A votre santé! (ii boit.)

CLAUDE

Je croyais, monsieur Antoine, que vous désiriez causer avec moi.

ANTOINE, ri^Dt.

. Eh bien? Est-ce que nous ne causons pas?

Mais...

ANTOINE

Il y a bien longtemps que vous êtes dans la maison de mon oncle, n'est-ce pas, monsieur Claude?

CLAUDE

Il y a quatorze ans, monsieur.

ANTOINE

C'est un joli bail; et à celte heure, vous êtes quaM plus paient de ma tante et de mes cousines, que moi-même.

CLAUDE

On me traite en elîet, monsieur, comme si j'avais l'honneur de faire partie de la famille.

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