ACTE PREMIER
TOUS,
Diogène !
GORGIAS
Toi, ici?... Tu vas nous met ire d'accord.
DIOGÈNE
Parfaitement! Il faut d'aburd savoir qui les statues veulent suivre, (ûû se regarde avec étonncment.)
TOUS
Il est fou.
DIOGÈNE, se levant et allant prendre sa lanterne, qu'il avait déposée en entrant sur la table à gauche *.
Pas du tout. Faites tous deux valoir vos droits ; ma lanterne s'appelle la Vérité. J'éclairerai les filles de marbre, et vous, Athéniens, soyez juges. Allons, Phidias ! allons, Gorgias!... (ii se place en face des statues, élevant sa lanterne, dont la lueur frappe les trois visages. Musique.)
PHIDIAS
Eh bien, soit! (s'adressant aux statues.) Laïs, Aspasie, Phryné, je suis Phidias... vous me devez la vie, et je vous aime ; vous le savez, je suis pauvre.
DIOGÈNE
Mauvais moyen, Phidias, mauvais moyen.
PHIDIAS
Je suis pauvre et je n'ai que vous. Restez près de celui à qui vous devrez votre gloire et votre immortalité. (Les statues demeurent immobiles.)
GORGIAS
A moi!... (S'adressant aux statues.) Je suis Gorgias, le bourgeois d'Athènes; je suis riche à moi seul comme tous les rois de l'Asie, et je vous offre des palais tout pavés d'or. Aspasie, Laïs, Phryné, qui choisissez-vous? (Les statues tournent la tête et sourient à Gorgias.)
* Gorgias, Phidias, Diogène.
PHIDIAS, poussant un cri.
Ail ! (fl couvre son visage de ses mains. Les Athéniens parlent entre eux avec stupéfaction ^.)
GORGIAS
Par tous les dieux! j'ai cru voir les statues remuer les lèvres pour me sourire.
DIOGÈNE
Je vous reconnais bien là, ô filles de marbre! courtisanes du passé, courtisanes de l'avenir! (ii se couche.)
LA VOIX DE THÉA, dans le lointain.
La déesse a dit ; « Aime encore
De tout cet amour qu'il ignore. » •
Enfin, Puisque les fleurs viennent de naître, Cueillons... 11 les verra peut-être
Demain!
(Phidias est anéanti. — Gorgias sourit. — Les esclaves se disposent à enlever les statues.)
** Phidias, Gorgias, Diogèûe.