‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 52 sur 167 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DESGENAIS, RAPHAËL; moment de silence. Raphaël va s'asseoir sur un fauteuil, à droite, la tête dans ses mains.

DESGENAISi *.

Dans ce cas-là, mon cher, on fait sa malle, on met ses illusions au fond et ses chemises par-dessus , on porte le tout dans un cabriolet de régie, et l'on revient 'rue de l'Abbaye, 23. On est sauvé... et ça coûte deux francs la course.

RAPHAËL

Partir!..,

Raphaël, donne-moi la main... Bien! tu es mon unique amitié; j'ai donc le droit de te parler et je te parlerai. (Raphaël se lève.) Écoute! on respire mieux dans ton atelier que dans cette maison... Quelques jours encore, et tu auras perdu ta foi d'artiste ; quelques jours encore, et tu passerais devant Michel-Ange sans ùter ton chapeau. Les femmes comme Marco endorment l'àme qu'elles occupent, Raphaël; elles en chassent les nobles instincts, elles en flétrissent les aspirations divines. Viens!... fuis... il en est temps encore, fuis sans regarder derrièretoi... Retourne dans la maison où t'attendent celles qui t'aiment... va chercher ton avenir près de

* Desgt-ijuis, Kai/hael,

Bïarie, ton passé près de ta mère, retourne dans ton atelier ; tu y retrouveras tes oiitils et ta gloire, ton insouciance et tes chansons^ et mieux encore, ta dignité et ton honneur! ... (Raphaël ne répond pas. Continuant.) C'est dit, pas vrai? J'ai retrouvé mon Raphaël d'autrefois. Allons, prends ta canne et ton chapeau, allons-nous-en... J'ai vingt francs, je te paye à dîner *.

RAPHAËL

Desgenais... j'aime cette femme, quoi qu'elle fasse et quoi que tu puisses dire. Advienne que pourra, je reste; il est une heure dans la vie qui décide du sort d'un homme, et cette heure a sonné pour moi il y a six semaines.

DESGENAIS

Ce jour-là, c'est ton mauvais ange qui a monté la pendule.

RAPHAËL, pensif.

Oui... peut-être...

DESGENAIS

Eh bien ! jette ta pendule par la fenêtre ; tu demanderas l'heure à ton portier... Allons-nous-en !...

Je reste!...

DESGENAIS

Mais qu'espères-tu?... Pour te permettre la fantaisie d'aimer cette lionne, es-tu millionnaire comme M. de Fresnes? as-tu comme lui la CaUfornie dans ton tiroir? vas-tu à la Bourse? joues-tu sur les fonds espagnols? fais-tu banco dans tous les lansquenets?

EAPHAEL.

Desgenais !

DESGENAIS

Je ne suis plus Desgenais; je m'appelle la Raison... C'est qu'en vérité ces femmes-là sont des démons pour les gens comme toi...

* Raphaël, Desgenais.

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