ACTE QUATRIEME
Et on lésa chantdes^ louangées, poétisées... c'est à mourir de rire, ma parole d'honneur!... Ah! si j'étais père de famille... je le serai peut-être un jour, on ne sait pas ce qui peut arriver... eh bien! je dirais à mon fils, naïf collégien très-fort en thème : v Tu vois bien ces demoiselles qui ont des diamants, ce sont des diables... elles ont des cornes... on ne les voit pas, mais elles en ont... ces petits ongles roses, ce sont des griffes ; elles vous ruinent la bourse et le cœur; après quoi, elles vous conduisent en enfer par le chemin de Clichy. » Yoilà ce que je lui dirais, à mon fils. Ça ne l'empêcherait probablement pas de faire des bêtises pour le diable; mais j'en aurais le cœur net... j'aurais jeté mon cri d'honnête homme... Sapristi 1 voilà assez longtemps que cela dure. Allons, mesdemoiselles, passez à l'ombre, rangez un peu vos voitures 1 place aux honnêtes femmes qui vont à pied !
RAPHAËL
Desgenais!
Ah! je deviens fou, j'extravague, je fais du speech... Voyons, causons raison : depuis que tu aimes Marco, tu as dépensé?
RAPHAËL
Dix mille francs.
DESGENAIS
Juste ce que tu avais. Tu n'as pas travaillé, naturellement?
^ RAPHAËL
Travaillé? Ah bien, oui!...
DESGENAIS
Depuis six semaines, tu n'as pas embrassé ta mère.
RAPHAËL
Non!
DESGENAIS
Ta pauvre mère qui t'attend, et qui te reconnaîtrait à peine,.. (Raphaël le regarde.) Oui, Car tu n'es plus le même... Yeux-lu que je te dise? Eh bien, depuis que je ne t'ai vu, lu as vieilli de dix années.
73i LES FILLES DE MARBRE.
BÏAPHAEL. assis h droite.
Sais-tu pourquoi? C'est que, depuis un mois, je devine que Marco ne m"aime plus, et que, depuis ce temps, je n'ai pas eu un jour do repos, une heure de sommeil. Depuis un mois, la fièvre ne m'a pa^ quitté ; elle me brûle le cerveau, elle me déchire le cœur. Si parfois la fatigue est la plus forte, si mes yeux se ferment une minute, je rêve que Marco s'en va, qu'elle me quitte pour un autre ; alors je me réveille en sursaut 1 je cours à la chambre de Marco ; nwis, à chaque pas, ma fièvre redouble à la pensée que je vais peut-être trouver cette chambre vide, et tout mon sang reflue à mon cerveau, et il me semble que mon cœur va tomber. Oh ! c'est une douleur horrible! une douleur qui me tuera I (il se lève.)
DESGENAIS
Oui, si tu n'as pas le courage de tuer ton amour, ton amour, dont cette femme est indigne.
• RAPHAËL
Desgenais !
DESGENAIS
Oui, indigne, je te le jure!... Et, je te le jure aussi, à cette heure, voi&-tu bien, Marco cherche froidement les moyens de rompre avec toi... Je parie que déjà elle a rappelé M. de Fresnes, comme elle a rappelé ses amis.
RAPHAËL
Oh! .
DESGENAIS
Oui, je le parie \ (Apercevant de Fresnes, quiparait à gauche.) Tiens, j'ai gagné !
RAPHAËL, voulant s'élancer.
Lui!
DESGENAIS, le retenant et bas.
Prends garde ! tu es déjà fou ; ne sois pas lidiculel
AGTF QUATRIÈME. 73