SCÈNE V Les Mêmes, DE FRESNES
DE FRESNES, salaant du bout de son chapeau *. Qu'ai-je appris? Gomment! notre chère Marco s'ennuie? (ii s'ciend sur un sofa.) C'est gentil à VOUS de venir la distraire, cette bonne petite... Elle est nerveuse en diable... Drôle d'idée qu'elle a eue là de venir s'enterrer dans ce pays... Pas vrai, monsieur
DESGENAIS
Caprice de femme, monsieur le comte !
DE FRESNES, riant.
Des caprices 1... oui, elle en a souvent, cette chère enfant...
(Il lorgne Raphaël; celui-ci fait un mouvement. Desgenais le retient.) Elle m'y a habitué... Tenez, à propos de caprice, elle en eut un assez singulier. Elle adore les premières représentations; un jour, elle voulut voir je ne sais quel mélodrame ; elle m'écrivit cela assez tard. Je laissai mes affaires, mon cercle et mes journaux, et me voilà courant après le coupon souhaité ; plus de place à la location ! « Parbleu! m' écriai-je, je n'en aurai pas le démenti; il me faut cette avant-scène, quand je devrais la payer mille écus. » A ces mots, quelques hommes m'entourent, et me voilà porté, entraîné je ne sais où, chez un marchand de vins, je crois; je jette cinq ou six louis sur le comptoir, on me sert mon billet, et je sors possesseur de mon avant-scène. On donnait je ne sais trop quel Oncle Toniy il y avait du nègre là dedans. J'envoie l'avant-scène à Marco, et, le soir, je pénètre à la galerie. Marco était charmante au milieu de son bouquet de lilas blanc; derrière elle, il y avait un jeune homme très-ganté... (Lorgnant Raphaël assis à droite.) Eh! parbleu! je crois que c'était vous, monsieur Raphaël... (Raphaël ne répond pas. Continuant.) Vous étes-vous amusé? Est-ce que vous êtes pour l'émancipation des noirs? (Raphaël, troublé, ne répond pas.)
* De Fresnesj Desgenais, Raphaël,
DESGENAiS.
M, le comte te demande si tu es pour l'émancipation?