‹ Les filles du docteur;Chapitre 10 sur 41 · ACTE I , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE V

digue qui revient passer quelques jours dans sa famille... Ne dirait-on pas d'un événement!..

MARGUERITTE

Oh ! oui, sans doute... un événement bien heureux !

HOLBËIN.

Je ne dis pas non... mais du calme... réjouistoi doucement... et à ton aise... Vous avez bien le temps de vous voir !

MABGUERITTE.

Certainement !.. mais je n'y comprends rien... un geste... un mot... la moindre émotion de ma part... tout semble vous faire trembler... Je suis presque tentée d'avoir peur !

holbein, riant.

Voilà une idée !.. peur!., toi !..

clélia , regardant toujours Holbein et essayant de rire comme lui.

Et de quoi donc?

margueritte, riant aussi.

C'est ce que je vous demande ! je me sens forte !.. (S' appuyant sur le bras de Clélia en même temps qu'elle est soutenue de l'autre côté par Holbein.) Je suis si heureuse... entre vous deux, en famille... Enfin donc... nous voilà au complet. holbein, à part: avec désespoir.

Hélas!.. (Se reprenant vivement et avec joie.) Je te le disais bien tout à l'heure, Clélia, ce matin, à son réveil... Margueritte se trouvera beaucoup mieux...

CLÉLIA.

Et vous ne vous êtes pas trompé, mon père.

holbein, la regardant avec douleur.

Non... en rien !

margueritte.

Qu'avez-vous donc... à vous regarder ainsi ?...

holbein.

Comment, tu ne veux pas que je la regarde...

depuis le temps que je ne l'ai vue... un enfant qu'on

aime, qu'on adore... et dont il faudra se séparer...

clélia, essayant de sourire.

Eh bien... eh bien, mon père... voilà que vous

vous attendrissez...

margueritte, le regardant.

C'est vrai!., il en a les larmes aux yeux... [Montrant Clélia.) et pourtant elle nous reste... clélia.

Aussi longtemps que tu le voudras!..

MARGUERITTE

Ce sera donc toujours !

holbein, à part.

Toujours ! {Haut, avec insinuation, bien qu'en hésitant.) Si tu t'asseyais, Marguerite ?

margueritte, retirant son bras de dessous

celui d'Holbein.) Je vous fatigue, mon père !

holbein.

Non pas, mon enfant, non, je crains...

Pour moi!., je viens à peine de me lever, et j'ai le bras de Clélia !.. je suis si bien ainsi !

clélia, à qui Holbein fait des signes.

C'est possible ! chère petite! mais moi... j'arrive de voyage... Nous causerions encore mieux sur ce canapé... (Lui montrant le canapé.) margueritte.

Pardon !.. j'oublie que tu dois être lasse... vois donc comme je suis égoïste !.. (Conduite par Clélia, Margueritte s'assied sur le canapé. Holbein, qui est passé par derrière, prend furtivement la main de Clélia.)

holbein, bas'.

Tu m'as compris!., merci, Clélia... merci!..

margueritte.

Que je te regarde donc... à mon aise... Comme

te voilà fraîche et embellie... ce n'est pas comme

moi... mais cela reviendra... et alors nous irons à

Florence, n'est-ce pas, mon père?

HOLBEIN

Certainement !

margueritte.

Jouir de tes succès... de tes triomphes... dont nous avons déjà notre part. Ces belles parures que tu m'as envoyées (A demi-voix ) et l'opulence qui règne maintenant dans la maison...

CLÉLIA.

Tais-toi ! tais-toi !..

margueritte.

Oui, nous parlerons de cela plus tard... nous avons tant de choses à nous raconter, moi surtout!

CLÉLIA.

Vraiment!

margueritte.

Oui, moi, qui ne pouvais pas écrire, à peine lire... je n'en ai pas la force! (Souriant.) Et puis mon père... qui d'ordinaire, et c'est trop juste, lit toutes mes lettres. (A Holbein qui fait un geste.) Je ne vous le reproche pas... mais à présent comme autrefois... tu sais bien, Clélia... on a des idées... des secrets déjeunes filles, que l'on ne peut confier à personne... qu'à sa sœur. holbein, souriant.

C'est-à-dire... que je vous gêne.

margueritte.

Non, vraiment... mais voici, je crois, le moment de vos consultations! quelle heure est-il? holbein, avec émotion.

Quelle heure!., je ne sais pas!..

margueritte.

Mais cette pendule?

HOLBEIN

On a oublié de la monter.'., et je n'ai pas sur moi de montre...

MARGUERITTE

Heureusement délia a la sienne. {Regardant à la montre que Clélia porte à sa ceinture.) Onze heures!

HOLBEIN

Dieu!

Là... vous êtes en retard, j'en étais sûre. (A Clélia qui se lève.) Où vas-tu donc?

CLÉLIA.

Quitter ce châle... ce chapeau qui m'embarrassent. (Bas à Holbein pendant quelle ôte son châle et son chapeau qu'elle pose sur la petite table à miroir, devant la fenêtre.) Quelques minutes seulement de conversation avec elle. holbein, à voix basse.

Tout ce qu'elle dira il faut l'approuver! tout ce qu'elle demandera il faut le lui promettre... Je veux que sa fin soit heureuse!.. Entends-tu? je le veux!

MARGUERITTE

Eh bien ! sœur, tu ne reviens pas ! Mon Dieu comme tu es longtemps.

CLÉLIA.

Me voici! (A Holbein.)

Walse de la Nuit de Noël.

Aux doux soius d'une amie Vous pouvez la laisser!

holbein, prêt à sortir, revient.

Je voulais... je l'oublie...

MARGUERITTE

Eh! quoi donc!

HOLBEIN

T'embrasser !

marguerite, souriant. Quel malheur!..

clélia.

A tantôt.

HOLBEIN

Dieu puissant que j'implore !

Ah ! puissé-je au retour la retrouver encore !

ENSEMBLE

holbein, bas à Clélia.

Adieu donc, mon amie, Veille a me remplacer ; 0 ma fille chérie, 11 faut donc te laisser!

CLÉLIA, MARGUERITTE.

Oui, les soins d'une amie, Pourront vous remplacer; Près d'une sobuv chérie Vous pouvez nie laisser !

{Holbein sort par la porte du fond en faisant à Clélia des signes d'intelligence.)

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