‹ Les filles du docteur;Chapitre 21 sur 41 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

JULIERS

Mon commis que le docteur avait retenu à dîner... et qui a vu toute la famille réunie... a trouvé le jeune duc moins bien... il n'avait pas cette gaieté, ce laisser-aller... d'un promis, près de sa promise... non pas qu'il ne s'efforçât d'être très galant et 1res aimable pour elle... mais il avait un air triste et contraint...

clélia, à part.

Pauvre garçon !.. je crois bien !.. dans la situationoùje lai laissé et où il s'est mis pour moi!..

JULIERS

Il est vrai... que s'il était malheureux et tourmenté... ce n'était pas sans sujet.

CLÉLIA.

Comment cela?

JULIERS

Le docteur voyant sa fille se rétablir de jour en jour avait parlé de mariage, c'est tout simple !.. clélia, d part.

AU! mon Dieu!

JULIERS

La jeune fiancée ne demandaitpas mieux... c'est tout naturel...

clélia, à paît.

Comment aura-t-il fait? {Haut, vivement.) Eh bien !..

JULIERS

Eh bien!., c'est le promis lui-même! c'est le duc de San-Micheli... qui, dans un embarras et dans une confusion extrêmes... a été forcé d'avouer...

CLÉLIA.

Quoi donc?

JULIERS

Que malgré son amour, ce mariage ne pouvait avoir lieu... car son père, le premier ministre, s'y opposait !

clélia, à part.

Très bien !

Et pour tâcher d'obtenir le consentement de ce père inflexible il a été décidé que celte semaine... le jeune duc quitterait le docteur et sa fille...

CLÉLIA.

A merveille!

JULIERS

Et viendrait à Florence... où il sera, si je calcule bien, aujourd'hui ou demain !

CLÉLIA.

C'était le meilleur parti à prendre !

JULIERS

N'est-ce pas? parce que je serai là... moi! banquier de la Cour... j'ai du pouvoir sur le ministre... sur le prince lui-même... surtout quand il s'agit comme dans ce moment, d'un emprunt...

et j'aiderai... ces pauvres enfants...* je parlerai pour eux!..

CLÉLIA.

Vous! (A pari.) Il ne manquerait plus que cela. (Haut.) De quoi vous mêlez-vous?

juliers, se frappant le front.

C'est vrai!., je forme là des projets comme si j'étais sûr... que demain... que ce soir... (Tirant sa montre.) J'ai encore quelques instants à rester avec vous !

CLÉLIA

Vous êtes ce malin... d'une générosité...

Et j'en profite pour vous faire part d'un soupçon. Depuis notre retour à Florence où je vous avais accompagnée de loin comme dans votre voyage à Zurich... je vous ai vue seule... toujours seule... j'espionne, je guette parmoi, ou mes afDdés qui, jour et nuit, forment un double cercle autour de votre quartier et de votre maison... et personne... pas même moi n'a pu découvrir ce beau cavalier, ce riva! dont vous m'aviez menacé... personne ne l'a vu apparaître !

clélia, riant.

En vérité !

JULIERS

Et, cependant, à ce que vous me disiez... vous l'aimiez... il vous adorait... vous deviez l'épouser et, grâce au ciel, vous n'êtesfpas encore mariée. De là une idée qui m'est venue... un doute... un trait de lumière... c'est que vous m'aviez... trompé...

CLÉLIA.

Moi!

JULIERS

Trompé à mon avantage!., et que ce rival n'existe pas!

CLÉLIA.

Vous vous abusez, il existe, et ce soir il sera mon époux !

juliers, souriant.

Je comprends... que c'est une surprise que vous me préparez.

C'est trop fort... il devient d'une sécurité qui vous irrite et vous porte sur les nerfs... Eh bien Monsieur, eh bien... puisqu'il le faut absolument., jevous avouerai...

juliers, tirant sa montre et poussant un cri.

Ah!., la demie... je serai en retard... pardon, signora, pardon... je ne peux pas vous donner une minute de plus ! (Il sort vivement par le fond.)

CLELIA, seule.

s'enfuit maintenant... il me laisse là au mi-

lieu de ma phrase au moment où j'allais porter le derniercoup à ses espérances insensées... je l'aurais dû plus tôt. Car chaque jour il devient déplus en plus original... pour ne pas dire davantage!., et cela commence à m'inquiéter... la tête n'y est plus... le cerveau se dérange... et c'est moi qui en serais cause... pauvre homme!..

Vaudeville la Somnambule .

J'en ai des remords, je l'atteste !

Si dévoué, si généreux ami '

Si galant homme et surtout si modeste,

Mais tout au plus, si j'en conviens ici,

Tant dans son cœur quelle injustice extrême,

On a de peine à s'avouer tout bas !

Les défauts de ceux que l'on aime

Et les vertus de ceux qu'on n'aime pas !

Mais aussi, c'est sa faute je l'aimerais tant... S'il ne m'aimait pas !.. De ce côté-là... je n'ai rien à me repiocher... je n'ai jamais été coquette, je lui ai toujours dit que j'en aimais un autre... (Elle s assied sur le canapé.) Oui, Ludovic... oui, mon seul amour... si tu savais avec quelle impatience... avec quel battementde cœur... j'attends ton arrivée... Que sera-ce donc, mon Dieu, quand je le verrai... quand j'entendrai sa voix!

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