MARGUERITTE, LUDOVIC
Ludovic, à part.
Plutôt mourir que rester plus longtemps dans une position pareille, elle saura tout !
MARGUERITTE
Enfin ils sont partis pour leur concert... ce n'est pas malheureux... et nous voilà seuls. Dieu! que ces trois jours m'ont paru longs !
I LUDOVIC
Et à moi donc! Margueritte! car il me tardait de vous voir et de vous parler.
margueritte, regardant autour d'elle.
Vous!., tu te trompes, il n'y a plus personne... tu n'es pas obligé dédire vous... et tu peux parler comme autrefois, comme toujours.
LUDOVIC
C'est que... il s'agit de choses tellement importantes... tellement graves. ..que vous comprendrez vous-même...
margueritte.
Encore!.. Comment veux-tu que je comprenne ces choses-là, si tu commences par des mots que je ne comprends pas!
ludovic, aoec impatience Eh bien !.. comme lu voudras.
margueritte, s'asseya.nt sur le canapé.
A la bonne heure !
LUDOVIC
Qu'importe, après tout, la manière dont on s'ex prime, l'important c'estde te dire ce que j'éprouve là... ce que je souffre...
margueritte.
Comment?.. Tu souffres... tu es malheureux,..
LUDOVIC
Ah ! pas dans ce moment!
margueritte.
Mais depuis quelque temps, n'est-ce pas?
LUDOVIC
Qui te l'a dit?
margueritte.
Crois-tu donc que je ne l'ai pas vu ?.. Espèrestu par hasard me dérober jamais un seul de tes chagrins.
LUDOVIC
0 ciel !
margueritte.
Tant que jetais en danger et bien malade encore, j'étais bien heureuse... car toutes tes pensées étaient pour moi... je le lisais dans tesyeux. Mais à mesure que je revenais à la vie, tu revenais, toi, à une préoccupation... à une douleur que les miennes t'avaient fait oublier... et je me prenais à regretter mes souffrances.
LUDOVIC
margueritte.
Tu vois donc bien, ami, que tu peux me confier tes chagrins... je m'essayais déjà aies deviner... en attendant que j'eusse le droit de les partager.
LUDOVIC
Ah! que me demandes-tu là? cet espoir dont tu me parles, il faut y renoncer !
MARGUERITTE
Que dis-tu?
LUDOVIC
Tout nous sépare ! notre mariage est ble ! (Il se lève.)
MARGUERITTE
Impossible! ( Elle se lève.) et pourquoi?.. Parle... je t'en supplie... oh! parle!..
LUDOVIC
Je n'en ai pas la force !..
MARGUERITTE
Eh bien P.ludovic, avec embarras et cherchant ses mots.
Eh bien !.. eh bien !.. puisqu'il faut te l'avouer, en arrivant ici... j'ai vu mon père...
jiargueritte, vivement.
Ah ! mon Dieu !
Ludovic, vivement.
Plus inflexible que jamais ! non seulement il refuse son consentement, mais il me déshérire, mais il me retire toule sa fortune... Et moi, élevé en grand seigneur, moi qui n'ai rien appris, pas même un état pour gagner ma vie... puis-je accepter ta main lorsque je ne t'apporte en dot que la misère ! (Il passe à gauche.)
MARGUERITTE, SOUriant.
Ah !.. est-ce là ce qui le désole ?..
LUDOVIC
Moi qui rêvais pour toi les honneurs et la fortune...
MARGUERITTE
Crois-tu donc que j'y sois habituée... détrompetoi? C'est la pauvreté qui t'épouvante pour moi? mais j'y suis faite! je la connais et la reverrai sans frayeur! Que de fois dans notre humble ménage, elle est venue frapper à noire porte ? et jamais mon père ne l'a entrevue! Je ne te parle pas d'aujourd'hui, où, grâce à ma soeur, nous sommes dans l'opulence, mais autrefois, avec mon aiguille, ma tapisserie, je gagnais le nécessaire... je travaillais seul en secret pour mon père qui ne se douiait de rien. Et maintenant que nous serons deux... que dis je? et l'amour, et la jeunesse et le bonheur qui nous tiendront compagnie... mais c'est une vie délicieuse... et vous vous plaignez encore ?
Ludovic, hors de lui.
Margueritte ! Margueritte !
MARGUERITTE
Je la préfère à celle que tu avais rêvée pour moi. On aurait dit : Vous ne savez pas ? la ûlle du docteur, la petite Margueritte, il s'est renconlré un grand seigneur qui lui a fait un sort. Elle est grande dame, elle est riche!.. On dira : elle est heureuse, elle a choisi celui qu'elle aimait !
Ludovic, la serrant dans ses bras.
Non... non... je n'ai pas la force de te résister. (Ils s'asseyent sur le canapé.)
MARGUERITTE
Je savais bien que je te consolerais... tous ces chagrins-là, vois-tu bien, ne sont que des chimères !.. il n'y en a qu'un seul de réel et véritable... c'est de perdre l'affection de ce qu'on aime. Moi, d'abord, je n'y survivrais pas... et quand tu voudras me tuer, Ludovic, tu me diras... Je ne t'aime plus !
LUDOVIC
0 ciel !
MARGUERITTE
Mais tu veux que je vive, n'est-ce pas?
LUDOVIC
Toujours !
MARGUERITTE
Bien, ce mot-là, très bien... Ainsi, Monsieur, tout est arrangé... embrassons-nous et que cela finisse.
Ludovic, étonné.
Comment ?
MARGUERITTE
Eh bien, oui !.. qu'y a-t-il donc là de si difficile? embrassez-moi? mon père le permet et moi je le veux!..
Ludovic, se jetant à ses genoux et l'embrassant.
Ah! j'obéis!., j'obéis!..
Les précédents, CLEL1A, entrant vivement par le fond '.
CLÉLIA.
0 ciel!..
margueritte, à Ludovic qui veut se lever. Ne te dérange pas!., c'est Clélia ! Viens donc, ma sœur... viens donc!..
Ludovic, à part.
Que va-t-elle penser, mon Dieu!..
margueritte.
Tu ne sais pas... Ludovic qui voulait nie quitter... m'abandonner...
CLÉLIA.
Est-il possible !
margueritte.
Tu es comme moi... tu ne peux pas le croire .. il prétendait qu'il ne pouvait pas m'épouser, que notre mariage élail impossible!
clélia, à demi-voix, en serran! la main tjp Ludovic.
C'est bien !
Heureusement, je lui ai prouvé le contraire et