JUL1EUS
Ah! que le ciel protège et bénisse leur maison!
CLÉLIA.
Vous y êtes dans ce moment.
juliebs, regardant.
C'est la maison de braves gens!
CLÉLIA.
Ah ! vcus dites vrai! le docteur Holbein m'avait adoptée et jamais ses soins paternels ne se sont démentis d'un instant. Jamais il n'y eut de sœur plus tendre que sa fille; élevées ensemble, nos sentiments , nos goûls , nos plaisirs étaient les mômes; nous n'avions qu'une âme et qu'une même pensée, et je ne crois pas que jamais amant ou mari puisse espérer de moi rien qui égale l'affection que je porte à Margueritte.
JULIERS
N'est-ce que cela ? elle d'abord... elle avant tout... et moi après... c'est trop juste... mais cette amie... celte autre vous-même, comment l'avezvous quittée '!
- La réputation du docteur Holbein était répandue au loin et l'on venait le consulter de tous les cantons de la Suisse, mais...
Vaudeville du Verre.
Chez nos paysans, par malheur, Vous le savez, l'argent est rare !
Quand on souffrait, le hon docteur De ses soins n'était pas avare.
D'abord, par les sages avis,
Que son art les forçait de suivre,
Il leur sauvait la vie... et puis
Leur donnait encor de quoi vivre !
De sorle que malgré l'ordre et l'économie que Margueritte et moi mettions dans la maison, notre pauvre père était toujoursgêné... il n'avait jamais l'air de s'en apercevoir, mais moi je le voyais bien... je sentais que pour un tiers au moins j'étais cause des souffrances qu'ils enduraient, des privations qu'ils s'imposaient. Cette idée m'était insupportable. Je ne rêvais jour et nuit qu'à faire fortune pour les aider et les enrichir à mon tour. Mais moi, pauvre jeune fille, par quel moyen?... il s'en offrit un à mon imagination. Grâce à mon père adoptif, j'étais musicienne , et nous étions aux portes de l'Italie! Mon plan fut bientôt arrêté, malgré les objections et les craintes de Margueritte à qui seule je confiai mon dessein... Je partis à pied, j'arrivai à Florence, et, sous le nom de la signora Clélia, je débutai à la Pergola... vous savez le reste.
JULIERS
Je comprends maintenant.
CLÉLIA,
Non ! vous ne comprenez pas encore... car une fille ne pouvant se marier sans l'aveu de ses parents, et le docteur Holbein et Margueritte étant ma seule famille, je venais aujourd'hui demander leur consentement à mon mariage...
JULIERS
Avec moi !
CLÉLIA.
Eh! non, vraiment... avec un autre que j'aime !
juliers, hors de lui.
Que vous aimez!... un autre!... un rival!... je devine... Venise! ce voyage à Venise !
CLÉLIA.
Je n'y suis jamais allée.
JULIERS
Où donc, alors ?
CLÉLIA.
Cet amour, ce mariage sont un secret qui n'est pas le mien.
JULIERS
Air : Qu'il est flatteur.
Et la police intelligeute Que je payais pour tout savoir !
CLÉLIA.
Allons ! ayez l'âme indulgente...
JULIERS
Tout m'apprendre était leur devoir !
Commentées argus infidèles Ont-ils ainsi perdu vos pas ?
C'est que les amours ont des ailes,
Et la police n'en a pas !
juliers, avec désespoir.
Je m'étais résigné à ne pas être aimé de vous...
j'aurais attendu... je sais attendre.,, et-puis vous
n'aimiez personne... ça donne du courage, de la patience-, presque de l'espoir ! mais l'idée qu'il y en a un autre... un autre préféré par vous...
CLÉLIA.
Vous ne m'accuserez pas du moins de l'épouser pour sa fortune, car il l'a sacrifiée pour moi, ainsi que son rang , son avenir, sa liberté môme ; il brave le courroux d'un père et la disgrâce de son souverain... et ce qu'il perd pour moi, n'est-il pas juste que mon amour l'en dédommage.
JULIERS
Non , il n'est pas juste qu'il m'enlève un tel trésor.
CLÉLIA.
Quand j'ai commencé à l'aimer, je ne vouscon-
JULIERS
Il n'est pas juste qu'il me l'enlève de mon vivant... Pour hériter des gens, on attend qu'ils soient morts! c'est une idée que j'ai là...
Que voulez-vous dire ?
JULIEIIS.
Rien, rien... c'est à Zurich que demeure sans doute cet heureux rival ?
CLÉLIA.
Non!
juliers, à part.
Je retourne à l'instant à Florence.
CLÉLIA.
Mais je l'attends ici.
juliers, à part.
Alors, je reste. (Haut.) Si je vous demandais son nom...
CLÉLIA.
Je prendrais la liberté de ne pas vous le dire. (Elle s'assied.)
juliers , avec colère.
Je m'en doutais... mais il doit être jeune, bien fait, beau cavalier... ils sont tous comme ça... (Âpart, à lui-même .)Sel'allenàs, je le guette, et le premier joli garçon que je rencontre ici,.. Ah! l'on croit peut-être qu'un banquier ne peut pas se battre... il se bat mal, mais il se bat... adieu, adieu, Mademoiselle.
CLÉLIA.
Qu'avez-vous donc ? pourquoi cet air agité ? {Elle se lève.)
Il ne m'est peut-être plus permis d'être agité, si c'est mon plaisir !.. si j'ai besoin de marcher!.. (Elle se lève.) Il n'est pas dit que vous seule aurez le droit de me faire faire du chemin... j'en veux faire pour mon compte, j'en veux faire faire aux autres, je veux me promener, et je me promène... (Il sort par la porte du fond.)