CHAPITRE PREMIER
Naissance de la princesse. — Son portrait. — Son caractère. — Elle est mise à Chelles. — Projet de mariage avec le prince de Conti. — M"* de Valois dans le monde. — Son éducation. — Le prince de Bourbon. — Richelieu. — Intrigues amoureuses. — Richelieu à la Bastille. — MM"*"* de Charolais et de Valois. — Négociations pour le mariage avec le prince de Modène. — Résistance de la princesse. — Elle consent pour obtenir la liberté de Richelieu. — Ses chagrins.
Le 4 août 1714, le duc d'Orléans retira sa troisième fille de l'abbaye de Chelles, où, à son g-rand regret, nous l'avons vu, elle avait été mise en pension avec sa sœur. Gharlotte-Ag-laé, dite mademoiselle de Valois, avait alors treize ans et dix mois. Elle n'était pas précisément jolie : « Elle est brune, dit sa g-rand'mère, elle a de fort beaux yeux, mais son nez est vilain et trop gTos. Selon moi, elle n'est point belle ; il y a pourtant des jours où elle n'est pas laide, car elle a de belles couleurs et une belle peau. Lorsqu'elle rit, une g'rande dent qu'elle a à la mâchoire d'en haut fait un vilain effet. Sa taille est courte et laide ; sa tête enfoncée dans les épaules, et, ce qu'elle a de pire à mon avis, c'est la mauvaise grâcequ'elle met en tout ce qu'elle fait; elle va
comme une femme de quatre-ving-ts ans (^ ). » Qnant au caractère, nous savons que « madame d'Orléans seroit la plus fausse de toutes les personnes du monde s'il n'y avoit pas sa fille, mademoiselle de Valois. Celle-ci est pire encore. Je trouve affreux de trouver une fausseté aussi horrible dans une personne aussi jeune (2). » Dang-eau constate que la sortie de la princesse de son abbaye fit courir des bruits de mariag*e: déjà l'année précédente il avait été question à la cour de son union avec le prince de Gonti. Saint-Simon nous a conservé le détail de cet épisode, dont « le roi, dit Dang-eau, se montra trèsfroissé» (3). , r , ^
C'est la duchesse de Berry qui, de sa pleine autorité, avait imag*iné cet hymen. Très-liée avec mademoiselle de Gonti, quoique celle-ci fût plus àg^ée qu'elle de six années, ces deux princesses se voyaient souvent, habitant toutes deux Paris presque constamment. Elevée sévèrement par sa mère, tenue plus sévèrement encore, mademoiselle de Gonti trouvait dans ses relations avec mademoiselle d'Orléans des distractions qu'elle recherchait avec ardeur : elle faisait avec elle des parties à Saint- Gloud et à Paris. Elle laissa voir une gM^ande satisfaction quand son amie devint duchesse de Berry,
{{) Lettre de Madame du (1 octobre 1717. — Elle dit ailleurs que sa petite-lille ressemblait absolument à son frère bâtard, l'aljbé, fils delà comédienne Florence.
(2) Ibid., 17 mai 1717.
(3) Juin 1713.
satisfaction que la princesse de Gonti ressentait avec non moins de complaisance. « Ces dispositions de la mère et de la fille, dit Saint-Simon, firent naître la pensée à madame la duchesse d'Orléans de faire sonder mademoiselle de Gonti par madame la duchesse de Berrv sur le mariage d'une des demoiselles ses sœurs avec M. le prince de Gonti, son frère. » Ge projet plut beaucoup au duc d'Orléans ; mademoiselle de Gonti ne le g'oùta pas moins vivement, y trouvant des motifs de ressei'rer encore une liaison qui lui était véritablement chère, et sa mère se montra disposée à y prêter ég^alement la main. Tout semblait marcher à merveille, quand mademoiselle de Gonti commit l'imprudence de s'ouvrir de son secret à la princesse de Gondé. Gelle-ci, loin de seconder les desseins de sa petite-fille, vit au contraire un moyen depuis long^temps cherché par elle de raccommoder ses enfants divisés au sujet de la succession de M. le Prince : ce moyen était tout trouvé par le mariag-e du prince de Gonti, son petit-fils, avec mademoiselle de Bourbon, et par celui du duc de Bourbon avec mademoiselle de Gonti , ce que cette dernière, déjà arrivée à l'âg'e de ving"t-cinq ans, souhaitait vivement. La vieille princesse était assurée d'avance de rencontrer le meilleur accueil auprès du roi , qu'elle savait désireux d'empêcher des procès dans sa famille, et qui était indisposé contre le duc d'Orléans pour avoir song"é à ménag-er un mariag-e dans sa maison, sans venir au préalable demander son auto-
risation. Ce qui était prévu se réalisa : le roi approuva le double projet de madame la Princesse. Mademoiselle de Gonti se trouva alors dans un cruel embarras, et voulut avoir une explication avec son amie avant que la nouvelle n^éclatât dans le public. Elle lui demanda donc un rendez-vous à Saint- Cloud, sans perdre une minute, et elles se rencontrèrent à l'heure dite, comme la princesse de Condé partait pour aller trouver le roi à Versailles. Mademoiselle de Conti ne put ni cacher son imprudente confidence, ni la démarche de sa g^rand'mère. « Il n'en fallut pas davantag'e à madame la duchesse de Berry, écrit Saint-Simon, pour lui persuader que mademoiselle de Conti ne s'étoit servie de la confiance qu'elle avoit eue en elle que pour en profiter pour elle-même, en violant son secret, et en poussant madame la Princesse à une démarche dont la force et la promptitude lui ressembloient si peu, et dont tout le fruit étoit pour mademoiselle de Gonti, Elle ne lui cacha pas ce qu'elle en pensoit, et la traita avec toute l'indignité et toute la hauteur qu'elle crut qu'elle méritoit. » La duchesse s'empressa de prévenir de cette complication ses parents, <x qui furent bien en peine du silence qu'ils en àvoient g^ardé au roi » . La colère de Louis XIV ne se fit en effet pas attendre: le soir même, il lava rudement la tête à M. le duc et à madame la duchesse d'Orléans et à madame la duchesse de Berry, et il leur défendit de penser davantag'e à un mariag'e qu'ils avaient osé non- seulement préparer, mais
forl avancer sans lui en avoir parlé , et sans savoir s'il l'aurait pour ag'réablo (1).
Jamais la duchesse de Berry ne pardonna à mademoiselle de Gonti son imprudence, qu'elle continua à considérer comme préméditée, et, jusqu'à sa mortj (( elle se piqua de lui faire sentir en toute occasion publique, car de particulière il n'y en eut plus entre elles, tout le poids de sa haine et de son mépris. »
Le duc d'Orléans ne conserva pas sa fille auprès de lui ; elle fut pendant quelque temps log*ée au VaU de-Grâce, où on la reconduisait chaque soir. Mais, à dater du commencement de l'année 1715, nous la voyons installée complètement au Palais-Royal. Le 15 janvier, le duc la mena avec sa sœur de Ghartres dans sa log^e, au bal de l'Opéra ; il l'y conduisit de nouveau le 3 mars (2). On avouera que Philippe d'Orléans avait une sing-ulière manière de comprendre l'éducation à donner à une fillette de quatorze ans. Sa mère ne paraît pas s'être préoccupée d'elle plus que de mesdemoiselles d'Orléans et de Chartres. La vieille Palatine, au contraire, malg-ré le peu de sympathie qu'elle lui inspirait, mécontente alors de la duchesse de Berry, attirait mademoiselle de Valois : elle cherchait à l'amuser, tout en lui donnant de sag-es conseils ; elle l'emmenait à la chasse
(i) Saint-Simon. — Les fiançailles de ce double hymen eurent lieu ié 8 juillet suivant.
{i) Dangeau.
à Marly (1). Mais que penser des soins donnés à cette princesse, d'après ce passag-e emprunté à une lettre de Madame, du 18 juin 1715 : « Lorsqu'elle était toute jeune, j'avois espéré que mademoiselle de Valois seroit fort belle, mais j'ai été bien déçue; il lui est venu un g'rand nez aquilin qui a tout g-âté ; elle avoit auparavant le plus joli nez du monde. Ce qui a causé ce malheureux développement, c'est qu'on lui a permis de prendre du tabac. »
Avec de pareils débuts quant à l'éducation, douée d'instincts véritablement mauvais, mademoiselle de Valois devait, dans un milieu comme celui où elle vivait, cheminer rapidement dans la voie du mal. De l'année 1716 nous ne savons rien, sinon que sa mère la conduisait souvent à la Comédie et son père à l'Opéra. L'année suivante elle alla, selon Dang-eau, une fois voir sa sœur à Ghelles, et, à la fin de l'automne, on parla de son mariag-e avec le comte de Charolais qui revenait de Bavière. En 1718, nous la voyons prendre part aux fêtes données par le ' YV<-'" Rég-ent, à l'occasion de la visite de son cendre, le duc de Lorraine (2). Sa mère s'était alors rapprochée d'elle, espérant la décider à épouser le prince de Dombes, après avoir vainement essayé d'y déterminer sa fille de Chartres. Nous avons dit dans le chapitre précédent les causes qui donnaient à la du-
(1) « J'emmenai à la chasse M''^ de Valois, qui n'a\ait jamais vu de chasse... »
(2) Daiigeau, févriei'.
chesse d'Orloans un si vif désir de se rapprocher par un hymen de la eour de Sceaux. Elle ne put triompher de la résistance de la jeune princesse, et elle en conçut un véritable dépit, car elle avait bien compris que ce mariag-e aurait lié la main au Rég-ent, en l'empêchant de traiter aussi rudement le beau-père de sa fille. « Elle reproche constamment à mademoiselle de Valois que, si elle avoit épousé son neveu, le malheur qui a frappé son frère et son fils ne seroit pas arrivé ; elle ne peut avoir sa fille devant les yeux, car elle m'a priée de la g-arder quelque temps auprès de moi (1). » Ce passag'e explique de reste la résolution de mademoiselle de Chartres, qui préféra donner, sans plus d'hésitation , suite à ses projets de vocation relig-ieuse, plutôt que de demeurer exposée aux duretés d'une mère chez laquelle l'amour-propre froissé ne pardonnait pas.
Madame reçut donc chez elle, à Saint-Cloud^ la princesse, et presque aussitôt elle fut demandée par le duc de Bourbon pour son petit-fils le comte de Gharolais (2), dont on avait déjà parlé pour elle l'année précédente. Cette demande n'eut pas de suite, bien que mademoiselle de Valois ne vît pas d'un mauvais œil ce prince, véritable aventurier, dont l'histoire devait bientôt enreg-istrer la féroce dépravation. La vieille Palatine put connaître plus
(i) Lettre de Madame dll 6 septembre i7i8; (2) Ibid. 18 septembre.
intimement le caractère de sa petite-fille, et ce fut de façon à la convaincre qu'il serait impossible de trouver un cadeau plus triste à faire à un mari. « Si elle étoit de ces g^ens qui ne se soucient pas de plaire, je ne m'étonnerois pas qu'elle se nég-lig-eât tellement dans sa façon d'ag'ir; mais elle aime qu'on la trouve jolie ; elle a du g-oût pour la toilette, et elle ne peut pourtant pas comprendre que la meilleure toilette c'est la bonne mine et la bonne g-râce, et que, lorsque cela manque, nulle toilette ne peut en tenir lieu (1) . )> Elle était en effet très-coquette, avide de plaisirs, mais elle avait la paresse et l'insouciance de sa mère. Malg*ré le portrait peu flatteur tracé par sa g-rand'mère, mademoiselle de Valois, d'après les contemporains, était à cette époque très-ag'réable : sans être belle, ni même peut-être réellement jolie, elle plaisait et séduisait : ses yeux avaient un charme extrême , son teint était d'un rare éclat, son sourire des plus tendres. Elle avait de l'esprit, mais par paresse elle le laissait le plus souvent sommeiller : l'ennui même ne pouvait pas la faire sortir de son indolence native qui l'avait empêchée d'apprendre aucun des arts d'agTément vers lesquels son intellig^ence l'aurait certainement conduite avec succès.
Madame cependant cherchait à se rendre ag'réable à sa petite-fille, que la duchesse d'Orléans ne song^eait nullement à reprendre auprès d'elle. Pcn- — ■ • — t
(1) Lettre de Madame, 2[j juillet 1718.
dant l'hiver de 1719, elle la conduisit à toutes les représentations théâtrales, distractions subitement interrompues par une petite vérole heureusement sans g'ravité (1). Il est à présumer que ce complément d'éducation porta ses fruits, car c'est à cette époque que se place son aventure avec le duc de Richelieu, de g*alante mémoire. Mademoiselle de Valois avait, assure-t-on, hérité du tempérament paternel, et il paraît que pour l'amour seulement elle oubliait sa paresse habituelle.
Toujours est-il qu'elle remarqua fort le duc de Richelieu, dont nous n'avons pas, comme séducteur, à faire ici l'élog-e. Accoutumée à Saint-Cloud à le placer auprès d'elle au jeu, se plaisant à sa conversation brillante et originale, aimant ses hardiesses, enchaînée par ses charmes, elle ne résista pas, semble-t-il, aux déclarations que risqua le duc, très-fier de compter parmi ses victimes une princesse du sang\ A ce moment il avait cependant pour maîtresse mademoiselle de Gharolais, et pendant quelque temps, tout en faisant sa cour à la fille du Rég-ent, il ne nég'lig'eait pas la fille des Gondé, qui ig-norait encore une trahison que toute la cour connaissait. On raconte que ce fut un soir au jeu que mademoiselle de Gharolais apprit la fatale nouvelle. Le duc de Richelieu, en cherchant sous la table les pieds de mademoiselle de Valois, se serait trompé et aurait adressé ses imprudentes caresses à
(1) Dangeau. — Buvat.
sa malheureuse rivale qui, désormais fixée sur son sort, se retira avec un certain éclat. Ce qu'il y eut de piquant ce soir-là, c'est que mademoiselle de Valois ne comprit pas que Richelieu s'était trompé, et crut que ce qu'il avait fait était bien à l'adresse de sa rivale, et elle ne lui montra pas un moins vif mécontentement ; mais celui-ci dura peu et bientôt les amours des deux amants ne furent pas plus un mystère à la ville qu'à la cour (1). Le Régnent ne les ig*norait pas et il en ressentait un violent déplaisir. On raconte qu'à un bal masqué, ayant avisé auprès de sa fdle un domino en tout semblable à celui que portait Richelieu, il vint à lui et lui dit : « Marquis, « prenez g-arde à vous, si vous ne voulez pas aller « une troisième fois à la Rastille. » Ce domino, qui n'était qu'un des familiers du duc, nommé Montconseil, se hâta de se faire connaître en se démasquant : (( Dites-donc à votre ami Richelieu, reprit le (( Rég-ent avec colère, ce que je viens de vous dire « à son intention (4). » Richelieu se contenta de se veng-er du duc d'Orléans en lui enlevant sa maîtresse du moment, la comédienne Souris, mésaventure à laquelle ce prince parut peu sensible, car il se consola immédiatement avec la belle Emilie. Le duc voulut probablement faire sentir plus lourdement à ce prince sa mauvaise humeur, et il eut l'imprudence
(1) On veri'a dans lo cours de ce récit que uou» avons trouvé dans les archives des affaires étrangères une lettre qui constate irréfutaLlcment la passion de M'^* de Valois pour Richelieu.
(2) Soulavie.
de se laisser entraîner clans la conspiration de Geliamare. Sur ce sujet, le Rég-ent ne plaisantait pas, mais il n'en garda pas tellement le secret que sa fille ne sût le dang^er couru par Richelieu au moment où les menées de cette maladroite entreprise furent évenLéos. Elle dépêcha sa femme de chambre Pichet au duc, avec un billet que Soulavie nous a conservé et dont nous lui laissons la responsabilité, car on sait combien ce médiocre chroniqueur est malheureusement sujet à caution (1). « Comme vous « m'avez asseuré qu'il ne pouvoit y avoire preuve « contre vous, je ne doute point que l'avis que je « vous donc ne soit inutile, mais comme il m'a paru (( que vous aimés à estre informé de tout, je vous (( averti : le conseil est pour l'affaire de M. du « Maine qu'on va mettre au jour et apparemment « tout ce qui reg'arde l'afaire d'Espag'ne. Je compte « en savoir davantag-e ce soir que je vous le dirai ; « mais ce qui me presse de vous le mander, c'est « que cela a échappé à ma mère qui croyoit que je « le savois, et qui, quand elle a vu que je n'en sa- « vois rien, m'a fort recommandé de n'en rien dire. « Je n'ai perdu un moment pour vous en avertir ; « mandés-moi si vous êtes sans inquiétude, car " j'avoue que je n'y suis plus. » Dans un second billet, expédié peu de temps après celui-ci, made-
(i) Je (lois reconnaiti-e que l'orthographe est parfaitement semblable ;i celle des nombreuses lettres de la princesse, conservées dans les archives des affaires étrangères.
3o8 LES FILLES DU RÉGENT.
moiselle de Valois prévenait Richelieu que son père assurait avoir les pièces les plus compromettantes contre liïi. Le lendemain, en effet, il était conduit pour la troisième fois à la Bastille (29 mars 1719), Il se produisit alors un incident réellement fait pour exciter au plus haut deg'ré la curiosité publique. Mademoiselle de Gharolais sentit se rallumer toute sa passion pour Richelieu, et, oubliant sa haine et sa jalousie, elle vint trouver mademoiselle de Valois afin de concerter avec elle les moyens de rendre la liberté à leur cher prisonnier. On assui^e que mademoiselle de Gharolais s'eng^ag'ca envers sa cousine à ne plus jamais chercher à le voir, si celle-ci parvenait à lui sauver la vie.
Grâce à l'intervention des deux princesses, la captivité de Richelieu était des plus douces ; il avait des livres, un trictrac , une basse de viole pour charmer diversement ses loisirs forcés. Mademoiselle de Gharolais, fidèle à sa promesse, ne mettait pas les pieds à la Bastille, s'occupant seulement de procurer au prisonnier des adoucissements. Elle était certainement du nombre des femmes du monde dont parle alors Madame, dans sa lettre du 19 mai : « Mademoiselle de Gharolais dit que l'affaire de « Bayonne ne peut être vraie, parce que le duc de « Richelieu ne lui en a pas parlé et qu'il n'avoit « rien de caché pour elle. Elle dit aussi qu'elle ne « veut pas voir mon fils, puisqu'il a fait mettre le « <hic à la Bastille. Le duc se promenoil sur la ter- « rasse, frisé et paré, et toutes les dames se tenoienl
« dans la rue pour voir cette belle imagée.» Mademoiselle de Valois ne s'en tenait pas à des visites aussi platoniques. Imitant la g^énérosité de mademoiselle de Gharolais qui, à force d'arg'cnt, était parvenue, en 1716, à faire ouvrir la porte de la prison de Richelieu, elle ne recula devant aucun sacrifice pour y parvenir à son tour, et Soulavie affirme qu'elle y consacra 200,000 livres en billets qu'elle avait obtenus delà libéralité de son père. Le même chroniqueur, — nous avons dit avec quelle hésitation il faut accueillir ses assertions, — raconte qu'à la fin les deux cousines venaient ensemble voir le duc, à la nuit, avec des boug-ies, des bonbons, des briquets, beaucoup d'arg-ent ; qu'on pleurait et se lamentait ensemble et que le prison nier plus avisé faisait trêve aux larmes pour concerter avec ses aimables visiteuses les réponses qu'il devrait faire le lendemain aux insidieuses questions de Le Blanc et de d'Arg-enson.
Depuis le commencement de l'hiver mademoiselle de Valois était, comme nous l'avons dit, auprès de sa g-rand'mère qui la menait presque tous les jours au spectacle. La surveillance de la vieille princesse était peu sévère, et l'on devine combien sa colère dut être vive quand elle sut à quel point elle avait été trompée. Elle renvoya brusquement la princesse après une scène violente. Du reste, elle ne parle de ce scandale qu'une seule fois dans sa correspondance, mais en termes assez indigniés pour donner la mesure de son irritation et
en même temps ne laisser malheureusement aucun doute sur les frasques de sa petite -fille : « Vous me « demandez ce qui m'a mis récemment si fort en « colère, écrit-elle de Saint-Gloud le 13 mai ; je ne a puis le raconter en détail, mais en g*ros : c'est « l'effroyable coquetterie de mademoiselle de Valois « avec ce maudit duc de Richelieu, qui a montré « les lettres qu'il avoit d'elle, car il ne l'aime que « par vanité. Tous les jeunes seig-neurs de la cour « ont pu voir les lettres où elle lui assig-ne des renff dez-vous. Sa mère vouloit que je la reprisse avec « moi, ce que j'ai refusé tout net ; mais on ne cesse « de revenir à la chargée et je suis horriblement « vexée ; l'espèce humaine me fait horreur. Je ne « peux supporter l'idée de revoir mademoiselle de « Valois, et il faut le faire cependant, afin d'éviter « un bien fâcheux éclat ; la vue de cette étourdie « me fera mal. Tout cela est la suite de la nullité et « de l'apathie de la mère ; que Dieu lui pardonne, « mais elle a bien mal élevé ses filles (1). » Durant cette triste période les mémoires du temps parlent fort peu de mademoiselle de Valois ; Dang^au nous apprend uniquement qu'elle accompag-na sa sœur
(I) Madame nfi s'était d'ailleurs jamais fait d'illusion à l'égard de cette princesse ; dès le 31 mars 1718, elle éci'ivait déjà : « Je n'en ai nullement bonne opinion, aussi je ne prie pas pour sa vie : elle n'a aucun bon mouvement; elle ne s'inquiète nullement de sa mère et très-peu de son père; elle me déteste plus que le diable et elle hait toutes ses sœurs: elle est fausse, menteuse et horriblement coquette: en somme, elle nous donnera à tous bien du chagrin. Je voudrois qu'elle tVit déjk maiii'o et bien loin d'ici pour qu'on n'en entendît plus parler. »
MADEMOISELLE DE VALOTS. 361
à Chelles quand elle s'y rendit, le 25 mai, pour son installation, et qu'elle assista ensuite aux fêtes données pour sa bénédiction abbatiale. Les lettres de Madame renferment de rares mentions : « Elle se « nég-lig-e beaucoup, écrit-elle le 19 mai, sans pou- « voir s'empêcher de louer à certains ég'ards sa « petite-fille ; elle marche mal ; elle aime cepen- « dant qu'on lui dise qu'elle est belle et elle a un « g-oût excessif pour la parure ; elle ressemble « beaucoup aux Mortemart, surtout à la Sforze ; « elle a l'esprit des Mortemart. » Quelques jours après, le 8 juin, au contraire : « Elle ne sig^iifie « rien et restera toute sa vie parfaitement insig'ni- « fiante ; elle ne mérite pas que nous parlions « d'elle. »
Le duc d'Orléans ne pouvait cependant ig*norer la conduite de sa fille, et, tout blasé qu'il fût sur les écarts de ce g-enre, il avait été trop bien édifié une première fois par ceux de la duchesse de Berry pour ne pas s'émouvoir autrement de ceux-ci; il semblait fermer les yeux, afin de ne pas avoir à prendre des mesures qui auraient porté le scandale à son comble. Mais il ne pensait pas moins que sa mère à se débarrasser le plus honnêtement possible de cette « étourdie », et il souhaitait certainement avec ardeur de la pouvoir marier, « pour qu'on n'entendît plus parler d'elle » . Déjà les années précédentes il avait été question de plusieurs hymens pour elle. Dang-eau nous apprend, à la date du mois d'août 1718, que « l'ambassadeur du roi de
(( Sicile, Provana, venu pour proposer la quadru- « pie alliance, offre aussi pour mademoiselle de « Valois la main du prince de Piémont. » Mais je crois qu'il commet une erreur et qu'il s'agùt ici de mademoiselle de Montpensier, comme nous le démontrerons en nous occupant de cette dernière princesse. En revanche, vers le commencement de l'automne de 1719, le bruit de son union avec le prince héréditaire de Modène se répandit dans la cour et prit rapidement consistance.
François d'Esté était fils du duc Renaud de Modène et de Charlotte-Félicité de Brunswick-Hanovre ; il avait vingi-deux ans au moment où nous entendons prononcer son nom à Versailles. Madame en trace un portrait assez flatteur : « On dit beau- « coup de bien du prince de Modène ; il a de la ca- « pacité et de bons sentiments; il n'est pas beau, (( mais il est bien élevé et très-raisonnable. Ce prince « a dû être tout à fait épris du portrait de sa future (( épouse ; il me fait vraiment bien de la peine (1 )! » Le Régnent n'avait aucun motif de repousser une pareille union. Après avoirété alternativement l'allié de l'empire et de la France, le duc de Modène avait fini par se prononcer dans un sens favorable à notre politique, et elle ne pouvait que trouver un nouvel appui en Italie par ce mariag-e. C'est le
(1) Lettre du 28 décembre 1719. Le résident de France, à Parme, le dépoint ainsi en 1743 : «Il est d'une stature médiocre, plutôt bien fait qu'autrement, la démarclie dégagée et la contenance aisée, le \isage laid, brun, ridé, long-, un air poli et de guerre. » (14 inai,Aff. étrang.)
marquis Ranzoni iAIacliiavolli, ministre de Modène à Versailles, qui conçut le premier cette idée, et, ayant su s'introduire dans la familiarité du Rég-ent par un cynisme spirituel et par l'emploi des bouffonneries de son pays^ il n'eut pas de peine à se faire accepter par une famille dont l'idée dominante alors était de se débarrasser honnêtement d'une « étourdie » aussi turbulente. Le comte Salvatico, dont nous aurons à reparler plus long'uement, fut charg-é de faire la démarche officielle. Il débuta mal : ayant cru devoir adresser au roi sa requête par l'intermédiaire du maréchal de Villeroy, il froissa Dubois qui montra une grande opposition. Salvatico comprit sa faute et la répara en vrai Italien, en offrant au ministre cinq tableaux du plus g'rand prix. Dubois trouva dès lors que tout était pour le mieux (1).
Le duc d'Orléans prêta complètement et sans tarder les mains à ce projet. Mais la princesse, de plus en plus éprise de Richelieu, n'entendait nullement eng-ag-er sa liberté, ni surtout s'éloig-ner. Il
(1) Ces cinq tableaux, d'après une lettre de reraercîments de Dubois, du 23 juillet 1720,. conservée dans les registres des Affaires étrangères, étaient : une Piété de Carrache, un Jugement de Salomon et un Mars et Vénus de Véronèse, une Suzanne au bain de Carrache et une Vierge du Corrége. Dubois désirait vivement un Saint-Georges. « M. de Sal- A'atico, écrit Colibeaux, le lo août 1720, fut assez imprudent pour me dire un jour en me montrant le diamant dont Monseigneur le duc d'Orléans lui a fait présent, qu'il n'étoit pas assez beau. C'est peut-être la raison pour laquelle M. le duc de Modène n'a pas donné le Saint-Georges. » Salvatico n'était pas non plus oublié, et, le 7 novembre 1719, il demanda au régent des actions de Law. (Arch. des Aff. étr.).
fallut nég'ocier véritablement, recourir à des ruses, à des finesses, à des promesses , à des menaces. Celles-ci même seules, paraît-il, réussirent. Depuis six mois Richelieu était à la Bastille, tout en faisant réclamer son élargissement par le cardinal de Noailles, sous le prétexte de son g*rave état de santé. Mesdemoiselles de Valois et de Gharolais ag-issaient vainement encore plus vivement, quand le Régnent, en feigniant de concevoir des inquiétudes sur la fin de l'affaire du duc, comme si de nouveaux documents étaient venus aug-menter ses chargées, offrit à sa fille la liberté du duc à la condition qu'elle épouserait le prince de Modène : elle finit par consentir quand elle eut reconnu la ferme résolution de son père de ne pas céder, et l'état réellement inquiétant de la santé du cher prisonnier : « Le mariag-e dont on (( parloit est tout-à-fait résolu (1). Elle a eu de la « peine à se résoudre à quitter la France ; mais, (( enfin, elle a consenti à épouser M. le prince de « Modène. C'est un prince fort bien fait et qui n'a '( que ving*t-unans. M™' la duchesse de Brunswick, « sa g'rand'mère, et qui est à Modène, est sœur de a M"" la Princesse et a toujours fort souhaité que (( son petit-fils épousât une princesse française. » Le lendemain le Régnent fit une long*ue visite à sa fille (2). On ne savait pas encore à la cour la date
l\) Buvat dit positivement, à la date du o noveiiibie, que ce mariage fut décidé à la condition de la sortie du duc île Hichelieu de la Rastille.
^ (2) Dangeau. — Le Régent annonça, en ces termes, ce mariage à la
de la célébralion du mariag'e, ni la quotité de la dot, sinon qu'elle devait être considérable. Mademoiselle de Valois alla rejoindre ensuite sa mère, en retraite alors à Montmartre à cause de la Toussaint, et elle y passa quelques jours. Dang-eau ajoute que « l'on croit que la princesse partira à la fin du « mois pour Modène et elle en paroît fort contente '( présentement. » Madame se montre très-satisfaite : «J'ai à vous mander, écrit-elle le 30 novem- (( bre 1715, une nouvelle qui me fait gTand plaisir: (( le mariag'e de mademoiselle de Valois et du prince « de Modène. Le courrier est parti hier pour Rome, « pour demander les dispenses, car ils sont parents (( au deuxième deg*ré. La fiancée se désole ; elle « auroit voulu épouser son cousin, le comte de Gha- « rolais (1), mais il ne la pas voulu, car tous les « parents dans la famille royale se détestent comme « le diable. » Le 9 décembre elle dit encore : « Ma- « demoiselle de Valois commence à se consoler « depuis qu'elle voit les belles toilettes qu'on lui (( fait: on lui donne quarante habits différents (2) ; « on a aussi envoyé de Modène de beaux diamants : « c'estuneconsolation(3).'j Mais, lel5,toutchang'e.
reine d'Espagne : « Je voudrois que ma fille pût rendre à l'Italie ce que l'Italie a donné en votre personne à la maison de France, mais il n'est pas permis de porter des souhaits si loin. » (Leraontey, I, 43o.)
(1) Madame écrivait cela pour le public. Deux jours avant^ elle dit : « Elle vint chez ma fille avec sa mère : elle étoit fort triste et avoit les yeux rouges et gros comme le poing. »
(2) Buvat parle de 60 paii'es d'habits complets, 15 par saison.
(3) On assure que les cadeaux du l'oi s'élevèi'ent u plus de 4 millions.
« Notre promise fait contre fortune bon cœur ou « bonne mine à mauvais jeu. Quoique sa bouche « s'exprime g'aiement, ses yeux sont toujours gTos « et roug-es; on voit bien qu'elle passe la nuit à « pleurer. »
Mademoiselle de Valois montrait, en efTet, une aversion croissante pour le projet auquel elle venait de consentir de force : la pensée de quitter la France lui semblait au-dessus de ses forces. Le public en g-losait, et nous citerons, à ce propos, ce couplet :
J'épouse un des plus petits princes^ Maître de très-petits États Et qui pour moi ne "valent pas Une de nos moindres provinces.
L^on y manque de tout^ la finance est petite. Quelle différence, grand Dieu !
Entre ce triste et pauvre lieu Et le riche lieu que je quitte (i) !
A ce moment, Richelieu était g'ardé à vue à Gonflans, pour s'y g*uérir, avant de se rendre à Richelieu qui lui avait été assig^né comme lieu d'exil. 11 s'échappait souvent, dit-on, la nuit, et venait entre-
« Le présent de Modène est arrivé. 11 ne consiste pas en beaucoup de pièces : c'est un très-grand et précieux joyau à porter sur le seiu, entouré de très-beaux brillants. Le portrait du prince est dans la plaque du milieu et ce portrait est fort mal fait. » (Madame, 2G Janvier 1/20.) Le duc d'Orléans lit de fort beaux présents. Le collier du roi comprenait 14 gros diamants séparés par autant de grosses perles. {Ibid. 10 avril.) (1) Nous passerons forcément sous silence d'autres couplets, beaucoup trop vifs, débutant ainsi :
Que je vous plains, ma princesse !
Vous allez dans un pays, etc;
tenir l'esprit de résislance de mademoiselle de Valois dont il rêvait alors de faire sa femme. Il s'aperçut à temps du danger qu'il y aurait à imiter le chevalier de Rions, et il comprit que cette fois le Régnent ne tolérerait pas une nouvelle aventure de ce genre dans sa famille. La crainte de rentrer à la Bastille et de n'en sortir peut-être que pour monter à l'écbafaud, son maladroit concours à la conspiration de Gellamare aidant (1), le refroidit rapidement, ce qui était d'ailleurs dans son caractère léger et inconstant. Il paraît même qu'il cessa le premier la correspondance qui s'échangeait entre la princesse et lui. C'est ce qui explique la diminution du mauvais vouloir de mademoiselle de Valois ; elle reparut au jeu de sa mère et dans les assemblées de la cour (2). Les choses dès lors marchèrent rapidement ; le 26, un courrier rapporta de Modène tous les articles du contrat approuvé sans observations ; la duchesse d'Orléans vint immédiatement l'annoncer à Madame qui habitait encore Saint-Cloud ; le 28, le Régent en informa officiellement le roi, et le soir
(1) Certes, Madame y aurait travaillé de tout cœur, à en juger par ce passage de la lettre du 13 mai 1719, à laquelle nous avons déjà fait un emprunt : « Ce duc est hardi et plein d'impertinence. 11 connaît la Ijonté de mon fils et il eu abuse : si on lui rendoit justice, il paieroit de sa tête toute sa témérité et ses manœuvres. 11 l'a triplement mérité. Je ne suis pas cruelle, mais je verroissans répandre une larme ce drôle accroché ii un gibet. »
(2) Le G novembre, étant à cheval dans le bois de Boulogne, elle ne se baissa pas assez en franchissant la porte Maillot et se blessa grièvement à la tète: on dut la saigner le soir et lui raser les cheveux. Elle se remit plus promptement qu'elle ne le désirait. (Dangeau.)
on fut autorisé à adresser les compliments à la famille (1).
La fiancée ne laissa échapper aucune occasion d'allong^er et même de faire naître des délais pour son départ. Le jour cependant s'approchait fatalement, quand un nouveau répit lui fut procuré bien inopinément par l'évêque de Modène qui avait oublié une formalité pour la publication des bans dans cette ville (2). Tous ces retards eurent cependant une fin. « Mademoiselle sera mariée le lundi 12, (( dit Dang*eau, et partira le jeudi 15. On ne lui dit « pas encore le jour qu'elle doit partir de peur de (( l'affliger : à mesure que son départ approche, son « affliction aug-mente. » Quel sort heureux une pareille disposition annonçait au prince de Modène, et comme Madame avait raison de s'écrier : « Il me « fait vraiment de la peine, » en ajoutant : « Les « bons ménag-es sont extrêmement rares^, et j'ai vu (( des g"ens qui s'étoient épousés par amour et qui, (( ensuite, se sont mis à se détester comme le dia- (( ble, et qui se haïssent encore. Heureux qui n'est (( pas marié! Que j'eusse été contente si l'on m'eût « permis de vivre dans le célibat ! Si vous voulez (( que je vous dise la véritable raison pourquoi les
(1) Le 2 décembre, le roi vint féliciter Madame, de retour à Paris : lu duchesse d'Orléans reçut ce même jour le portrait de son futur gendre, (( dont elle est fort contente, car il a une belle physionomie. » {Ibid.)
(2) Après pioductions de consultations, on passa outre. M. de la Houssaye souleva ensuite (juclques objections au sujet du contrat. (Arch. des Aff. étraug. Modène, vol. de l'auuée 172U.)
« princes et les princesses se détestent tellcmenl, « c'est qu'ils ne valent rien du tout. )^ Tous ces relards cependant surprenaient à la long*ue la cour de Modène ; Salvatico en écrivit vivement à Dubois en le remerciant des efTorts qu'il savait faits par lui, en le priant de a continuer d'achever cet ouvrag-e (( qui, malheureusement, rencontre un délai auquel « on ne seseroit jamais attendu (1).» Lecontrat fut sig"né le 31 janvier: le roi donna 900,000 livres, le Rég-ent, 200,000, plus autant en joyaux (2), sans compter les 498,300 livres représentant les valeurs que la princesse possédait déjà en bijoux.
Le 11 février 1720, les fiançailles furent célébrées dans le cabinet du roi, le duc de Chartres représentant le prince de Modène. Le roi vint ensuite au Palais-Royal apporter lui-même à la princesse un mag-nique collier de perles et diamants. Les cérémonies avaient été faites par le cardinal de Rohan : mademoiselle de Montpensier portait la queue de la mante de sa sœur. Gomme il n'y avait pas eu d'invitation, l'assistance était peu nombreuse (3). Le lendemain le mariag'e fut célébré à midi dans la chapelle des Tuileries, et, aussitôt après, le roi, suivant Tusag-e, conduisit la mariée à son carrosse et dit au
(1) Du 31 janvier 1720. (Aff. étrang.)
(2) Une parure de neuf agrafes de diamants et émeraudes, nœud^ loO^OOO fr., douze boutons semblables, 24,000 fr. ; 24 gances de 12 roses chacune, 24,000 fr.; une paire pendants, 13,000 fr., huit boucles de crevés, topazes et diamants (don du roi), 13,000 fr. [Ibid.)
(3) « Peu de dames considérables, dit Dangeau ; on n'y avoit convié personne, maison croyoit qu'il s'y eu trouveroit davantage. »
cocher : « A Modène (1). » Madame ne paraît pas y avoir assisté ; dans sa correspondance, on ne trouve que cette sèche mention : « Dimanche prochain on « célébrera les fiançailles et le contrat sera sig^né en « présence du roi ; lundi matin les épousailles au- (( ront lieu, et, mardi, la mariée se mettra en route.» Quelques jours après, elle ajoute (19 février): «Je {( n'ai vu de ma vie une si triste épousée, depuis trois (( jours elle n'a ni mang'é ni dormi et ses larmes ne <( tarissent pas. » A l'heure même, le chevalier de Sabran partait en courrier pour porter la nouvelle à la cour de Modène (2), et la princesse se rendait chez elle escortée des g'ardes désig-nés pour l'accompag-ner, comme si elle avait en réalité commencé immédiatement ce voyag'e (3). Elle put se soustraire à
(1) Lettre de Madame, du 6 février.
(2) Il emportait le billet suivant de la princesse pour son époux : « La cérémonie. Monsieur, qui vient de se faire me donne à vous, et mon cœur ne l'eu a point désavoué. Je pars pour aller commencer avec vous une union qui doit faire mon bonheur et que je désire ardemment. Monsieur, qui puisse contribuer au vôtre. » {Arch. de Modénc.) Plus cette lettre pour le duc de Modène : « Mgr, mon zèle pour le service de V. A. u'avoit besoin pour se soutenir dans tous les tems que de l'assurance qu'il ne lui estoit pas désagréable : toute 'ïiutre marque de sa satisfaction, non-seulement étoit inutile, mais pouvoit attaquer la règle invariable que je me suis persuadée, et dont aucune puissance ne peut me détourner. La générosité de V. A. S. a cherché dans la forte passion que j'ai pour le péuéti-er de quoi ni'ébranlcr. Mais j'espère lui faire connoltre par un usage que je feray de sa griice, qu'il y a en moi une passion plus forte encore que toutes les autres et qui a toujours pour objet sa gloire à son service, et que je veux faire en sorte que tout me serve à lui marquer l'attachemelit sincèie et respectueux avec lequel , etc. » (Aff. étranrj.)
(3) « Il n'y eut à la cérémonie de mariage que les mêmes gens qui
l'ennuyeux usag-e de recevoir des visites, et elle alla tranquillement dans l'après-dîner se promener à la porte Saint- Antoine pour voir les masques. Le 16, la nouvelle mariée vint faire ses adieux à sa sœur deChelles. Un hasard lui permit d'espérer encore un ajournement pour son départ. La duchesse de Yillars, qui avait été choisie pour la conduire à Modène (1), tomha assez gravement malade, et trois jours après la princesse elle-même avait les premières atteintes de la roug-eole, qu'elle g-ag-na en s'obstinant à aller embrasser l'abbesse sa sœur. Elle était assez peu tendrement avec elle pour ne pas tenir autant à s'exposer en allant la voir, mais Madame nous dit formellement qu'elle n'insista delà sorte que dans l'espoir de g'ag'ner la maladie et de retarder ainsi son départ, même au risque de sa vie. « J'ai été un prophète de malheur et n'ai malheureusement dit que trop vrai. Lorsque la princesse de Modène m'annonça qu'elle vouloit aller à Chelles prendre cong*é de sa sœur, je lui conseillai de ne pas le faire ; je lui dis qu'il y avoit trop peu de temps que la petite vérole avoit été dans le couvent ; que l'abbesse elle-même avoit la roug'eole, que ces maladies se g'ag'noient facilement. Elle me répondit : — C'est ce que je cherche. — Je lui dis : Prenez-y g^arde, cela se trouve plus tôt
étoient à celle des flaûçailles. Le roi lit remettre à l'euvoyé de Modèue son portrait enrichi de diamants. Le présent est beaucoup plus beau que ceux qu'on a coutume de faire aux envoyés. » [Dangeau.]
{{) Ou allouait à la maréchale uue somme de 100,000 livres pour se» frais»
que quelque chose de bon, et souvent la vie en dépend. Malgré tout ce que je fis, elle y alla samedi dernier et passa toute la journée avec sa sœur l'abbesse. Dimanche elle se trouv^a mal et avoit déjà des taches de roug^eur. Ce qui la console de sa maladie, c'est que son voyag-e est retardé (20 février 1720). » La maladie parut débuter avec ies symptômes les plus g'raves , aug'mentés encore par les imprudences de la princesse : le 24, et surtout le 25, elle fut presque en dang^er, mais dans la nuit qui suivit ce jour une réaction produisit une amélioration soudaine, et dès le 28, à son g-rand reg'ret certainement, la princesse était sur pied.