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chanl, de fanon à révolutionner une cour esclave de l'étiquette. On raconte qu'un de ses amusements consistait à faire inonder par des jets d'eau artistement dissimulés les promeneurs dans les jardins. Un soir, ayant examiné comment s'habillait sa camerera mayor, la cérémonieuse duchesse d'Altamira, elle coupa subitement un cordon des vêtements de celle-ci, ce qui fit tomber d'un coup toutes ses jupes, et laissa la gTave dame apparaître en chemise au milieu du cercle de la cour (1). Elle-même s'affranchissait des plus simples exig-ences de la toilette. Sous prétexte de l'extrême chaleur de l'Espag-ne, elle ne mettait presque jamais ni bas ni jupes, et, quand elle se décidait à s'habiller, c'était avec une nég-lig-ence vraiment reg'rettable.
Un grand événement cependant se préparait. Le roi Philippe depuis long-temps désirait abdiquer. Sa mauvaise santé, son caractère scrupuleux surtout lui faisait trouver la couronne trop lourde à porter. 11 savait en outre que son fils rég^nant à sa jilace, ce prince ne ferait rien sans le consulter, et qu'il continuerait en résumé de g'ouverner sans en avoir la responsabilité directe aux yeux du ])ublic. La reine voyait ce chang*ement avec un extrême regTct, mais elle conservait au fond du cœur un secret et certain espoir de retour, car elle connaissait l'incapacité de son beau-fîls. Le peuple au contraire se montrait ravi en recueillant les bruits qui commencèrent à
(1) Saint-Simoiu
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circuler vers la fin de l'automne, et auxquels le rapprochement officiel du prince et de la princesse des Asturies avait donné créance. Il adorait ce prince sur lequel il fondait lespoir des réformes que tout le monde désirait: « Les Espag*nols aimoient son visag'e élrang'e, son fleg'me silencieux, cet enfant né au milieu d'eux, imbu de leurs préjugées, passionné pour leurs mœurs ; le roi nourri au chocolat, comme ils disoient (1). » Au Palais-Royal, ce sentiment était partag-é aussi vivement, mais par d'autres causes : on y redoutait l'influence d'Elisabeth Farnèse, et l'avènement du roi Louis paraissait des plus satisfaisants pour la France.
Le P. Daubenton cependant combattait ce projet, tout en cachant son jeu auprès du duc d'Orléans avec le(juel il entretenait des rapporis secrets. Nous savons en effet qu'il communiqua au Rég-ent le projet du roi, et que Philippe l'ayant appris, il fit une scène si violente à son confesseur, que celui-ci en mourut de révolution. Mais nous ne connaissions pas les détails de ce trag'ique incident ; nous ne connaissions pas non plus les intrig'ues multipliées qui se croisaient entre le Palais-Royal et l'Escurial : une dépêche secrète du maréchal de Tessé au duc de Bourbon, du 14 août 1724 (2), fournit à ce sujet les détails rétrospectifs les plus piquants et les plus complets.
(1) Lemoutey, II, p. 112^
(2) Aif. étr., voL 335.
« Le P. Daiibenton avoit un commerce intime avec feu le duc d'Orléans, dont le roi Philippe n'avoit nulle connoissance. Et Philippe en avoit un avec un homme de la maison de ce prince, que je n'ai pu découvrir, et qui lui rendoit compte de tout ce que f'aisoit S. A. R. Le commerce du roi avec l'homme que je ne sais point, étoit totalement inconnu au P. Daubenton et à Grimaldo, avec lequel S. A. R. avoit pareillement un commerce, de concert avec le confesseur, de la manière qu'à vrai dire le confesseur et le ministre rendoient compte à M. d'Orléans des plus intimes pensées du roi, qui pourtant leur cachoit le commerce qu'il avoit au Palais-Royal. Il arriva que l'homme du Palais- Royal écrivit au roi quelque chose qui l'embarrassa, au poi n t q ac ce prince indécis et scrupuleux confia son embarras au P. Daubenton, qui, voulant désabuser S. M., lui soutint que ce qu'elle disoit étoit impossible. Les discours du confesseur et son obstination à représenter que cela étoit impossible, échauffèrent le roi, au point que, pour convaincre le Père, S. M. tira de sa poche l'orig-inal de la lettre de son correspondant, et la lui lut.
<(M. d'Orléans fut averti par le Père qu'ildevoitse méfier, que quelques-uns d'autour de sa personne rendoient compte au roi de ce qui sepassoitau Palais- Royal, Ce même homme manda au roi de ne phis lui écrire, et que son commerce étoit découvert. Alors le roi dit au Père : 11 n'y a que vous à qui j'ai cunlic un secret, et vous l'avez révélé. — Et Iniil
de suite lui fil des reproches sang-lants de son infidélité, au point que cela causa au Père la maladie dont il mourut. Le roi, qui crut avoir part à son état, lui demanda plusieurs fois pardon d'être la cause de sa maladie qui empiroit, et le pria de lui nommer un confesseur pour lui succéder, en cas qu'il mourût, et lui faire faire pénitence sa vie durant de ce qu'il étoit cause de sa mort. Le Père Daubenton, déterminé par Grimaldo, qui vouloit à quelque prix que ce lût un confesseur espag-nol, détermina le l'oi à prendre lé P. Bermudez. C'est ainsi que Daubenton partant pour l'autre monde, le P. Bermudez resta charg-é de la conscience du roi, sans oublier la pénitence qu'il devoit imposer à S. M. d'être en partie cause de la mort de son prédécesseur.
« Pendant la maladie du Père, la reine, qui ne pouv^oit souffrir Grimaldo, promit au P. Bermudez de le faire cardinal, si ce bon Père pouvoit réussir à faire chasser Grimaldo. Le nouveau confesseur le promit à la reine, mais la mort de Daubenton étant survenue, et ne se sentant pas encore assez accrédité pour réussir à ce qu'il avoit promis à la reine, il se lia avec Grimaldo^ union qui dure encore et qui est augunentée par celle du P. Marin, confesseur du jeune roi, et celle du P. Ramos, qui g-ouverne la conscience de quasi tout ce qu'il y a de g^ens de condition espag'nole, et nommément du président de Gastille. »
Acelte époque, nous n'avions point d'ambassadeur
à Madrid : le rég-ent n'avait pas voulu lemplaoer Chavig-ny qu'il avait rappelé malgré lui, et M. de Goulang'es était seul charg"é des relations diplomatiques ; c'est à ce titre qu'il adressa, le 5 décembre 1723, au duc dOrléans , la long'ue dépêche suivante, entièrement chiffrée, qui donne de précieux éclaircissements sur la situation de la cour d'Espag-ne à cet important moment (1) :
« Tout semble porter à croire qu'il sera toujours très-difficile de vaincre par la force du raisonnement les scrupules dont le roy d'Espag^ne est naturellement susceptible par lui-même et surtout par le directeur de sa conscience, le P. Bermudez, son confesseur : il est, dit-on, haut et entier dans ses sentimens sous les apparences d'un homme bumble et simple, capable de porter loin dans les maximes insociables de sa nation la confiance du roy, et de réduire par deg*ré l'autorité souveraine au g'énie et aux usag*es d'un pays jaloux de son ancien g-ou* vernement. Je suis bien trompé, si en g^énéral ce qu'on appelle ici Garnacbe n'est pas aussi opposé à l'union que le roy d'Espagnie, qui a de grands ménag'emens pour eux, y est porté de tout son cœur, et si ces Garnaches, ainsi que les Grands, ne reg-ardent pas l'union comme le seul obstacle au dessein qu'ils ont de g'ouverner leui* roy et ses Estats. Tout me confirme dans ce pi'(\jug'é, au point de ne pouvoir don 1er (|u'ils mettent en usag'e ce qui
(1) Aff. rfraini., vol. :î:!I.
peut aigTii' el brouiller les deux couronnes. On veut par présomption que l'expulsion de tous les serviteurs étrang'ers de lacour d'Espag-ne n'est pas pour la nation l'article le moins ag-réable du projet du P. Berniudez. La consternation où je vois les François, qui, par leur ancienne domesticité, voyentde plus près les dispositions de ce prince, nie paroîl jusqu'à présent le g^arant le plus assuré des mouvemens d'un intérieur si important à éclaircir. J'y suis confirmé par la timidité de leurs réponses et par l'embarras de leur silence sur ma proposition, compatissant à leur situation actuelle par manière de conversation de discours publics auxquels atout événement je parois n'ajouter point de foi. .le ne peux d'ailleurs m'empêclier de croire que ce prince soit frappé d'une défiance perpétuelle propre à le fortifier dans ses scrupuleuses dispositions, et à lentraîner de plus en plus dans des irrésolutions si préjudiciables à ses propres intérêts et à ceux qui nous sont communs, et comme ses reg^ards par intervalle et la timidité de ses actions font marque de dérang'cment dans l'intérieur, que la santé de l'esprit ainsi que celle du corps peuvent y être concurremment intéressées, et que dans la conduite qui m'est prescrite, ne pouvant le voir ni l'entendre qu'avec le public, puisque je suis renfermé aux audiences du ministre avec lequel on devroit peutêtre dans bien des cas s'ouvrir moins qu'avec leroy et la reine, sur leurs véritables intérêts et ceux du roy mon maître, il m'est impossible de pouvoii'
faire une application un peu sensée de mon foible discernement à cet égard, ni croire par la même raison qu'un ambassadeur soit ici trop tôt, et que chaque jour de retardement ne puisse entraîner des inconvéniens d'autant plus fâcheux qu'ils pourroient être irrémédiables, soit par l'empire qu'on peut achever de prendre sur l'esprit de ce prince, au préjudice de ses bonnes intentions, soit parles tristes effets d'une maladie qui peut survenir d'un moment à l'autre, et dont ses médecins seroient moins estonnés qu'ils ne paroissentl'estre, qu'il n'en paroisse point dans l'obstination sans ég*ale de ne vouloir prendre aucun remède qu'à l'extrémité de sa vie. La reine s'occupe principalement du soin de l'ég-ayer par un enjouement forcé, et par la même raison dont la maxime est d'elle-même assez suspecte, de l'écarter du public, qui, selon toutes les apparences, n'est pas disposé à faire des sacrifices volontaires en leur faveur. Un ambassadeur ayant donc les occasions et les moyens par ses instructions d'entreprendre de dessiller les yeux de cette princesse, qui peut-être n'estend ses vues que sur le présent, il pourroit en môme temps g'ag'uer la confiance du roy. Je me suis souvent senti pressé par ce principe d'ag'ir de mon mouvement auprès de la reine, sur ce qui me paroissoit contre ses véritables intérests, mais j'ai toujours résisté constamment à la tentation, non-seulement par la crainte que l'opinion qu'il m'est revenu qu'elle veut bien avoir de ma franchise et de mon dévouement pour
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son service, ne prévalût pas absolument sur le moindre soupçon à contre-temps de quelque trait politique, mais encore parce que j'ai le bonheur de n'avoir rien à prendre sur moi. On me dit hier que le P. Bermudez lui devient insupportable, et qu'elle s'est échappée avec emportement à regTctter ce qu'elle a fait pour le mettre en place : mais peu de chose est capable d'enflammer et d'éteindre la vivacité de son humeur natui'elle. »