‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, l'abbesse de Chelles, laChapitre 7 sur 23 · LES PILLES DD BÉOEIIT · texte numérisé non relu

LES PILLES DD BÉOEIIT

maisons les plus célèbres de Tordre de Saint-Benoît en France; elle empruntait à son origine royale, à son voisinag'e de Paris, à son histoire, une noto* riété qui la plaçait au-dessus de monastères bien plus considérables. Elle était située entre Lag^yet Meaux, et devait sa première fondation à sainte Glotilde , qui avait établi auprès du château des chasses que les rois Mérovingiens avaient en ce lieu, un oratoire dédié à saint Georges et gardé par des bénédictines. En 662, sainte Bathilde fît rebâtir l'église et le couvent sur un plan plus étendu : elle s'y retira quand son fils, Clotaire II, fut en âge de régner, et elle y fut inhumée. L'exemple de cette pieuse reine attira à Chelles plusieurs personnages considérables. Sonichilde, femme de Charles Martel, y prit le voile; Giselle, sœur de Charlemagne, en futabbesse, dignité exercée ensuite par Hermentrude et par Bathilde^ l'une veuve, l'autre fille de Charles le Chauve. Le temps amena à Chelles comme partout ailleurs un relâchement qui attira l'attention des évêques de Paris, et à la fin du quinzième siècle la réforme en fut confiée à des religieuses de l'ordre de Fontevrault, sous la direction de la sœur du cardinal de Bourbon. Je ne sais pas si le résultat désiré fut complètement obtenu, mais il ne dut pas se faire bien longtemps sentir, car, au dix-septième siècle déjà, l'abbaye de sainte Bathilde n'était pets un monctstère précisément austère, sans que pour cela cependant je veuille dire que les mœurs y fussent relâchées. C'était un re-

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fuge pour les filles de bonne maison qui y vivaient honnêtement, pieusement même, assez doucement, sans tristesse, souslejoug* facile d'abbesses comme Marie-Henriette de Bourbon, bâtarde d'Henri IV, ou comme Gatherinede Scoraille, sœur de la duchesse de Fontanges.

L'abbaye formait un vaste et mag'nifique bâtiment au milieu dejardins entourés d'immenses murs. La verdure yélaitmag^nifique : ce n'était que sombres charmilles, tilleuls séculaires, bouling'rins, massifs de fleurs, riches verg^ers, potagers plantureux, viviers remplis de poissons délicats : il suffît du reste de jeter un coup d'oeil aujourd'hui, en les traversant en chemin de fer, sur les prairies de Chelles, pour apprécier cette délicieuse retraite au bord d'un large fleuve, au pied de riches coteaux couverts de bois et de vignes, non loin de Montfermeil.

C'est là que furent envoyées mesdemoiselles de Chartres et de Valois, qui eussent bien préféré cependant demeurer à Saint-Cloud. « Monseigneur « le duc d'Orléans met en religion ses filles au « nombre de deux, car il y en a une troisième qui « p'a encore que cinq et six mois : ces deux prin- « cesses aînées sont au désespoir de ce parti . C'est « dans l'abbaye de Chelles où elles iront quand les « lieux seront disposés, ce que madame la maré- « chale de Villars va faire dès aujourd'hui (1). »

(\) Lettre de la marquise d'Huxelles, 7 juin 1710.

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Mais ces travaux furent prompts à exécuter, car deux jours après M"" d'Huxelles écrit de nouveau : (I Les deux princesses, filles de Monseigneur le duc tt d'Orléans, sont à Ghelles du jour même qu'on en « a parlé, si affligées qu'elles ont passé par (I Paris, les rideaux du carrosse fermés (1). Elles (I avoient avec elles une sous-gouvernante et six ce femmes de chambre non mariées, comme l'ab- « besse l'a demandé (2). » Le lendemain le duc et la duchesse allèrent à Ghelles voir les nouvelles recluses (3).

Le monastère avait alors pour abbesse Agnès de Villars, sœur du maréchal, qui en avait été pourvue au mois de juillet 1707. Née en 1654, elle avait prononcé ses vœux dans l'abbaye bénédictine de Saint-André-le-Haut, à Vienne, et elle en était devenue prieure. Elle la quitta pour succéder à Marguerite de C!ossé-Briss€M5, qui gouvernait Ghelles depuis 1671 (4). G'était une femme de haute vertu, mais roide, hautaine, inflexiblement attachée à la règle, jalouse de son autorité : la plus légère infraction lui paraissait une faute grave et portait atteinte à son pouvoir. Elle n'était nullement faite

(1) Lettre de la marquise d'Huxelles^ 9 juin.

(2) Ibid. — La pension payée à Tabbaye pour l'entretien de ces princesses fut fixée à 9^000 livres pour chacune, tandis que leur maison en coûtait 24,000 à leur père. (Ibid, Lettre du 13 juin.)

(3) Ibid. — Dangeau, 10 juin 1710.

(4) M™* de Cessé s^était Tolontairement démise, en IH80> en faveur de Catherine de Scorailles et avait pris le gouvernement de Ghelles à la mort de celle-ci en 4688.

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pour dirig'er une éducation et elle attachait trop d'importance aux déUuls et à l'apparence pour qu'au fond son monastère fût bien gouverné. Nous la retrouverons plus tard, avec quelques années de plus, ce qui ne pouvait qu'avoir encore aigri son caractère passablement difficile, quand la jeune princesse, devenue religieuse, entra en lutte avec elle, pour lui succéder, et nous verrons quelle roideur fut déployée d'un côté et quelle persévérance de l'autre.

Au-dessous de l'abbesse était la prieure. M""* de Fretteville, femme aussi douce, aussi facile que l'abbesse l'était peu, et qui, comme maîtresse des novices , avait appris à connaître la jeunesse, à se faire aimer d'elle. Elle paraît avoir exercé une certaine influence sur M"* de Chartres et surtout avoir contribué à développer ses projets de vocation: elle considérait l'exemple de sa royale élève comme l'un des plus g^nds de ceux par lesquels Dieu ait voulu édifier le monde.

Les détails malheureusement nous manquent complètement sur le séjour des filles du duc d'Orléans à Ghelles. Nous savons qu'elles assistèrent toutes deux, le 6 juillet 1710, au mariage de leur sœur avec le duc de Berry. Mais là s'arrêtent nos indications, et cependant M""* de Valois demeura à Chelles jusqu'au 4 août 1714, et M"' de Chartres jusqu'au 17 octobre 1715. Dangeau, qui est si minutieux dans tous les détails concernant la cour et qui n'avait pas manqué d'enregistrer la visite du duc et de la duchesse d'Orléans à leurs filles le sur-

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lendemain de leur entrée dans l'abbaye, n'en mentionne plus une seule pendant ces cinq années, et il ne manque pas cependant de noter tous les déplacements que la duchesse faisait à l'abbaye de Montmartre. MaisGhelles était plus loin, et nous savons de reste qu'elle se souciait peu d'avoir à s'occuper de l'éducation de ses filles. Il semble même qu'en les plaçant dans un monastère, le duc d'Orléans ait eu la pensée de leur faire prendre le voile : l'expression de la lettre de M"* d'Huxelles ne peut avoir été mise par hasard. « Monseigneur le duc d'Orléans met en religion ses filles. » Elle recueillait évidemment en écrivant ce pfitssage un bruit public, parfaitement corroboré par ces mots que traçait Madame, le 8 août 1715 : « La duchesse d'Orléans voudroit toutes ses filles religieuses, m

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