CHAPITRE PREMIER
Intérieur du Palais-Royal. — Caractère du duc d'Orléans. — Caractère de la duchesse. — Sa naissance. — Son mariage. — Ses enfants. — Ses sœurs. — Leurs ri'valités. — Elle néglige absolument ses filles. — Mariage de Monsieur. — Ambition de la duchesse. — La Palatine. — Affection du duc pour sa fille ainée. — Prétention pour le rang de celle-ci. — Intrigues. — Echec. — Désespoir de la duchesse. — Elle recherche alors le duc de Berry pour gendre. — M**'» de Chartres et de Valois envoyées au couvent. — L'abbaye de Chelles. — Leur désespoir. — Leurs parents voudraient leur voir prendre le voile. — Absence de renseignements sur leur séjour à Chelles.
C*étaît un singulier intérieur que celui de Philippe deFrance, duc d'Orléans, de ce prince destiné à attacher son nom au souvenir d'une rég^ence si préjudiciable à la reconstitution morale de notre pays ; un intérieur peu propre à l'éducation de six princesses qui y auraient vainement cherché , non pas de bons exemples, mais même l'appui le moins exig'eant. Aussi ont-elles presque toutes répondu à réducation qu'elles y reçurent. L'aînée étonna une cour, 6tssurément des moins scrupuleuses, par des
excès que pouvait seul excuser un état évidemment maladif au moral comme au physique; la seconde se montra honnête, mais aussi fantasque que le peut souhaiter la plus libre fantaisie; deux autres affichèrent des excentricités peu compatibles avec la plus élémentaire raison. Les deux dernières seules furent honnêtes, sagpes, et leurs courtes existences reposent au milieu de ces écarts et de ces insanités malsaines. Toutes, d'ailleurs, vécurent peu, car celle qui prolongea le plus longuement sa vie, l'abbesse de Ghelles, mourut à quarante-cinq ans.
Mais, avant de raconter Thistoire si diverse de ces petites-nièces de Louis XIV, il nous faut entrer dans cet intérieur du Palais-Royal, auquel nous venons de faire allusion, pour comprendre la mauvaise direction donnée à ces princesses, et bien voir que ce n'est pas à elles seules qu'incombe la responsabilité de leurs folies.
Nous ne parlerons pas longuement du duc d'Orléans. Le caractère de ce prince est trop connu, il a été trop souvent étudié pour que nous prétendions pouvoir utilement nous y arrêter, n'ayant aucun trait nouveau à indiquer. Un conte ingénieux de Madame peint exactement et en quelques lignes le caractère de son fils. Elle disait que toutes les fées avaient été conviées à ses couches, que toutes y étaient venues et que chacune avait doté le jeune prince d'un talent ou d'une qualité, mais qu'une vieille fée avait été oubliée parce qu'on la croyait depuis longtemps disparue de ce monde. Piquée de
Tomission, elle arriva appuyée sur son bâton, au moment où la dernière de ses compagnes venait de faire son présent au duc de Chartres et elle se veng'ea en lui infligpeant le malheureux défaut de rendre absolument inutiles tous les dons qu'il venait de recevoir. En effet, le duc d'Orléans ne manquait d'aucune des qualités propres à former un grand prince et à lui concilier l'afTection populaire, mais il les gâta toutes par une faiblesse, une indécision et une immoralité qui obscurcirent son intelligence, le compromirent souvent et ne lui laissèrent faire aucun bien. Si nous croyons devoir négliger volontairement ce prince qui tenait une si triste place au milieu de sa nombreuse famille et surtout s'y montrait avec si peu de dignité, nous n'en essayerons pas moins de pénétrer dans cet intérieur où il paraissait rarement, et d'étudier la figure si peu connue et si mal définie de madame la duchesse d'Orléans. Cet examen est le début indispensable du travail que nous nous proposons de tenter. Après avoir constaté l'incapacité morale du Régent pour élever ses filles, il nous faut chercher si le même reproche n'atteint point sa femme, car nous voulons trouver avant tout Fauteur ou la cause de la déplorable éducation des princesses d'Orléans, et fixer la part de responsabilité qui revient à chetcun*
Françoise-Marie, légitimée de France, naquit le 25 mai 1677 ; elle était fille de Louis XIV et de la marquise de Montespan, sœur par conséquent de la duchesse de Bourbon, du duc du Maine et du
comte de Toulouse (1). Elle vint au monde lors du raccommodement qui eut lieu après la rupture provoquée par le jubilé de 1676, ce qui fit écrire plaisamment par M"** de Caylus : « Je ne puis me refuser « de dire ici une pensée qui me vint à l'esprit : il « me semble qu'on voit encore dans la physionomie « et dans toute la personne de madame la duchesse « d'Orléans des traces de ce combat de l'amour et « du jubilé. » Elle reçut le nom de mademoiselle de Blois , et fut élevée comme les autres enfants de la marquise de Montespan par M"* de Main tenon. Son père résolut de bonne heure de l'unir au duc de Chartres, désirant avant tout établir ses bâtards avec le plus de grandeur possible ; la sœur aînée de M"* de Blois avait déjà épousé le duc de Bourbon ; la fille de mademoiselle de la Vallière était veuve du prince de Conti. Cette fois Louis XFV voulait le fils du premier prince du sang. 11 savait le mauvais effet causé dans le public par ces hymens princiers, mais il s'en préoccupait peu ; seulement dans cette circonstance il éprouva un certain embarras à vaincre la répug^nance de son frère et surtout la hauteur de sa belle-sœur, la princesse Palatine, aussi attachée que pouvait l'être une Allemande à la noblesse de sa maison et particulièrement portée à abhorrer les bâtards. Le duc d'Orléans fut cependant g^ag^né, et le duc de Chartres entraîné
(1) Nous ne nous proposons nullement d'écrire ici l'histoire de cette princesse. Nous avons l'intention de lui consacrer une étude spéciale, et nous ne voulons aujourd'hui voir en elle que la mère de famille.
par l'abbé Dubois, son répétiteur, qui d'une part lui fit peur du roi et de son père, et d'autre part, comme le dit Saint-Simon, «lui fit voir les cieux ouverts » s'il acceptait. Restait Madame qui , ayant vent de ces intrig'ues , adressa à son fils les plus vives remontrances et obtint de lui Fengag^ement formel de ne pas céder aux instances dont on le harcelait. Louis XIV, résolu à ne plus attendre davantage l'accomplissement d'un mariage auquel il tenait désormais d'une manière absolue puisqu'il était en quelque sorte devenu public , fit venir le duc de Chartres dans son cabinet, et devant son père, qui approuva, lui demanda s'il voulait épouser mademoiselle de Blois, tout en feignant de le laisser complètement libre. Le pauvre prince répondit en balbutiant et cherchait encore un atermoiement quand sa mère entra. « Le roi lui dit qu'il comptoit bien « qu'elle ne s'opposeroit pas à une affaire que Mon- « sieur désiroit et que M. de Chartres y consentoit; « que c'étoit son mariage avec M^^ de Blois , qu'il « avouoit qu'il désiroit avec passion, et ajouta cour- « tement la même chose qu'il venoit de dire à M. le « duc de Chartres, le tout d'un air imposant, mais u comme hors de doute que Madame pût n'en être « pas ravie, quoique plus que certain du contraire. « Madame, qui avoit compté sur le refus dont M. son « fils lui avoit donné parole , qu'il lui avoit tenue « autant qu'il avoit pu par sa réponse si embara rassée et si conditionnelle, se trouva prise et « muette. Elle lança deux regards furieux à Mon-
« sieur et à M. de Chartres, dit que, puisqu'ils le « vouloient bien, elle n'avoit rien à dire, fît une « courte révérence et s'en alla chez elle. M. son « fils Ty suivit incontinent, auquel, sans donner le a moment de lui dire comment les choses s'étoient e passées, elle chanta pouille avec un torrent de « larmes et le chassa de chez elle (1). »
Le soir, après le concert, le roi fit appeler la jeune princesse qui commençait à peine à paraître à la cour. Elle ne savait absolument rien de ce qui se passait, si bien que, naturellement timide, à Texcès, elle se crut mandée pour recevoir quelque réprimande : « elle étoit si tremblante que M"* de Maintenon la prit sur ses genoux où elle la tint toujours la pouvant à peine rassurer (2). » On sait que le lendemain, comme, en allant à la messe du roi, le duc de Chartres s'approchait de sa mère pour lui baiser la main suivant Tusage, elle lui appliqua devant toute la cour un soufflet « si sonore quil fut entendu de quelques pas » . Le mariage fut célébré le 18 février 1692.
C'étaient là de tristes préliminaires. La jeune duchesse cependant paraît avoir pris assez bien son parti et les débuts du mariage ne furent point malheureux. Dès la fin de Tannée suivante elle accouchait d'une fille qui ne vécut que quelques mois (3) et dont Madame, à vingt ans de là, écrivait cette singulière
0)Saint-Simon. 1, 14.
(2)/6tcl.,45.
(3) 47 décembre 4693 - 47 octobre 1694: elle ne fut môme pas nommée.
oraison funèbre : « M"* la duchesse d'Orléans avoit eu a avant la duchesse de Berry une fille qui n'a vécu a qu'un an; que Dieu me le pardonne, mais la mort « de cette enfant ne me causa pas beaucoup de « chagprin (1). » Elle vivait en apparence dans une gprande et joyeuse intimité avec ses sœurs de Bourbon et de Conti ; mais de fréquentes querelles éclataient , causées par la bienveillance plus ou moins accentuée du roi enverô Tune ou Tautre d'elles : « Les princesses, comme on les appelait à la cour, « cherchoient par tous les moyens à se nuire. « Comme Louis XIV avoit exigé que la duchesse « de Chartres nommât les deux autres princesses : « ma sosuTy et que celles-ci la traitassent toujours de « madame^ elles en furent fort piquées. La princesse « de Conti se soumit de bonne grâce, mais madame « la duchesse chercha à tourner la difficulté en ap- (( pelant madame la duchesse de Chartres ma mi-- « gnonne^ sous prétexte qu'elles éloient tout à fait " sœurs. La duchesse n'osa se plaindre, bien que ce (( terme gracieux s'appliquât peu à son visage et à •< sa tournure; mais le duc d'Orléans l'ayant su le « trouva mauvais et se plaignit avec éclat. Le roi « parla sévèrement à la duchesse de Bourbon qui à « son tour céda, mais non sans se sentir plus vivea ment froissée. C'est alors que dans une partie de « nuit à Trianon elle s'avisa de faire éclater des péa tards sous les fenêtres de Monsieur. Il se fSU^ha,
(\) Lettre du 31 mars 1718.
iO LES FILLES DU RÉGENT.
« et cette fois madame la duchesse.eut Thabileté de « prouver la culpabilité de sa sœur, et celle-ci ren- « contra pendant long^lemps un certain ressenti- « ment auprès de son beau-père : la duchesse de « Bourbon assaisonna tout cela de chansons assez « vives, et il fallut Tintervention de M"* de Montes- « pan, pour obtenir que Monsieur pardonnât com- « plétement et aussi pour rétablir la bonne harmonie « entre ses deux filles sur lesquelles elle avoit con- « serve une g^rande autorité et qui lui témoig'noient a toujours une parfaite déférence. »
La jeune princesse eut, de 1695 à 1700, trois filles: Louise-Élisabeth-Marie, mademoiselle d'Orléans (1); Louise -Adélaïde, mademoiselle de Chartres (2) ; et Charlotte-Aglaé , mademoiselle de Valois (3). A mesure qu'elle prenait à la cour une place plus importante, la duchesse de Chartres se sentait plus empressée à acquérir une influence que la faveur de son père lui rendait facile sur la foule des courtisans, et à tenir davantage à sa future position de première princesse du sang». La mort de son beau-père (9 juin 1701), bien qu'elle n'ait jamais eu à se plaindre de lui , ne lui causa aucun chag^rin *: elle voyait disparaîre une barrière qui la séparait du roi et elle comptait bien ne plus
(i) Depuis duchesse de Berry.
(2) Abbesse de Chelles.
(3) Princesse de Modène, C'est sa mère qui voulut qu'elle reçût le nom d'Aplaé.
LA DUCHESSE DE BERRT. Il
quitter la cour, au lieu de suivre Monsieur à Paris ou à Saint-Cloud, où elle se trouvait comme en pays inconnu et exposée aux humeurs de Madame, qui ne lui épargna jamais aucunes taquineries. Elle chercha à se grandir par tous les moyens possibles, au risque de provoquer de nombreux mécontentements autour d'elle. C'est ainsi qu'en 1704 elle cessa de rendre des visites aux femmes non titrées et qu'elle chercha à se former une petite cour. Elle venait de donner le jour à un fils (4 août 1703), ce qui aug'mentait encore sa sécurité et lui semblait surtout devoir accroître sa situation. Le malheur était qu'elle ne sut pas y prêter par ses qualités personnelles faites plutôt pour éloigner que pour attirer.
La duchesse d'Orléans avait un caractère peu sympathique que dominait un principe excessivement faux et influant cependant souverainement sur toutes ses actions. Elle se considérait comme supérieure à toutes les princesses en sa qualité de fille de Louis XIV, et elle ne sut jamais admettre l'infériorité que lui infligeait sa naissance illégitime. Elle aimait extrêmement sa mère, à la mort de laquelle elle montra une profonde et réelle douleur ; elle n'avait d'estime et d'ambition que pour son frère, le duc du Maine, que M"* de Maintenon avait su avec tant d'habileté placer si avant dans l'affection du roi. Pour elle, son titre de légitimée de France, tranchons le mot, de bâtarde de Louis XIV, était bien au-dessus de celui de duchesse d'Orléans,
comme nous en verrons dans le cours de ce récit de sing^ulières preuves.
Le duc d'Orléans était certainement un époux peu enviable ; il aimait cependant sa femme parce qu'il aimait toutes les femmes avec lesquelles il avait été bien, comme le dit Madame avec une expression beaucoup plus énerg*ique (1). 11 allait à peu près tous les jours chez elle : quand elle se montrait de bonne humeur, il y restait volontiers assez longptemps; mais, quand il en était autrement, il ne faisait qu'entrer et sortir sans rien dire (2) : « Il est à « plaindre d'avoir une femme aussi opposée à ses « vues, plus encore en la voyant convaincue qu'elle « lui avoit fait un g'rand honneur en consentant à l'é- « pouser (3). I) La duchesse n'avait pas su ramener sa belle-mère ; tout au contraire elle laissait percer devant elle une hauteur qui indig'nait la princesse allemande, habituée, comme noua l'avons dit, à professer un véritable mépris pour les bâtards (4). Elle exerçait cependant une certaine influence sur le duc d'Orléans qui l'appelait dans leurs moments de g^aieté : « Madame Lucifer (5), »> et cédait en certaines circonstances pour obtenir la paix dans son intérieur; cette influence lui était acquise par une
{i) Lettre du 13 décembre 1718.
(2) Ibid., 1«' novembre 1718.
(3)IWd., 16 janvier 1716.
(4) « Si j'avois pu racheter de mon sang le mariage de mon 61s^ je l'aurois fait. » (IWd., 5 mai 1716.) (5)I6W., 17 avril 1718.
grande obstination et une force d'inertie extraordinaire qui empruntait une puissance particulière à Texcessive indolence de la princesse. Rien en efîet n'était comparal)le à sa paresse, à laquelle on attribua même ragpgpravation de son état maladif. La duchesse d'Orléans passait la plus grande partie de sa vie étendue. Elle s'était fait faire un canapé qu'elle ne quittait presque jamais; elle y restait pour jouer au lansquenet, — qu'elle aimait avec passion, — pour mang'er, pour lire : « Bref presque toute sa vie se passe couchée; aussi est- elle toujours malade (1). »
Madame la duchesse d'Orléans avait de l'intellig^ence et de la beauté. « Elle étoit g^rande et de tous « points majestueuse; le teint, la g^org^e, les bra^ « admirables, les yeux aussi ; la bouche assez bien a avec de belles dents, un peu long^ues ; des joues « larges et trop pendantes qui les g'âtoient, mais « qui n'empêchoient pas la beauté. Ce qui la dépa- « roit le plus étoit la pleure de ses sourcils qui étoient « comme pelés et rougis avec fort peu de poils; de <« belles paupières et des cheveux châtains bien planer tés. Sans être bossue ni contrefaite, elle avoit un « côté plus g^ros que l'autre, une marche de côté, et « cette contrainte de taille en annonçoit une autre (( qui étoit plus incommode dans la société et qui « la gênoit elle-même (2). » D'une intellig^ence
(l)16ia., 17aTrill748.
(2) Saint-Simon. — « Elle a Tair âgée. Madame se couvre de rouge, a
moins vive que son mari, elle avcdt plus de suite dans Tesprit, s'exprimait facilement, nettement, avec un agrément et une orig^inalité qui faisaient « penser à sa mère : eUe avoit un parler gras si (c lent, embarrassé, si difBcile aux oreilles (1)» qu'il prévenait défavorablement et rendait aux premiers abords sa conversation peu facile ; mais on s'y habituait rapidement et on ne remarquait plus que son élégance et sa finesse.
La duchesse était timide et avait toujours eu une peur extrême du roi et aussi de M"' de Maintenon ; elle n'avait pas su s'en corriger, et Saint-Simon assure qu'en public elle ne put jamais leur répondre sans rougir et balbutier; jamais elle n'avait songé à adresser la pcwole à son père sans y être provoquée par lui. Après son mariage elle parut vouloir compenser ces souffrances d'amour-propre en les infligeant à son tour à d'autres. Mais elle se heurta encore à deux caractères peu propres à lui permettre l'expansion qui aurait peut-être pu corriger ce caractère imparfaitement développé et déjà aigri ; le duc d'Orléans par son indifférence et Madame par sa hauteur. Elle fatiguait promptement d'ailleurs par ses caprices et ses accès de vanité après avoir attiré par ses eibords séduisants. Il faut ajouter qu'elle n'avait jamais aimé l'époux que la volonté tenace du roi lui avait imposé, et nous avons dit
« la tête branlante depuis sa petite Yérole< » (Lettre de Madame du 9 juin 1746.) (4) Samt-*Simon.
LA DUCHESSE DE BERRT. i5
SOUS quels fôcheux auspices commença cet hymen. On assure même que si le prince eût été libre de faire son choix, il aurait adressé son hommag^e à sa belle-sœur, la duchesse de Bourbon. Cette union de bienséance ne pouvait donc être bien tendre en dépit des gagnes nombreux que lui donna la fécondité de la jeune duchesse. Sa vanité d'être fille du roi lui faisait sérieusement croire qu'elle avait honoré son époux en consentant à lui donner sa main, et cependant, par une étrange contradic- • tion, elle n'oubliait jamais envers ses frères et sa sœur que son mariage lui avait donné le titre de petite-fille de France, en la faisant la première des princesses du sang. Cet orgueil insupportable, sa nonchalance habituelle, son oisiveté détachèrent le duo, ou du moins le portèrent à rechercher hors de chez lui les distractions qu'il ne pouvait trouver au Palais-Royal. La princesse se replia de plus en plus sur elle-même et arriva en peu d'années à se laisser absorber absolument par les deux passions qui constituèrent véritablement sa vie : l'orgueil et l'oisiveté : l'orgueil^ qui seul était capable de surmonter sa paresse et de lui donner une activité, une ardeur, une volonté également énergiques ; l'oisiveté, qui remplissait ses heures et l'empêcha même de remplir le rôle de mère envers ses nombreux enfants. Elle n'aimait pas son mari, avons-nous dit, mais son amour-propre soufift*ait de sa conduite; elle n'aurait pas voulu faire la moindre démarche pour l'attirer et le ramener à elle,
J6 LES FILLES DU RiGENT.
prétendant être trop au-dessus de lui pour s'abaisser à ces tentatives et même pour renoncer à ce quelle savait lui déplaire; mais elle eût voulu être « adorée et servie par lui comme une divinité (1) » . Jamais elle ne se montra ni accueillante, ni même g'racieuse à son ég'ard ; quand il lui témoig^nait quelques prévenances, elle affectait un air de grandeur qui le blessait ou lui faisait simplement lever les épaules. Le duc d'Orléans essaya bien des fois cependant de vaincre cette froideur, mais il ne put y parvenir, et Saint-Simon nous apprend que ce fut ' ce qui Téloig'na de son intérieur. La conduite privée de la princesse a été rarement attaquée, mais cependant Madame n'hésite pas à l'accuser. Bien que ces allusions paraissent rarement dans ses lettres, et que Ton sache quels sentiments hostiles elle portait à sa belle-fille, on ne peut s'empêcher de concevoir quelques doutes après un passag^e aussi formel publié seulement depuis peu d'années : « Malg^ré toute sa g^ravité, elle n'est cependant jamais sans affaires : on doit toutefois lui rendre cette justice qu'elle s'y gouverne bien et ne fera jamais d'éclat. Tout Paris la croit une vestale ; mais moi, qui vois les choses de près, je sais bien ce qui en est. » Le duc d'Orléans n'avait aucune illusion, car sa mère ajoute : a Je conseille à mon fils de toujours vivre très-bien avec elle ; car à quoi serviroit un éclat? Le roi seroit pour sa fille, et, malg^ré l'éclat, mon fils devroit la
(1) Saint-Simon.
LA DUGHES9E DE BERRT. 17
garder ; il faut donc mieux fermer les yeux et vivre bien ensemble (1). »
Incapable de se livrer pour ses enfants aux soins les plus ordinaires, tout aussi éloignée dé s'occuper avec dévouement des intérêts de son mari sur lequel elle entendait, sans paraître s'en soucier, les bruits les plus odieux, la duchesse d'Orléans était susceptible d'énergie, si son orgueil était en jeu, d'héroïsme, s'il s'agissait de son frère, le duc du Maine. Pour ce prince rien ne lui coûtait, ni peine, ni fatigue, ni démarche d'aucune sorte ; elle aurait voulu régner, et il lui semblait qu'elle aurait approché plus près du pouvoir si le duc du Maine était devenu tout-puissant. Celui-là seul possédait son affection tout entière ; elle goûtait peu ses sœurs et ne voyait sa belle-sœur du Maine que par bienséance. Elle aimait aussi beaucoup le comte de Toulouse, qui, au début même, avait été son favori, mais qu'elle trouva ensuite trop réservé, disons le mot trop politique et trop ennemi de l'intrigue. Elle se plaisait à voir autour d'elle une cour où l'on parût professer une sorte de. culte pour elle. Elle recherchait les hommages et les caractères humbles ou serviles. Ses , femmes de chambre avaient une grande influence sur elle, bien qu'elle fût inconstante dans ses fa^veurs avec ceux qui l'approchaient le plus et qui se trouvaient avoir démérité sans savoir comment. « Elle se croit la première princesse du monde ;
(4) Lettres inédites, publiées par A. Rolland, du 21 mai 1712.
i8 LES FILLES DU RÉGENT.
« beaucoup plus spirituelle que son mari, elle est « d'une habileté supérieure sur toutes les affaires . a domestiques et de femmes de chambre : aussi a préfère-t-elle la compag*nie des femmes de cham- « bre à celle des g*ens comme il faut. Il se passe « quelquefois huit jours sans qu'elle voye aucune « de ses dames qui toutes n'osent se présenter chez « elle que lorsqu'elles sont appelées (1). »
Sa maison était considérable, mais elle n'y tenait que comme moyen d'aug'menter sa cour. Elle n'y voulait que des gens parfaitement à sa dévotion. Le duc de Saint-Pierre, intriguant dang'ereux sous une apparence austère, était devenu son premier écuyer à la mort de M. de Fontaine-Martel, et sa femme était la complaisante de la duchesse qui ne pouvait ni s'en passer ni lui rien refuser. Ses^ autres dames étaient M"' de Castries, dame d'atour, M"' de Jussac, femme d'un sérieux mérite, la duchesse Sforce, sa cousine g'ermaine comme fille cadette de M°" de Thiang^es, sa plus intime favorite et sa confidente absolue* Celle-ci était du reste une femme intelligente, sag*e, avisée, honnête, bienveillante, et son intimité, comme Saint-Simon le dit, fut « un bonheur « pour cette princesse ». Celle-ci passait sa vie avec . la duchesse Sforce , dînait presque tous les jours avec elle ; elle y admettait, mais bien rarement, son fils et sa fille Louise- Adélaïde. La duchesse d'Orléans prétendait être maîtresse absolue dans sa
[\) Lettre de Madame^ du 3i mars 17i9.
maison et elle y apportait une véritable dureté. Une anecdote racontée par Saint-Simon en donnera la mesure.
Elle avait pour dame d'atours la comtesse de Castries, fille du duc de Vivonne, et pour chevalier d'honneur le mari de celle-ci. M. et M™« de Castries avaient un fils unique et ne possédaient qu'une modique fortune; ayant trouvé à marier ce jeune homme doué des plus sérieuses qualités avec M"« de Noient, fille d'un conseiller au parlement fort riche, ils se décidèrent, avant de conclure définitivement, à en parler à la duchesse comme étant de sa maison. «Cette princesse, qui, comme Minerve, n'avoit « point de mère (1), et ne reconnoissoit de parents « que ceux de Jupiter, n'avoit jamais laissé entrevoir « aux Castries la moindre idée de parenté, quel- « que amitié , quelque familiarité , quelque court fiance qu'elle eût en eux, et eux de leur côté auroient commis un crime irrémissible à leur « égard, s il leur en étoit échappé la moindre ap- « parence. A la mention de ce mariage elle se douta « pour la première fois qu'il pouvoit être que M™«de « Castries fût sa •cousine germaine, et tout aussitôt n chaussa le cothurne sur l'indigne alliance des « Noient. Ce n*étoit pas qu'elle eût un autre parti à « leur proposer, moins encore de quoi prétendre à « mieux ; mais de ce mariage elle n'en voulut pas
(1) Les lettres de légitimatioD ne mentioiiDent pas le nom de la mère pour les enfants de M"^^ de Moutespan. Elles sont du 4 norembre i684 4
« entendre parler, le traita d'oflense pour elle , et « fit tant de bruit qu'il en demeura tout court; il « fallut attendre, et cela dura six mois. Ce mariag^e a cependant ne fut pas rompu, parce qu'il éloit « réciproquement désiré. A la fin le duc du Maine « et le comte de Toulouse obtinrent la levée de « rinterdit et le mariag^e s'acheva. Mais depuis ce « moment tout fut si dédaig*neux de la part de « M«»« la duchesse d'Orléans que la jeune femme « n'osoit presque plus s'y présenter, et que M. et « M™« de Gastries étoient eux-mêmes fort empêchés « de leurs personnes. Les pauvres jeunes gens ne « durèrent guère. Ce ne fut que par leur mort, qui « arriva à quatre jours l'un de l'autre, que M™« la « duchesse d'Orléans se rapprocha de M. et M™«de a Gastries, qui en pensèrent mourir de douleur et « ne s'en consolèrent jamais. »
La duchesse d'Orléans était très-g'ourmande, et mangeait même avec excès (1). Lente dans tous ses mouvements comme dans son parler, elle était lente également à table; d'un caractère faux, elle affectait d'accabler d'amitiés sa belle-mère, quand elle la voyait (2), pour la desservir en secret, et elle essaya notamment de détacher d'elle ses filles. Superstitieuse au plus haut degré (3), elle ne manquait jamais^
(i) « Elle s'eniTre comme un sonneur^ trois ou quatre fois par semaine. » (Lettre du 7 mars <696, édit. A. Rolland.)
(2) Lettre du 7 octobre 4718. Dans une lettre du 5 juin 171 6> Madame disait : « Je suis contente de ma bru : elle a pour moi tous les égards possibles. »
(3) 16*d., 18 juin 1717.
LA DUCHESSE DE BERRY. ii
quand elle égarait quelque objet, de faire dire des prières par M™« de Boiter, relig'ieuse qu'elle avait connue à Fontevrault, prétendant que par reconnaissance celle-ci lui ferait retrouver ce qu'elle cherchait. Elle était capable d'une grande duplicité , et nous en verrons la preuve à l'occasion de la conspiration de Cellamare ; très-énergîque alors, elle secouait son indolence et nulle démarche ne lui coûtait. Nous la verrons ég^alement à l'œuvre quand il s'agpira d'obtenir pour sa fille aînée le pas sur toutes les autres princesses et de la marier avec le duc de Berry. Dans un moment elle oubliait même sa mauvaise santé qui contribuait évidemment d'ailleurs à altérer son caractère, mais qu'elle ag'g^ravait, il faut le reconnaître, si même elle ne la. provoquait point par un rég^ime absolument malsain (1). Elle avait de fréquentes mig^raines , mais elle savait aussi en avoir de commande au besoin, voulant au moins sans doute profiter de cette pénible infirmité.
Si la duchesse d'Orléans était médiocrement bien avec son volag'e époux, assez mal avec ses filles, elle inspirait une véritable antipathie à sa belle-mère, pour laquelle elle résumait à peu près toutes les imperfections par son titre de bâtarde. On trouve bien peu de passages qui ne soient malveillants à son égard dans la piquante correspondance de la Pala* tine. « Ma belle-fille est une désagréable et méchante
(\) « Depuis la moi-t du roi^ elle ne se lace plus. » (Lettre du 19 mars
« créature, écrit-elle le 10 octobre 1 693 ; elle ne s'in* « quiète pas de mon fils et méprise Monseig*neur « comme si elle étoit quelqup chose de bon ; elle ne « fait rien, mais elle vit à mon ég^rd dans une « affreuse indifférence. Elle ne veut rien dire devant (( moi de ce qu'elle fait et reste quelquefois quinze « jourssans venir me voir. Je la laisse courir et ne fietis a pas semblant de m*en apercevoir ; mais son arro- « g*ance et sa mauvaise humeur sont insupportables « et sa fig^ure est parfaitement déplaisante (1). « Elle est toute bistournée, avec cela une affreuse « prononciation , comme si elle avoit toujours la « bouche pleine de bouillie, et une tête qui branle « sans cesse. Voilà le cadeau que la vieille ordure « nous a fait. Vous pouvez vous figurer si l'on doit a mener avec elle une vie agréable. Mais la nais- « sance tient lieu de tout et supplée -aux qualités « qui manquent. Elle tourmente son mari tant et « plus, et le pauvre g'arçon se repent amèrement « d'avoir fait cette folie et de n'avoir pas voulu me «c croire. Elle veut aussi le prendre de haut avec « ma fille ; elle prétendroit volontiers se faire servir •< par elle comme par une domestique; mais ma K fille ne se laisse pas imposer par ses g*rands airs
(I) La duchesse d'Orléans avait une tout autre opinion d'elle-même : « Klle ne croit pas avoir de pareille au monde, sous le rapport de la beauté, de l'esprit et de toutes les perfections. Elle se compare toujours h Narcisse, tant elle se regarde constamment dans un miroir. » (Lettre du i«' novembre 1718.) « Elle se farde outre mesure, avec du rouge d'Espagne : nous la taquinons souvent à ce sujet; elle ne fait qu'eu rire. » (20 novembre 1716).
a et 66 moque tout simplement d'elle, ce qui donne « souvent lieu à des bouderies (1). »
La princesse Palatine avait vu évidemment avec dépit son fils, pendant quelques années au moins, subir l'influence de sa femme; elle constate souvent cette disposition du duc d'Orléans : « Mon fils a pour « sa femme un aveuglement qui semble incroyable, « lorsqu'on sait combien peu elle s'occupe de lui. Il a a de l'esprit, et cependant il ne voit pas ce qui se « passe. Pourvu qu'elle ne trouve pas mauvais qu'il a soit constamment à Paris et y mène une vie « désordonnée, il est content d'elle (2). » Mais elle exerçait aussi une gprande action sur son fils, et il est hors de doute qu'elle l'employa malheureusement à désunir le ménage du duc d'Orléans en l'indisposant contre sa femme.. On peut dire que la Pedatine fut la cause déterminante du fôx^heux intérieur du Palais-Royal , et sa correspondance démontre clairement qu'elle eut l'idée constante de se venger aux dépens de sa belle-fille de l'humiliation que Louis XIV lui avait infligée en la lui faisant accepter de force.
La duchesse d'Orléans s'occupa toujours peu et mal de ses enfants, et ce fut encore un des griefs sur lequel la Palatine s'étend le plus vivement et le plus fréquemment dans sa correspondance. « Elle
(1) Lettres inédites de la princesse Palatine, publiées par M. A. Rolland.
(2) 19aTnli701.I6îd.
« fait de ses enfants ce qu'elle veut, écrit-elle le « 16 janvier 1716 ; elle se les est fait faire sans « mon ordre, je ne m'en mêle pas. » Dans un pareil intérieur, entre un père comme le duc d'Orléans, qui aimait cependant ses filles, mais pour les g*âter et s'en amuser, et non pas pour en faire des femmes, et une mère- comme la duchesse, chez laquelle l'orgueil et la paresse se disputaient la préséance, on comprend comment devait mal se faire l'éducation de jeunes princesses qui n'avaient aucun bon exemple à recueillir, aucun avis à attendre mém'e auprès d'une g'rand'mère, qui, vaniteuse aussi et jalouse, ne nég^lig^eait aucune occasion de les acca* parer au détriment de leurs propres parents.
A ce sujet cependant les reproches de la Palatine paraissent parfaitement fondés, et il est hors de doute que ses petites-filles durent se former ellesmêmes. « La mère élève ses enfants d'une façon « qui est un objet de dérision et de honte ; il faut « que j'assiste à cela toute la journée, et tout ce que « je peux dire ne sert à rien (1). » Au demeurant la duchesse aimait peu ses filles, qui le sentaient facilement et qui n'avaient aucune peine à laisser paraître leur préférence pour leur g'rand'mère, seule chose qui mécontentât sérieusement la duchesse d'Orléans (2). Elle ne s'en occupait jamais, les laissant se quereller entre elles et s'arrang^er
(0 20 aotft 4718.
(2) 7 octobre 1748.
absolument à leur gvé (4). Elle voulut les faire mettre au couvent malgré Tinsistance de la Palatine (2), qui, par son opposition, ne fit probablement que corroborer à ce propos la volonté de sa bellefille. Il paraît même qu'elle ne cachait pas le désir qu'elle avait de voir toutes ses filles adopter la vie relig'ieuse: (tEUe n'est pM assez bête pour croire a que cela les menât au ciel, écrit Madame ; c*est de a sa part pure paresse, et elle craint, si elle les- avoit « près d'elle, d'avoir la peine de les élever (3). » Les soins sérieusement réclamés par d'aussi nombreux enfants, en effet, eussent singulièrement troublé la quiétude de la duchesse d'Orléans ; comment s'occuper d'eux, quand elle ne connaissait aucun passetemps préférable à celui de demeurer des journées entières couchée ou au moins étendue sur un ca* napé, en robe sans corps, entourée de perroquets, se mettant du fard, faisant des nœuds, écoutant parfois une lecture, ou jouant au lansquenet avec la duchesse Sforza? Elle aimait bien mieux ses petits dîners avec cette incomparal)le amie, ses conversations avec ses femmes de chambre, ou , quand elle se décidait à se mouvoir, ses retraites-neuvaines dans l'abbaye de Montmcu^tre. Il semble qu'elle ait trouvé que c'était bien assez de peine que de mettre ses filles au monde, et qu'elles n'avaient rien de plus à lui réclamer. Les avoir autour d'elle, s'occuper de
(\) 6 janTier 4746.
(2) 48 juillet 4745.
(3) 8 août 4715.
26 LES FIIXES DU aÉG£NT.
leurs études, surveiller les g^ouverDantes, écouter leurs rapports, décider les mesures à prendre, étaient choses vraiment trop fatiguantes, et il était plus sim* pie de confier ces petites-filles de France aux soins de bonnes et sag^es relig'ieuses.
Nous avons vu que le premier enfant de la duchesse d'Orléans avait été une fille qui ne vécut que quelques mois, et à laquelle la Palatine adressa plus tard une singulière oraison funèbre ; elle reçut le nom de mademoiselle de Valois (1). Un an après sa mort, le 20 août 1695^ naquit Marie- Louise-Élisabeth qui fût appelée mademoiselle de Chartres, le nom de Valois ayant été d'abord écarté comme portant malheur (2); elle fut baptisée le 29 juillet de Tannée suivante par Tabbé de Grancey , ayant Louis XIV pour parrain et la reine d'Ang^leterre pour marraine (3).
Le 13 août 1698 naquit, à Saint-Gloud, Louise- Adélaïde qui fut baptisée le 25 du même mois, et eut pour parrain et marraine le Dauphin et la duchesse de Bourg'og'ne ; elle reçut le nom de madeselle de Chartres, sa sœur aînée devenant de ce jour Mademoiselle (4).
Gharlotte-Ag»laé, pour laquelle fut repris le nom de mademoiselle de Valois, vint au monde le 22 octobre 1700, mais elle ne fut baptisée que le 3 juillet
{{) Née le 17 décembre 4693 j morte le 17 octobre 1694.
(2) Dangeau.
(3) Dangeau.
(4) Ibid.
1710, avec son frère, — né le 4 août 1703;— elle fut tenue par sa sœur Elisabeth et par le duc de Berry, Un certain nombre d'années s'écoula ensuite sans que la famille du duc d'Orléans s'aug^mentât. Puis trois filles naquirent successivement : Louise-Elisabeth, dite mademoiselle de Montpensier, le 11 décembre 1709 (1); Philippine-Elisabeth, dite mademoiselle de Beaujolais, le 18 décembre 1714; et enfin Louise-Diane, dite mademoiselle de Chartres, celle de ses sœurs qui portait ce nom venant d'entrer comme professe à l'abbaye de Ghelles, le 28 juin 1716.
On peut donc diviser en deux séries les filles de la duchesse d'Orléans : les trois premières, en efiet, finissaient presque leur éducation quand leurs puînées vinrent au monde. Leur mère n'eut pas plus soin des unes que des autres, et l'on raconte que, Louis XIV lui reprochant les écarts de la duchesse de Berry, elle lui répondit très - tranquillement qu'elle ne la connaissait pas mieux que ne pouvait le faire le roi et qu'elle ne s'était jamais mêlée de son éducation (2). Nous allons voir que cette apathie était malheureusement vraie, et que la difchesse d'Orléans ne s'occupait de ses deux filles
(1) Au sujet de cette grossesse^ Madame écrWait le 7 décembre : • Ma « belle-fille entre dans le huitième mois de sa grossesse^ elle est tou- « jours souffrante : je ne puis m'éloigner un instant^ je crains qu'elle « n'ait encore une ûUe. Dieu veuille qu'elle nous donne un garçon « comme celui qu'elle a déjà eu : c'est un charmant enfant que j'aime « mieux que ses trois sœurs ensemble. »
(2) Mém. do Maurepas.
aînées que parce qu'elles lui donnèrent un moment l^espoir de servir ses ambitieux projets : la première en prétendant à la préséance sur toutes les autres princesses de la famille royale, la seconde en pouvant épouser un des fils du duc du Maine, ce qu'elle ne voulut pas faire, et ce qui hâta probablement son acheminement vers le couvent.
Pendant trop long^temps la duchesse d'Orléans conserva ses filles à la cour^ sans qu'on puisse trouver d'autre motif à cette mesure que l'indécision de son caractère. Les rares rënseig^nements que nous trouvons épars dans les mémoires du temps relativement à ces jeunes princesses impressionnent douloureusement. On sent qu'aucune direction n'a veillé sur elles, qu'aucune affection sérieuse ne les a entourées, et Ton devine les étrangles voies qu'elles devaient prendre chacune en cédant à son penchant favori , au trait saillant de son caractère. La première mention que nous ayons à recueillir touchant Mademoiselle annonce la grande maladie qui faillit l'emporter au commencement de Tété de l'année 1701 ; c'est de cette époque que date l'affection sing'ulière qui attachait son père à elle, et que nous verrons si odieusement, et j'ajouterai tout de suite, si faussement interprétée. « Ma- « demoiselle, écrit Dangeau le 28 juin, se trouva « si mal à Saint-Cloud qu'on la crut morte pendant « six heures. » Les médecins l'avaient abandonnée sans pouvoir môme donner l'indication de la maladie dont elle était atteinte. C'est alors que son père.
qui avait toujours étudié avec un soin passionné les simples, entreprit de la çuérir et y parvint contre toute espérance ; « depuis il a plus d'affection « pour elle que pour ses autres enfants (1). » Cette g^uérison inattendue, cet accroissement d'affection de la part du duc d'Orléans, qui ne pouvait dégénérer qu'en faiblesse pour une enfant dont la gentillesse et l'esprit étaient bien connues, devaient nécessairement exercer la plus f&cheuse influence sur l'éducation de cette princesse à laquelle sa qualité d'aînée donnait déjà une trop g^rande supériorité à l'égard de ses sœurs. Dangeau nous apprend que, le 4 novembre 1704, elle suivit dans la voiture de sa mère une chasse au cerf à Marly , étant venue exprès du Palais-Royal ; elle dîna ensuite avec le roi, qui se montra « charmé » de sa vivacité, et elle rentra le soir à Paris. Mademoiselle avait alors neuf ans. Deux ans après nous savons qu'elle eut une petite vérole fort bénigne, et que cette fois la duchesse d'Orléans se montra véritablement mère, en s' enfermant avec elle (2). Enfin l'année suivante elle fut l'objet de feveurs toutes spéciales de la part du roi. A Versailles, Louis XIV la fit souper à sa table et l'emmena ensuite dans son cabinet. Or ce fut une grande surprise dans une cour où les moindres détails de l'étiquette occupaient si vivement. Dangeau le constate en faisant remarquer que le roi
(4) Lettre de Madame^ du 13 décembre 1718.
(2) NoTembre 1706^ Dangeau.
n'admettait les princesses du sang à manger avec lui que dans les grandes cérémonies. « Ainsi voilà une a distinction qu'il donne à Mademoiselle comme a petite-flUe de France. Il la gracieusa fort pendant « tout le souper (1). » Il est probable que la duchesse d'Orléans attacha trop d'importance à ce fait, peut-être non prémédité dans l'esprit du roi, et qu'elle en tira trop hautement vanité, car une note de Saint- Simon prouve que des réclamations furent produites avec succès : « Cette admission au grand cou- (c vert à Versailles, où les princesses du sang* ne sont « point admises, fut une g'râce quelquefois faite à (c Fontainebleau aux princesses du sang*, mais g'râce « passagère, comme il ftit pour cette jeune prin- « cesse qui ne lui donna aucune distinction de droit « ni de fait sur les autres. »
Mademoiselle puisa au milieu de cette existence les principes de hauteur, d'indépendance, de violence, qui ne se développèrent que trop promptement et trop complètement, et faisaient dire à sa grand' mère avec une grande vérité : « Elle n'avoit « ni méchanceté ni caprice; mais, par unefatale suite « de l'éducation qu'elle avoit reçue, et l'habitude a de faire toutes ses volontés, elle étoît haute et « absolue dans tout ce qu'elle vouloit (2). » On ne négligeait ett quelque sorte aucun moyen d'accroître ses défauts. Dangettu raconte, à la date du 25 no-
(1) 7 septembre 1707i — a Elle y soupe encore demain le H .
(2) Lettre du 24 octobre i719<
lA DUCHESSE DE BERRT. 31
vembre 1709, qu'elle était au Palais-Royal avec son frère Charles, et avait « comme une petite cour de dames de ses amies auprès d'elle. » Elle était dès lors un personnage, et, comme le dit encore Dangeau, « en âge d'être mariée » . Peu de temps après il nous apprend que, les princesses du sang* ayant été voir la duchesse d'Orléans en couches, Mademoiselle y avait gardé le rang* qu'on lui contestait. Ce passag*e fait allusion à une tentative de la duchesse d'Orléans pour attribuer aux filles de sa maison la première place à la cour de France. L'incident vaut la peine d'être raconté avec quelques détails.
Nous avons parlé de l'orgueil excessif de la duchesse d'Orléans, qui en puisait les motifs bien plus dans sa propre naissance que dans celle de son mari : «Mie étoit peut-être, dit Saint-Simon, ce a qu'il y avoit au monde de plus orgueilleux et la « personne aussi qui avoit le plus de vues et le plus « de suite dans l'esprit et de ténacité dans ses voit lontés. » Il ne lui suffisait plus d'avoir le rang de petite-fille de France et elle ne pouvait se résigner à voir ses enfants n'avoir que celui de princes du sang. Elle imagina un moyen de tourner la difficulté qui l'obsédait en inventant un titre d'arrière^petit-fils de France» Le duc d'Orléans , au début, traita ce beau projet de chimère, mais la duchesse ne se rebuta pas. Son fils était trop jeune pour qu'il fût question de lui; mais sa sœur aînée avait à ce moment près de quinze ans, le roi l'avait toujours distinguée d'une façon paii^iculière , elle était donc sur un bon pied
32 LES FILLBS DU RÉGBKT.
à la cour, et il fallait en profiter, d'autant que les manœuvres auxquelles se livrait la duchesse d'Orléans étaient déjà simplifiées, puisque, comme aînée de la branche d'Orléans, elle primait toutes les princesses du sang* non mariées; restaient les femmes et les veuves des princes du sang*. Elle se conduisit alors avec une g-rande habileté , une remarquable prudence ^ en ayant soin d'effaroucher le moins possible les intéressées. Elle g-arda d'abord sa fille chez elle, « sans la montrer pour avoir le temps de se tourner » (1); puis elle commença par un coup irès-adroit : elle fit appeler sa fille Mademoiselle tout court, ce qui fut promptement et volontiers adopté, surtout par les princes du sang, qui, sans deviner le trait que cachait ce chang-ement, se montrèrent ravis qu'une princesse du sang* succédât à un nom qui n'avait été porté avant elle que par deux petites-filles de France. Le roi approuva tacitement, « après quoi M™« la duchesse d'Orléans auroit trouvé « fort mauvais si quelqu'un avoit appelé sa fille « autrement (2). » Mais bientôt on s'étonna de l'obstination avec laquelle Mademoiselle était renfermée « dans le plus petit particulier » ; on eut vent de certaines « petites symag^rées » observées chez elle ; et Ton commença à se tenir sur ses g-ardes. L'affaire enfin se découvrit quand on sut que la jeune princesse avait refusé de sig^ner aucun contrat de
(i) Saint-Simon.
(2) Saint^imon.
LA DUCHESSE D£ BERET. 33
mariagpe, sa mère ne voulant pas qu'elle y mît son nom après les princes du sang^. GelQ. fît g^rand bruit el fut vivement relevé par la duchesse de Bourbon, qui s'en exprima de la façon la plus rude envers sa sœur. L'éclat s'ensuivit; chacun défendit ce qu'il croyait être son droit et des mémoires furent échangés, tandis que le roi, suivant sa coutume, et fidèle à son aversion pour tout ce qui était une décision, cherchait à g*ag*ner du temps. La mort du duc de Bourbon survint sur ces entrefaites, et le duc d'Orléans, qui s'était décidé à soutenir sa femme, profita de cette circonstance pour tâcher d'obtenir de Louis XIV une parole qui mît fin à une situation devenue véritablement un embarras dans la cour par la division causée à cette occasion entre les duchesses d'Orléans et de Bourbon. Le roi désirait aussi cet apaisement, et il promit à son neveu de prendre sans plus tarder une résolution.' 11 tint parole et le jour même il décida que les filles de France non mariées précéderaient les femmes de tous leurs frères cadets, sauf la Dauphine ou les Filles de France directes ; mais que les petites-filles de France, non mariées, seraient précédées par les femmes des fils de France; et enfin que les femmes des princes du sang précéderaient toutes les filles des petits-fils de France et des princes du sang aînés de leurs maris (12 mars 1710). L'échec était complet, et la duchesse d'Orléans le sentit cruellement. C'est Saint-Simon qui nous le raconte. Le duc d'Orléans l'avait mis au courant de celle affaire après Tavoir entamée, et il
lui avait demandé son avis quand il était trop tard pour y porter efficacement remède. Dès que la fâcheuse issue fut connue, le duc, ainsi qu'il faisait toujours quand sa femme subissait quelque déconvenue , vint chercher Saint-Simon. « Le lendemain de ce jugement, raconte ce dernier, je vis sortir « M. le duc d'Orléans du cabinet du roi, comme « j'en trois dans sa chambre ; je l'attendis et lui de- « mandai où il en étoit. — Nous sommes condama nés, me dit-il à l'oreille; et me prenant par le bras : a Venez-vous voir M"*«la duchesse d'Orléans? — Je tt la crus outrée , et n'y voulois point aller, mais il « m'y traîna. Nous la trouvâmes dans la niche de « sa petite chambre obscure sur la galerie, une table « devant elle avec du café. Dès que je l'envisageai, « ses larmes qui n'avoient guère tari redoublèrent. <x Je me tins à la porte pour sortir doucement ; elle a le sentit, aussitôt me rappela, et me força à m'ascc seoir. Là nous nous lamentâmes à l'aise, puis « elle me fit lire une lettre de sa main à M™« de « Maintenon par laquelle elle' lui exposoit ses pen- « sées et insistoit sur le mariage de Mademoiselle « avec M. le duc de Berry pour être au moins acte cordé et déclaré, si dès à présent on ne vouloit pas « encore passer outre. » L'échec pour le rang d'arrière-petite-fille de France fut, en effet, la cause déterminante de ce mariage que la duchesse d'Orléans voulait conclure pour obtenir par cette voie les honneurs qu'elle ne pouvait plus avoir autrement en faveur de sa fille aînée.
Mais cette espérance ne suffisait pas pour adoucir la plaie faite à l'orgueil de la duchesse d'Orléans, qui n'eut même pas la force de priver le public du plaisir de constater l'amertume que lui causait son échec. Et à ce propos Saint-Simon laisse échapper, évidemment sans y penser, un mot que nous trouvons précieux comme appréciation des rapports de la mère avec sa fille : « Madame la duchesse « d'Orléans, dit-il, feignit une migraine pour ne « voir personne, pas même Mademoiselle, qu'un « moment sur le soir, qu'elle renvoya aussitôt, et « fit tenir enfermée dans sa chambre. » Elle se retira dès le lendemain à Saint-GIoud sans se soucier du spectacle qu'elle donnait à la cour, également impuissante à dissimuler l'humiliation qu'elle ressentait de voir la duchesse de Bourbon l'emporter, et le dépit qu'elle éprouvait à sentir ses enfants condamnés sans appel à se coti tenter du rang de princes du sang. Elle « bouda » le roi et continua à tenir sa fille plus recluse que jamais, ne voulant même pas consentir, malgré les instances de son mari, à la laisser paraître aux sermons auxquels le roi assistait trois fois par semaine pendant le carême, et où les princesses se plaçaient selon leur rang. Elle revint ensuite au Palais-Royal, et elle y tint pendant quelques jours une véritable cour, ce qui parut lui causer une certaine satisfaction. Comme c'était à l'époque où le duc d'Orléans venait de rompre avec la comtesse d'Argen ton, il était plus disposé à chercher quelques distractions dans des réunions
36 LES FILLBS DU RÉGBIIT.
du monde, et à témoigner une certaine complaisance pour sa femme qui semblait oublier le passé pour ne jouir que des plaisirs du présent. Les convenances même qui lui interdisaient, à cause de la mort récente de M. le Duc, de paraître en public à rOpéra, lui procurèrent une nouvelle satisfaction ; car elle y alla, avec le duc d'Orléans et Saint-Simon , dans la petite log^ construite pour madame d'Arg'enton. Le duc d'Orléans, en cédant à tous ses caprices, espérait ramener la duchesse à retourner à Versailles, où son absence commençait à produire un fâcheux effet : mais elle cherchait à gagner Pâques , pcuHîe qu'après ce temps il n'y avait plus d'assemblée où les princesses du sang observassent de rang* entre elles. Au bout de huit jours cependant le duc voulut faire sentir sa volonté, et il eut avec sa femme une scène qui devint assez vive, puisqu'il alla jusqu'à lui parler de sa naissance. Saint-Simon y assistait à son grand regret, et il peint sa situation d'une façon plaisante : «Mon parti fut le « silence, et de saisir le premier moment que je « pus passer de ce cabinet dans celui de M. le duc « d'Orléans. » La princesse ne voulait pets céder : elle résista également aux prières de la duchesse de Villeroy, qui avait une grande influence sur elle et était la seule personne avec Saint-Simon^ d'après celui-ci, qui dans son intimité ne lui eût pas rendu le culte qu'elle exigeait, ainsi qu'aux instances de la duchesse de Bourgogne et aux sages avis du duc de Saint-Simon, auquel incombait trop souvent l'épi-
neuse mission de rétablir Tharmonie dans ce ménage princier. Le duc de Beauvilliers en entretint Saint-Simon en lui faisant comprendre combien cette conduite compromettait les chances déjà assez douteuses du mariage désiré pour Mademoiselle : il lui parla même si vivement que Saint-Simon crut devoir faire une dernière démarche auprès de la duchesse d'Orléans. « Elle me laissa tout dire, me <i remercia froidement et, avec un dépit étouffé « par la politesse, me dit que cela ne Fébranleroit « pas. » Le carême touchait à sa fin, et Louis XFV avait manifesté son mécontentement assez visiblement pour que la duchesse de Bourgogne qui avait, comme nous le verrons, des raisons particulières de tenir à la réalisation ^e ce mariage, voulût encore tenter un dernier effort. Elle fit venir chez elle Mademoiselle et lui représenta « avec une bonté de mère » la fâcheuse conséquence de l'entêtement de la duchesse d'Orléans, en la conjurant de ne rien négliger pour obtenir de paraître au moins à un sermon avant Pâques. Mademoiselle avait une grande assurance : elle désirait vivement une alliance qui lui attribuait la seconde place à la cour, et même lui créait des droits aléatoires à la couronne ; elle ne ressentait pour sa mère aucun sentiment propre à la déterminer à un dévouement que rien d'ailleurs ne justifiait, puisqu'elle voyait son père combattre la conduite de la recluse volontaire du Palais-Royal. Un jour donc, comme de son propre mouvement^ mais sans doute secrètement
approuvée par le duc qui lui portait, nous l'avons déjà dit , une affection particulière , elle alla résolument à la chapelle de Versailles et y prit son ran^ de princesse du sangp, comme si rien ne s'était passé. « J'allai ce même jour, dit Saintce Simon, cbez M. le duc d'Orléans, qui me mena « chez madame la duchesse d'Orléans. Nous la a trouvâmes au lit tout en larmes et ne cessa de « pleurer tout le jour. Elle ne voulut point voir a Mademoiselle que déshabillée , et fut long'temps a à s'accoutumer à son grand habit. Toutefois elle n l'alla présenter aux personnes royales, après <( quoi elle l'envoya chez les princesses du sang^. Ma- <( dame la Duchesse eut la bonté de la manger (( de caresses. Madame la princesse de Conti en « usa avec elle avec une lég-èreté très-polie. Depuis « cela, Mademoiselle parut quelquefois pour con- « server le mérite de céder au jugement du roi. » Cette démarche rétablit les chances du mariage dont nous rcuîonterons au chapitre suivant les négociations et la conclusion.
Cependant mesdemoiselles de Chartres et de Valois grandissaient sans qu'on parût faire grande attention à elles. D'après ce que nous savons déjà, il est permis de croire que l'éducation de ces jeunes princesses fut le moindre des soucis de leurs parents : la princesse Palatine ne se lasse de gémir sur cette négligence. Elles vivaient toutes trois ensemble, mais nous ne savons pas dans quelles dispositions, car chacune avait un caractère parfaitement
LA DUCHB88B DB BERRT. 39
dissemblable : Mademoiselle, ambitieuse comme sa mère, égoïste, capricieuse et parfaitement g^âtée par son père; Louise-Adélaïde, artiste, si je puis employer ici cette expression, indépendante, trèsfranche, avec des allures singrdièrement décidées ; Mademoiselle de Valois, assez désagréable, ce semble, d'un commerce peu sympathique : « Madame « la duchesse d'Orléans, dit la Palatine, seroit la « plus fausse de toutes les personnes du monde, « s'il n'y avoit pas sa fille, mademoiselle de Valois : « celle-ci est pis encore (1). »
On conviendra qu'une pareille réunion, sans père ni mère pour surveiller les disputes qui ne pouvaient manquer de naître souvent, ne devait pas être toujoui's des plus paisibles ni des plus at trayantes. Le mariage de Mademoiselle parut donner cependant à réfléchir à la duchesse d'Orléans, et lui fit comprendre qu'il serait trop embarrassant de conserver deux filles de douze et de dix ans auprès d'une sœur mariée qui en comptait à peine quinze elle-même.
Du moment où la duchesse ne voulait pas s'occuper de l'éducation de ses filles et ne se souciait pas de s'en remettre aux soins de la Palatine, qui le désirait trop vivement pour que sa belle-fille consentît à lui procurer cette satisfaction, il fallait se décider à les confier à une maison religieuse. L'abbaye de Chelles fut choisie. Chelles était alors l'une des
(i) Lettre du i7 mai i7i7.