‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 32 sur 41 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Départ. -* Réceptions des plus honorables en route. — Le duc de Modène a besoin de l'appui de la France. -— Ses attaches impériales. -* Il s'en défend. -*La cour de Modène. — Le président de Brosses.-— MoK de l'empereur. — L'Espagne envahit le Modénais. — Fuite du duc et de la duchesse à Venise. — Instances auprès de Fleury. -* Efforts de M"* de la Roche*8ur-Yon. — Arrivée à Paris. — Le duc est nommé généralissime des troupes espagnoles. — Opérations de guerre. — Bonne situation de la duchesse à Versailles. — Sa fille épouse le duc

de Penthièvre. — Négociations politiques. — Fidélité du duc.

Le lendemain la princesse se mit enfin en route san^ avoir obtenu satisfaction. Elle arriva le 5 juillet à Lyon, assez fatig'uée pour être oblig'ée de s'y arrêter : elle prolong'ea même son séjour jusqu'au 1 6 pour laisser à ses bag'ag^es le temps d'arriver à Marseille. Elle y fut très-bien reçue et écrivait avec satisfaction à Fleury : « Je ne pouvois être reçue plus dig^nement et de meilleure grâce (1). » Elle descendit le Rhône sur un bateau offert par le prévôt des marchands après avoir reçu de nouveau tous les honneurs princiers. Le cardinal avait donné

(4) De Lyon, 43 Juillet.

des ordres en ce sens sur tout le parcours et ce voyage procura quelque adoucissement à son orgueil si longtemps blessé. Elle s'embarqua sur les galères de France à Ântibes, et de Gênes, le 5 août, elle manda à Fleury que « M. de Maulevrier a fait les choses avec tout ce qu'on peut imaginer d'attention, de dignité et de magnificence ». Elle trouva son époux dans cette ville, et son accueil fut tout autre que celui qu'elle redoutait : « Il a désavoué absolument tout ce que ses ministres vous ont dit sur ce qu'il ne falloit me laisser voir le roi convenablement qu'à mon départ ; il m'a assuré que leurs ordres à ce sujet étoient absolument contraires et qu'il avoit excessivement grondé le docteur Romani de vous avoir dit qu'il désiroit que je fasse tout ce qu'il falloit pour revoir mes parents ; qu'il n'a^roit pas encore mis d'ordre à mes affaires pour qu'elles s'arrangeassent à mon goût. 11 sent qu'il a besoin du roi : cela peut beaucoup pour moi(l). » Le post-scriptum de cette lettre explique cette gracieuse attitude de François d'Esté : « J'aurai, dit-elle, une grosse affaire à recommander à V.E. » Grâce à cela, le duc se montra empressé, aimable, disposé à plaire à sa femme et à lui faire oublier ses tracasseries. Il avait en effet une a grosse affaire » pour laquelle l'appui de la France lui était nécessaire. L'empereur devait alors une somme considérable à la maison d'Esté ; il ne le niait pas, mais il ne vou-

(4) Lettre du 5 août. {Aff. étr.)

HADEUOISELUB DE VALOIS. 185

lant pas s'acquitter en argent ; il se montrait disposé à se libérer en donnant au duc de Modène l'investiture éventuelle des biens détenus viag^èrement par le duc de Guastalla. « Dans la situation où se trouve FEmpereur, écrit la princesse au cardinal, à peine arrivée dans sa capitale, bien des réflexions le peuvent retenir qui cesseroient s'il pouvoit dire à ses conseillers que c'est une chose qui feroit plaisir à la France (1).» Fleury se renferma dans un silence très-prudent, car nous voyons à la fin de l'année Charlotte d'Orléans lui envoyer ses vœux en se plaig^nant de n'avoir reçu aucune réponse de lui (2).

A ce moment, et précisément à cause de cette nég'ociation, le duc de Modène était considéré à Versailles comme trop attaché à l'empereur. Il le sut et chercha sans retard à s'en disculper par l'envoi, le 4 novembre (3), d'une long*ue note justificative. Le prince y exposait qu'il s'était retiré en France dès que les Impériaux avaient envahi les États de son père ; qu'il ne s'était rendu ensuite à Vienne qu'après avoir prévenu le cardinal de Fleury que le but de son voyag*e était uniquement de faire la connaissance de sa tante l'Impé-

(1) Du 27 août 1735. (Aff. éW.)

(2) Cette affaire d'ailleurs n'eut pas de suite. Joseph de Gouzague, duc de Guastalla^ ne mourut que le 16 août 1746. En 1743^ les troupes espagnoles s'emparèrent de ses États^ et après lui^ — décédé sans postérité^ •— rimpératiîce les fit occuper et les donna plus tard au duc de Parme.

(3) ÂTch. des aff. é(r.

ratrice Amélie ^ et avoir obtenu son approbation motivée ; qu'il avait g^rdé dans cette capitale l'attitude la plus réservée, et qu'il ne s'était décidé à faire la campag'ne de Hong'rie que pour suivre l'exemple de toute la noblesse autrichienne ; qu'il se disposait à revenir § Paris « pour y donner de nouvelles preuves de son attachement au roi ^^ quand son père mourut ; qu'il s'était efforcé de se montrer très-accommodant dans ses différends avec sa femme; que, sommé par l'Empereur de le seconder dans sa g*uerre contre les Turcs , « pour se soustraire autant que possible à un acte de dépendance odieuse , » il avait armé deux bataillons en stipulant que c'était uniquement pour cette gxierre et après en avoir donné avis au cabinet de Versailles et en ayant l'attention de confier à un Français le commandement de cette troupe, ce qui avait causé une certaine surprise à Vienne où on l'accusa de trop de condescendance pour la France; ce fut donc avec le plus douloureux étonnement, dit-il, qu'il apprit par une lettre du duc d'Orléans que le cardinal se plaigfnait « de son excessif attachement pour l'Autriche », et il terminait par les plus chaleureuses protestations.

Ces explications, complétées probablement par des lettres de la princesse et par les rapports de nos ag'ents diplomatiques, produisirent quelque effet à Versailles, et Fleury se décida à reprendre sa correspondance avec Charlotte d'Orléans, en s'excusant de ne pas avoir répondu à sa lettre du

27 août. Il l'assura que le roi avait examiné l'affaire du duché de Guastalla, en se faisant rendre compte de tous ceux qui pouvaient y avoir des prétentions à faire valoir, « ne voulant pas et ne croyant pas qu'il fût juste de faire plaisir à Y. A. au préjudice des tiers qui pourroient avoir des droits lé^times » ; il n'acceptait pas que l'Empereur se libérât aux dépens de personnes n'ayant présenté aucune g^arantie ; il l'informait d'ailleurs que Louis XV « ne veut pas se mêler à cela (1) ». Elle ne se contenta pas de cette réponse : le duc, suivant elle, ne song*eait pas à recourir à la protection du roi pour faciliter une injustice, il demandait seulement un mot, indiquant à Vienne que la cour de Versailles s'intéressait à lui (2).

Le président de Brosses visita, pendant le carnaval de 1740, la cour de Modène, et il nous a conservé de précieux détails sur l 'existence qu'y menait Charlotte d'Orléans, et sur le luxe déraisonnablement dispendieux de cette cour. II se présenta à la princesse avec une lettre de recommandation du cardinal de Tencin, et fut reçu avec une excessive faveur, ce qui lui fait dire : «Tant il y a qu'elle est toujours fort aimable, la bonne princesse. » Elle vivait à Modène le plus joyeusement possible : jouant toute la nuit au biribi, soupantà six heures du matin, se couchant à huit et se levant à cinq heures

(1) Du 42 février 4740. (Aff. étr.)

(2) Du 23 mai. Ibid.

du soir; allant à toutes les fêtes données par les particuliers, et faisant en somme toutes ses volontés. « Elle n^est pa.s mécontente de son sort aujourd'hui, dit le président ; et à défaut de Paris, où Ton ne peut pas toujours être, elle paraît s'accommoder de Modène, où elle est en effet fort bien, depuis la mort de son vieux beau-père qui la désoloit, » et il nous trace son portrait à cette époque : « EUle n'a pas changé de fig^ure depuis son dernier voyag^e en France; elle est fortg^rosse, assez haute en couleur, l'air majestueux et bon; en un mot, elle prend de plus en plus la ressemblance de feu M. le Régnent son père. En fait, c'est toujours une assez belle femme et de bon air. »

Son mari était bien pour elle à ce moment : tous deux vivaient « bourg*eoisement et d'un air d'amitié, familièrement et simplement avec les dames de la cour. » Le duc s'occupait beaucoup de tableaux, et était très-fier, de sa g^alerie, très-remarquable en effet et des plus riches de l'Italie. La musique était

aussi l'un de ses passe-temps favoris ; il causait facilement et bien, d'après le jugement de M. de Brosses, et maniait volontiers la plaisanterie gaillarde. Il était riche, jouissant de plus de 2 millions de revenu ; mais il se ruinait pour entretenir une petite armée, absolument disproportionnée avec la population et les ressources de ses États, et qui, la guerre survenant, devenait tout à fait inutile (1). La so-

(i) Son père avait eu la môme manie. M. de Brosses raconte qu'à la der-

MADBlfOISBLLB DE VALOIS. 189

ciété modénaise était nombreuse, élég'ante et toute disposée à s'amuser ; aussi les fêtes ne chômaient point pendant le carnaval, que Charlotte d'Orléans eut, avec le plus g^rand succès, l'idée de mettre sur le même pied que celui de Venise. On allait masqué à la cour, aux promenades, aux spectacles, aux ridotti, g^aleries voisines de l'Opéra, où l'on s'assemblait pour jouer. La princesse p€Lssait son temps avec ses belles-sœurs Bénédicte et Amélie, pour lesquelles son affection ne se refroidit jamais , sept ou huit dames de la haute noblesse et quelques hommes comme les marquis Rang^ni, Guicciardi , Bevilacqua. Elle installa un excellent opéra français, où elle entretenait un remarquable corps de ballet dont elle était justement fière. Son mari avait fait exécuter de g'rands travaux dans son palais, fort mal* traité pendant l'invasion, et il montra lui-même au président a sa salle des Tuileries » , pour laquelle celle du palais de Paris avait été exactement copiée par le même architecte. Il donnait des fêtes ruineuses pour sa fortune, comme on en jug^era par la description que nous a laissée M . de Brosses de celle du mardi-g'ras. Elle eût lieu à l'Opéra, où assistaient tous les enfants, g^rands et petits (1), du duc, qui

nière guerre^ le maréchal de Villars lui ayant demandé les clefs de Modène, le duc ne les refusa pas, mais supplia le maréchal, pour sauTer son honneur comme feudataire de l'empire, de faire approcher quelques troupes et des canons, sans cependant engager le feu. Villars ne Toulut jamais y consentir.

(1) ce Le duc Ût approcher le cadet, dont sa femme a accouché il y a

avait invité « la ville et les faubourg'S» , et où tout se passa avec une véritable somptuosité. Après le spectacle, il y eut un souper pour tout le parterre et des tables servies dans chaque log^, une autre pour les musiciens de Torchestre, et une dernière sur la scène pour les acteurs. Puis il emmena la cour aux Bidotti, où étaient préparées quatre tables, couvertes avec une véritable prodigalité. <i Le souper fut extrêmement gai, écrit de Brosses, plein de familiarité et de bonnes plaisanteries.Nous tînmes table plus longtemps qu'on ne fit à la salle du théâtre, et pendant que nous finissions, on haussa le parterre pour faire une salle de bal, que nous trouvâmes à notre retour tout arrangée et éclairée d'une infinité de lustres et de girandoles . Aux deux bouts de la salle, on a voit ménagé deux salons pour un pharaon et un lansquenet, » pendant que la duchesse « s'en donnoit de toutes ses forces au biribî dans sa loge. C'est le fermier des revenus de rÉtat qui tient le biribi et exerce par des commis porte-sacs , c'est-à-dire qu'il passe sa nuit à se faire donner des quittances. » On avouera qu'en effet l'existence de Charlotte d'Orléans fut « à peu près possible » à Modène , et que ses sujets durent avoir à gémir des impôts rendus nécessaires pour faire face à d'aussi folles dépenses (1).

th>is ans en France, me disant : — Voyez mon petit Parisien. — C'est Teffigie de M. le Régent. L'alné ressemble beaucoup à son père par la taille et par le visage : on le dit fort hautain. »

(1) Cest à cette période qu'appartient ce billet singulièrement passionné de la duchesse à son mari : il existe en original aux Archives de

L'année 1740 s'acheva sans incident, sinon que François d'Esté dut destituer son ministre à Paris, Romani, sur la demande de notre gouvernement qui le lui sig*nala comme tenant dans une petite maison des réunions où les mœurs étaient odieusement outragées (1). Mais, l'année suivante, la mort de l'empereur Charles VI an^ena de graves complications. Le duc s'empressa de saisir cette occa* sion pour demander au nouvel élu de retirer les troupes qui, depuis la dernière guerre, tenaient garnison à Lavenza, occupation sans motif, par suite de la mort du duc de Massa. On lui répondit évasivement à Vienne, et il s'empressa de demander à être appuyé par le cabinet de Versailles. Gassio fut chargé de suivre cette affaire, qui provoqua de la part du cardinal de Fleury cette réponse cruellement ironique, tout en reconnaissant que la réclamation était juste : « Il me semble qu^après tout le secours que V. A. a donné si généreusement au feu empe-^

Modène aTec cette suscription : « Fuori. A S«- A. S» monsieur le duci » Nous regrettons de n'y pas trouver de date. Il indique au moins un pro-^ fond changement dans les relations des deux époux t

« le ne peu pas menpecher décrire a mon marit pour me consoler de ne le Toir pas iene dormire pas car jay touiours mon emàble marit dans lesprit et ie ne ses pas comme ie fere si tous allie plus loint ie croit que ie mourere daflicion iay ete a lopera que iay trouve fort ennuieu que celuit que iayme plus que tout chose ni ete pas; a dieux mon marit ie tous embrace de tout mon cœur etieTousatant avec un impasianse tout afet grande ie me sui forte ennuie ourduit ie ne pas menpeche de tous écrire a seteur du soir. a Charlotte. »

Nous répétons au sujet de l'orthographe la remarque faite dans une note précédente. Ce billet est tiré des archiTos de Modène.

{{) D*Amelot^ 3 maii Ibidi

reur, elle devoit espérer être plus favorablement traitée. » Il lui promit du reste d'en parler à l'ambassadeur d'Autriche,. « mais avec peu d'espérance de le persuader (1). » Avant de venir à Paris, Gassio avait passé par Madrid pour essayer, en cas de guerre, d'obtenir que Philippe V consentît à respecter la neutralité des États de Modène, et François d'Esté demandait également les bons offices de la France. Dans la même lettre, Fleury lui mandait sèchement : <x Je ne puis dissimuler à V. A. que l'affaire qu'elle a eue en Espagne trouvera beaucoup de difficultés ; nous n'avons pas dans cette cour une influence assez grande pour promettre àV. A. le succès qu'elle désire. » L'Espagne, en effet, se montrait résolue à agir, sans se préoccuper des prières du duc de Modène : elle manifesta Tintention de s'assurer une position en Italie par la prompte occupation de la place de la Mirandole, ce qui fit jeter à Charlotte d'Orléans ce cri de désespoir : « Nous sommes tous ici dans une consternation affreuse par les nouvelles d'Espagne. Il est dur de voir que dans le temps où la maison de Bourbon donne la loi au monde, quand j^en suis la seule princesse mariée dans une famille étrangère, c'est sur le peu d'États que possède mon mari que commencent les conquêtes. » Elle adressait un ardent appel à l'amitié du roi et ajoutait : « M. le duc de Modène, à qui je viens de faire voir cette lettre, trouve que je

{{) Du 2 ettU 1740. (A/f. étr.)

n'ai pas aàsez appuyé sur son attachement pour le roi et même pour le roi d'Espagne (1). »

On se décida à Modène pour la résistance à outrance. Des travaux importants furent faits aux fortifications de Modène et de la Mirandole ; Tarmée fut portée à dix bataillons, formant 6,550 hommes et à trois escadrons de 450 hommes (décembre). Les Espagnols n'en continuaient pas moins leur marche , et avant la fin de l'année ils étaient à Orbitello.

Renaud d'Esté aurait voulu garder la neutralité entre les belligérants, mais l'empereur ne se prêta pas à cette combinaison. Les alliés s'étaient rapidement portés sur la Lenza, et, prêts à envahir le duché de Modène, ils sommèrent son souverain de se décider. Ce prince ne se souciait nullement de prendre un parti, et d'ailleurs, même en se déclarant contre la France, il lui fallait désarmer ses troupes et livrer ses deux principales places fortes. Prévoyant un refus^ le roi de Sardaigne passa la frontière, et le duc, qui était avec toute sa cour à Sassuolo, partit pour Ferrare (6 juin 1742). Il se produisit alors un assez piquant incident. Le roi de Sardaigne fut prévenu par des espions des projets de François d'Esté, au moment même où il délibérait avec le marquis d'Orméa, son ministre, sur les mesures à prendre à ce sujet ; il sut le déguisement du souverain fugitif, les chemins qu'il devait suivre, et comme les alliés avaient

(i) Du 26 noirembre 174l> à Fleury. {Aff. étr.)

au-delà du Pô, dans le pays de Feirare,' de nombreux détachements, il lui était facile de s'emparer du duc. C'était Tavis du roi ; mais son ministre lui représenta qu'il faudrait en ce cas entretenir le prisonnier avec toute sa maison, « qui coùteroit aussi cher que le plus beau rég'iment, » tandis qu'en le laissant échapper avant qu'il eût donné de réponse officielle aux dernières propositions à lui adressées, cette fuite prouverait et sa mauvaise foi et ses eng^g*ements antérieurs avec les ennemis de l'Empire, ce qui permettrait de le regarder comme ayant en fait déclaré la guerre, et de traiter ses Etats en conséquence, tout en forçant les rois de France et d'Espagne à subvenir à ses besoins. Ce sage conseil fut écouté, et le duc de Modène put continuer paisiblement sa route, sans se douter que l'ordre avait été donné de tenir tous les chemins bien soigneusement libres devant lui (1). Il resta peu à Ferrare et se retira, pour plus de sûreté, à Venise. Le 25 juin, Modène capitula : la Mirandole tint jusqu'au 28 juillet,

Charlotte d'Orléans allait recommencer sa vie errante : elle avait laissé ses enfants à Sassuolo, où le roi de Sardaigne avait consenti à les considérer comme libres, jusqu'à ce que leurs parents eussent trouvé à se fixer. Elle écrivait le 8 juillet au cardinal de Rohan une lettre datée « dans le Padouan », pour

(1) Mémoire du comte de Broglie^ dans la Coiire^igmâain/Q^ politique seoréte de Loiuis XVy par M. Boutaric, II, 257.

Je prier de remettre une dépèche au pape après l'avoir lue : « Je ne puis -vous exprimer, ajoute*t-elle, les horreurs de notre situation ; être à la veille de mourir de faim est le moindre mal : il n'y a pas de jour où il n'arrive des redoublements de maux sans espoir de bien. Nous en sommes au point de craindre maintenant pour la liberté de nos enfants, bien qu'ils ne soient restés que sur la parole du roi de Sardaig'ne de les faire respecter et de les laisser venir quand nous les appellerions. » Elle déplorait l'inaction de notre politique en Italie : « Est-il possible que, ayant été à la veille de donner des lois au monde, on en veuille recevoir du roi de Sardaigne(l) I » En même temps qu'elle demandait à Rohan d'intercéder en sa faveur à Versailles, elle écrivait à Fleury pour réclamer contre la saisie faite par les vainqueurs de ses revenus personnels avec ceux de son mari (2); elle faisait ég^ement ag^ir par mademoiselle de la Roche-sur- Yon. Elle dit encore au cardinal : « La paix du roi de Prusse nous a comblés de douleur : on assure qu'elle n'a pas . ffiût plus de plaisir au roi de Sardaigne. Je crois que ce seroit une occasion où il seroit facile de lui faire tourner casaque à la reine de Hong^rie. Je crains de penser qu'il en coûteroit fort cher ; mais les affaires des Espag^nols sont dans un déplorable état ici ; ainsi, eux et nous sommes perdus sans ressources.

(1) Archives de Modéne.

(2) Du Cattaygo en Padouan, 12 juillet i742. Ibid.

i96 LES FILLES DU RÉGENT.

si V. E. ne trouve moyen de séparer ces deux alliés, car Ton assure que la crainte de ne plus pouvoir commander en maître, ainsi qu'il l'a fait jusqu'à présent, peut disposer le roi de Sardaigne. »

La cour de Versailles semblait peu portée à s'occuper des souverains dépossédés de Modène. Elle blâmait François d'Ëste de ne pas avoir souscrit aux propositions de Charles-Emmanuel. Ce prince, sachant ces dispositions, «redoublait de duretés » et voulait maintenant ^rder prisonniers les enfants du duc de Modène comme otages, jus* qu'à la reddition des postes des montag^nes encore occupés par les troupes d'Esté. Le duc écrivît une lettre suppliante à Fleurjr, pour lui exposer cette situation et demander son appui : « C'est faire la guerre peu humainement que de se porter à ces extrémités, et il faut se souvenir qu'on peut avoir sa revanche (1). »

Charlotte d'Orléans avait suivi son mari à Venise, et c'est de là qu'elle adressa celte lettre à Fleury pour se justifier des plaintes de Charles-Emmanuel sur l'attachement de la maison d'Esté à la France : •

« La faute que m'impute le roi de Sardaigne est trop belle pour la nier ; mais je puis assurer V. E. que M. de Modène n'a eu nul besoin de mes insinuations pour suivre exactement les conseils que vous lui fîtes donner l'année passée par moi, et qu'en conséquence, il a toujours été absolument

(i) Du iO août 4742. {Aff.èit.)

résolu de demeurer attaché aux intérêts du roi d'Espagne, ainsi qu'il en a donné les plus grandes preuves. J'ose dire qu'il est de l'honneur et de l'intérêt de la maison de Bourbon de soutenir des princes qui se sont sacrifiés pour elle : je vois que V. E. le veut, et je crois qu'elle ne se rebutera pas des longueurs de l'Espagne. Quant au roi de Sar* daigne, quoique vous me puissiez être bon garant que je suis bien éloignée d'avoir à son égard l'animosité que les traitements qu'il nous fait méritent, je prie V. E. de ne lui plus faire parler de moi; j'espère que le temps viendra où l'on pourra faire rendre avec usure tout ce qu'il nous prend injustement. Je le souhaite encore plus comme princesse du sang et bien attachée à la gloire de ma maison, que pour mon intérêt particulier. C'est une grande consolation pour moi que la part que Y. E. . veut bien prendre à toutes nos peines (1). »

A la fin de l'année, elle adressa des vœux au cardinal, en lui transmettant le désir de son mari de se voir confier le commandement en chef des troupes franco-espagnoles en Italie : « Ce seroit une preuve authentique de reconnaissance (2). » François d'Esté obtint au moins une partie de ce qu'il souhaitait, car, au commencement de l'année suivante, le roi d'Espagne le nomma généralissime de ses armées, dont il prit le commandement effectif.

(1) Du 4 octobre. (A/f. étr.)

(2) Du 22 décembre 1742 Ibid.

le 9 mai, à Kimini. Charlotte d'Orléans, assurée des bonnes dispositions de Versailles par mademoiselle de la Roche-sur-Yon , demanda immédiatement à Louis XV la permission de se retirer en France pendant la durée des opérations militaires, « convaincue que V. M. ne refusera pas un asile à sa cour à la femme d'un prince qui n'a pas hésité, même aux dépens de la perte de ses États, de se conformer au désir que M. le cardinal de Fleury me manda, que V. M. avoit qu'il s'unît avec le roi d'Ëspag^ne (1). » Sans attacher trop de valeur aux assertions de Soulavie, auteur des mémoires publiés sous le nom du comte de Maurepas, il ne faut pas oublier qu'il travailla d'après les papiers du duc de Richelieu, dont il avait été le secrétaire. L'assurance qu'il donne de la continuation des relations épistolaires entre mademoiselle de Valois et son ancien amant est donc très-vraisemblable, surtout si on se rappelle les correspondances secrètes qu'elle entretenait précédemment avec Paris, au gprand désespoir du bon abbé Golibeaux, et si l'on song'e à la liaison étroite qu'elle allait former avec la duchesse de Châteauroux, l'amie dévouée de Richelieu. C'est donc à lui, paraît-il, qu'elle s'adressa pour obtenir ce qu'elle désirait, par l'intermédiaire de la toute-puissante favorite. Il appuyait vivement ses instances, sachant trouver en elle un instrument docile de ses volontés. La duchesse d'Orléans cependant maintenait son op-

(1) Du 22 mai.

MADBlfOISEIXE DE YAliOIS. 199

position, exigpeant du moins que sa fille fit une démarche de soumission, en lui demandant préalablement la permission de solliciter du roi son retour à Paris. Celle-ci refusait cet acte qui fî'oissait son amour-propre , et elle fit agir mcdemoiselle de la Roche-sur- Yon pour vaincre Texigence de sa mère, «jusqu'à ce que cette princesse se mît à g*enoux devant la vieille duchesse, qui fut inexorable. » Richelieu recourut alors à madame de la Tournelle, qui obtint du roi l'envoi d'Amelot au Palai&-Royal . Madame d'Orléans céda en présence d'une pareille démarche, en déclarant qu'elle ne pouvait rien refuser au roi, «et qu'elle verroit avec plaisir sa fille pour plaire à Sa Majesté. » Ce prince fit immédiatement expédier la permission sollicitée, en accordant cette fois à madame de Modène tous les hon-^ neurs dus à son rang*. « Vous serez bien aise d'apprendre, ma chère cog^nate , écrit-elle aussitôt triomphalement à sa belle-sœur Bénédicte d'Esté (1), avec laquelle elle entretint toujours une intime et fréquente correspondance, que le roi a bien vojulu me donner son consentement de la meilleure grâce du monde, ainsi que ma famille; que les ordres sont donnés partout pour me donner toutes sortes d'honneurs ; ainsi j'esp^e que je n'auray au-

{i) Morte le 17 septembre 1777 sans alliance : elle était retirée h Padoue ayec sa sœur Amélie^ également non mariée. La troisième^ yeuTe du duc de Parme^ était remariée depuis 1740 au prince de Hesse-Darmstadt.

200 LBS FaUSS DU RiGBNT.

oun des désagréments de Tautre fois, et seray en état de rendre des services (1). »

Charlotte d'Orléans arrivait enfin la tête haute à la cour de V^ersailles, forte du dévouement un peu contraint de son mari à la maison de Bourbon et assurée du moins que , bon gré mal gré, on serait obligé de lui en montrer une reconnaissance oflîcielle. Les opérations de François d'Esté n'aboutirent cette année, en présence de l'offensive du prince Lobkowitz, qu'à une retraite vers Naples, où il fut rejoint par le roi de Sicile (novembre). Sa femme espérait mieux, et n'apprit pas sans une vive contra* riété cet insuccès que l'on ne pouvait dissimuler : en même temps, elle eut le désagrément de voir le duc de Chartres préférer mademoiselle de Conti à sa fille ; dans la lettre que nous allons citer à ce propos, on remarquera qu'elle parle de sa mère en termes qui constatent une réelle réconciliation (2) :

« Vous ne serez pas plus surprise que je l'ay été en aprenant que le mariage de M. de Chartre avec mcdemt)iselle de Conti fut déclaré il y a huit jours ; tout le monde s*atendoit à celui que nous souhaitions ; ma mère en parloit continuelement comme d'une chose qui feroit le bonheur de sa vie : mais elle n'est pas crue, quand il s'agit de faire du bien ; vous jugez bien l'effet qu'il ma fait : je suis aussi très en peine de la situation de Monseigneur et de

(i) DeGénes^ {«i- janirier 1743. (Areh. deUod.)

(2) Cette lettre est adressée à la princesse Bénédicte^ à Venise.

sa mauvaise humeur; s'il ne s'arme de patience, il se perdra pour jamais,, et il y a tout lieu de conter que ce printems les choses changeront de face; quant à la glace de nos jeunes mariés, il n'y a rien de plus malheureux» et il faudroit tâcher de leur faire entendre raison ; j'espère que vous pousserez la patience jusqu'au bout, surtout dans le moment présent. Vous cognoissez Monsieur, une bagatelle de famille est capable de lui faire abandonner les choses les plus importantes, et vous vous reprocheriez éternelement d'avoir causé la ruine de votre maison; pour moy, je ne me pardonnerois pas de vous donner le moindre lieu d'imaginer que je ne sens pas aussi vivement ma tendresse pour vous, ma chère cognate , au milieu de ma patrie, que dans les tristes lagunes de Venise; je vous prie d'embrasser toute la famille pour moy et d'en parler bien souvent à la charmante procuratesse ; je suis bien fôchée que la Fortunée soit malade (1). »>

François d*Este était venu passer l'hiver à Venise : sa femme regrettait qu'il eût quitté ses troupes. Elle s'en exprime ainsi dans une lettre du 17 février 1744^ à sa belle*sœur, en nous donnant en même temps des détails intéressants sur la vie qu'elle menait :

(c Je suis très-aise, ma chère cognate , que ma régularité vous plaise ; j'attends avec impatience le marasquin, et trouverois bien tragique que les hus-

(1) Sa dernière fille^ depuis mariée au prince de Gonti : elle a^aît con6é sa fille cadette h ses belles-sœurs. {Arch. de Modéne.)

sarts le bussent ; je suis dans une extrême impatience de sçavoir le duc à l'armée ; s'il sçavoit ce que son séjour à Venise fait dire, il trouveroit sûrement que le divertissement qu'il y trouve ne l'en peut pas dédommag*er ; il seroit bien important de mestre quelque règle entre nos armées : les gasettes sont pleines des plus grandes extravagances sur leur compte : la flotte de Toulon est sortie, ainsi que celle de Brest; on veut le fils a!né du prétendant sur cette dernière, mais les ministres nient et font le plus grand mystère ; comme ma mère m'a exhortée à ne pas mener ma fille au bal (1), je jouis peu du carnaval et de plus ne m'en soucie pas ; je suis bien fâchée que le ridoto vous ait mal traitée; pour moi, depuis que je suis ici, je ne perds ni ne gagne ; em* brassez toute la famille de ma part, et dites à mon fils que comme je lui ai écrit ce dernier ordinaire, je ne réponds point à sa lettre. Adieu, ma chère cognate, je vous aime de tout mon cœur (2). »

Le duc de Modène reprit loffensive au printemps et se laissa surprendre par les Autrichiens à Yelletri, le 11 mai 1744, mais cette fois il rallia ses troupes débandées et repoussa l'ennemi, en lui infligeant des pertes considérables. Pendant ce temps, la duchesse s'établissait fortement à la cour par sa liaison intime avec la duchesse de Gliâteauroux et

(1) Félicité^ fille alnée^ née le 6 octobre 1726. Elle aT&it aussi aTec elle sa seconde fille^ Marie-Mathilde> née le 7 février 4729.

(2) Arek. de Modène.

MADEMOISELLE i)B VALOIS. â03

avec Richelieu. La maîtresse nous le prouve ellemême par une lettre au duc, datée de Lille le 25 juin (1) : « Madame de Modène meurt d'envie d'aller voir l'entrée du roi dans Ypres : elle vouloit que je le demande au roi. Je n'en ay rien fait, parce que je ne sçay pas si il ne vaudroit pas mieux que je ni alla pas, parce que comme nous avons dit ensemble, si vous vous ressouvenez, avant votre départ qu'il faloitqueje feusse receu avec distinction ou ni point aller, et je le pense. Je lui ay dit que je vous consulterois, et que je n'en avois pas ^ande envie (1). »

Charlotte d'Orléans obtint cependant cette faveur, comme nous en avons la preuve par cette lettre à sa belle-sœur, datée de Dunkerque le 25 juillet :

a Je ne suis point surprise, ma chère cognate , que vous n'ayez pas eu envie d'écrire dans la juste inquiétude où vous étiez du duc ; mais Dieu merci, toutes les nouvelles que nous en avons par les ministres du roi sont bonnes. Pour de lui, nous n'en entendons pas parler. Vous sçaurez déjà la conquête de la Flandre ; Menin, Ypres et Furne n'ont coûté au roi que 1,000 hommes, et un peu plus de temps les trois que n'en a mis le roi de Sardaigne à prendre la citadelle de Modène. Quoique en Alsace nous ayons tué 3,000 hommes au prince Charles, son passage du Rhin ne laisse peis que d'inquiéter. Adieu, ma chère cognate, embrassez toute la fa-

(i) Publiée par MM. de Gonoourt dans leurs Maîtresses de Louis XV.

mille, et soyez sûre que je vous aime de tout mon cœur (1). »

La duchesse en était enfin venue à ses fins : sa position à la cour était ce qu'elle avait désiré, et elle avait trouvé moyen d'établir son crédit en se faisant l'amie de la maîtresse du roi ; à ce point, qu'après la la fameuse maladie de Louis à Metz et sa rupture forcée avec madame de Chàteauroux, quand le roi voulut rappeler cette dernière, il ne trouva pas de meilleur moyen de l'annoncer à la cour, qu'en invitant mesdames de Modène et de BoufQers, « ses deux confidentes (2), » à revenir. Quand la duchesse mourut, le chagrin de Charlotte d'Orléans fut immense, car elle craig'nit d'y voir la ruine de sa fortune : « Je suis accablée de douleur de la. mort de madame de Ghâteauroux, écrit-elle le 49 décembre à sa belle-sœur; elleétoit mon amie intime; je l'ai vue pour ainsi dire mourir entre mes bras (3).» Elle avait su heureusement ménag>er un mariag*e avantageux pour safille, en la mariant au jeune duc de Penthièvre. La cérémonie eut lieu peu de jours après , le 25 décembre, et dès le mois d'octobre, lors des fiançailles, le roi en avait écrit en termes des plus flatteurs au duc de Modène (4).

Grâce à cette circonstance , Charlotte d'Orléans

(1) Arch. de Modène. Nous continuons à rétablir l'orthographe , la copie modénaise étant trop exagérément fantaisiste.

(2) Maurepas, IV, i40.

(3) Areh. de Modène.

(4) Lettre du 23 octobre. {Arch. des Aff. étr.)

conserva à la cour la position dont elle avait craint un instant la perte. Le monde continua à lui faire bon accueil, et les ministres prêtaient souvent une oreille favorable à ses recommandations. L'espoir lui restait : elle voyait nos armées victorieuses et en bon état : «Tout le monde, mande-t-elle à sa belle-sœur, le il mai 1745, espère le plus heureux succès. Dieu veuille que nous puissions rire après avoir tant pleuré ! Mais dans la joie comme dans la tristesse, vous n'aurez jamais personne qui vous aime plus tendrement que moi. »

François d'Esté avait à cette époque vigoureusement repris les hostilités. Au mois d'avril, il avait franchi le Panaro et était entré dans ses anciens Etats, où il reprit promptement Gastel Nuovo et Monte-Alfonso : il rejoignit alors l'armée de l'Infant don Philippe. Les Autrichiens évacuèrent Je Milanais, et Charles-Emmanuel^ voyant presque tous ses Etats au pouvoir des Français , dut se renfermer dans la citadelle de Turin. Au mois de septembre, François d'Esté avait encore pris Tortone, après vingi-cînq jours de tranchée ; le 21, il entra dans Pavie par une surprise hardie, et vint ensuite prendre ses quartiers d'hiver en Provence, à la suite de difficultés avec le marquis de Las Minas, nouveau général du corps espagnol , qui avait l'ordre formel de ne lui obéir qu'en apparence, et était pourvu secrètement d'une patente de commandant en chef.

Pendant ce temps, Charlotte d'Orléans était par«

206 LES FILLSS DU RfOSNT.

venue à mener à bien une négpociation d'une grande importance pour Tavenir de sa maison. Il s'agissait d'obtenir que le roi d'Espagne signât un traité antidaté, constatant qu'au moment où François d'Esté s'était engagée avec lui, les intérêts de Philippe V étaient à peu près confondus avec ceux de l'Empereur, afin qu'au cas de conclusion de paix, il ne pût pas être traité comme ayant abandonné la cause impériale, et comme tel dépouillé de ses Ëtats. Elle obtint une intervention active de d'Argenson (1), qui fit approuver ces prétentions par le roi, et elle fit signer par ce moyen cette ratification ardemment désirée (2). En même temps, le maréchal de Maillebois, qui commandait en Italie, recevait l'ordre de s'occuper «le plus gracieusement» possible des affai)*es du duc (3), et une dépêche pressante l'invita à (t être son consolateur à et tenter de lui remettre la tête (4) », quand l'incident du marquis de Las Minas se produisit.

Cette sourde hostilité se manifesta bientôt au grand jour. De Venise, où François d'Esté était venu passer Tbiver, il informe Maillebois que le roi d'Espagne refuse de continuer à payer ses troupes (5), et ce prince, passant tout d'un coup aux moyens les plus violents, sans motifs apparents, fit

(1) Lettre du 30 ATril. (A/f. étri)

(2) Du 25 octobre. Ibidé

(3) Du 9 novembre. Ibidé

(4) Lettre à Maillebois^ du 24 décembre. Ibid.

(5) Du 5 féTTier 1746. I6id.

MAOEMOISEUB DE VALOIS. 207

saisir les revenus de toutes les parties des Etats de Modène occupées par ses soldats (1). Comme quelques bruits de paix circulèrent au printemps, le duc s'empressa de reparler de son désir d'avoir le duché de Guastalla, en insinuant que l'empereur le lui avcût offert comme prix de son alliance. Mais la gpuerre reprit avec violence, et cette fois d'une manière malheureuse pour nous : les forces alliées furent battues, malg'ré d'héroïques efforts, par des troupes très-supérieures en nombre, à Plaisance (16 juin) ; et nous enfumes aussitôt réduits à n'avoir plus qu'à défendre le comté de Nice, par la défection des Génois, saisis d'une véritable panique, qui leur fit ouvrir leurs portes sans coup férir. Il fallut même abandonner Nice et se retirer en Provence (décembre). François d'Esté eut un moment d'hésitation en présence de l'élection du nouvel empereur ; mais il repoussa des sug*g*estions tentantes qui lui faisaient entrevoir l'investiture de ses États au prix de sa défection (2); et il se déclara prêt à suivre Tarmée « partout où elle iroit (3) » .

(1) Du n mars. {Aft. étr.)

(2) Lettre de d'Argenson du 14 août. Ibid.

(3) Du 4 septembre. Ibid.

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