‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 31 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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jouir des avantages qui lui sont acquis par son contrat de Modène ; et elle ne peut consentir qu'on en fasse dépendre l'exécution du lieu qu'elle habite. J'oserai même dire à V. A. que cette condition est une marque de méfiance qui refroidiroit les bonnes dispositions de M"^' la duchesse. Les ordres qu'a le sieur Romani de ne la point voir éloigpnent encore les voyes de conciliation, et peuvent lui faire craindre de ne pas trouver en Y. A. la confiance et l'amitié qu'elle désire de mériter. Après les paroles qu'elle vous a données et qu^elle a en même temps données au roy, je ne vois rien qui puisse faire douter de l'exécution de la promesse (1). »

Le duc répliqua non moins vivement (23 janvier), et il fit rédiger une formule de procuration que sa femme devait signer, avant de toucher ce qui lui était dû : elle ne put que s'y refuser (2). Il céda cependant et consentit à ce que les arrérages cour* raient du {"janvier 1735; en même temps, il mandait à son ministre a qu'il brûloit de revoir la duchesse (3), » et celle-ci recevait de M. Amelot une nouvelle qui lui était bien autrement agréable : il la prévenait que toutes les difficultés étaient enfin aplanies, mais que le roi l'autorisait à prolonger spn séjour jusqu'au 15 mai. Charlotte d'Orléans imagina alors une nouvelle prétention, celle de réclamer au moins une indemnité pour les arréragea

(1) Du 6 janvier 1759. {Aff.Ut.)

(2) La duchesse à Amelot> 28 JanTier» Ibid,

(3) Du 15 man». Itrid,

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qu'elle n'avait jamais reçus de sa belle-famille depuis son mariag^e (!)• Cette fois, Amelot usa également avec elle d'un lang*ag*e propre à lui enlever toute envie de soulever de nouvelles difficultés : il lui annonça que le roi se refusait formellement à rien chang*er à l'acte d'arrang^ement, et que, si elle persistait, il ne s'occuperait plus aucunement de cette affaire (2). Le duc aurait bien voulu discuter les articles relatifs à la composition de la maison arrêtés par sa femme ; mais un ordre absolu de Louis XV le força à s'exécuter (3). La date fixée pour le départ était de nouveau dépassée : le 15, cependant, son fils devait la précéder, sous la g^arde du comte Gassio, et elle demanda à « pouvoir* faire enfin sa c6ur à leurs Majestés (4) ».' Mais une maladie du g-ouverneur de l'enfant la fit demeurer encore. Le 15 mai, la princesse s'excusa auprès d' Amelot «c sur ce que les ouvriers peuvent un peu retaixler mon départ » . Les ouvriers apportèrent à leurs travaux une lenteur au moins con^laisante. Une certaine inquiétude s'empara pourtant d'elle au mois de juin, quand elle entendit répéter que son mari se considérerait comme dég^ag^é de toute promesse si elle différait indéfiniment son voyag^e»

Une dernière question se présentait. Pleury informa la princesse que François d'Esté désirait la

(i) La duchesse à Amelot^ 20 mars.

(2) Du 22 mars. Ibid.

(3) Lettre d' Amelot^ du i6 mars^

(4) Du 17 mai.

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voir se réconcilier avec sa famille avant de quitter la France. « Permettez-moi de vous réitérer sur cela mes instances, et d'avoir Thonneur de vous dire que cette démarche est essentielle pour vous. » (24 juin.) Cette invitation souleva Tindig^nation de la princesse, qui s'en expliqua long'uement et nettement avec le cardinal. L'historien Lemontey jug*e très-sévèrement la résistance de Charlotte d'Orléans, je dirai très-injustement, car les lecteurs ont pu constater que l'attitude du duc d'Orléans et de sa mère méritait le vif ressentiment de la duchesse de Modène. Voilà la réponse de la princesse :

« J'ai eu rhonneur de dire à V. E. que si après la façon indigène dont M. de Modène m'a vue traiter par ma famille, il apprenoit que jusqu'au dernier moment j'avois fait toutes les bassesses imag^inablés pour le revoir, cela lui apprendroit que c'étoit à coups de bâton qu'il me falloit mener, impression que tout ce qu'il a vu ne lui a que .trop inspiré , sans que ma conduite luy^confirme. Les instructions que le duc de Modène a données à son ministre, ne m'ayant pas écrit à moi-mesme, ne peuvent rien chang'er à ma façon de penser , et sa conduite ici n'a que trop prouvé que ce n'étoit pas par moi qu'il vouloit établir la bonne harmonie entre eux : et Dieu veuille que M. de Modène ne les reg^arde pas comme un soutien pour lui contre moi auprès du roi : il n'a pas daig'né me traiter comme il le doit. Quant à madame la duchesse d'Orléans, elle ne se peut plaindre de ma conduite avec elle : je lui ai

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écrit depuis quatre ans plus de quarante lettres les plus tendres et les plus soumises pour en obtenir la permission de la revoir : je lui ai prouvé par les arg*uments les plus forts que, quoique ma tendresse seule me le fît désirer avec le même empressement, il étoit essentiel au bonheur du reste de ma vie que M. de Modène ne sût pas qu'elle avoit persisté jusqu'au dernier moment dans les mêmes sentiments contre moi qu'elle lui avoit marqués, en me défendant de me présenter devant elle. Enfin, apprenant par le public, elle ne m'ayant jamais fait de réponse, que mes démarches ne feroient que l'aig^rir davantag^e contre moi, je lui dis au jour de l'an dernier que, puisque je ne pouvois douter que toutes les marques de respect et d'attachement que je lui avois données jusqu'à celte heure avoient eu le malheur de iui déplaire, je la suppliois de vouloir bien reg^arder mon silence comine, dans toutes les occasions dorénavant, une preuve de ces mêmes sentiments qui seroient éternels en moi. Elle ne m'a pas ordonné de le rompre depuis ; ainsi je suis convaincue que ni elle, ni V. E., ni personne dans l'univers, ne pouvez trouver qu'il y ait rien à me reprocher dans la conduite que je tiens à son égtird. Que pour M. le duc d'Orléans, V. E. ne peut nier que par toute sorte de raisons il me doit la première visite : il le sentoit lui-même, puisque je ne puis douter qu'il n'attendoit que la fin de mon affaire pour y venir et qu'il me l'ait dit : ce n'est donc que madame d'Orléans qui l'en empêche. Or, comment

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puis-je espérer un retour sincère en elle, quand^ jusqu'au dernier moment, elle ne veut pas qu'on me rende les simples devoirs établis par l'usage? J'ai dit à V. E. et je répète que je serois ravie de voir mon frère ; cette joie seroit encore plus g^rande, s'il me laissoit entrevoir qu'au lieu de la haine implacable que madame d'Orléans me montre depuis cinq ans^ les sentiments de mère commencent à se faire sentir; dans ce cas, je volerois chez elle pour lui prouver que ceux de fille ont été et seront éternels en moi ; sans cela, je m'en tiendray à lui en donner la dernière preuve que je lui ai annoncée, qui estcellç du silence. » Elle terminait, en demandant au cardinal « de faire écrire la nouvelle de son départ par le roi, en y ajoutant des termes de chaude amitié (1) x» •

(1) Le 25 juin, elle se plaint à Fleury de ne pas a^oir reçu de réponse. Le roi n'accorda aucune pension à ses domestiques^ suivant en cela ce qui ayait été fait pour ceux des sœurs de la princesse. Elle obtint h grand'peine la croix de Saint-Louis pour M. de Negro^ son premier écuyer^màis ayec ordre de n'en point parler à Paris et de n'en porter les insignes qu'en Italie (Lettre de Fleury, 24 juin). Elle quitta Paris sans ▼oir le roi : le 25 janvier, Âmelot lui avait encore écrit que Fleury n'avait pas cru devoir la faire paraître au bal de la cour. C'était en réponse à cette lettre de la veille : « Le bal ici^ où le roi fait prier généralement tout ce qui a eu l'honneur de lui être présenté^ est un nouveau dégoût pour moy . Vous savez comme le duc de Modène en use pour moi, que ce n'est pas ma faute et que mes affaires ne sont pas finies de régler, que je me suis froissée de tout ce que S. M. a ordonné : je vous prie donc de lui représenter que, si dons cette occasion j'en reçois un aussi sensible, ce sera en quelque sorte autoriser et approuver ceux que M. de Modène me donne. »

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