‹ Les fils d'Arpad étude historiqueChapitre 16 sur 48 · TITRES NOUVEAUX · texte numérisé non relu

TITRES NOUVEAUX

La Chambre des comptes du Dauphiné avait par deux arrêts, du 26 mars et du 12 juin 1790, statué sur la généalogie de la famille de Crouy-Cbanel. Postérieurement à ces deux arrêts, furent découverts de nouveaux titres que M. de Crouy-Chanel a produits aujourd'hui devant le Conseil. Ces titres consistent en six pièces, dont quatre sont extraites de trois registres conservés en originaux dam les archives d'Amiens et deux d'un cartulaire.

Première pièce, 1290.

La première pièce est un jugement d'assises rendu à Amiens, entre noble dame Guigonne de la Chambre, dame en partie de la tour d'AUevard, comme veuve de noble seigneur Félix de Hongrie, chevalier, fds aîné de noble prince André, duc de Hongrie, et aussi comme ayant, ladite dame, la tutelle des trois enfants mineurs dudit Félix, Antoine, André et Jean de Hongrie, d'une part,

Et le sieur Marc de Hongrie, sire en partie de Crouy et d'Araines, et frère puîné dudit seigneur Félix, d'autre part.

Cet acte se trouve dans le sixième volume des cartulaires, pages 103 et 104. {Voir aux pièces justificatives.)

Deuxième pièce, 1292.

La seconde pièce est une fondation de Marguerite de Sicile, femme du comte Charles de Valois, faite en 1292, au chapitre de Notre-Dame d'Amiens, pour le repos de l'âme de feu noble chevalier Félix de Hongrie, jadis seigneur en partie de Crouy-sur-Sorame, cousin de Marguerite et fils aîné de très-noble prince Akdeé de Hongrie.

Cet acte se trouve comme le premier dans le sixième volume descartulaires, page 33. (Voir aux pièces justificatives.)

Troisième pièce.

La troisième pièce est l'obit de très-noble chevalier Félix de Hongrie, jadis co-seigneur de Crouy-sur- Somme, et fils aîné de très-noble prince André de Hongrie, et de dame Sybille Cumana de Venise. La fondation est faite par Marguerite de Sicile, femme de Charles, comte de Valois, cousine dudit Félix, tant par son père que par sa mère.

Cet acte se trouve dans trois registres : 1° dans le sixième volume des cartulaires, page 1 3 1 ; 2° dans le registre nécrologe, coté au dos 33, page 167, n° xviii, du mois de juin ; 3* dans un registre grand in-folio, en parchemin, étiqueté au dos Necrologium, page 58, n° xix du mois de juin. {Voir aux pièces justificatives.)

Ces trois volumes sont aux archives de la cathédrale d'Amiens.

Quatrième pièce.

La quatrième pièce est l'obit de très-noble chevalier Antoine de Hongrie, dit Chanel, autrefois Croy, fils d'illustre chevalier Félix de Hongrie, et de dame Guigonne delà Chambre.

Cet acte se trouve, comme le précédent, dans trois registres : 1° dans le sixième volume des cartulaires, page 1 29; 2' dans le registre n° 33, page 1*2; 3° dans le Nccrohgium, page 500. {Voir aux pièces justificatives.)

Cinquième pièce.

La cinquième pièce est l'obit de très-noble chevalier Jean de Hongrie, dit Chanel, autrefois Croy, fils de Guillaume de Croy-Chanel, etc.

Cet acte se trouve dans trois registres : 1* dans le sixième volume des cartulaires. p. 4 17; 2° dans le registre n° 33, pages 12 et 13; 3° dans le Nccrohgium, page 5. (Voir aux pièces justificatives.)

Sixième pièce.

La sixième pièce est l'obit de Marc de Hongrie, second fils d'André, prince de Hongrie, et de dame Sybille Cumana, fondé par Elysabeth de Renti.

Cet acte se trouve dans les trois mêmes registres : 1* dans le sixième volume des cartulaires, page 133 ;

2° dans le registre ir 33, p. 191 ; 3 0 àm\^\eNecrologiift7i, page 3 de la V partie. (Voir aux pièces justificatives.)

Les six actes que nous venons d'indiquer confirment de la manière la plus expresse les énonciations contenues dans l'acte de Brastole de 4279, et dans les deux actes authentiques de 1282.

La thèse des adversaires de la famille de Crouy- Chanel devient difficile en présence de tous ces actes.

Non-seulement il faut admettre que la famille de Crouy-Chanel a fabriqué les trois actes de 1279 et 1282; mais il faut aller jusqu'à soutenir qu'elle a aussi falsifié, ?ion pas un registre, mais trois registres d Amiens, en y insérant frauduleusement six pièces.

Il faut aller plus loin encore, il faut soutenir qu'elle l'a fait sans motif, une première fois en inventant les actes de 1282, dont elle n'avait pas besoin, puisqu'elle jouissait du bénéfice de l'arrêt du 26 mars 1 790 ; une seconde fois bien plus inutilement encore, en inventant les six actes contenus dans les registres d'Amiens, puisque ces actes n'ont Çguré dans aucune des deux instances de 1790.

Arrêtons-nous devant l'absurde.

La fraude eût été trop savamment organisée ;

Elle serait l'œuvre de trop de générations et de trop de complices;

Elle aurait exigé trop de dépenses, pour être même vraisemblable.

Retirée dans les montagnes du Dauphiné, devenue de

plus en plus pauvre à chaque génération, jamais favorisée par les cours, la famille de Crouy-Chanel mérite bien plus le reproche de s'être laissée tomber dans l'oubli que d'avoir couru après les dignités et les titres.

Ne lui fait-on pas même une objection de celte sorte d'abdication ?

Lorsqu'elle a reparu pour revendiquer son droit, c'est par la bouche d'un magistrat, l'un des siens, qu'elle l'a fait, et dans un temps où l'on était plus porté à cacher les titres qu'on avait qu'à frauder pour s'en procurer d'illégitimes (1).

Toutes les pièces ont été examinées, à deux reprises différentes, par une cour souveraine, en 1790 ;

Plus tard par la justice de Grenoble ;

En Autriche, je le répète, le Conseil aulique n'a pas douté de l'origine de cette famille, et l'empereur a autorisé deux de ses membres à porter la croix de Malte, selon LEUR PRÉROGATIVE HÉRÉDITAIRE , dit le rescrit officiel.

En Hongrie même, les députés l'ont reconnue ;

Les hommes les plus compétents, en matière de généalogies, l'ont attestée ; que peut-il donc manquer pour la conviction des hommes impartiaux? Nous avouons que la nôtre est complète.

(1] On trouve dan» les archives de U préfecture de l'Isère nn éut des émigrés du district de Grenoble, dressé et public en exécution de l'article 8 de U loi du 8 avril 1791. Ledit état signé Puîtta, président, el Duport, secrétaire, dans lequel figurent sous le numéro 80, Cha*bl de Croui, son (Ils et sa fille, el sous U numéro 61, Lambert d'Hauts-Far el dame Lambrrt née Ciussi.

M. le conseiller Langlois a indiqué un exemple puisé dans le passé de la famille impériale ; peut-être eût-il fallu être plus explicite et appeler davantage l'attention de M. le commissaire impérial et de MM. les membres de la commission sur ce fait.

L'identité est si frappante que sans doute elle eût produit quelque impression sur leur esprit.

Voici comment les choses se passèrent ; je tiens le récit de la bouche de M. le comte de Suryilliers (Joseph Bonaparte) lui-même ; on sait que Napoléon le surnommait le généalogiste de la famille.

« En 1177, Charles-Marie Bonaparte fit partie de la » députation corse que l'assemblée générale des Etats » envoya à Versailles auprès du roi Louis XVI, et solli- » cita pour son fils Napoléon une place ou bourse à » l'Ecole royale militaire de Brienne, où celui-ci n'en- » tra que le 23 avril 1779, si je ne fais pas erreur.

* On avait mis plus dun an à fournir et vérifier les » preuves de noblesse exigées par les règlements pour » l'admission des élèves à l'Ecole. » Car, si, en 1807, Napoléon prétendait que ses titres, il ne les tenait que du peuple français, il n'en était pas de même en 1777; Charles- Marie Bonaparte avait dù se soumettre aux investigations de d'Hozier, juge d'armes de France.

Comment Charles- Marie Bonaparte lit- il ses • preuves ?

Certes, ce ne fut pas en établissant qu'il était, soit de

NOBLESSE FRANÇAISE, SOÎt de NOBLESSE COUSE, Soit dé NO- BLESSE FLORENTINE.

Il établit et prouva, par le quigenuit de sa famille, qu'il descendait des Bonaparte lombards, qui avaient eu droit régal dans le onzième siècle ;

Il établit qu'il descendait de Nicolas Bonaparte, gibelin fameux en \ 268, proscrit à cette époque, ob nimi a m potestatem;

Il établit qu'il provignait de Jean Bonaparte, <iui vivait en 1050 à Trévise, jouissant des droits et prérogatives nobiliaires;

11 établit et prouva que le Bonaparte de Corse descendait régulièrement, de père en fils, du Bonaparte, (disons mieux, Blon aparté) , de San-Miniato ; qu'il portait en 1567 et 1568 le titre ou qualification de messike, qu'on n'accordait alors qu'aux nobles les plus distingués» pendant qu'un de ses [ils, Jérôme, était qualilié (de 1562 à 1594) de magnifique, ainsi que son petit-lils François, et cela parut très-suffisant à la commission du sceau de 1778 (1). •

Il ne se trouva pas un commissaire royal pour demander et exiger que Charles-Marie Bonaparte commentât par obtenir décret ou ordonnance, pour être autorisé à se dire de noblesse, — parce que son origine ii était pas française.

Le fait entraîna le droit.

Nous aurions cru inadmissible la pensée qu'en 1801, sous le règne du petit-fils de Charles-Marie Bonaparte et du successeur de I'êlève de Brienne, on se montrât

[1) Voir, pour de plus ample* dctaib, la llwue rclrosputtve du moi» de «cjh tembre 1834. n° li.

plus méticuleux qu'à la cour aristocratique (Je Louis Ml. M. le commissaire impérial et la majorité du Conseil du sceau des titres nous ont prouvé que nous étions dans l'erreur ! ! !

Heureusement pour la famille Bonaparte, on ne lit pas tant de zèle en 1778.

Est-ce que jamais les lois, décrets ou ordonnances ont fait distinction entre les possessions d'état d'origine française ou d'origine étrangère? Pourvu que le postulant soit français de fait et de droit, son état primordial le suit partout, tant que la famille existe, avec toutes les régularités de l'hérédité.

Est-ce que les princes d Orléans ne seront pas toujours des princes d'Orléans, ou mieux des princes Bourbon, tant que la filiation sera régulière dans leur famille et qu'on conservera les qualifications aristocratiques?

Est-ce que si M. DE LHAMBORD, auquel peut-être M. le commissaire impérial cl la majorité du Conseil veulent bien ne pas contester, eux monarchistes, le titre de prince, mais qui s'est qualifié lui-même comte sous l'appellation DE GHATOORD, eût eu ou avait un fils, ce (ils ne serait pas prince par possession d Etal, quoi que son père ne se qualifie que COMTE?

Est-ce que ce fils et ses descendants directs ne seraient pas, à perpétuité, en droit de se qualifier DE FRANCE ?

Est-ce que Boukbon est un nom?

Est-ce que Orléaks est un nom?

Est-ce que Nemours, Montpensier, etc., etc. , sont des noms patronymiques?

D'après la doctrine de M. le commissaire impérial, adoptée par la majorité du Conseil, il faudrait rentrer, comme le firent la Commune de Paris et la Convenlian, dans le nom primordialement connu et dire MM. CAP ET, comme l'on disait en 1793, les citoyens CAPET,et puisqu'on a nommé la race royale hongroise race d'ARPAD, il faudrait, pour être logique, contraindre tous les Crody à se nommer MM. ARPAD.

On peut discuter sur un titre nobiliaire reçu d'un prince étranger ; mais, dans un gouvernement monarchique, discuter le droit au titre provenant d'origine royale, discuter ce que, héraldiquement, on nomme la possession d'état! c'est le bouleversement de toute idée, de tout principe aristocratique ; c'est de fanarchie dans le droit.

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