‹ Les fils d'Arpad étude historiqueChapitre 15 sur 48 · NÉ EN 1235, AIT KU UN PETIT-FILS MAJEUR EN · texte numérisé non relu

NÉ EN 1235, AIT KU UN PETIT-FILS MAJEUR EN

Faire de la chronologie, depuis la fin du seizième siècle, ce n'est pas chose difficile : mais juger le passé, le reconstituer avec des dates certaines et précises, quand on est encore dans les premières années du treizième siècle, c'est une tâche plus laborieuse qu'on ne parait l'avoir supposé. r .. ^;o^3a>. : v.... v : -iv

Nous allons cependant répondre en demeurant sur le terrain des contradicteurs; ils placent ces deux géuéra-

tions dans un espace de temps si resserré que la différence d*un an ou de dix-huit mois peut rendre plausible ou faire crouler tout le système ; car si Éticnne est né, par exemple, au commencement de 1235, et que l'acte de Brastole soit de la fin de 1279, voilà deux ans en plus, pendant lesquels l enfant mineur est devenu majeur.

Eh bien ! nous serions tenté de demander ce qu'on entend par l'année 1235.

Nous serions bien peu compétent pour faire de l'érudition; •

Mais, nous savons, comme tout le monde, que le calendrier actuel ne date que de la bulle du pape Grégoire XIII, en 1581.

Jusque-là, toutes les nations comptaient les années d'une manière différente.

On connaissait, par exemple, F année florentine; elle commençait le 25 mars, et elle était de deux mois et vingt-cinq jours plus tardive que l'année actuelle.

L'année pisanaise commençait également le 25 mars; mais elle était en avance de neuf mois et sept jours comparativement à la chronologie actuelle.

On appelait ces années: annus ah hicarnatione, ab Annunciatione, à Conceptione, annus gratiœ.

En d'autres pays, l'année commençait le jour de Noël, et elle s'appelait a Nativitate.

En France l'année commençait à Pâques, et s'appelait à resureetione.

A Venise elle commençait au 1" mars.

Qui pourrait énuiuérer les commencements d'année qui étaient en usage dans chaque localité? Mabillon et Du Cange, aidés de tous les bénédictins, ont fait à cet égard des recherches et des calculs infinis, et ils ont appelé avec raison leur livre : F Art de vérifier les dates.

C'est en effet un art, et un art très difïicile.

Qu'on veuille bien se rapporter au premier acte, Celui de Brastole :

11 est daté ainsi : an/io Dominico Incarnation is

millesimo ducentesitno septuagesimo nono, et die prima mensis martis.

Passons maintenant à l'acte de partage de 1282; il est daté ainsi : anno Nativitatis millesimo ducentesimo octuycsitno secundo, indictione décima, die nond mensis februarii.

Dans le premier cas, on compte par l'année de Fincarnation , et dans le second par l'année de la Nativité et par des indictions romaines; c'est-à-dire que pour l'acte de Brastole, l'année commence le 25 mars, et que j>our l'autre acte, elle commeuce à Noël, avec les différences qu'amènent les indictions romaines. En faisant l'application de ces principes, il faudrait dire que l'acte de Brastole a été passé le 1 er mars d'une année qui correspond à notre année 1280, — donc un an moins vingtquatre jours plu* tard que ne semble F indiquer F acte produit.

La seule conséquence que nous voulions tirer de ces observations, c'est que des systèmes fondés sur des dates toujours conjecturales, ne peuvent valoir contre des

actes formels, dans des temps comme ceux où se passent les événements dont il s'agit.

Nous rencontrons, dans le système des adversaires de la famille Crouy -Chanel une bien autre incertitude:

Onparlsde 1235 comme d'une date hors de conteslatiou. Rien au contraire n'est plus douteux que l'époque delà mort d'André D, pére d'Etienne le Posthume.

Plusieurs écrivains le font mourir en 1235 ; mais ils diffèrent singulièrement sur l'époque : ainsi André serait mort le 7 mars, selon les bénédictins ;

Ce serait le 15 novembre selon Pernold, écrivain hongrois,

Et selon la chronique de Nagy-Varad, ce serait le

11 DES CALANDES D'OCTOBRE.

Consultons maintenant d'autres historiens, nous t rouverons que ce n'est pas en 1235, mais en 1223, et ils citent comme preuve une lettre, dans laquelle le Pape Honorios III appelle roi de Hongrie, en 1223, Bela IV, fils ai/ié d'André II, et son successeur immédiat.

Cette date de naissance d'Etienne le Posthume doit concorder avec celle de la mort de son père. Je le répète, André II était en la Terre-Sainte en 1217 ; Bonfinius et Blondus, historiens hongrois, disent qu'il n'en revint * que trois ans plus tard; mais Jacques de Vilry, qui était à la croisade, dit (Hist. orient.., 1. III) qu'il reprit le chemin de Hongrie l'année suivante ; d'après ce dernier, il serait donc revenu de la croisade en 1218 et suivant lesautresen!220.

M. de Saint-Marc atteste qu'André II épousa Béatrix d'Esté, mère du prince Etienne le Posthume en revc-

un -

nant de In Terne-Sainte. — Selon Jacques rie Vitry, ce mariage aurait donc eu lieu en 1218ctselonlcshistoriens hongrois en 1220. Mais qu'importe puisqu'André II vivait en 1 222, époque de la promulgation de la fameuse

Bl'LLE D'OR, DERNIER ACTE AUTHENTIQUE que l oil puisse

citer de ce prince et opposer à la lettre authentique d'Honorius III que je viens de rappeler. Or,IIonoriusIIl (•tant mort le 18 mars 1227, la mort d'André H et la naissance d'Etienne le Posthume doivent être antérieures à 1227, c'est-à-dire à l'élection de Grégoire IX, que /obvies auteurs fixent au 10 mars 1227.

La lettre d'Honorius III à Bêla, que nous trouvons signalée, mais dont, notre loyauté nous fait un devoir de le reconnaître, il ne nous a pas été possible de retrouver le texte, trancherait toute difficulté; en son absence, raisonnons comme si elle était signalée par erreur.

Faisons observer que la confusion est née, pour beaucoup d'historiens et pour les chronologistes, de ce fait gi André II (André le Jérosolymitain) eut quatre fils :

Béla IV;

Coloman. celui qu Honorius III qualifie de roi des Russes dans l'une de ses lettres écrite à André II la sixième année de son pontificat, soit vers la fin de 1221 ;

André, qui fut fiancé l°avec Marie, fille du duc d'Ilalicie MiCJSLAS; 2° avec la fille de Livon, roi d'Arménie.— Cet André ne Tut point marié, était mort avant BÉLAlVet ii a point laissé d'enfants; et comme on trouve de toutes parts des confusions entre André II, cet Andréet André III, il est très-possible que c'est cet André, troisième fils d'André II qui est mort en 123.».

Outre les trois fils que je viens de signaler, André U en eut, il faut le répéter, un quatrième, ainsi que tous les historiens le reconnaissent, Etienne le Posthume, père d'André III dit le Vénitien, dans lequel André III finit, au point de vue de la royauté, mais ne s'éteint pas, la race des Arpad. .

En outre, André le Jérosolymitain avait eu deux filles : 1° Elisabeth, qui épousa Louis de Tdobinge et mourut le 19 novembre 1251. — Elle fut fiancée par l'intervention du pape Innocent étant encore au berceau (1) et réunie aussitôt à son futur époux, âgé de onze ans; le mariage fut consommé en 1220. — Elisabeth, née en 1207, n'avait donc que treize ans.

2" Yolande, qui fut mariée à Jacques I er , roi d'Ara-

(1) Je dois foire obsirter comme preuve nouvelle de la confusion qui régnait en Hongrie dans ce que noua appelons les actes civils, qu'Elisabeth, fille d'André ff et de Gertrude, fui canonisée en 1:235;

Elle éuit née en 1207, c'est a-dirc vingt-huit ans avant;

Elle n'a vécu que ving t-qnatre ans;

Il est question d'elle dans un nombre inQni d'ouvrages ;

L'enquête canonique fut faite trois ans après re mort (Voir ni f it de suinte Éluabeth, par M. le comte de Monlaleauberl) ;

Eh bien ! l'on ignore le lieu véritable de sa naissance, et selon le comte Jean Mailalb, l'un des écrivains le» plus savants de la Hongrie, elle ne serait point née i Presbourg, ainsi que le disent les légendes, mais a Séroa-paUli, dan» le couritat de Zimplin ; — enGn les confusions parmi les écrivains sont telles à propos du nom d'ANDRÉ, que M. le comte de Montalembert lui-même, lui, l'investigateur par excellence, a commis une err«ur matérielle en supposant André III père d'Etienne U Posthume, tandis qu'il en était 01a, etjwred* sainte Elisabeth, tandis qu'il en èUit neveu, et quoique \t tableau généalogique de la famille de sainte Elisabet/t, dressé et publié par M. de Montalembert porte : e ETIENNE, épouse une Morutmi ; » chef de la famille de Croi, je n'en dois pas moins le signaler comme erroné en pluùi'urs points.

gon, et de laquelle est issue sainte Elisabeth de Portugal.

Nous demandons s'il serait vraiment raisonnable d'infirmer la valeur d'actes géminés, avec des données aussi incertaines et aussi confuses que celles qu'opposent les adversaires des titres fournis par la famille de Crouy- Chaneh

Mais je ne crains point d'aller plus loin, et je dis, revenant au thème des contradicteurs, même en partant de 1235, on n'aurait encore rien prouvé. Il faut se rappeler, qu'il s'agit de princes appartenant à une maison régnante, et qui se marient dans un temps et dans un pays où le droit romain avait fixé la puberté à douze ans et à quatorze ans selon les sexes. — Or, de mars 1235 à mars 1280, il y a un intervalle de quarantecinq ans.

Pourquoi serait-il donc impossible que le prince Etienne, néen 1235, fût grand-père quarante-cinq ans plus tard, et que son petit-fils eût douze ans, treize ans, et môme quatorze ans en 1280? Cela prouverait qu'il s'est marié jeune, ainsi que son fils. Mais moins jeune cependant tous les deux que ne le permettait la loi de leur pays, en supposant même que l'ancienne loi romaine fût encore observée, et surtout pour des princes du sang royal.

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Si la mauvaise foi la plus révoltante n'inspirait les éplucheurs de cette filialion, ils feraient un retour sur l'histoire de France, même dans les temps les plus modernes.

N'a-t-on pas vu le corale d'Artois (Charles X) père du duc d'Augouléme étaut à peine âgé de dix-sept ans?

Louis XV, né le 15 février 1 7 1 0, n'est-il point parvenu au trône à l'âge de cinq ans,

N'a-t-il point été sacré et ronronné à DOUZE ans, le 25 octobre 1722?

N'a-t-il point été marié à quinze ans?

N'est-il pas le successeur immédiat [de son bis-aïeul Louis XIV, qui lui-même avait été déclaré majeur h treize ans et qui n'avait que soixante-onze ans de plus que son arrière petit-fils.

N'est-on pas frappé de l'analogie qui existe dans tous ces faits et aussi entre Charles X et André III ; ils sont détrônés l'un et l'autre avant de mourir, et leurs héritiers majeurs ou mineurs n'ont point à. intervenir dans la discussion d'une succession royale qui en fait n'existe pas.

Certes il serait facile de se livrer à des recherches historiques pour trouver de nombreuses analogies dans l'histoire et pour accumuler des exemples de princes mariés en bas âge ;

Nous reculons devant ce travail fastidieux.

Mais citons Béatiux de Hongrie, la même qui a arrangé le mariage de Pierre de Crouy : nous lisons dans de Valbonnais, t. III, p. 77, qu'elle fut mariée à l'âge de sept ans. — LouisII, roi deNaples, a été marié à l'âge de sept ans, (voy. 1. 1, Les grands officiers delà Couronne, p. 229. — Louis de France, roi de Naples, fut marié à dix ans et sept mois (voy. id. p. 119); Louis XII, roi de France, a été marié à l'âge de onze ans et quatre mois (voy.

id. p. 120); Isabelle de VALOIS fut promise par contrat de mariage du 3 octobre 1295, n'ayant encore que deux ans, puis elle épousa par dispense du pape en 1207, n'étant âgée que de quatre ans, Jean, depuis duc de Bretagne, qui lui-même n'avait que dix ans, etc., etc.

L'objection tirée de la coopération de Félix à l'acte de Brastole n'est pas une objection sérieuse. 11 s'agit dans cet acte, non pas d'un intérêt bien grave, mais d'une location, d'un droit de pacage renouvelé à quelques habitants d'un village.

Quel était l'âge légal où Félix pouvait faire ce contrat?

Avait-il cet âge ou bien ne l'avait-il pas?

Nous n'en savons rien , nous sommes même enclin à croire qu'il était encore mineur; car on voit figurer dans l'acte, son oncle Roger de Morosini, commandant pour les Vénitiens des villes de Spolatro et d'Olmisum, éloignées de quelques lieues de Brastole, comme présent et comme son conseil ou quasi-tuteur (1 ).

Nous croyons donc que les actes de 1279 et de 1282 sont à l'abri de toute contestation ; qu'on veuille bieu se rappeler que ceux de 1282 n'ont été produit? que postérieurement au premier arrêt de 1790, cequi nous sem-

\\) Il r«l bon d'observer qu'André 1(1 avait habilé dans m jeunesse lep»;» df Brastole, et que c'est de ce fait qu'étaient née* ses relations avec lea Morosini , duul l'un des membres le* plus importants commandait dans la contrée.

Plu» tard. FétU Tut d'abord élevé daim ce mémo château de Brastole. mai» le» pirate» inrestanl celte contrée, il se relira il Allovard en Dauphiné, où il épouM, aimi que nout l'avons dit plusieurs fol» dans le cour» de cette élude, tiuiguuue de la Cliaiubrc.

blerait inexplicable, dans la supposition dune fraude. Ajoutons que F acte de 1279 est annoncé dans le testament d Hector Crouy de Chanel, portant la date de

Il faut donc supposer aussi que ce testament est faux!

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