SIMPLE COUP DŒIL EN ARRIERE
Nous en avons fini avec cette rapide revue des temps primitifs de l'Inde. Grâce aux vieux manuscrits des pagodes du Garnatic et du Malayalam, provinces du sud qui de tout temps échappèrent aux invasions du nord, il nous a été possible de jeter quelque lumière sur la civilisation antérieure aux védas et à la grande révolution religieuse accomplie par lesbrahmes.
C'est avec peine que nous nous arrachons à l'étude de cette splendide époque, pour continuer à travers les âges, l'historique du développement de la domination sacerdotale. Comme il eut été plus conforme à nos goûts, de n'étudier dans ce volume qui n'y eut point encore suffi, que cette période patriarcale, — premier pas de l'humanité dans les plaines de l'Indoustan et les vallées de l'Hymalaya, — si féconde en enseignements de toute nature, si intéressante pour l'histoire de notre berceau.
Mais il estune tâche que nous nous sommes imposéd'accomplir, et qui ne sera peut-être point sans utilité, c'est de vulgariser l'Inde ancienne, au point de vue philosophique, littéraire et religieux, de bien indiquer les liens qui rattachent à elle tous les peuples, de prouver que tous les systèmes religieux les plus élevés, comme les superstitions les plus grossières viennent de là, et enfin de bien caractériser ce régime sacerdotale sous lequel l'Orient tout entier est mort, sous lequel nous tomberions à notre tour, si les ouvriers du libre examen ne se fussent levés dès la première heure, et au milieu des proscriptions, des tortures et des bûchers de là
foi, n'eussent proclamé le dogme de la liberté humaine.
Si nous ne voulons ensanglanter l'avenir, il faut anéantir à bref délai, ce despotisme inintelligent, ce monstrueux égoïsme hiératique, qui ne comprend les nations que comme des troupeaux bien disciplinés, léchant la main du pasteur à chaque brebis que l'on tond, à chaque bœuf que l'on égorge...
Et pour l'anéantir, il faut lui enlever son auréole, lui prouver que Dieu n'a été de tous temps dans ses mains qu'un instrument, que sa prétendue révélation n'est qu'une rénovation des mystères de l'Orient, une copie serviledes croyances et des cérémonies brahmaniques , et qu'il n'y a d'autres révélations que les saintes lois de la conscience.
Quand nous lui aurons démontré, qu'il n'est pas un de ses mystères, pas un de ses sacrements qui ne dérivent des brahmes, que de l'eau bénite à la bannière, au chapelet et au scapulaire, tous les signes extérieurs de son culte viennent des pagodes;
Quand on sera bien persuadé que depuis des milliers d'années l'hiérophante joue toujours le même rôle, que les prophètes, les rédempteurs, les miracles, les sortilèges ne sont que des moyens de domination qu'il emploie à période fixe pour raffermir son autorité ébranlée;... que partout et dans tous les temps il s'estopposé à l'instruction des masses, pour que la lumière ne se puisse faire dans ses jongleries... Alors l'homme voyant clair sous le masque se débarrassera d'un vigoureux coup d'épaule de ce mendiant sacré, allié naturel de tous les despotismes qui consentent à le protéger.
Si minces que soit nos efforts c'est pour la liberté et la dignité humaine que nous sapons le préjugé religieux, le culte du lévite et du brahme, et pour restituer à Dieu cette grande ligure toute de bonté et de pardon, qu'ont entrevue et adorée nos ancêtres.
Inutile de nous traiter d'athée, messieurs de la Salette et de Lourdes, nous avons en Dieu une foi ardente, mais nous refusons d'admettre tous les crimes dont on a souillé son image, nous refusons de nous incliner sous la main qui l'exploite... Et nous ne pouvons nous empêcher de rire en
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remarquant à vos cous et dans vos mains, les chapelets, les images, les gourdes, les bourdons que nous avons déjà vu traîner dans la poussière des grands chemins de l'Inde, aux processions de Siva...
Allez... vous avez beau faire, cette foi qui transporte les montagnes, qui soulève, comme le vent les épis mûrs, des nations tout entières au profit d'une idée fausse dont elles s'enthousiasment, cette foi est morte dans vos cœurs; vous n'obéissez plus qu'à un mot d'ordre... et ce n'est pas vous qui redorerez la tiare de Rome, ou qui nous ramènerez le saint Roy guérisseur d'écrouelles. Vous étiez trente mille, diton, dans la vallée de Lavédan, à cette agape cléricale et immaculée qu'on a appelé le réveil de la France! Sur trentesix mille communes, ce n'est pas un sacristain par paroisse !...
Et puis, vrai! vous ne savez pas vous y prendre; vous vous servez des chemins de fer, vous emportez de grosses provisions, vous vous habillez, vous ne manquez de rien, comment voulez-vous qu'on vous distingue d'un train de plaisir? ce n'est pas ainsi que procède la vrai piété.
Venez voir ici les Indous abrutis par les brahmes, c'est eux qui savent faire une procession, et se rendre à un pèlerinage. Égrenant leurs chapelets, marchant sur leurs genoux, tous les dix pas embrassant leur scapulaire, n'ayant d'autre nourriture qu'un peu d'eau et de riz grillé, nus et exposés à toutes les intempéries du climat, ils s'en vont à la queue leu-leu, deux à trois cent mille à la pagode de Djadgernat, supplier Siva de chasser l'étranger, et de rétablir le pouvoir sacerdotal...
Nous vous recommandons cela pour la prochaine manifestation!
De ridicule cela peut devenir dangereux, c'est pour cela qu'il faut tuer le présent par le passé, et montrer à tous que depuis son apparition dans le monde, le prêtre a toujours fait de Dieu un instrument d'oppression et de bouleversement politique...
Cette première partie de l'histoire de l'Inde, que nous venons d'étudier et qui est aussi celle du monde, peut se résumer dans ces quelques mots : Unité de Dieu, — culte
simple, dénué de tout mystère, de toute superstition, — autorité et sacerdoce du père de famille, — croyance enl'immortalité de l'âme, — le fils rédempteur du père après sa mort par les cérémonies funéraires qu'il accomplit sur sa tombe, — culte des ancêtres, — en un mot religion naturelle.
Nous avons vu par les invocations, les hymnes, les prières, les légendes parvenues jusqu'à nous, quelles idées sublimes cette civilisation primitive, sut émettre sur [Dieu, la conscience et la vie future! idées dont les sages, les prudents et les philosophes spiritualistes de tous les temps, se sont emparés sans que leurs systèmes et leurs discussions d'école aient pu y ajouter une seule vérité.
Dieu est un, la conscience est responsable et libre, l'âme est immortelle, aimez-vous les uns les autres, rendez le bien pour le mal : tout cela a été dit et écrit dès l'époque patriarcale, et toute la science religieuse et morale de l'humanité est dans ces quelques paroles.
Au Dieu d'Adgigarta, de Soudama le Semeur, du primitif Manou et des védas, nous avons opposé le Dieu de Moïse et de la Bible.
D'un côté la lumière, le pur et le sublime ! jf De l'autre, l'obscurité, le mensonge, la superstition, l'obscénité., et le règne de la force brutale î
L'ère de Moïse opposé à l'ère patriarcale indoue est un étrange anachronisme, et nous ne l'avons commis que pour montrer que le législateur hébraïque, ne procède point de l'époque primitive, bien qu'il lui ait emprunté l'unité de Dieu, mais bien de l'époque brahmanique, à laquelle il se rattache par ses superstitions et son régime sacerdotal. Qu'y a-t-il de commun entre ce farouche chef de bande, toujours prêt pour le massacre, précurseur de Mahomet, qui s'imposa par les mômes moyens, et les hommes qui dans leur amour pour la divinité, et comme complément d'une vie paisible, et toute chargée de bonnes actions, se retiraient dans les bois et consacraient à la méditation et à la prière leurs derniers instants?
Que dire d'hommes qui ont trouvé de pareilles maximes, et y ont soumis leurs actions :
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« De môme que l'eau purifie ce que la terre souille, de même l'amour de Dieu et la pratique de la vertu purifient l'âme. »
Tout concourait en ces temps reculés à donner à chacun, l'amour de Dieu et du prochain, le respect de soi-même, et le désir d'arriver au seuil de la vie future, avec l'espoir do la récompense finale.
La mort était une seconde naissance.
Ouvrez ce vaste recueil du Prâsada, pas un hymne, pas une prière que le philosophe le plus éclairé, ne consentît à adresser à Dieu, même encore aujourd'hui. Et il n'est pas jusqu'à la fable qui, ainsi que nous l'avons vu, est d'origine patriarcale, qui n'ait été conçue dans le but d'allier l'enseignement moral à la recréation de l'esprit.
Nous allons voir comment cette civilisation, si simple, si conforme à nature de l'homme, si digne dans le culte qu'elle rendait à Dieu, fut démolie pièce à pièce, par la vaste conspiration sacerdotale, qui s'est étendue sur le monde depuis dix mille ans et plus, et contre laquelle l'esprit moderne, tendant à revenir aux pures doctrines des premiers âges, a levé l'étendard de la révolte.
Puissions- nous, en ressoudant à travers les siècles les anneaux qui relient les prêtres de Rome aux lévites et aux brahmes, les bûchers catholiques aux hécatombes de l'Asie, en dévoilant l'origine de leurs mystères, de leurs superstitions, de leurs envoyés célestes issus de vierges et fils de Dieu, faire comprendre aux nations modernes, qu'elles n'ont qu'un moyen de salut : Yinslruction des masses !
Qu'importent les travaux des penseurs, des philosophes, qu'importe le livre, qu'importent les progrès politiques péniblement conquis 1 il rixj aura rien de fait, entendez~vous, tant qu'on pourra trouver chez un peuple, une masse tellement ignorante du passé, et inconsciente de ses actes, qu'il n'y a souvent pas l'épaisseur d'un cheveu entre l'argument qui la mène au pillage, et celui qui la conduit à Lourdes.
Haine à l'obéissance servile.
De quelque part qu'elle vienne, de la rue ou du temple, c'est un legs sacerdotal du passé.
Le peuple doit penser par lui-même.
Et pour qu'il pense par lui-même, il a droit à l'instruction, comme il a droit à l'air qu'il respire.
Depuis plus d'un siècle, l'Amérique n'a pas eu un homme mis à mort légalement, pas un emprisonné, pas un déporté pour croyances politiques, religieuses ou sociales.
Voilà ce qu'a produit la liberté sur les ruines du despotisme sacerdotal et royal !
Et d'un côté comme de l'autre vous n'arriverez pas à ce résultat, sachez le bien ! soit en fusillant des prêtres, soit en déportant des ouvriers.
Vous éternisez les haines, et ne faites que replâtrer le mur de la maison.
Depuis cinquante ans, les esprits politiques les plus distingués, se sont bornés à tâcher d'édifier un monde nouveau avec les morceaux du vieux : est un homme de génie celui qui trouve une solution d'un jour. Insensés qui ne voient pas que le peuple libre et sans instruction, c'est la foudre sans direction, c'est le fleuve sans digue, et qu'ils n'auront vraiment rompu avec l'esprit hiératique, pansé les blessures du passé, et fait quelque chose de vraiment humanitaire, que le jour ou ils auront inscrit en tête de nos codes, cet article si simple :
L'école communale est obligatoire pour tous sans distinction de fortune ou déposition jusqu'à seize ans.
C'est ainsi que l'Amérique a fondé et conserve sa liberté.
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