BRAHMES ET LÉVITES
Avec les brahmes, commençaient quinze mille ans d'oppressions basés sur l'esclavage, la corruption, l'ignorance, la superstition et le mensonge.
Volney, l'immortel auteur des Ruines, dans un chapitre qu'on devrait imprimer en tête de tous les livres d'histoire et de philosophie, fait comparaître devant lui, par une ingénieuse fiction, tous les successeurs des brahmes, mages, lévites, bonzes, rabbins, imans et derviches, et, les mettant aux prises les uns les autres, tire de leurs discussions et de leurs aveux, la conclusion suivante :
« Il se trouva que chez tous les peuples, l'esprit des prêtres, leur système de conduite, leurs actions, leurs mœurs, étaient absolument les mêmes.
« Que partout ils avaient composé des associations secrètes, des corporations ennemies du reste de la société.
« Que partout ils s'étaient attribué des prérogatives, des immunités, au moyen desquelles ils vivaient à l'abri de tous les fardeaux des autres classes.
« Que partout ils n'essuyaient ni les fatigues du laboureur, ni les dangers du militaire, ni les revers du commerçant.
« Que partout, ils vivaient célibataires afin de s'épargner jusqu'aux embarras domestiques.
« Que partout, sous le manteau de la pauvreté, ils trouvaient le secret d'être riches et de se procurer toutes les jouissances.
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« Que sous le nom de mendicité, ils percevaient des impôts plus forts que les princes.
« Que sous «celui de dons et d'offrandes, ils se procuraient des revenus certains et exempts de frais.
« Que sous celui de recueillement et de dévotion, ils vivaient dans l'oisiveté, et dans la licence.
« Qu'ils avaient fait de l'aumône une vertu, afin de vivre tranquillement du travail d'autrui.
c Qu'ils avaient inventé les cérémonies du culte, afin d'attirer sur eux le respect du peuple en jouant le rôle des dieux, dont ils se disaient les interprètes et les médiateurs pour s'en attribuer toute la puissance; que dans ce dessein, suivant les lumières ou l'ignorance des peuples, ils s'étaient faits tour à tour, astrologues, tireurs d'horoscopes, devins, magiciens, nécromanciens, charlatans, médecins, courtisans, confesseurs de princes, toujours tendant au but de gouverner pour leur propre avantage.
« Que tantôt ils avaient élevé le pouvoir des rois, et consacré leurs personnes pour s'attirer leurs faveurs, ou participer à leur puissance.
« Et que tantôt ils avaient prêché le meurtre des tyrans — se réservant de spécifier la tyrannie — afin de se venger de leurs mépris ou de leur désobéissance.
« Que toujours ils avaient appelé impiété ce qui nuisait à leurs intérêts, qu'ils résistaient à toute instruction publique pour exercer le monopole de la science; qu'enfin en tout temps, en tout lieu, ils avaient trouvé le secret de vivre en paix au milieu de l'anarchie qu'ils causaient, en sûreté sous le despotisme qu'ils favorisaient, en repos au mileu du travail qu'ils prêchaient, dans l'abondance au sein de la disette, et cela en exerçant le commerce singulier de vendre des paroles et des gestes, à des gens crédules qui les payent comme des denrées du plus grand prix. » (Volney.)
Jamais coup plus direct, plus incisif, ne fut porté au lévitisme, et nous ne pouvions caractériser ce sombre despotisme sacerdotal dont nous étudions les débuts, par une citation qui eut plus d'à-propos et plus d'autorité.
Le jour ou l'histoire de l'humanité sera refaite dans l'esprit qui a dicté ces lignes, déchirant tous les voiles, enlevant tous les masques, indiquant l'origine de tous les préjugés... mais ce jour-là seulement, nous pourrons dire que nous sommes en progrès.
Ce n'est pas en nourrissant les générations qui s'élèvent, dans les traditions mensongères du passé que l'on fera l'avenir. . .
Assez longtemps le manteau est resté sur Noé, cachant ses vices et sa décrépitude; il faut regarder en face le vieil homme, et quand nous serons bien persuadé qu'il est mort étouffé par le prêtre et l'autel, nous reviendrons à la pure et simple religion naturelle, retour que le grand philosophe du xvme siècle que nous venons de citer, prévoyait sans doute lorsqu'il s'écriait :
« Il faut tracer une ligne de démarcation entre les objets vèrifiables et ceux qui ne peuvent être vérifiés, et séparer d'une barrière inviolable le monde des êtres fantastiques du monde des réalités, c'est-à-dire qu'il faut ôter tout effet civil, aux opinions théologiques et religieuses...
« O rois et prêtres, vous pouvez suspendre encore quelque temps la publication solennelle des lois de la nature, mais il n'est plus en votre pouvoir de les anéantir ou de les renverser. » (Volney.)
Plus nous creuserons les origines de toutes les superstititions, de toutes les jongleries qui, pendant des milliers d'années ont courbé les peuples sous la main d'une poignée d'ambitieux, et plus nous avancerons le moment où l'humanité rejetera ce sinistre héritage.
Poursuivons donc nos études sur le foyer antique, d'où est sorti sous le nom de révélation divine, tout l'arsenal de fables et de mystères dont la métaphysique religieuse a orné tous les temples, tous les panthéons et toutes les églises.
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