DE L HUILE SAINTE
L'enfant était purifié par l'eau lustrale. L'adolescent éta t confirmé dans cette purification par l'huile consacrée. C'est par l'huile sainte également que les prêtres brahines recevaient le sacrement de l'ordination, et que plus tard les rois reçurent l'investiture de leur couronne par la main du branmatma.
Laissons aux livres sacrés eux-mêmes le soin d'exposer l'esprit de cette coutume.
« Par l'huile épurée du cocotier dans laquelle ont été mélangés les sept parfums, et que le brahme officiant a consacrée par l'invocation prescrite, l'adolescent des trois classes, en quittant la robe de l'enfance pour prendre rang parmi les hommes, est purifié de toutes ses souillures passées.
« Par l'huile sainte, il reçoit la consécration, et devient apte à accomplir les cérémonies funéraires sur la tombe de ses ancêtres.
« C'est le sacrement le plus agréable au divin créateur de toutes choses, car il est le premier qui soit donné à l'homme en l'âge de raison, et le divin Paraçourama lui-même ne dédaigna pas de recevoir l'onction de l'huile consacrée, des mains du brahmatma Soudasa-Richi. »
(Brahmana-Sastra.)
Les formules de confirmation et de consécration étaient les suivantes :
Pour la confirmation des adolescents des trois classes, le brahme officiant disait :
« Au nom du Dieu créateur et de la divine trimourti (trinité), je te purifie dans ton corps et dans ton âme. Que l'Esprit saint (Nara) soit avec toi. »
(Brahmana-Sastra,)
Pour l'ordination des prêtres, le brahmatma ou le brahme initié du troisième degré, disait :
« Au nom du Dieu créateur et de la divine trimourti, par cette huile du sacrifice, je te consacre prêtre. Tes paroles seront assimilées aux préceptes de la divine srout* (révélation), tes prières à l'office du sarvameda, feront descendre la bénédiction de Zeus sur le pain azyme, et les péchés seront remis à ceux à qui tu diras : « Illuminé par « l'Esprit saint, j'ai apprécié, et voici la pénitence que tu dois « faire. Tu es serviteur entre tous les serviteurs de Dieu. »
(Brahmana-Sastra . )
Pour le sacre des rois, le brahmatma, après avoir oint le front de l'arya d'huile consacrée, lui plaçait la couronne sur la tète en prononçant ces mots :
« Au nom de Zeus, de la divine trimourti, et des saints brahmesqui te délèguent leurs pouvoirs :
« 0 Ikwachou, je te consacre xchatria de l'Antarvedi. » (Province du nord.)
Si un rajah était établi roi de plusieurs provinces, ayant d'autres rajahs sous ses ordres, la formule ne se modifiait que dans l'appellation et devenait la suivante ;
« 0 Prithou, je te consacre artaxchatria de Cosala, Couroudèsa et Protéchtana. »
Les mages issus de Souryastara (Zoroastre), se servirent plus tard de la même formule : 0 Arii, je te sacre artaxercès
l'inde brahmanique. 289
c'est-à-dire : O Darii (Darius), je te sacre grand roi! Arii, darii, darius; artaxchatria, artaxercès : comme la Perse est bien la fille de l'Inde, et quelles étonnantes exhumations nous avons à faire...
Combien de temps faudrat-il crier aux oreilles de l'Europe savante: il y a là, aux pieds de l'Hymalaya, vingt mille ans de civilisation éteinte à reconstituer par le monument, par l'inscription sculpturale, par le livre? N'étudiez plus l'extrême Orient au point de vue de vos idées, de vos préjugés, de vos systèmes; laissez là votre chronologie enfantine; est-ce que vos naturalistes, en retrouvant l'homme dans les terrains tertiaires, ne lui donnent pas des centaines de mille ans d'existence?... Bath! la science officielle suivra son cours, et le Chinois, mandarin à bouton bleu, continuera longtemps encore à faire des mémoires, dans sa maison de porcelaine, sur la manière de pêcher des goujons dans la Seine...
Quand cela nous tombe dans les mains, nous en rions beaucoup!
Mais quelle revanche quand les œuvres de nos orientalistes en chambre arrivent par hasard à la connaissance des brahmes ou des bonzes chinois!...
Cela est donc si difficile à comprendre qu'on ne peut étudier un pays que dans ce pays lui-même, surtout quand il s'agit de civilisations antipodes de la nôtre et de quelques milliers d'années plus anciennes?...
Ainsi l'huile consacrée confirmait l'adolescent dans la purification de son baptême, ordonnait les prêtres et sacrait les rois.
Messieurs les Romains nous persuaderont-ils qu'ils ne se sont pas approprié cette coutume?
Non! Les gnostiques de l'école d'Alexandrie leur disaient, il y a dix-sept à dix-huit siècles : « Vous ne pouvez tromper que le menu peuple; votre Dieu, vos doctrines, vos cérémonies, votre culte tout entier enfin, ne sont que des copies des mystères de l'Orient. »
Aujourd'hui, grâce au samscrit et à l'Inde, à chaque coutume nous pouvons opposer un texte.