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CHAPITRE XIV

CHAPELET ET SGAPULAIRE.

Un beau jour un évêque, illuminé par l'Esprit-Saint, invente le chapelet ! Un autre reçoit le scapulaire des mains de la vierge Marie...

Tout cela est très-bien, et nous n'y contredisons point. Il est reçu que nous, qui ne voulons point nous enrégimenter sous la bannière sacerdotale, qui voulons séparer Dieu de l'homme, et ne point lui prêter d'indignes faiblesses, qui refusons de voir le doigt de Dieu dans les bûchers de l'inquisition et les massacres des guerres de religion, qui cherchons enfin à faire au créateur, dans notre conscience, un temple digne de sa grandeur, et qui voulons lui rendre un culte exempt de superstitions, de sortilèges, de miracles et de jongleries; il est reçu, disons -nous, que nous qui adorons Dieu en dehors du prêtre, nous ne sommes que des athées, et des imposteurs...

Mais, nous nous garderions bien d'adresser de semblables injures à nos insulteurs... aussi nous empressons-nous de déclarer que nous ne contestons pas la bonne foi des deux inventeurs du chapelet et du scapulaire catholiques... Qu'ils nous permettent seulement de leur dire et de leur prouver avec le plus profond respect, que l'Inde et l'extrême Orient faisaient usage de ces deux objets, dix à douze mille ans avant eux.

Donnons la parole aux textes :

« Tout homme qui n'accomplit pas les actes prescrits, ou qui se livre à des actes défendus, ou qui s'abandonne aux

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plaisirs des sens, est tenu de faire une pénitence expiatoire. a Une faute involontaire est effacé en roulant entre ses doigts, un certain nombre de versets de l'Écriture sainte; mais la faute commise à dessein, n'est expié que par des pénitences austères. » (Manou, de la Purification.)

t Le sage doit, aux heures oisives du jour, effacer ses souillures involontaires, et prononcer l'invocation à Brahma autant de fois que son chapelet contient de grains de sandal. »

(Brahmana- Sastra.)

Voici cette invocation que nous traduisons du Rich-Véda :

« Brahma, seigneur des créatures, je m'isole dans ta pensée,, pour que mon âme soit jugée digne de s'absorber en toi. »

Le port du chapelet était ordonné impérieusement à tout individu des trois premières classes, et le nombre de grains fixés pour chacun de la manière suivante :

« Que le paryata (chapelet), qui compte trois cents grains en l'honneur de la divine trimourti, soit porté par le brahme à sa ceinture; que celui du xchatria qui ne possède que cent grains soit porté au bras; qu'il n'ait pas plus de quatre-vingt-dix grains pour le vaysia, qui devra le porter dans la main. »

On doit remarquer que, ni prières, ni ablutions, ni aucune forme extérieure du culte, ne sont ordonnées au soudra.

Ce malheureux ne compte pas dans la société, c'est la bête de somme... c'est le peuple.

Quant au scapulaire, voici l'origine de cette coutume :

« Une des lois les plus rigoureuses des anciens brahmes, fut celle qui ordonna à chaque homme, de porter sur son front le signe de sa caste, et celui du Dieu au culte duquel

il était consacré. Mais l'usage s'introduisit bientôt de ne conserver au front que le signe de caste, et de porter au cou, en guise de collier, le signe du dieu incrusté sur une planchette, ou appliqué sur une pièce d'étoffe. En recherchant, à travers les âges, l'esprit qui a présidé à cet arrangement, nous sommes amené à en trouver la raison, en ce que le culte des trois classes peut s'adresser indifféremment à n'importe quelle personne de la divine trimourti. Il fut donc logique de ne point tatouer au front un signe qui pouvait changer, selon que l'on adressait ses vœux à Vischnou ou à Siva. »

{Ramatsariar, Commentaires sur le véda.)

Dans tout l'Orient, il est difficile aujourd'hui encore, de rencontrer un prêtre, ou un mendiant, sans son chapelet et son scapulaire.

En vérité, les pasteurs des peuples ne font guère de frais d'imagination... et si vieux et si usé qu'il soit, c'est toujours le même licol qui conduit le troupeau...

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