AVATAR DE RAMA
L'Inde entière était soumise, seule l'île merveilleuse de Lanka (Geylan) avait échappé au joug brahmanique, protégée par son éloignement, et l'océan qui lui faisait une barrière naturelle de ses eaux.
Le brahmatma Cratou-Richi, dit un jour à Rama, petit-fils de Pratichtha et huitième successeur de Viswamitra ;
« Écoute l'inspiration divine qui s'adresse à toi par ma bouche. C'est à Lanka que Brahma a placé le premier homme et sa femme, Adhima et Hèva. — Rassemble tes guerriers et tes éléphants, ordonne à tous les xchatrias de te suivre, et va soumettre à ta puissance le berceau de la race humaine, Lanka, où règne Ravana. »
Rama, artaxchatria d'Asgartha, prince jeune et énergique, qui ne demandait qu'à s'illustrer dans la guerre, et ne supportait qu'avec impatience le joug des brahmes, saisit avec empressement l'occasion qui lui était offerte, et partit avec tous les aryas à la conquête de Ceylan.
Cette guerre lointaine dura près de vingt années; lorsque Rama revint à Asgartha, après avoir soumis la grande île, et tué Ravana de sa propre main, vieilli par les combats et les fatigues sans nombre qu'il avait supportées, il n'aspirait plus qu'au repos; il fut jusqu'à la fin de sa vie l'esclave docile des brahmes, qui naguère redoutaient son audace ; sous aucun règne les brahmatmas ne furent plus puissants.
Cratou-Richi qui craignait pour la puissance sacerdotale, avait envoyé le jeune tigre user ses griffes contre les rochers de Lanka.
Rama fut en récompense divinisé par les prêtres, qui en firent la troisième incarnation de Vischnou, sept mille cinq cents ans environ, avant notre ère.
La poésie s'exerça plus tard sur ce sujet merveilleux, mais les rapsodes modifièrent, au gré de leur imagination, le fait historique. Ainsi le Ramayana, vaste poëme composé par plusieurs générations de chanteurs ambulants, qui s'en allaient dans les villages, redire les exploits des dieux et des héros, suppose comme motifs de cette longue guerre, que Rama se rend à Geylan pour reprendre sa femme Sita, enlevée par le roi Ravana, ce qui introduit l'amour dans l'œuvre poétique, et donne lieu aux épisodes les plus extraordinaires. Tous les peuples anciens ont gardé le souvenir de cette grande lutte, et sous des noms différents chanté les exploits de Rama comme appartenant à l'origine fabuleuse de leur propre histoire : échos de l'Inde d'où ils sont descendus, souvenirs de la patrie commune.
Les rapsodes grecs dans l'Iliade, n'ont fait que traduire le Ramayana.
l'inde brahmanique et royale. 323