‹ Les Fils de DieuChapitre 48 sur 51 · AVATAR DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

AVATAR DE BOUDDHA

(Incarnation de Vischnou non acceptée par les brahmes).

Quatre mille cinq cents ans avant notre ère environ, une nouvelle révolution religieuse vint bouleverser l'Inde de fond en comble, et faire courir à la puissance brahmanique le plus grand danger qui l'ait menacée depuis la prise d'Asgartha par Iodah; je veux parler de la réforme bouddhique.

La légende des premiers âges, qui promettait un rédempteur né d'une vierge, s'était accomplie dans Ghristna. Les prêtres avaient reconnu le fils de De^vanaguy comme la grande incarnation de Vischnou, depuis quatre mille ans, la figure du Dieu enfant sur les bras de sa mère, était sculptée sur les frontons des pagodes. Les brahmes offraient chaque matin sur l'autel le sacrifice du sarvameda en l'honneur du Rédempteur du monde... Tout à coup un homme se lève et dit : — « C'est moi qui suis la véritable incarnation, je suis Bouddha, le rayon divin I Tout ce que vous enseignez au peuple depuis des siècles n'est que charlatanisme et mensonge, moi seul suis la vérité ! »

Comme toujours, le peuple courut au nouvel imposteur, et bientôt, dans l'Inde entière, ses adeptes se comptèrent par milliers. Il enseignait que l'homme, né de la divinité, était un dieu lui-même, qu'aucune de ses actions, quelles qu'elles fussent, n'étaient mauvaises, puisqu'elles émanaient d'un dieu, et que la satisfaction complète de tous ses sens était le seul but que l'homme devait se proposer sur la terre.

On comprend avec quel succès les basses classes de l'Inde

accueillirent une pareille doctrine. Les brahmes furent obligés, pour conserver leur autorité, de noyer la religion nouvelle dans le sang, et d'anéantir jusqu'au dernier des prosélytes de Bouddha. 11 n'y parvinrent qu'après de longues années de luttes opiniâtres. Les bouddhistes, après une série de défaites, après avoir vu périr des milliers des leurs sur les bûchers, se décidèrent à quitter l'Inde, et se réfugièrent en Tartarie, en Chine, en Corée, au Japon et au Thibet, où le taloï-lama, sorte de pape bouddhiste, passe pour le repré» sentant direct de Dieu sur la terre.

Je ne sais où la plupart des orientalistes modernes ont pris cette opinion, émise généralement par eux, que la réforme de Bouddha avait eu dans l'Inde un caractère spiritualiste, ce qui aurait été principalement cause de la persécution brahmanique.

Le brahmanisme est spiritualiste avant tout, c'est ce qui lui fit adopter sans conteste l'incarnation de Ghristna et la doctrine préchée par le philosophe; il eut, par les mêmes motifs, élevé Bouddha au rang des dieux et accepté l'incarnation, s'il n'eût, par ses doctrines matérialistes pures, niant le mal et proclamant la légitimité de tous les actes tendant à la satisfaction des sens, attaqué l'essence même de la religion brahmanique, et poussé au soulèvement des basses classes, lasses de travailler sans jouir, et que les doctrines nouvelles privaient de toutes récompenses futures.

Un homme, qui a passé quarante ans de sa vie dans l'Inde, le missionnaire Dubois, résume d'un mot toute la théorie de Bouddha. « Les bouddhistes, dit-il, n'admettent d'autre dieu que le corps, n'ont d'autre but que la satisfaction des sens. »

Les différents ouvrages du K'hagiour, où les doctrines bouddhistes sont exposées, sont relativement modernes, et écrits bien des siècles après que le bouddhisme, chassé de l'Inde, se fût transformé dans les contrées nouvelles qui lui avaient donné asile.

L'idée de l'incarnation de la divinité, dans le sein d'une femme, était tellement dans la tradition religieuse, que la légende fait naître Bouddha, tantôt de la brahmine Tcha-

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oudamy, sur les bords du Gavery, tantôt de la vierge Avany, dans l'île de Geylan.

Voici le passage du Nirdhesa, un des livres sacrés des bouddhistes cyngalais., qui se rapporte à la seconde de ces traditions.

« Lorsque la vierge Avany, qui avait été fécondée par un rayon de la sagesse éternelle, sentit tressaillir dans son sein le divin Sakia-Mouny, elle reçut l'ordre d'aller s'établir dans quelque partie élevée du pays, afin que Bouddha put, en ouvrant les yeux à ]a lumière, contempler la terre qu'il venait régénérer par la bonne doctrine.

« Montée sur Dharma-Sourya, l'éléphant sacré que le génie Koundasa avait dressé pour elle, elle abandonna la maison de son père, et se laissa conduire au gré de sa monture, qui se dirigea tout droit du côté de la montagne appelée Samanta-Kounta (pic d'Adam).

» Arrivée au sommet de la montagne, elle vécut plusieurs mois avec la nourriture que lui apportaient les devas, qui se disputaient l'honneur de la servir, attendant l'heureuse délivrance qui devait combler de joie le ciel et la terre.

« Quand le moment fut arrivé, Sakia-Mouny, autrement dit Bouddha, sortit du sein d' Avany, qui le mit au monde sans douleurs. En quelques instants il atteignit la taille d'un homme, sous les yeux émerveillés de sa mère qui se mit à genoux et l'adora.

« Le premier endroit de la terre où Bouddha posa le pied, retint son empreinte pour indiquer perpétuellement à ses adorateurs le lieu de sa naissance, et celui qui, chaque année, vient pieusement contempler ce signe divin, ne voit point se prolonger pour lui les jours d'impureté, il peut offrir le sacrifice avant l'ablution prescrite. »

L'île de Geylan renferme encore quelques bouddhistes, mais dans l'Inde entière Bouddha n'a plus d'autels.

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