‹ Les fils de JudasChapitre 21 sur 59 · LES MLS UE J LU A S · texte numérisé non relu

LES MLS UE J LU A S

— Oui, vous devriez me dire si nous approchons du 17 novembre, car à cette date, je serai riche, j'aurai plus d’cr et de pierreries qu’un roi, et je vous épouserai.

" Aléa se pencha à l’oreille de Marthe et lui dit :

— Répondez que le 17 novembre, c’est aujourd’hui.

Et Marthe, docile, obéit à Aléa.

Raymond jeta un cri.

— Mais s’il en est ainsi, s’écria-t-il, c’est tout de suite qu’il faut me laisser partir.

— Pourquoi? fit Callebrand.

f Chez ce dernier, le fou s’était évanoui ; res-

u î. tait le savant.

Et le savant regardant Aléa, lui dit :

— Si son esprit pouvait se fixer sur un point et ne plus l’abandonner, je lui rendrais la mémoire.

Puis il réitéra la question :

— Pourquoi?

— Parce que ceux qui doivent me rendre les trésors de Ma-Eddin m’attendent.

— En quel lieu?

— Au fond d’un puits.

Callebrand secoua la tète, et regarda Aléa

d’un air découragé. '

— Il est toujours fou, murmura-t-il.

— Non, lui dit Aléa qui se souvenait des confidences d’Ali-Kan ; c'est bien au fond d'un puits qu’on l’attend.

— Vrai? fit Callebrand.

— Je vous le jure.

Le savant quitta le banc sur lequel il était assis.

Puis il se dirigea vers la porte du pavillon qui était ouverte.

Nous l’avons dit déjà, Callebrand et sa fille habitaient le rez-de-chaussée, tandis que le premier était réservé à Raymond.

Ali-Kan, qui avait jugé que la folie de Cal- lebrand était plutôt une monomanie et que à. ses recherches sur la malléabilité des métaux

jjjKfijE-

seraient peut-être un moyen de le ramener à la râison, lui avait installé dans une arrièrepièce tout un laboratoire de chimie.

^De fut vers cette pièce qu’il se dirigea.

Aléa le suivit.

Le fou ouvrit une armoire et y chercha parmi une vingtaine de fioles un petit flacon qui renfermait une eau légèrement rosée.

— Qu’est-ce que cela? lui demanda Aléa;

Callebrand répondit :

— S’il avalait une cuillerée de' cette liqueur, il se souviendrait.

— De son passé tout entier?

— Non, mais des circonstances qu’il invoque et qui sont dans son esprit fl l’état confus.

Aléa hésita un moment.

— S’il se souvient, pensa-t-elle, il* songera à moi... et il m’aimera encore...

Et la peur s’empara d’elle.

Mais le désir de confondre cet imposteur qui se nommait sir Arcliibald l’emporta chez elle sur toute autre considération.

— Soit, dit-elle.

Callebrand prit la fiole et, sur un guéridon, un verre et une cuiller.

Puis il mesura la dose, prit le verre et dit ft Aléa :

— Venez 1

Ils sortirent du pavillon.

Raymond était toujours sur le hanc et Marthe s’était assise auprès de lui.

Il lui tenait la main et lui disait :

— Ahl si je pouvais me souvenir... Je suis allé bien loin... dans un pays où le ciel est bleu... J’ai vu un vieux prêtre, je lui ai remis un parchemin...

. Il s’arrêta et prit son front à deu* main3 ; puis avec accablement :

— Je ne me souviens pas !

Aléa et Callebrand revinrent.

Aléa lui présenta le verre et lui dit :

— Buvez !

Mais Bavmond la repoussa, disant :

— Je n’ai pas soip.

Aléa implora Marthe du regard.

Marthe prit le verre et, le passant à son tour à Raymond, elle eut un sourire de prière.

Raymond prit le verre et but.

Soudain tout son corps tressaillit, son visage pâle se colora, ses yeux brillèrent...

Un moment il demeura comme anéanti, puis tout à coup il se leva et s’écria : *

— Je me souviens, je me souviens!

Aléa s’était enfuie dans le pavillon.

Mais, abritée derrière une persienne, elle écoutait, le cœur palpitant.

Raymond disait :

— Je me souviens parfaitement maintenant. Je m’appelle Raymond de Mahédin. Je suis parti pour l’Orient... j’allais au Lban... je portais à un vieux prêtre un parchemin couvert d’une écriture hiéroglyphique et que

\ïr>

lui seul pouvait lire... et il me traduisit le contenu du parchemin :

— Retournez eu Europe, me dit-il. Lîl, vous trouverez une lettre qui vous assignera un rendez-vous. Etait-ce hier? c’est possible. La lettre arrive... le rendez-vous était dans une maison déserte, hors de Paris, dans un souterrain, au fond duquel on arrivait par un puits.

Je n’étais pas seul au bord de ce puits.

Ici la mémoire de Raymond parut lui faire défaut un moment.

Mais Callebrand souriait et, disait :

— Attendons!

En effet, après avoir passé à plusieurs reprises la main sur son front, Raymond poursuivit :

»— Je n’étaia pas seul... un homme s’assit auprès de moi... un de mes amis... oh! je me souviens... c'est sir Archibald, un Anglais que j’ai connu à Malte.

Il m’offrit un cigare... Depuis lors je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais ils doivent toujours m’attendre...

Aléa, à ces derniers mots, eut une inspira- f’ tion sublime :

— Ce que Raymond ne sait pas, dit-elle, sir Archibald le sait sûrement.

Et elle appela Callebrand et lui dit :

— Veillez sur lui, je serai de retour dans une heure.

Puis elle sortit précipitamment du pavillon, cachant son visage avec ses mains pour que Raymond ne la reconnût pas,

Page 1