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— Fort bien ! dit Paolo.
— On lui a parlé de mon brick, il l'a visité aujourd'hui et le trouve à sa convenance.
— C’est fort bien.
— Il me l’achète cent mille francs et me conserve comme capitaine en me laissant le choix de mon équipage.
Paolo eut un sourire de défcnon.
— Il est confiant, cet Anglais ! murmura-t-il.
— Très-conflant, répondit llodokani, riant à son tour. Maintenant, lu devines* n'est-cc pas ?
— Oh! parfaitement. Entre Candie et Chypre, on jettera les amoureux à la mer.
— Précisément.
■*- Et tu continueras à être propriétaire de ton brick.
t-il?
Naturellement. Maintenaht, cela te vd-
— Sans doute, mais...
— Tu veux savoir quelle sera ta part 1
— C’est une curiosité bien excusable.
— Un quart do prise pour toi, un quart pour l’équipage.
— Eon!
— Cela fait moitié, comme tu vois; il est juste que j’aie moitié.
1 üti
— Tu as plus, dit Paolo, en se grattant l’oreille.
— Comment donc?
— Sans doute, puisque le brick te restera.
— Ah! pardon, fit Rodokani; le brick m’appartient d’ores et déjà.
— C’est juste. Je n’y pensais pas.
— Eh bien, cela te va-t-il?
— Cela me ?r.
— Alors recrute-moi cinq matelots et un mousse, ce soir.
Paolo fronça légèrement le sourcil.
— Je sais bien qu’on ne peut pas se passer d’un mousse; et pourtant...
— Va, dit Rodokani, explique-toi.
— Ça bavarde, les enfants. Un beau malin, quand le coup est fait, on rencontre une frégate anglaise ou française qui se montre curieuse, et le mousse n’a pas l’aplomb voulu pour subir l'interrogatoire du commodore.
— C’est vrai, ce que tu dis là. Mais ce n’est ni toi ni moi qui monterons dans les vergues.
— J’ai peut-être sous la main ce que nous cherchons, dit Paolo.
— Qui donc?
— Une femme. Elle est gringaldtc comme
un mousse leste comme un chat,
et elle navigue .depuis son enfance.
— D’où la connais-tu ?
— J’ai navigué avec elle.
Et Paolo cligna des yeux.
— C’est bien, dit Rodokani, tu l’embaucheras; on peut se fier à elle?
— D’autant mieux que nous avons des affaires ensemble.
On aurait pu traduire ainsi les paroles de l’Italien :
— Nous avons commis un crime de compte à demi..
— Où le verrai-je demain? demanda encore Rodokani.
— Oiîlû voudras.
— Alors, viens à bord de bonne heure, il est possible que notre Anglais veuille a reiller le soir même.
— J’y serai avec nos hommes.
— Moi, ajouta Rodokani, je vais renvoyer tous mes matelots. Ce sont d’honnêtes Candiotes sur lesquels il n’y a pas moyen décompter.
En même temps, le Grec se leva, échangea un regard avec la Maritana et sortit.
Son départ livra les hôtes du café d Athènes à mille conjectures.
lo8 LES FILS DE JUDAS
On questionna Paolo. ..
Paolo répondit qu’il s’était borné a donner à Rodokani quelques renseignements sur un armateur de Livourne pour le compte duquel il avait un chargement.
'Les habitués ordinaires s'en allé, ent un à un.
Il ne resta bientôt plus dans le café que les cinq matelots sur lesquels le nouveau second du brick avait jeté son dévolu.
Alors le marché fut bientôt conclu.
— On touche une prime le jour de l'embarquement , dit-il. Destination inconnue, mais bonne affaire.
Ces gens-là comprenaient sans doute à demimot, car ils n'insistèrent pas. A
A minuit, tout le monde était parti et il ne restait plus dans le café d’Athènes que Peccaïre j qui rangeait les tables et les chaises, et la Maritana, qui faisait sa caisse.
Quand Peccaïre eut terminé sa besogne; il prit sa veste et sa casquette.
Peccaïre ne couchait pas dans rétablissement.
— Bonsoir, patronne, dit-ili
— Bonsoir, mon garfcon, répoiidit la Maritana. \
— Vous avez un air tout drdle, ce soir.
— Moi? non, dit-elle en tressaillant.
— C’est peut-être une idée que je me fais, après tout, dit Peccaïre en s'en allant.
Alors la Maritana ferma la porte et éteignit l'unique lampe demeurée sur le comptoir.
Mais elle ne monta point à sa chambre, qui était située au-dessus du café.
Elle ne se coucha point, comme à l’ordinaire.
Debout, immobile derrière la porte, elle attendit, prêtant l’oreille aux pas attardés qui passaient sur le port.
Enfin, on frappa deux coups discrets fi la porte. *
Puis une voix dit tout bas :
— C’est moi.
La Maritana ouvrit, et llodokani se glissa dans le café.
— Tu m’as fait signe que tu voulais me
parler, dit le Grec. C’est pour cela que je suis
revenu.
— Parle bas, dit la Maritana qui le prit par la main et referma la porte sans bruit. Personne ne t’a vu entrer?
— Personne. Tu veux me parler? dil Holokani.
— Oui. %
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— J’écoute.
La Maritana lui pressa doucement la main.
— Tu sais si je t’aime? fit-elle.
— Je le cro's.
— Tu veux reprendre la mer?
— Sans doute.
— Ne le fais pas, Rodokani.
— Pourquoi?
— J’ai un horrible pressentiment.
— Tu es folle !
— Ne pars pas, reprit la Maritana avec un accent d’énergie subite.
Rodokani haussa les épaules.
— Je suis certaine, acheva-t-elle, qu’il t'arrivera malheur, et que nous ne nous reverrons plus.
lirais Rodokani proféra un affreux blasphème.
— Si c’est pour me dire cela que tu m’as fait venir, ajouta-t-il, ce n’était pas la peine de te déranger. Si on écoutait les femmes, on prendrait une quenouille.
Et il s'en alla doucement sans avoir égard aux pleurs de la Maritana qui s’était mise il fondre en larmes.