‹ Les fils de JudasChapitre 28 sur 59 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Tandis que P.odofcani composait son équipage, et que, aidé par son second Paolo, il réunissait les bandits dont il avait besoin pour ses mystérieux projets, une chaise de poste, couverte de poussière entrait avec fracas dans Marseille.

Un accident arrivé la veille au chemin de fer avait occasionné sur la voie uno solution de continuité aux environs de Rognac.

Le voyageur qui arrivait à Marseille, prévenu du fait à Avignon, s’était empressé de demander des chevaux de poste, et il était parti menant un train de poste usité seulement par les princes du sang.

11 payait les guides cent sous et promettait une gratilication de cent francs s'il arrivait à Marseille avant dix heures du matin.

Aussi était-il neuf heures et demie à peine, lorsque la chaise de poste roula bruyamment sur le pavé de la Canebière et vint s’arrêter devant l'hôtel des Empereurs.

Ce voyageur n’avait pourtant pas l’air d’un très-grand personnage.

C’était un homme long et maigre, un peu chauve, au visage jaune, à l’oeil verdâtre, aux lèvres cauteleuses et minces.

Les garçons, accourus à sa rencontre lorsque la chaise de poste entra dans la cour de l’hôtel, furent môme un peu interdits en voyant sa redingote usée et sa cravate blaDclie fripée.

Ils l’eussent volontiers pris pour un notaire ou un médecin de campagne s’il fût arrivé en fiacre.

Mais en donnant les cent francs de gratification au postillon, le voyageur ouvrit un portefeuille gonflé de billets de banque.

Les garçons saluèrent.

Seulement le maître d’hôtel, qui était soupçonneux, se demanda si ce n’était point par hasard un caissier qui prenait la fuite.

Le voyageur n’eut pas plutôt mis le pied

dans le salon de l’hôtel et demandé ur.e chambre, qu’on lui apporta le registre sur lequel chaque voyageur doit écrire son nom, son Age et sa profession.

Il ne parut point s’en offenser et écrivit :

Monsieur Baid, de la maison Baùl et Torrqmn de Paris et de Londres.

Puis il se fit conduire à l’appartement qu’on lui avait préparé.

Une fois chez lui, il sonna et demanda à voir le maître de l'établissement.

Ce dernier entra le sourire aux lèvres et le front parfaitement déridé.

Cette métamorphose subite était l'œuvre d’un flâneur marseillais qui se trouvait par hasard assis sur le banc placé à la porte de l’hôtel, lorsque M. Baiil avait fait son entrée en chaise de poste. «

Ce flâneur était un négociant qui savait son Almanach du commerce sur le bout du doigt.

Or, à peine l’étranger avait-il mis son nom sur le registre, que tous les oisifs qui se trouvaient dans l'hôtel s’étaient précipités pour savoir quel pouvait être cet homme mal mis qui voyageait, en chaise de poste comme un ambassadeur.

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