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Les finances Athéniennes au Ve siècle avant notre ère

Parmi les études historiques, celles qui ont trait à l’antiquité grecque ont eu toujours pour nous, Français, un attrait particulier. Ce n’est pas une nouveauté que de comparer Athènes à Paris et de retrouver dans notre société contemporaine certains caractères qui distinguaient déjà la démocratie fameuse qui s’épanouit au pied de l’Acropole et qui remplit plusieurs siècles du bruit de sa gloire, de ses triomphes et de ses revers. Mais là, comme pour d’autres périodes, l’éclat des événements politiques avait, jusqu’au xix® siècle, laissé dans l’ombre le côté économique ; ce n’est qu’à une époque relativement récente que la sagacité des hellénistes s’est exercée sur ce domaine et a multiplié les recherches relatives aux finances de la Grèce : elle l’a fait avec un succès croissant, à mesure que des écrits, ignorés jusque-là, étaient retrouvés et que des fouilles nombreuses se poursuivaient sur divers points de la Péninsule et de l’Archipel. Elles ont mis au jour des monnaies, des monuments, des ins-

criptions : il est devenu possible de reconstituer la comptabilité publique, de lire des budgets de recettes et de dépenses, qui ont jeté une vive lumière sur les parties, restées obscures jusque-là, de la vie des nations qui florissaient dans le bassin de la Méditerranée. Il ne nous suffît plus de connaître la succession des faits qui remplissaient jadis les manuels dont se contentèrent les générations qui nous ont précédés. Après avoir appris les dates, les noms des hommes qui jouèrent un rôle dans la conduite des affaires publiques, les guerres qui mirent aux prises les cités et les peuples, les traités de paix qui les réconcilièrent, les lois qui les gouvernèrent, leur religion, leur littérature, nous voulons pénétrer plus avant dans le détail de leur vie et savoir à l’aide de quelles ressources s’accomplissaient les actes qui, dans l’antiquité aussi bien que de nos jours, exigeaient des quantités plus ou moins considérables de cet argent qu’on a appelé le nerf de la guerre et qui l’est également des œuvres de paix.

L’intérêt de ces études devient encore plus vif lorsque nous constatons, à chaque pas, des ressemblances entre la Grèce d’il y a 2.300 ou 2.400 ans et les nations contemporaines. Sous des noms différents nous rencontrons des impôts comparables aux nôtres. Les causes de dépenses sont les mêmes : les expéditions militaires entraînent des emprunts, et, si les prêteurs sont des divinités au lieu d’être des souscripteurs de titres de rente, les gouvernements prévoyants n’en ont pas moins le souci de les rembourser, en temps de paix, tout comme de nos jours des ministres des finances, conscients de leur devoir, inscrivent à leur budget annuel des crédits destinés à l’amortissement de la dette publique. Les assemblées démocratiques, nous devrions dire démagogiques , se distinguent par leur imprévoyance, gaspillent les réserves

AU V* SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE

amassées par des hommes d’État dignes de ce nom, prodiguent les largesses à la plèbe pour se maintenir au pouvoir et finissent par ruiner leur patrie en usant à l’excès les ressorts de sa puissance. Ces diverses leçons se tirent en particulier de l’histoire des finances athéniennes au v® siècle avant notre ère. Nous allons essayer de la retracer brièvement, ou plutôt d’en noter certains traits, qui permettront, sinon de les embrasser dans tout leur développement, du moins d’en saisir la curieuse et ins- » tructive physionomie.

Nous rappellerons les monnaies qui étaient alors courantes : la drachme, dont la valeur se rapprochait de celle de notre franc, se divisait en six oboles, dont chacune correspondait donc à 17 centimes environ ; 100 drachmes faisaient une mine, et 60 mines un talent, dont nous considérons par conséquent la valeur comme étant de 6.000 francs. Le savant M. Svoronos, directeur du musée numismatique d’Athènes, a retrouvé l’étymologie des deux principales de ces monnaies : drachme vient de 8pà£, poing, et obole de oêeXoç, fer de lance. Six pointes de javelot tenaient dans une poignée, d’où la division de la drachme en six oboles.

Nous examinerons successivement l’organisation financière, les dépenses, les recettes, la fortune nationale; nous montrerons, dans une dernière partie, les alternatives par lesquelles a passé le budget athénien au cours de la période que nous envisageons.

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