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Les finances chinoises

L'heure semble venue d'étudier Les finances de la Chine: au. début d’un nouveau siècle, alors que les armées de l'Europe campent à Pékin et que l'univers se préoccupe des mouvemens futurs de cette masse de 300 ou 400 millions d'hommes, tous les regards sont tournés vers l'Empire du Milieu; chacun se demande quelle solution les événemens, les volontés des grandes 1 puissances, l’action de celles qui sont plus directement et plus … étroitement intéressées à la question, vont donner au problème jaune. Les points d'interrogation sont nombreux; ils sesuccèdent, pressés, Les uns aux autres; diplomates, militaires, marins, financiers, industriels, commerçans, ingénieurs, travaillent à 4 réunir les élémens nécessaires pour approfondir une matière . aussi vaste el aussi compliquée. Au milieu de cette immensité de sujets qui s'offrent à nos investigations, nous avons choisi celui qui n’est, certes, pas le plus facile à éclaircir, mais qui est d’une importance capitale. La réorganisation de la Chine, quelque forme qu'elle revète, ne pourra se faire qu'avec un SyStème d'impôt restauré, une base financière solide et des revenus suffisans pour assurer la bonne marche de son administration et le service de ses emprunts: il est donc expédient de chercher à dégager, des données rares et confuses que nous possédons, 4 quelques points précis, à l'aide desquels nous essaierons d'esquisser un plan de réformes et d’asseoir, en vue de l'avenir, u budget chinois. L'Europe, à plusieurs reprises, a prêté des capi faux au Fils du Ciel; l'Angleterre, la France, l'Allemagne,

sur les recettes douanières ou gagé par Les chemins de fer; la Russie à donné sa garantie à un emprunt destiné à payer au Japon une partie de l'indemnité de guerre stipulée par le traité de Simonosaki. Des liens financiers multiples étant établis entre la Chine et le monde occidental, celui-e1 a le droit et le devoir de se préoccuper de la situation de son débiteur. La Chine dépasse l'Europe comme territoire et comme population : 11 millions de kilomètres carrés et 400 millions d'habitans contre 10 et 380 millions. Mais deux tiers de cette étendue, formés par la Mandchourie, la Mongolie avec le désert de Gobi, et le Thibet, sont très peu le La Chine proprement dite ne compte que 3700000 kilomètres carrés, avec une densité de - population de 100 habitans au kilomètre carré, plus du double L de la proportion européenne. La monarchie est héréditaire, mais non par droit de primogéniture : : le souverain choisit lui-même . son successeur parmi ses fils, ou, à défaut de fils, parmi les princes de la maison impériale, par adoption. La dynastie, depuis 1643, est mandchoue. Le premier corps de l'État est le Grand ovine. composé de six membres, dont trois Chinois et trois Mandchous : le pouvoir effectif est exercé par le Grand Conseil, composé de sept membres et présidé directement par l'Empereur : E divers groupes d'administration correspondent à des ministères, ê parmi lesquels se trouve le département du Trésor. Nous examinerons l’état de la circulation monétaire, puisque, avant de parler des comptes d'un pays, il est indispensable de connaître l'unité qui sert à les établir; le système de ban- que, le budget chinois, en donnant un tableau des ressources et des dépenses et en insistant sur l'organisation des douanes, Qui constituent le plus certain des revenus ; nous montrerons quelle est l'importance actuelle de la dette; nous chercherons à mettre en lumière quelques-uns des facteurs de la force écono- ‘ mique du pays : commerce, agriculture, industrie naissante, : chemins de fer commencés et accdee: nous tâcherons enfin l1.1 de tracer un tableau des réformes qui pourraient fortifier la Situation du Trésor, en contribuant à hâter la mise en valeur des Tessources d’un empire qui a, dans sa population, dans son sol fertile, dans ses richesses houillères et métallurgiques, dans son con de fleuves et de canaux, des élémens considérables de prospérité

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Il n'existe pas en Chine de système monétaire avec étalon déterminé : l'unité porte le nom de {aël, mais représente, selon les lieux, un poids et un titre différens d'argent. D’après les conventions qui l'ont établi, le taël de Canton devrait être de 37 gr. 183 d'argent; dans la pratique, il n’est que de 37 gr. 58. Le taël employé par le commerce international est celui de Shanghaï, qui correspond à 36 gr. 65. Quant au taël hatkwan, destiné au règlement des droits d'importation, la direction des douanes en fixe la valeur en monnaies européennes au début de chaque mois. C’est à Shanghaï que se fabriquent les lingots d’argent fin (sycee, littéralement sai cee, soie pure), pesant environ 1840 grammes et valant par conséquent une cinquantaine de taëls : ces lingots ne servent pas aux usages courans, mais aux comptes de banque et aux compensations. La monnaie d'argent qui circule le plus, en dehors des lingots, est la piastre mexicaine, que Les essayeurs chinois poinçonnent après l'avoir vérifiée et qui prend alors le nom de chopped dollar. Le taël, monnaie de compte qui, théoriquement, devrait être égale à une once d’argent pur, se divise en 10 /sien (mace en anglais): le sien en 10 fen ou candarin; celui-ci à son tour en 10 %. |

Le métal argent n’est pas aussi répandu qu'on se l’imagine communément : le rapport de la mission lyonnaise d’exploration commerciale dans le pays (1895-1897), nourri d'une foule de renseignemens de la plus haute valeur, fait à cet égard une comparaison pittoresque : la Chine, dit-il, est une sphère dont l’enveloppe est en argent et dont la teneur en ce métal diminue à mesure qu'on s'éloigne de la périphérie. C’est dans les ports et dans la partie des provinces orientales qui sont en relations suivies avec les étrangers que les monnaies et lingots d'argent apparaissent en plus grande quantité; dans l’intérieur du paÿs, dans les hautes vallées des fleuves, la monnaie de billon, la sapèque, composée d’un alliage de cuivre et de zine, auxquels s'ajoutent souvent du plomb et de l’étain, règne en souveraine. De valeur infime, ces pièces, percées d’un trou central, sont réu nies par ligatures de 400, 500 ou 1000 unités; les salaires des ouvriers, les loyers, les fermages, les prix des denrées de pre mière nécessité, s'expriment en sapèques.

La Chine n’est donc pas un pays à étalon d'argent, mais un pays à double étalon, argent et cuivre : seulement il n’y a pas de rapport fixe entre ces deux métaux, et chacun d’eux est courant suivant les lieux, on pourrait presque dire selon les classes de la population. A l'intérieur, c’est en cuivre que se règlent la plupart des transactions, dont chacune prise isolément ne s'élève pas à une somme considérable. Le cours de la sapèque de cuivre par rapport au taël d'argent varie, avec une tendance générale à la hausse dans les derniers temps, puisque, au lieu de 1600 sapèques, qui formaient, il y a un quart de siècle, la contre-valeur du taël, ce n’est plus que 1200 ou 1300 qui la représentent aujourd’hui. Ce changement s'explique à la fois par la hausse du cuivre et la baisse de l'argent. A l’intérieur des provinces, le pouvoir d'achat de la sapèque ne parait pas avoir beaucoup varié, tandis que, dans les ports, celui du taël est régulièrement influencé par les fluctuations du métal blanc.

Au cours de leur histoire, les Chinois ont essayé de presque toutes les monnaies connues : papier, fer, argent, or, peaux de bêtes, pièces d’étoffe. L'empereur Che Hwangte frappa des pièces d'or pesant plus d’une livre, trois siècles avant Jésus-Christ : mais elles disparurent avec sa dynastie, dès la génération suivante. Cinq siècles plus tard, l’empereur Wuti fit fabriquer des monnaies d'argent et d’étain mélangés, auxquelles il essaya de donner un cours supérieur à leur valeur intrinsèque; instruit par l’expérience, il voulut ensuite revenir à la saine monnaie. Mais le désordre était tel et les contrefaçons si nombreuses qu'au siècle suivant, on proposa d’abolir toute espèce de signe métallique et de reprendre les grains et les étoffes comme instrumens d'échange et mesure de la valeur: Plus d’une fois déjà, Les Chinois avaient connu le papier-monnaie, notamment sous les empereurs de la dynastie Sung {xi° siècle après J.-C.). On en parle comme ayant existé sous la dynastie de Tcheou, de 1122 à 255 avant Jésus-Christ. L'empereur Ou-Ti, de la dynastie des Han, en 240 avant Jésus-Christ, fit créer des billets de banque en peau de cerf. Quoi qu'il en soit, les maux financiers ne furent pas étrangers au mouvement qui renversa la dynastie mongole (1368), pour la remplacer par celle des Ming. Toutefois le papier reparut sous ces nouveaux maitres, qui punirent de mort les contrefacteurs. L'empereur Choenn-Tchou, en 1651, fut un de ceux qui eurent recours à ces émissions.

Les pièces, n'étant pas frappées artistiquement ni revêtues d'une empreinte qui rendit limitation difficile, étaient, elles aussi, exposées au danger de contrefacons nombreuses : cellesci furent peut-être une des causes qui firent adopter un étalon d'aussi peu de valeur que le cuivre. Dans les temps modernes, la Chine a absorbé des quantités considérables d'argent, notamment sous forme de piastres espagnoles et mexicaines : une partie des premières à été réexportée en Europe, lorsque la baisse du métal rendit l'opération profitable, puisque ces pièces, dépréciées en Chine, où elles suivaient les fluctuations de valeur de l'argent, avaient conservé toute leur force libératoire en Espagne; et une partie des secondes, aux Indes, aussi longtemps que le libre monnayage du métal blanc y subsista, c'est-à-dire jusqu en 1893.

Une des clauses du traité, remarquable à beaucoup d’égards, qui fut conclu en 1867 entre la Chine et les États-Unis, par l’intermédiaire de M. Burlingame, portait que l'Empereur était pénétré de la nécessité d'améliorer le système monétaire de son pays et de le mettre en harmonie avec celui du reste du monde. Vingt ans plus tard, en 1887, édits sur édits se succédèrent pour ordonner des réformes : l’impératrice régente autorisa le viceroi du Kwang-Tung à installer à Canton des machines pour y frapper des dollars, dont la valeur devait être égale à celle des piastres mexicaines. Mais ces nouvelles pièces, bien fabriquées Tabord, n'ont pas été adoptées par le peuple, en partie à cause des nombreuses contrefaçons dont elles ont été l’objet. Du reste, la fabrication n’a pas tardé à se relâcher : le titre, au lieu de rester à 900 millièmes de fin, s’est trouvé descendre à 884. La Monnaie réalise aussi des profits sur la frappe des pièces divisionnaires, qui, bien que ne contenant pas le poids voulu de métal fin, sont demandées sans cesse par la circulation. Plusieurs hôtels des monnaies sont installés, à Canton, Wou-Tchang, Ghirin, Tientsim : ce dernier ne travaille plus depuis l'occupation étrangère. En même temps que la Chine essayait de se donner une monnaie, l'Angleterre émetlait un dollar d'argent pour ses possessions de Hongkong et des détroits, où d’ailleurs la piastre mexicaine circule couramment; la France créait la piastre indochinoise, qui, par la perfection de sa frappe et la sûreté de son ülre, à vite conquis droit de cité dans tout F'Extrème-Orient.

Le change avec l'Europe est différent selon Les places, puisque la valeur du taël varie de l’une à l’autre. Quelle a été l'influence

où

El

dela baisse de l'argent sur le commerce extérieur de la Chine?

Si les vieilles théories bimétallistes étaient correctes, les exportations auraient dû augmenter et les importations diminuer ; mais les unes et les autres ont grandi, et Les secondes dans une proportion bien plus forte que les premières. Voici un tableau, dressé en partie par la mission lyonnaise : les valeurs y sont exprimées

en taëls haikwan, et ceux-ci évalués en francs selon le cours de

l'argent :

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