‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 107 sur 133 · EXCÉDENTS DISPONIBLES · texte numérisé non relu

EXCÉDENTS DISPONIBLES

(en milliers de dinars ou francs)

(1) Les fonds serbes. Situation économique et financière de la Serbie. Administration des monopoles, par Paul Wormser.

(2) Le Rentier du 7 février 1912.

(3) L'Information du 19 octobre 1908.

Le service de l'ensemble de la dette publique du royaume de Serbie exigeait, avant la guerre, une somme annuelle de 32 millions et demi de dinars environ. Si l'on en défalque le produit net de l'exploitation des chemins de fer de l'Etat, comme aiment à le faire beaucoup d'économistes pour dégager la charge réelle que la dette impose au pays au point de vue fiscal, on voit que ce service n'exigeait plus que 26 millions de dinars, somme qui représentait 20' 0/0 des recettes budgétaires normales du Royaume.

A noter, d'ailleurs, que tous lest emprunts serbeis antérieurs à la guerre sont amortissables et doivent être complètement éteints en 1967, si les opérations se poursuivent régulièrement.

Le tableau que nous avons donné ci-dessus de la dette publique de la Serbie peut encore être grossi d'une soixantaine de millions de francs, si l'on assimile aux emprunts d'Etat deux emprunts contractés par un organisme d'Etat, VOuprava Fondova. Cette institution gère les fonds de l'Etat, les capitaux des arrondissements et départements, des églises et monastères, et ceux des établissements placés sous la surveillance directe des autorités publiques ainsi que les dépôts effectués auprès des tribunaux, des ^autorités de police et des autres administrations. L'Ouprava Fondova prête aux particuliers en première hypothèque sur terrains à bâtir ,bâtiments et terrains agricoles; il émet des lettres de gage et des obligations communales sous réserve de l 'autorisation du Gouvernement, qui garantit tous ses engagements. C'est une sorte de Caisse des dépôts et consignations, doublée d'un Crédit foncier.

Comme les autres Etats des Balkans, la Serbie possède une Banque nationaie. Celle-ci, fondée en 1883, est une société par actions, au capital de 10 millions de dinars, qui émet à la fois des billets remboursables en argent et des billets remboursables en or. Au 31 décembre 1911, il circulait 52 millions des premiers, qui, en temps normal, ne

peuvent dépasser le quintuple du capital versé, et 14 millions des seconds. L'encaisse métallique se composait de 44 millions d'or, dont 10 millions chez jl es correspondants étrangers, et de 6 millions d'argent. Chose curieuse dans ce pays, ce sont les billet s- argent qui sont le plus demandés. Ils constituent, en fait, la véritable monnaie intérieure. Au cours de l'année 1911, la Banque nationale serbe avait dû solliciter du Gouvernement l'autorisation d'augmenter d'un dixième cette partie de 'son émission; à un moment donné, au cours de cette année-là, cette circulation atteignit 59 millions, chiffre auquel die ne s'était encore jamais élevée jusque-là (1).

La Banque nationale s'efforce de plus en plus de régulariser les cours du change: à cet effet, elle s'est constitué chez ses correspondants du dehors un avoir qui lui permet de vendre des chèques, sur Vienne, Paris, Londres, Berlin et autres places à l'Etat, à l'Administration des Monopoles, à la Direction des chemins de fer, aux négociants importateurs, en un mot à tous ceux qui ont des paiements à faire hors des. frontières. Grâce à cette politique prévoyante, les changes, étaient depuis quelque temps au pair lorsque la guerre éclata: il n'y avait aucun agio sur l'or; les deux catégories de billets se maintenaient sur un pied de parfaite égalité. Cependant, il ne faut pas oublier que, si la prime de l'or avait disparu, ce n'était que depuis peu, et que cette prime s'était élevée jusqu'à 15 0/0 au cours des dernières années.

Un des facteurs les plus importants de l'amélioration du change en Serbie se trouve être une des clauses de l'emprunt 5 0/0 1902, contracté par le Gouvernement de Belgrade sur le marché de Paris (2). Le traité, signé en novembre 1902, interdit tout engagement anticipé de

(1) Revue des Deux-Mondes 1912, t. VI (article de M. R.-G.Lévy).

(2) Un coup d'œil sur les financs serbes : leur présent et leur avenir, par M. Andréadès, loco citato.

l 'Administration des Monopoles et stipule que le ministre des Finances serbe ne pourra réclamer les excédents devant lui revenir qu'après* La clôture des comptes annuels de l'Administration autonome. Jusque-là, en effet, bien que la différence entre Le chiffre des exportations et celui des importations fût supérieur au montant des remises à effectuer à L'étranger pour le service de la dette, le change variait de 5 à 20 0/0. Et voici pourquoi. Le ministre^ après chaque échéance semestrielle, se faisant remettre La totalité des excédents disponibles, la Caisse des Monopoles était toujours vide au moment de la campagne d'exportation, en août et septembre; l'or provenant de la vente des produits agricoles était acheté par des spéculateurs de Belgrade et de Vienne. Lorsque, en décembre, la Direction des Monopoles devait couvrir le coupon de janvier, on lui revendait l'or avec une prime de 7 à 8 0/0. Celle-ci s'éLevait à 15 ou 16 0/0 Lorsqu'il fallait assurer les remises de juillet. Grâce à la clause précitée de L'emprunt serbe de 1902, le change revint au pair, car l'Administration autonome, conservant jusqu'à la fin de l'exercice la libre disposition de ses fonds, achète eLLe-même L'or dont elle a besoin. Elle peut aussi, plusieurs mois à l'avance, effectuer les remises aux établissements payeurs, qui, naturellement, lui servent un intérêt. Si bien que les frais d'agio, qui, de 1898 à 1901, s'éievaient à 800.000 francs, ont, de 190)3 à 1905, fait piace à un bénéfice de pLus de 200.000 francs par an.

Quant à La situation économique du pays, elle s'était améiiorée, surtout depuis 1911, grâce à la conclusion d'un traité de commerce avec l'Antriche qui, pendant plusieurs années, avait noué une campagne douanièrie contre la Serbie. Toutefois,, la fermeture du débouché autrichien de 1906 jusqu'en 1911, si elle avait préjudicié au déveioppement du commerce extérieur serbe, avait du moins profité à L'industrie nationaie, dont La valeur des produits était passée de 80 miLLions en 1910 à 125 miLLions en 1911. Avec La reprise des reiations commerciales austro-serbes,

le commerce extérieur de la Serbie manifesta un nouvel essor et la valeur des exportations de ce pays dépassa pour la première fois 100 millions' en 1911. Cette année-là, le chiffre global du commerce extérieur serbe atteignit 232.341.767 dinars, dont 116.916.352 pour les exportations et 115.425.415 pour les importations.

Nous pouvons clone reproduire, en terminant cette étude de la situation financière du royaume de Serbie avant la guerre des Balkans, ce qu'écrivait M. Andréadès à propos du projet de l'emprunt serbe de 1909 et cle ses conséquences économiques et financières pour le pays (1) : « En résumé, encore qu'elle se soit vue forcée d'augmenter son budget de 14 millions en trois ans,, la Serbie, grâce à la façon résolue dont elle a rétabli, à partir de 1904, la clarté dans ses budgets et l'ordre dans ses finances, grâce aussi au patriotisme avec lequel son peuple accepte les impôts nouveaux, pourra supporter assez allègrement l'annuité cle six à sept millions qu'entraînera la conclusion du nouvel emprunt. Quand on songe à l'état où se trouvaient les finances serbes en 1902, quand on songe aux épreuves que le peuple serbe a traversées dans ces sept dernières années, à la terrible guerre douanière avec l 'Autriche, aux violents changements intérieurs, aux terribles secousses extérieures, on ne peut se tenir d'admirer les résultats obtenus.

(( Si elle emploie utilement, en surveillant jalousement sa disposition, ce grand emprunt qu'elle va conclure, la Serbie aura tendu ses ressources à l'extrême, mais elle possédera à la fois une armée redoutable et un réseau économique complet. Puisse-t-elle jouir en paix de ces biens acquis au prix de tant de sacrifices. »

(1) Les finances serbes ; leur présent et leur avenir, par M. Andréadès, loco citato.

Page 1