‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 113 sur 133 · EMPRUNTS · texte numérisé non relu

EMPRUNTS

EN CIRCULATION

(En milliers de lei)

Emprunt des chemins de fer 1871.

4 °/0 intérieur 1889

4 °/° xetérieur 1 889 . .

5 % intérieur 1884

4 °/0 intérieur 1910

4 °/0 extérieur 1910]

Divers

Totaux

A la même date, la Roumanie avait sept fonds cotés à la Bourse de Paris. C'étaient le 4 0/0 1890, le 4 0/0 1894, le 4 0/0 1896, le 4 0/0 1898, la Rente convertie 4 0/0 1905, le 4 0/0 1905 série B, et le 4 0/0 1910 (2).

Bien que l'histoire de la Dette roumaine soit relativement récente, puisqu'elle ne remonte guère à plus de quarante-cinq ans, elle est cependant caractéristique, car, par l'examen des taux auxquels les prêteurs étrangers ont consenti des avances au jeune royaume, il est possible de

(1) « La Roumaine» (1866-1906) Ouvrage composé sous les auspices du ministère du Commerce et de l'Industrie, par le professeur J. Popa-Burca.

(2) Le Rentier du 27 juillet 1913.

se rendre compte du progrès des garanties offertes par ce dernier. Les premiers emprunts de la Roumanie furent effectués à des conditions si onéreuses qu'on a peine à l'imaginer. Tel emprunt de 1866, contracté avec la maison Oppenheim de Paris pour un montant de 31.610.500 fr. au taux de 8 0/0, plus la commission, fut émis à 58 1/2 0/0, ce qui représentait un taux réel d'intérêt de 16 ou 17 0/0. En 1871, un emprunt domanial du type 8 0/0 fut émis au cours de 75 0/0. En 1872 et 1875, on pratiquait encore des cours de 7 1/2, puis de 5 0/0. Tous ces emprunts sont aujourd'hui complètement amortis (1).

En 1912, la dette roumaine représentait environ 230 fr. par habitant. Elle n'était pas excessive, si l'on considère surtout qu'elle avait pour contre-partie un actif productif important. Cet actif se composait surtout du réseau des chemins de fer de l 'Etat, dont le produit net d 'exploitation se chiffrait par une cinquantaine de millions de lei. D'autre part, il y a lieu de remarquer que cette dette s 'amortissait rapidement, la dotation annuelle d'amortissement dépassant 25 millions de lei par an. Le service de la dette absorbait environ 20 0/0 des recettes normales du budget, 20 0/0 qui se réduisaient en réalité à 5 ou 6 0/0 en tenant compte du revenu net des chemins de fer de l'Etat. C'était une proportion très modérée, bien inférieure ià celles que nous avons données pour les autres nations balkaniques, et même à celles que l'on peut calculer pour la plupart des grands Etats européens.

L 'amélioration de la situation financière de la Roumanie avant la guerre des Balkans était due, nous l'avons dit, aux efforts des gouvernements qui s'étaient succédé aux affaires depuis une douzaine d'années ; mais elle était également la conséquence du remarquable développement économique du pays. Le commerce d'exportation est, en effet, la grande source de la prospérité roumaine et le caractère si fortement agricole de la production nationale se reflète

(I) Le Journal du 13 juillet 1913.

de façon très fidèle sur le commerce extérieur. Les exportations — jusqu'au jour où les richesses pétrolîfères du pays commencèrent à être mises en valeur — avaient un caractère exclusivement agricole. Ce caractère prévaut encore fortement aujourd'hui. Toutefois, la production du pétrole s 'est accrue avec une très grande rapidité, passant de moins de 400.000 tonnes en 1903 à plus de 1.800.000 en 1912. Le développement économique du pays est attesté, au surplus, par les progrès du commerce extérieur, progrès que l'on pourra apprécier par les chiffres suivants (1) :

ANNÉES

IMPORTATIONS

EXPORTATIONS

(en millions de francs)

De 1900 à 1911, l 'ensemble du commerce extérieur de la Eoumanie était passé de 497 millions à 1.262 millions de francs, soit une augmentation de 765 millions de francs, ou plus de 150 0/0. Il faut, d'ailleurs, remarquer que, dans les dernières années, les exportations! avaient été considérablement supérieures aux importations, ce qui était une circonstance favorable à la bonne tenue des changes sur l 'étranger. Au surplus, la situation monétaire de la Eoumanie est très saine; l'or est abondant dans le pays et les billets de la Banque d'Etat circulent sans agio. Au 31 décembre 1911, la Banque de Eoumanie avait une circulation de 443 millions de lei, garantie par une encaisse totale de

(1) Moniteur commercial roumain.

220 millions, dont 150 millions d'or. Cette encaisse, avait, d'ailleurs, augmenté de 40 millions durant le seul exercice 1911 (1).

Voici, d'autre part, comment s'équilibraient les recettes et les dépenses du budget roumain pour l'exercice 1912- 1913 (2) :

RECETTES

DÉPENSES

Contributions directes . . .

Contributions indirectes..

Timbre et enregistrement

Ministère des Finances...

Lei 49.280.000 85.100.000 29.461.000 72.360.0W 133.439.000 28.875.000 23.272.000 69.945.650 13.914.280

!p des t'avaux publics

* de la justice

g de l'agriculture ....

■rj du commerce et de

^ l'industrie .*

des affaires étrang.

Divers

Lei

Total

Total...

L'excédent réalisé pour l'année financière 1911-1912 s'était élevé à environ 4.400.000 livres sterling et représentait le plus fort excédent réalisé jusque là : il était de près de 2.000.000 de livres supérieur à celui de l'année précédente.

Grâce à la série de bonis budgétaires obtenus depuis une douzaine d'années et dont le total s'élevait à la somme importante de 20.000.000 de livres sterling, le Royaume de Roumanie se trouvait dans une excellente situation lorsqu 'éclata la guerre des Alliés contre la Turquie. Cependant, par une sage précaution, la Banque nationale éleva à 6 0/0, en octobre 1912, son taux d'escompte, qui était de 5 0/0 depuis 1908 (3).

En outre, dès le début de l'année 1913, le Gouvernement

(1) Revue des Deux-Mondes 1912, t. VI : Les finances des Etats balkaniques, par R.-G. Lévy.

(2) L'Information du 12 juillet 1913.

(3) Rapport au Conseil d'Administration de la Banque de Roumanie (1er avril 1913).

de Bucarest signait avec le syndicat Bleichroder-Disconto-Gesellsohaft, le placement de 50' millions de bons du Trésor roumains 4 1/2 0/0 à trois ans ; le consortium jouissait d'un droit d'option sur une autre tranche de 100 millions de bons : cette option ne fut exercée que pour 25 millions seulement, L'émission devait se faire au prix de 97 pour cent, mais les titres étaient cédés au Syndicat à raison de 95 p. c, avec, en outre, une compensation de 1 1/4 p. c. pour couvrir la différence sur le cours du change (1).

Aussi le ministre des Finances, M. Marghiloman, pouvait-il déclarer, en juillet 1913, à un correspondant de la Gazette de Francfort:

« Les finances roumaines sont excellentes.

» Le service de la Dette est assuré jusqu'à la fin décembre inclusivement par des dépôts d'or effectués dans des banques allemandes et françaises.

» Ces dépôts sont, en outre, suffisants pour pouvoir payer éventuellement les commandes faites à l'étranger (2).

» En outre des recettes ordinaires, le Gouvernement dispose donc de fonds suffisants pour pouvoir payer les frais de la guerre sans conclure d'emprunt à l'étranger.

» Enfin, la Banque nationale peut encore émettre légalement pour 200 millions de lei de papier. » ! D'ailleurs^ pour toutes les denrées et toutes les marchandises nécessaires à l'approvisionnement des troupes en campagne, la Eoumanie pouvait les trouver facilement sur place et les payer au moyen de bons de réquisition.

Heureusement, la guerre fut de courte durée et les opérations militaires se bornèrent à l'occupation des terri-

(1) L'Information des 5 et 26 février 1913. Le Rentier du 7 février 1913.

(2) D'après certaines informations le ministre de la guerre avait commandé, en juin, la construction de 500.000 fusils et de 4 contre-torpilleurs.

foires litigieux par les troupes roumaines. Le moratorium ne fut même pas prononcé: la Chambre des députés se contenta de voter une loi décrétant que tous les hommes touchés par l'ordre de mobilisation, ainsi que les volontaires, ne pourraient pas être poursuivis en paiement de leurs dettes pendant un mois à dater du premier jour de la mobilisation. Ce moratorium partiel fut renouvelé pour un mois et expira le 13 septembre 1913.

Durant la seconde guerre balkanique, le Gouvernement de Bucarest plaça auprès des banques roumaines 20 millions de lei de bons du Trésor 7 0/0, dont 12 millions ferme et 8 millions à option. La moitié de ces bons était à échéance de six mois, l'autre à un an (1).

Toutefois, la mobilisation de l'armée avait entraîné de grosses dépenses pour la Roumanie. La paix une fois signée à Bucarest, un emprunt de 'liquidation était donc nécessaire pour rétablir les finances publiques dans une situation normale. Des pourparlers engagés entre le Gouvernement roumain et le groupe allemand Bleichroder- Disconto-Gesellschaft aboutirent à la signature d'un contrat d'emprunt portant sur 250 millions de lei, dont 170 millions ferme et 80 millions à option jusqu'au mois de mai 1914. L'emprunt fut pris par le groupe au taux de 87 1/4 p. c. et placé par lui, au prix de 91 p. c, simultanément en Roumanie, Belgique, Allemagne et Hollande. En outre, sur l 'ensemble de l 'opération, une part de 50 millions de francs était réservée au marché anglais. Les détenteurs des 75 millions de bons du Trésor 4 1/2 0/0 1913 pouvaient souscrire au nouvel emprunt, qui avait lieu aussi au taux de 4 1/2, et donner leurs bons en paiement au pair. Nous devons ajouter que des pourparlers menés antérieurement en France avec la Banque de l'Union parisienne n'avaient pas abouti, le marché de Paris devant se réserver alors afin de pourvoir aux besoins nationaux éventuels.

(1) Le Rentier du 7 août 1911.

De cette étude de la politique financière du Royaume de Roumanie durant les événements de 1912-1913, il résulte, en résumé, que la seconde guerre balkanique n'a eu que peu d'influence sur les finances de ce pays, se bornant à provoquer un léger accroissement de sa dette publique. Au point de vue économique, au contraire, les conséquences de la mobilisation roumaine présentent certainement beaucoup plus de gravité : on ne peut, d 'ailleurs se rendre encore compte aujourd'hui de toute l'étendue de ces répercussions (1). Voici cependant ce que le dernier rapport de la Banque nationale de Roumanie disait à ce sujet (2) :

« Les commerçants qui avaient importé des marchandises en vue d'une année normale se sont trouvés tout à coup dans l'impuissance de les vendre, et les industriels, ainsi que les agriculteurs, ne pouvant pas écouler leurs produits, ont été forcés de les conserver en magasin.

» Par suite de cette stagnation, les débiteurs qui avaient pris des engagements n'ont pu y faire face à l'échéance. L'appel qu'ils auraient adressé aux banquiers, afin de se procurer les sommes nécessaires, aurait été fait en vain, attendu que ces banques elles-mêmes se trouvaient en butte à des difficultés; par suite de 'la restriction du crédit de la part de leurs banques créditrices.

» La restriction du crédit a été pratiquée sur une très vaste échelle par les banques de l'étranger. Les banques particulières du pays, dont le crédit avait été restreint, ont appliqué la même mesure à leurs clients, si bien qu'il s'est produit tout à coup une gêne et un manque d'argent, car nulle part personne ne pouvait trouver les moyens de faire face à ses besoins.

» La guerre a eu une autre conséquence qui a affecté particulièrement le commerce d'exportation de la Roumanie: c'est la fermeture momentanée des Dardanelles. En-

(1) La terre et le paysan roumains, par Lucien Coquet, dans la Revue économique internationale 1912, t. II.

(2) Le Marché financier en 1912, par Raffalovich, page 769.

suite, la crainte d'une nouvelle fermeture de cette voie de communication a découragé les armateurs dont les vapeurs allaient autrefois dans les ports roumains pour y charger des céréales. Ceux-ci, manquant de confiance, ont contracté des engagements de transport avec d'autres pays, et l'exportation roumaine s'est, pour ainsi dire, trouvée supprimée.

» Il en est résulté une insuffisance de remises pour la couverture des engagements à l'étranger. »

Afin de remédier à cette situation, la Banque nationale demanda et obtint du Conseil des ministres l'autorisation — qui peut lui être accordée exceptionnellement — de réduire la couverture métallique de ses billets en circulation de 40 à 33 0/0, moyennant quoi elle put avancer aux banques d'escompte une somme qui ne fut pas inférieure à 30 millions de lei et qui permit à ces dernières de satisfaire, au moins momentanément, aux exigences du marché.

Page 1