CAPITAUX ALLEMANDS
2° Chemins de fer
Smyrne -Aïdin (Act
Smyrne - Aïdin (Obi
Total des Chemins de fer. ;
millions de francs
Dette unifiée. .
Lots turcs
Emprunt4oio1903.
— 4 °[„ Bagdad lresér.
— 40jo Bagdad 2e sér
— 4°iol911.
Total des emprunts
Soit.
Dette flottante.
Total de la Dette publique.
millions Ltq
676,0 de francs
millions de franc
Orientaux (Act.
Anatolie (Act. .
— (Obi.
Salonique-Mo-
nastir (Act. . .
Salonique -Mo-
nastir (Obi. . .
Bagdad (Act. .
Mersine Adana
(Act
Mersiue-Adana
(Obi
Tram, de Cons-
tantinople(Ac.
3° Sociétés de Quais, Ports, etc
Total des Chemins de fer. .
Quais de Constantinople(Ac.
- (Obi.
millions e francs
Port - Haùdar - Pacha (Act. . .
- (Obi...
millions de fraucs
A reporter
Report :
Quais deSmyrae (Act
Quais deSmyrne (Obi
Total des ports.
Banque Ottom
(Act
Régie des tabacs
(Act
Société' d'Héra-
clée (Act
Société d'Héra-
clée (Obi
Eaux de Cons-
tantinople(Ac.
— (Obi.
Soc. gcn. den-
treprise Act. .
Mines de Balia-
Karaidin
Mines de Ras-
sandra
Mines de De-
neck-Maden. Société du Tom
bac
Total des porti
4° Autres Sociétés
Back
Oriental Carpet
— Tobacco.
Administr.
Phares..
Régie gén. de
Chem. de fer.
Tram, de Gons-
tantinople. . .
Banque de Sa-
lonique
Total des Socié tés diverses.
millions
de francs
de francs
Banque Otto-
mane (Act. . .
Banque nat. de
Turquie (Act.
Ottoman Gaz
Cy (Act
Ottoman Gaz
Gy (Obi
Borax, limited,
(Act
Ul
ce
Total des Socié-
tés diverses. .
Total général.
Total des ports. 15,9
Régie des tabacs (Act
Eaux de Scutari (Act
Eaux de Scutari (Obi
Tunel de Galata (Act
Osteuropaische Telegraphen.
Deutsche Levantinische Baumwolle . .
Anatolische Handels industrie
Société des bateaux de la Corne d'Or. . .
Entreprise du 2- lot des routes nationales.
Deutsche Palestina Bank.
millions de trancs
Total des Sociétés diverses. .
Total général.
En présence d'une pareille quantité de titres turcs et balkaniques existant dans les portefeuilles des capitalistes européens, devons-nous nous étonner que la portée des hostilités ait dépassé le cadre même de l'action militaire et que l'état de guerre dans la Péninsule ait eu de graves répercussions dans tous les pays, sur tous les marchés? (1).
Les peuples des Balkans ont su profiter à merveille
(1) Voir, au sujet des intérêts français en Orient, le supplément financier et commercial du « Times » du 17 juin 1910.
jusqu'ici de l'appétit des grandes puissancesjet de leurs rivalités politiques. Auprès de chacune d'elles, en effet, ils ont su trouver d'importants appuis financiers et une coopération admirable dans l'œuvre de réorganisation qu'ils entreprenaient. Toutefois, cela n'a pas été sans qu'il y ait eu certaines atteintes portées à leur indépendance politique ou à leur autonomie économique, car, en tous pays, on tend de plus en plus aujourd'hui à exiger da ministre des Finances qu'il ne donne son autorisation aux emprunts étrangers que sous réserve de commandes, concessions ou autres privilèges au profit de l'industrie et de l'épargne nationales. C'est ainsi que la Reichspost écrivait à la finale 1913, à l'occasion d'un emprunt que la Bulgarie désirait alors conclure en Autriche: « Il ne s 'agit que de 30 millions destinés à faire face à des nécessités urgentes, mais d'autres emprunts plus considérables suivraient. En regrettant, d'ailleurs, que cette première somme soit si faible, nous nous étonnons que l'affaire ait pu rencontrer à Vienne une seule voix opposante; triste preuve du manque de raisonnement, qui voudrait passer pour finesse.
» Les Français font passer par le marché financier toute leur politique. Nous ne sommes pas assez riches pqur faire comme eux, mais nous devrions du moins sa: voir suivre leur exemple dans la mesure de nos ressources financières. Il ne s'agit d'ailleurs pas de faire un cadeau à la Bulgarie, et l'affaire doit comporter- un intérêt convenable. Mais, en dehors de son caractère proprement financier, elle devrait ouvrir à notre industrie des débouchés en Orient. Nous nous y sommes laissé dépasser par des rivaux qui ont su faire coup double et gagner en leurs débiteurs des clients ».
Et maintenant que la guerre a épuisé les finances des belligérants et que de gros emprunts sont nécessaires pour mettre en valeur le,s pays conquis et renouveler les ressources des Trésors balkaniques, nous allons voir sans doute se produire à nouveau la surenchère de l'Europe
auprès de ces divers Etats et assister à une pénétration économique plus complète des Balkans.
« Le dossier du procès sanglant n'est pas encore clos, dit à ce sujet un journal hongrois, le Pesti Hirlap, et déjà les diverses nations exécutent dans les Balkans leur mainmise financière, laquelle ressemble fort à une expédition de conquêtes...
» C'est, parmi toutes, l'Allemagne qui déploie l'activité la plus fiévreuse dans cet ordre d'idées; en tête la Deutsche Bank, déjà engagée en Roumanie pour plusieurs centaines de millions. Cet établissement, avec les cartels de pétrole roumain et allemand et la Bayerische Vereinsbank vient de fonder, en tout mystère et à l'exclusion de toute publicité à Ratisbonne, au capital de 4 millions de marks, et avec l'appui officiel, le « Lloyd bavarois », société de navigation danubienne, dont le but sera visiblement d'établir une voie de communication directe entre l'Allemagne, la Mer Noire et les Balkans par le Danube, qui soit exclusivement allemande.
)) En même temps, la Deutsche Bank a pris entièrement à son compte la part, de 4 millions- de marks que possédait clans la Deutsche Levante Linie le cartel Hohenlohe, dit a Konzern » des princes, en dissolution, et ainsi s'est assurée la majorité clans la direction de cette ligne de navigation vers le Levant. La Disconto-Gesellschaft de Berlin a voté à Elisabeth, reine de Roumanie, 50.000 marks à titre de secours pour des œuvres de charité et — pour que le geste ne manque pas de pittoresque — elle prit à son compte le lendemain une nouvelle émission d'actions de la Banca G-enerala Romana jusqu'à concurrence de 2.50D.000 lei, qu'elle introduisit k la Bourse de Berlin. Par contre, le Sudcleutsche Discontogesellschaft d'Aix-la-Chapelle, qui fait partie du groupe de la Disconto Oesellschaft de Berlin, a commandité la Banque Macaire et Cie de Constantza et poursuit, des négociations pour la reprise de deux autres affaires roumaines de la Mer Noire.
» D'après nos informations, l'Allemagne rachèterait à la France sa part d'intérêts dans les chemins de fer de Bagdad et, comme compensation, obtiendrait pour la France le prolongement de la ligne ferrée de la Mer Noire, ce qni ne sera pas sans sacrifices, car, là, les capitaux russes et anglais ont grandement voix au chapitre. MM. de Gvinner et Helfferich, directeurs de la Deutsche Bank, négocient en ce moment cette affaire à Paris, et bien que ces opérations ne soient pas encore terminées, il est d'ores et déjà acquis que le consortium des grandes banques françaises, Crédit Lyonnais, Comptoir d'Escompte et Banque de Paris et des Pays-Bas, a placé à Paris les nouvelles obligations 4 1/2 0/0 (103 millions) des chemins de fer de la Mer Noire.
)) Le capital allemand, de plus, apparaît en Albanie. Un consortium de capitalistes privés allemands s'est constitué à Scutari, dans lequel l'Amérique est représentée, pour dessécher le lac de Scutari et en coloniser les terrains ainsi gagnés.
» L'Italie, de son côté, ne demeure pas inactive. Avec l'appui du Gouvernement, vient de se fonder à Milan la Société du Commerce Italo-Albanais, dont le but sera de développer les échanges italiens et l'exportation vers l'Albanie. Elle a déjà commencé ses opérations et ses agents sillonnent .toute l'Albanie. Cette fondation a été immédiatement suivie, à Milan, de la constitution de la Société de Navigation Maritime Italienne, au capital de 10 millions de lire, et derrière laquelle se trouvent la Banca Commerciale Italiane, le Credito Italiano di Milano et la Societa Bancaria Italiana, c'est-à-dire les plus grandes banques italiennes. Le réseau de ses lignes s'étend surtout vers le Levant.
» Le capital russe ne manque pas non plus. Une convention avec la Eussie stipule qu'il y aura une banque bulgaro-russe d'une certaine envergure, mais nous ignorons qui sont ceux qui se cachent derrière cette fondation.
Par contre, nous sommes mieux renseignés sur le programme balkanique de la Banque Russo-Asiatique, qui augmente son capital-actions de 45 millions de roubles à 55 millions," et en même temps crée des succursales dans les Balkans à Andrinople, Belgrade, Monastir, Salonique, Sofia et Uskub (1). »
Tels sont quelques-uns des projets en vue et des opérations réalisées dès à peine la fin des hostilités et l'apaisement des pays d'Orient. Il sort de notre sujet d'étudier toutes ces combinaisons financières. Nous devons cependant faire allusion aux accords franco-ottoman et franco-allemand à l'occasion des chemins de fer de Bagdad. Par le premier, en échange du consentement du Gouvernement français à la création en Turquie de certains impôts frappant les étrangers, et de la promesse de l'ouverture du marché de Paris à un grand emprunt de liquidation ottoman, le Gouvernement turc a accordé à un groupe français (Régie générale de chemins de fer) la concession de la construction et de l'exploitation de lignes ferrées clans l 'Asie-Mineure, ou mieux dans l'Anatolie orientale.
Ces lignes sont les suivantes : 1° Samsoun-Sivas ; 2° Sivas-Karpout-Arghana ; 3° Jonction de, la ligne Sirvas- Karpout à Erzinghian; 4° Erseghian-Trébizonde-Erzeroum. En Syrie, la concession accordée comprend une ligne ferrée partant de Rayak et aboutissant à Ramleh, localité située à mi-chemin de la ligne de Jaffa- Jérusalem.
Outre ces lignes de chemins de fer, le Gouvernement ottoman a concédé la construction et l'exploitation des ports d'Héraclée et d'Inéboli, dans la Mer Noire, de JafTa, de CaïfTa et de Tripoli, en Syrie, sur la Méditerranée. Ces concessions ont été exclusivement données à la mai-
(1) Au sujet des intérêts russes dans les Balkans, voir un arhc intitulé: La Russie et les débouchés balkaniques, publié da F « Information » du 25 mai 1913.
son Schneider, qui est associée à d'autres maisons françaises, notamment à la Régie générale des chemins de fer.
Par l'accord franco-allemand, d'autre part, en échange de .notre renonciation au Bagdad et de la cession à la Deutsche Bank de nos intérêts dans ces chemins de fer, les Allemands ont renoncé en notre faveur à certains droits de préférence qu'ils tenaient de la Porte sur des concessions en Arménie.
Nous avons là une preuve dç ce cosmopolitisme financier, si admirable en général, mais susceptible cependant quelquefois, quand des heurts et des divergences d'intérêts se produisent, d'amener des difficultés entre puissances et le recours aux armes pour les solutionner.
La mainmise financière de l'Europe sur les Balkans peut donc offrir quelque danger pour le maintien de la paix du monde. Mais les Etats de la Péninsule eux-mêmes ne peuvent qu'en profiter, comme ils l'ont fait jusqu'ici, car toutes ces constructions de grands travaux publics (chemins de fer, quais, ports, etc.), toutes ces constitutions de sociétés diverses et de grandes entreprises contribueront, à coup sûr, joliment au relèvement économique de ces pays, à leur développement, à leur prospérité.