DIFFÉRENCE
Capital des annuités..
Total,
Autres engagements.
Total général.
Il existait un actif évalué au 31 mars 1900 à 25.180.461 L. contre 27.154.961 L. en 1899. La plus grande partie de cet actif était représentée par des actions du Canal de Suez,
dont la valeur était estimée à 24.312.000 L. en 1900, contre 26.451.000 L. en 1899.
Le crédit du Trésor aux Banques ^Angleterre et d'Irlande était, le 31 mars 1900, de 3.517.000 L. contre 8.919.000 L. en 1899, soit une diminution de 5.402.000 L.
La dette flottante avait augmenté de 8.133.000 L. à 16.133.000 L., la différence ayant été émise pour les besoins de la guerre.
Le service de la dette anglaise exigeait 23.000.000 L. dans le budget de 1899-1900, et seulement 18.360.900 L. dans celui de 1900.1901, à cause de la suspension de l'amortissement, mais il faut y ajouter 250.000 L. pour l'intérêt sur les bons du Trésor émis pour les besoins du conflit et 619.000 L. pour celui de l'emprunt de guerre.
Le marché financier et monétaire de Londres fut davantage en 1900 qu'en 1899 sous l'influence de la guerre du Transvaal. Il se trouva en face des difficultés financières qu 'en +r aîné inévitablement une guerre lointaine. La répercussion de la guerre sur le money market fut d'autant plus profonde que, pendant une longue période d'années, le Gouvernement britannique n'avait plus emprunté, qu'il remboursait annuellement 170 millions de francs de sa dette, et que* devant la nécessité de couvrir d'énormes dépenses, il préféra ne pas contracter de gros emprunts, mais vivre d'expédients et recourir à la dette flottante.
En dehors de la suppression de l 'amortissement, en dehors de nouvelles taxes fort lourdes, le paiement des frais de la guerre amena l'émission d'emprunts et dejbons du Trésor pour près de 60.000.000 L. en 1900. C'est l'événement principal dans la chronique de Lombardstreet, comme le faisait remarquer avec raison, à cette époque, le Bankers' Magasine. Ce sont les nécessités du Gouvernement, ses besoins, qui ont dicté la conduite de la Banque d'Angleterre, tiraillée entre ses obligations de banquier du Gouvernement et ses devoirs envers le pays, devoirs qu'implique sa situation.de gardienne de la circulation et
du stock monétaire. Si le niveau de l'escompte n'a pas dépassé, en 1900, une limite relativement modérée, c'est afin de ne pas gêner les opérations du Chancelier de l'Echiquier. La tâche n'était pas facile, d'une part, de ne pas laisser le taux s'affaisser outre mesure pour ne pas permettre un drainage de l'or, de l'autre, de faciliter au Gouvernement le placement de ses titres. Il ne faut pas oublier, comme nous l'avons dit, que les paiements du Gouvernement pour les fournitures, pour le transport, faits souvent à l'aide d'avances de la Banque, contribuaient à entretenir une abondance factice de capitaux disponibles.
Malgré la fréquente apparition du Gouvernement anglais comme gros emprunteur sur le marché, celui-ci ne subit pas de perturbation grave, bien qu'il se trouvât dans un état à peu près continu d'incertitude. La tension qui existait à la fin de 1899 et qui avait fait élever' le taux de l'escompte à 6 0/0 disparut bientôt, et dès le 18 janvier 1900,' la Banque put descendre à 5, puis à 4 1/2 0/0, pour finir à 4 0/0 le 25 janvier. Les rentrées de taxes et les versements sur l'emprunt de guerre tinrent le marché serré pendant trois mois, le taux hors banque demeurant légèrement au-dessus du taux officiel, si bien que la masse des transactions (avances et escomptes) vint à la Banque d 'Angleterre.
De grandes rentrées d'or détendirent le marché en mai, si bien que l'escompte fut abaissé de 4 à 3 1/2 le 23 mai, et un mois plus tard à 3 0/0.
L'aisance du marché ne dura que quelques semaines; des sorties d'or eurent lieu en juillet et, la réserve étant tombée à un niveau très bas, avec des emprunts de l'Etat en perspective, le 19 /juillet, le taux officiel fut relevé à 4 0/0. Dès lors, les taux du marché hors banque restèrent légèrement au-dessous de celui de la Banque, le cours le plus bas pour le papier de premier ordre ayant été de 3 1/2 pendant la dernière semaine d'août. En janvier 1901, la
Banque procéda à une élévation dePescompte à 50/0, c'està-dire à une date où cette mesure est peu ordinaire, mais cette fois elle n'était pas inattendue en présence de la baisse de la réserve métallique. II s'agissait d'influer sur le change défavorable contre lequel l'Angleterre eut à lutter pendant presque toute l'année et auquel contribuèrent les dépenses militaires et navales à l'étranger, les grandes importations, l'arrêt dans les importations d'or du Canada, les remises pour les voyageurs venant à l'Exposition de Paris.
En 1900, la Banque d'Angleterre changea six fois le taux de son escompte; le taux moyen fut de 3 L. 19 sh. 2 p. par 100 L., et celui hors banque de 3.13.3, ce qui montre combien le marché suivit de près la Banque.
La circulation de la Banque d'Angleterre ne varie jamais beaucoup. Quant à P encaisse-or, elle était de 32.126.276 L. le 3 janvier 1900, et de 28.541.163 L. le 26 décembre. Le chiffre le plus élevé du premier semestre fut de 35.972.000 L. le 28 février, celui du second 36.661.444 L. le 19 septembre.
Le portefeuille de la Banque, généralement si calme, éprouva le contre-coup des besoins de l'Etat: au début de l 'année 1900, il était de 50,6 millions de livres ; au 14 mars, il atteignait 57,6 millions de livres, pour descendre, le 21, à 48,8 millions; puis il s'affaissa à 44 ou 45 millions de livres dans le courant du premier semestre. Il remonta, en juillet, à 50 millions, descendit a 39 millions en septembre, pour finir l'année à 45.000.000 L.
(( Les opérations du Gouvernement en 1900, disait M. Schuster aux actionnaires de l'Union Bank de Londres, empruntant d'une main et déboursant de l'autre, ont été l'élément principal, la considération dominante du money market. A première vue, il paraît remarquable et satisfaisant que ces opérations aient pu être effectuées avec raitant de calme, avec si peu de perturbation, considérant la grandeur et la longueur inattendues de la guerre, et
aussi la suppression d'une des principales sources des importations d'or. Il est incontestable qu'une partie considérable de l'argent obtenu par le Gouvernement a été obtenue de sources étrangères, et, en ce qui regarde la situation monétaire internationale, cette portion des dépenses anglaises n'a pas été payée, mais seulement empruntée. »
Un des incidents les plus caractéristiques, en effet, d'une année riche en émotions et en surprises, c'est que le Chancelier de l'Echiquier et le Secrétaire d'Etat de la Trésorerie de l'Empire d'Allemagne aient tous deux cherché, avant l'automne, le point d'appui d'une opéra- , tion financière de l'autre côté de l'Atlantique. Ce n'est point que l'un ou l'autre aient redouté de ne point trouver preneur parmi les capitalistes indigènes, mais c'est qu'il leur parut indispensable de profiter de l'occasion pour faire une opération de change, pour protéger leur marché monétaire en y faisant arriver des capitaux de l'étranger sous une forme spéciale, celle de métal jaune ou de créances, et l'étranger, cette fois, c'étaient les Etats-Unis, qui se trouvaient abondamment f ournis de métal jaune.
En 1899, M. Schuster avait annoncé que, pour la première fois, au lieu de recevoir des capitaux d'Europe, les Etats-Unis commenceraient bientôt à financer le Vieux Continent. Ce qui était alors à (l'état vague et imminent se réalisa en 1900. Non seulement le Gouvernement anglais, mais encore le Gouvernement allemand placèrent un emprunt en Amérique, qui prit une part prépondérante dans les transactions du monde. Depuis 1896 surtout, en effet, l'Amérique du Nord était devenue un des facteurs principaux des vicissitudes économiques, et M. Raffaiovich indiquait déjà dans sa Revue du Marché financier en 1899 que l'axe de la balance monétaire était susceptible de se déplacer, New- York de devenir une rivale de Londres. En 1900, les circonstances favorisèrent cette évolution.
Malgré la guerre d'Espagne, le marché américain avait bien moins dépensé au dehors que celui de l'Europe. Grâce à une série de bonnes récoltes et à un accroissement de la production industrielle et du commerce d'exportation, malgré les paiements à faire sur les valeurs américaines placées en Europe, malgré les rentrées des titres revendus par l'étranger, il subsistait un solde créditeur considérable au profit des Etats-Unis. Le marché monétaire anglais, au contraire, était en quelque sorte paralysé 'par les emprunts de guerre. Les envois d'or de l'Afrique du Sud avaient cessé; tout au contraire, il fallait y remettre des livres sterling pour la solde des troupes, le paiement des vivres et des fourrages, en même temps que l'intendance anglaise prodiguait les millions pour les achats de chevaux, mulets, bœufs, blé, etc., et ({ne l'amirauté britannique contribuait puissamment à la hausse du fret.
Le tableau récapitulatif ci-dessous nous donne le total (ki emprunts contractés en 1900 par le Gouvernement anglais pour les besoins de la guerre :
Emprunt de. guerre 30.000.000 L.
Exchequer Bonds 10.Q00.000 L.
(à 3 ans, émis en août).
Exchequer Bonds 3.000.000 L
(à 5 ans, émis en novembre).
Bons du Trésor 13.000.000 L
Sous l'impression du profond enthousiasme que souleva dans le Royaume-Uni la victoire de lord Roberts, victoire qui conduisait à l'annexion pure et simple des deux Républiques sud- africaines, le Gouvernement britannique crut, vers la fin de septembre 1900, que le moment était venu de mettre à exécution le plan de dissolution du Parlement* depuis longtemps nourri par M. Chamberlain, ministre
des Colonies. Il y fut encore encouragé, d'ailleurs, par ce fait que, par sa fuite vers Lourenzo-Marquès, le Président Kriiger fit croire qu'il considérait la cause des Boers comme inévitablement perdue.
La dissolution du Parlement anglais eut donc lieu fin septembre 1900, alors que la législature n'expirait qu'en 1902: elle fut ainsi réalisée à une époque et dans des circonstances inaccoutumées. Le nouveau Parlement élu, le Gouvernement disposa à nouveau d'une très forte majorité: elle s'était cependant abaissée de 152 à 130 voix, en comparaison de la majorité qu'il avait obtenue aux élections de 1895. L'opposition parlementaire, numériquement faible^ et sans direction ni cohésion, semblait cependant devoir jouer encore un rôle moindre qu'à l'époque si rapprochée où les chefs excessivement influents du parti libéral s'étaient prononcés en faveur de l'annexion et où la politique suivie par le Gouvernement dans l'expédition sud-africaine n'avait rencontré dans le pays aucune résistance sérieuse.
Evidemment, l'enthousiasme général soulevé par la défaite des Boers devait permettre au Gouvernement de se procurer un (( vote de confiance » tout différent. Cependant, il résultait clairement des nouvelles élections que la guerre avait perdu beaucoup de son intérêt et que la lutte électorale avait été dominée, non seulement par l'expédition boer, mais encore par des questions de politique intérieure. Toutefois, il semblait que l'impérialisme eut fait son chemin dans les masses populaires, car justement les hommes politiques connus pour leur irréductible opposition à la guerre, ne furent pas réélus.
Après les élections, le parti ministériel comprit 333 conservateurs et 68 unionistes, l'opposition 187 libéraux et 82 nationalistes.
Pour la seconde fois,' le Gouvernement britannique dut désavouer ses prévisions sur la durée de l'expédition transvaalienne. En juillet 1900, il avait paru admettre que
les forces. militaires de l'Afrique du Sud, qui comptaient alors environ 230.000 hommes, pourraient être réduites de moitié du 1er octobre à fin décembre et au quart seulement pour le dernier trimestre de l'exercice financier. Mais ces espérances se révélèrent bientôt beaucoup trop optimistes.
Avec la simple proclamation de l'annexion des deux Républiques du Transvaal et de l'Orange, l'Angleterre était encore loin de l'occupation réelle du pays. Comme les armées boers, à cause de leur insuffisance numérique, n'eussent point pu sur un champ de bataille opposer aux troupes ennemies une sérieuse résistance, de nombreuses bandes irrégulières se formèrent qui commencèrent dans tout le pays une guerre de guerrilla acharnée, extrêmement dangereuse pour les f orces anglaises.
Avec cela, la guerre était entrée dans son troisième stade, le plus long. Les armées saxonnes envoyées au Transvaal étaient donc occupées à garder les grandes voies ferrées, menacées de destruction par l'ennemi, et à poursuivre les bandes boers insaisissables, toujours en butte à quelque attaque par surprise.
On se rendit bientôt compte, à Londres, que l'on s'était exagéré les avantages obtenus, et le Gouvernement britannique put se convaincre que l'on était encore très éloigné de la conclusion de la paix et de la défaite complète des Etats boers.
L 'armée anglaise avait, en outre, beaucoup à se plaindre du climat sud-africain: les arrivages continus d'hommes et de chevaux de remonte suffisaient à peine à combler les vides qui se produisaient: les chevaux notamment, dont en avait grand besoin par suite de l'étendue considérable du champ des hostilités, n'étant pas habitués au climat, périssaient en masse cle fatigue et de privations.
Dans ces conditions, il n'est donc pas étonnant que les crédits de guerre, mis par le Parlement à la disposition du Gouvernement pour terminer la guerre avec succès,
aient été à nouveau insuffisants et que ie cabinet de Londres ait encore dû, dans le dernier mois de 1900, réunir le Parlement nouvellement élu. pour une session extraordinaire, afin de faire voter des ie'rédits supplémentaires.
Après l'ouverture du Parlement, le 6 décembre 1900, et un bref discours du Trône sans intérêt, le nouveau ministre de la Guerre, M. Brodiok, déposa, le 11 décembre, au nom du Gouvernement, un nouveau projet de crédit supplémentaire d'un total de 16.000.000 L. 13.500.000 L. étaient prévus pour la continuation de la guerre boer, 1.000.000 L. pour la constitution d'une police dans les colonies annexées, 1.000.000 L. pour la reconstruction de chemins de fer sud-africains et 500.000 L. pour la couverture des dépenses imprévues de l'imbroglio chinois/
A cette occasion, le Gouvernement anglais fut l'objet de quelques vives critiques à raison de ses erreurs successives sur la durée de la guerre, mais la demande elle-même de crédit ne rencontra aucune sérieuse opposition, chacun ne désirant plus que la fin prochaine de l'expédition. Le même jour, le crédit fut voté par la Chambre des Communes par 284 voix contre 8.
Pour réunir ces 16.000.000 L., auxquels venaient encore s'ajouter 500.000 L. d'intérêts pour les emprunts récemment émis, le Chancelier de l'Echiquier devait trouver de nouvelles ressources.
Les crédits encore disponibles, suivant le War Loan Act et le Supplemeiitary War Loan Act, avaient été entre temps réalisés. Il n'y fallait donc pas songer. Pour 5.000.000 L., on émit de nouveau bons du Trésor, et pour 3.000.000 L. de nouveaux bons de l'Echiquier 3 0/.0, remboursables le 7 décembre 1905 (à 5 ans). Pour cette émission, le Chancelier de l'Echiquier eut recours au système de la souscription par enchères écrites. Un prix minimum fut fixé par le Gouvernement, mais on accepta les souscriptions à un prix plus élevé, et la répartition eut lieu justement en tenant compte de l'importance de l'enchère.
Les souscriptions recueillies dépassèrent 6.263.500 L. Les offres de 97 L. 18 sli. reçurent 65 0/0; les offres plus élevées, leur pleine souscription. Le cours moyen après la répartition fut de 98 L. 2 sli. 11 d. Le Trésor obtint donc, en décembre, pour le placement de ces 3.000.000 L. d'Exchequer Bonds, des conditions plus avantageuses que pour les 10.000.000 L. placés en août.
Comme 5.562.000 L. seulement restaient disponibles pour faire face aux nouvelles dépenses projetées, 10.938.000 L. restaient à réunir pour couvrir le crédit de 16.500.000 L. qu'on venait de voter. Le ministre des Finances proposa d'emprunter 11.000.000 L. soit par des obligations de l 'Echiquier, par des bons du Trésor ou par un emprunt ordinaire à long terme. On s'était désormais habitué aux crédits supplémentaires de guerre et à leur couverture par des emprunts répétés. Les débats sur le nouvel emprunt restèrent presque confinés sur la question de savoir si l'on pouvait espérer une indemnité de guerre des Républiques sud-africaines et quel en pourrait être le montant. Comme on espérait qu'ainsi une grande partie des dépenses de guerre serait supportée par les contribuables des nouvelles colonies, tout le monde fut d'accord pour affirmer qu'elle existerait un jour ou l'autre; il n'y eut de divergences d'opinions que sur la question de son montant. Sir William Harcourt, entre autres, était très . sceptique sur ce point. Dans un long discours, il exposa qu'à son avis il serait, en principe, impossible d'obtenir une grosse indemnité de guerre, parce que, d'une part, le pays serait dévasté et les Boers ruinés, et que, d'autre part, les gros propriétaires des mines d'or (source principale des impôts du Transvaal) ne voudraient rien savoir d'une nouvelle augmentation d'impôts et useraient de leur influence pour s'y. soustraire. Sir Michaël Hioks Beach était d'autre opinion. Il combattit l'opinion suivant laquelle la totalité des dépenses de guerre pourrait être mise à la charge du Transvaal ou de l'Orange, mais il
affirma que les nouvelles colonies seraient en état, deux ou trois ans après la conclusion de la paix, .grâce à une sensible amélioration des conditions économiques, de se charger d'une portion considérable des frais de la guerre. Il ajouta que justement, en prévision de l'impossibilité pour le Transvaal de payer une indemnité après la signature de la paix, la plus ,grosise partie des emprunts de guerre seraient conclus de façon à ce que leur remboursement ait lieu en 3, 5 et 10 années. Le Gouvernement . demanda d'ailleurs à sir David Barbour, pour éclaircir la question, de bien vouloir examiner les conditions financières des nouvelles colonies et de donner à la Chambre, dans une séance prochaine, une idée sur leur chance d 'avenir.
D'heureuses plus-vaïues apparurent dans les recettes budgétaires et lorsque, dans les premiers mois du dernier trimestre de l'exercice 1900-1901, une grande partie de l 'income-tax, payable le 1er janvier, fut tombée dans les caisses du Trésor, les dépenses purent en totalité être couvertes grâce aux recettes de l'année; il y eut même un sérieux excédent, qui permit de réduire les engagements croissants du Trésor près de la Banque d'Angleterre. En outre, les 11.000.000 L. de crédits supplémentaires furent réalisés dès le commencement de février 1901 par l'émission de nouveaux bons de l'Echiquier 3 0/0 remboursables le 7 décembre 1905. L'émission de ces bons eut le même succès que celle de novembre-déceimbre 1900: Pour pouvoir souscrire, il fallait simplement opérer un versement de garantie de 3 0/0. Les autres paiements suivirent en trois versements pour ne point trop surcharger d'un seul coup le marché monétaire. Le premier versement de 25 0/0 devait être effectué jusqu'au 22 février 1901, le second d'aussi 25 0/0 le 22 mars et le solde de 47 0/0 le 12 avril 1901. Le montant souscrit atteignit 25.390.70O L. Les cours offerts varièrent de 100 0/0 à 93 0/0. Le prix moyen obtenu pour les Bonds s'éleva à
97 L. 27 0 0. Ce cours riait d'environ 1 0/0 inférieur au cours auquel avaient lté négociés les 3.000.000 L. de Bonds en décembre 1900. Mais quand on pense que le cours des Consolidés 2 3 4 0 0 avait baisse, dans l'intervalle, de près de 2 0 0, on ne peut pourtant pas dire que l'émission eut été faite à des conditions désavantageuses.
La mort de la reine Victoria et l'avènement du roi Edouard VII, le 22 janvier 1901, n'amenèrent aucun changement dans la politique britannique. Ce fut le 18 avril 1901 que le Chancelier de l'Echiquier ht aux Communes l 'exposé budgétaire annuel de l'exercice clos. Les dépenses ordinaires et extraordinaires avaient été prévues pour un montant de 150.061.000 L. Toute une série de crédits supplémentaires les portèrent a lb5.178.000 L. Grâce à diverses annulations de crédits, les sommes réellement dépensées furent de 188.592.000 L., dont 65.120.000 L. pour la guerre boer et 3.500.000 L. pour l'expédition de Chine. Comme les recettes n'avaient été que de 130.385.000 L., il y eut un déficit de 53.207.000 L. Celui-ci fut couvert pour 26.969.000 L. par des obligations de l'Echiquier, pour 20.194.000 L. par des bons de l'Echiquier et pour 5.000.000 L. par des bons du Trésor. Quant au reste, il fut emprunté à court terme et remboursé sur le produit des obligations 3 0/0 à 5 ans, émises en février. Les recettes ordinaires couvrirent pour 15.913.000 L. de dépenses extraordinaires.
La dette fondée, au 31 mars 1901, s'élevait à 551.182.000 L., chiffre relativement très bas. La dette flottante, par contre, était passée de 16.133.000 L. à 78.133.000 L. Elle comprenait 30 millions de livres emprunt de guerre 2 3/4 0/0, 10.000.000 L. 3 0/0 1903, 14.000.000 L. 3 0/0 1905, 21.133,000 L. de bons du Trésor, et une avance de 3 millions de livres.
Les dépenses totales de 1901-1902 furent estimées à 187.602.000 L. La guerre devait absorber, en dehors des 38.666.000 L. votés en 1900.-1901,. 21.564.000 L. Les dépen-
ses ordinaires furent évaluées à 127.372.000 L., en progression de 11.330.000 L. sur celles de l'année antérieure. Les dépenses ordinaires et extraordinaires pour l'armée s 'élevaient à 88.260.O0O L., soit près de la moitié des dépenses totales. Ce calcul des dépenses militaires avait été fait dans l'hypothèse où l'on n'aurait à maintenir en Afrique que pendant le tiers de l'année seulement les 249.416 hommes ou officiers qui s'y trouvaient; on espérait, en effet, qu'à partir du mois de mai on pourrait procéder à une diminution des effectifs. On prévoyait même les frais de rapatriement et les cadeaux aux officiers de l'armée vietorieuse.
Les ressources annuelles étaient de 132.255.000 L., les dépenses de 187.602.000 L. Comment couvrir le déficit de 55.347:000 L. qui apparaissait ! Les surtaxes sur le blé, l 'alcool, la bière, votées en 1900, devaient cesser le 31 juillet 1901. Dans l'intervalle, la situation s'était modifiée. La prolongation d'une guerre coûteuse avait eu son contre-coup sur les dépenses ordinaires, qui devenaient supérieures aux recettes. En outre, on avait la perspective de dépenses permanentes résultant du projet de réforme militaire.
Le Chancelier de l'Echiquier se trouva fort embarrassé. C'est, d'ailleurs, ce qu'il exprima lui-même à la Chambre des Communes, constituée, suivant les règles de la procédure budgétaire anglaise, en Comité des voies et moyens, dans la séance du 18 avril 1901:
(( D'après mes prévisions, dit sir Michaël Hicks Beach, les revenus de l'Echiquier devaient atteindre, en 1900, 127.520.000 L. Les recouvrements ont été de 130.385.000 L. et ont dépassé mes prévisions de 2.865.000 L. Je dois cependant reconnaître que cet excédent est dû, en réalité, à des recettes anticipées provenant des droits qui frappent certaines marchandises et que, sans ces recettes, mes prévisions auraient à peine été réalisées...
» JVn viens maintenant à l'income-tax. L'an dernier, le rendement de i'income-tax a été très remarquable. Il a atteint 26;92O.00Ô L. et dépasse mes prévisions " de 1.120.000 L. Avant l 'année 1889, chaque penny d'incometax ne produisait pas pins de 2 millions de livres. Cette année-là, te penny a produit 2. 0-15. 000 L. Maintenant, bien (pie 1.4-10.000 L. aient été annuellement sacrifiés, à juste titre, pour des, modérations d'impôts accordées aux plus pauvres des contribuables atteints par l'income-tax, le penny d'impôt produit plus de 2.400.000 L. En douze ans, les revenus imposés n'ont pas augmenté de moins de 120 millions de livres (3 milliards de francs).
)) Le montant total des recettes de l'Echiquier est de 130.385.000 L. ; le total des sommes versées au « fonds des taxes locales » est de 9.634.000 L., ce qui donne en tout 140.019.000 L. D'après les prévisions budgétaires, les dépenses cle l'Echiquier devaient être de 150.062.000i L. Depuis, comme on se le rappelle, le Parlement a voté des crédits supplémentaires...
)) J'en arrive maintenant à la dette nationale et je crains que l'exposé de sa situation actuelle ne contraste péniblement avec plusieurs de ceux que j 'ai présentés les années précédentes. La dette nationale se montait, au 1er avril 1900, à 639.165.000 L., y compris 10.186.000 L. de cette dette qui se reproduit annuellement, et qui s'est élevée, dans le cours de l'année dernière, à 14.731.000 L., mais dont le service reste en dehors des charges de la dette fixe. Au 1er avril 1900, la dette de poids mort se montait à 628.979.000 L. Au premier de ces mois, elle atteignait 687.932.000 L., en augmentation de 59 millions de livres à raison de la guerre. La dette consolidée, dans laquelle je ne comprends pas la dette de guerre, a subi une légère augmentation de 1.425.0001 L. à raison des opérations de rentes viagères faites avec le public et dont le service ne peut naturellement être suspendu en même temps que le fonctionnement du fonds! d 'amortisse-
ment. On constate, d'autre part, une légère augmentation de 1.378.000 L. sur la valeur en capital des annuités terminables. Cette augmentation est due principalement à la baisse des Consolidés.
» J'ai maintenant achevé de passer en revue le passé et j'arrive à l'avenir, qui intéresse davantage le Parlement.
» Je vais m 'occuper tout d'abord des dépenses. Le service du fonds consolidé- demande, pour l'année actuelle, 27.800.000 L., y compris les crédits nécessaires pour le fonds de l'amortissement et pour le paiement des intérêts de la dette de guerre déjà contractée. Les services1 administratifs exigent 159.802.000 L.> soit 31.720.000 L. de plus que l'année dernière. A raison de la guerre, il y a une augmentation de 20.433.000 L. dans les dépenses de l'armée et une augmentation de 6.327.000 L. dans les dépenses des services ordinaires. Les prévisions de dépenses de Ja marine sont en augmentation de 3.353.000 L. Les prévisions de dépenses pour, les services de guerre, comprises au budget de l'armée pour la présente année, atteignent ainsi un total de 58.230.000 L. contre 37.797.000 L. dans les prévisions primitives de l'an dernier. Cette somme de 58 millions de livres est inférieure de 10 millions aux dépenses occasionnées l'année dernière par la guerre de l'Afrique du Sud et l'expédition de Chine. Le montant total des prévisions de dépenses de l 'Echiquier est, pour cette année, de 187.602.000 L.
» J 'en arrive maintenant aux prévisions des recettes sur la base des impôts actuels... Les recettes provenant de l'impôt sont ainsi estimées au totala 111.200.000 L. Pour les recettes ne provenant pas de l'impôt (Postes et télégraphes, Domaine de la Couronne, actions du Canal de Suez), on obtient un total de 21.055.000 L. Ces deux natures de recettes réunies forment un total de 132.255.000 L., et si on l'es déduit des dépenses de l'Echiquier, il reste pour l'année à venir un déficit de 55.347.000 L.
» J'arrive maintenant à l'intéressante question de savoir comment couvrir ce déficit. A première vue, il semble que celui-ci provienne seulement de la guerre. Comme peut se le rappeler le Parlement, sur le total de nos dépenses, celles résultant de la guerre atteignent 58.320.000 L.; si nons les mettons de côté, nous trouvons que les recettes ordinaires laissent, par rapport aux dépenses ordinaires, un excédent de 2.883.000 L.
» Même si notre déficit était uniquement la conséquence de la guerre, je proposerais au Parlement, comme je l'ai fait l'année dernière, de voter de nouveaux impôts pour couvrir ce déficit. Je n'accepterai jamais la responsabilité de la politique malheureuse qui consisterait à acquitter la totalité des frais de la guerre au moyen d'emprunts, sans demander une participation raisonnable aux contribuables de l'heure actuelle. Mais je crains bien que notre déficit ne provienne pas en totalité de la guerre du Transvaal et de l'expédition de Chine, mais plutôt de l'augmentation de ce qu'on peut appeler nos dépenses ordinaires.
» Il y a cinq ans, quand pour la première fois j'ai eu l'honneur de présenter un budget à la Chambre des Communes, je me suis hasardé à donner du mieux que je pus un avertissement au Parlement et au pays. J'ai pris l'histoire des vingt années précédentes et j 'ai montré que pendant ces vingt ans l 'augmentation de nos dépenses avait été beaucoup plus que proportionnelle à l'accroissement de nos recettes, et j'ai exprimé du mieux que j'ai pu au Parlement et au pays mes doutes au sujet de la possibilité pour notre système financier actuel de supporter un pareil fardeau, s'il continuait à s'accroître.
» Nous nous posons cette question: Comment pourvoir à cet accroissement de dépenses? Jusqu'ici, il a été pourvu simplement par le vote des impôts additionnels consentis l'année dernière. Et encore ces impôts, additionnels étaient-ils consentis, non pour pourvoir aux dépenses ordinaires, mais pour faire face aux frais de la guerre. D'à-
près les propositions du Gouvernement et dans les intentions de la Chambre des Communes, ces impôts ne devaient être que des impôts additionnels votés pour couvrir les dépenses de guerre. Nous espérions et nous croyions tous qu'ils disparaîtraient à la fin du conflit, mais depuis, nos dépenses ordinaires se sont, en dehors de la guerre, considérablement accrues, et à voir la marche que suit cet accroissement, en supposant que l'expédition soit terminée dans trois ou quatre mois, nos dépenses ordinaires ne nous permettraient pas d'abolir les taxes additionnelles imposées l'année dernière, parmi lesquelles, le Parlement me permettra de le lui rappeler, figure un income-tax de 1 shilling par livre.
» Ayant à demander une certaine somme aux impôts, je dois m 'adresser aux contribuables atteints par les impôts directs! et à ceux atteints par les impôts indirects pour leur faire supporter leur part du fardeau. Les contribuables soumis à l'income-tax, qui se plaignent déjà avec une taxe de 1 sh. par livre, « grognent » naturellement à l 'idée de toute nouvelle augmentation de cet impôt. Je ne m'en étonne pas. En tout cas, ce que je sais, c'est qu'à l'époque de la grande guerre menée contre la France au commencement du siècle dernier, les contribuables astreints à l'income-tax ont pendant treize ans payé 2 shilling par livre, et que pendant la guerre de Crimée leur contribution a monté pendant un an à 1 sh. 4 pence par livre. Leur contribution est maintenant de 1 shilling. Nous avons à trouver des ressources complémentaires pour les dépenses de la guerre et pour les dépenses militaires, et je suis obligé de derqander aux contribuables astreints à l'income-tax de supporter cette année une charge additionnelle de 2 pence, c'est-à-dire un impôt de .1 sh. 2 pence par livre. Cette taxe nous donnera-, cette année, une somme de 3.8000.000 L., et l'année prochaine une de 900.000 L. sous forme d'arriérés, au total 4.700.000 L.
» J'aborde maintenant le grand problème des impôts indirects. Notre pensée se tourne naturellement, en matière d'impôts indirects, vers les articles déjà taxés. Je vais les passer brièvement en revue. Pas de taxe supplémentaire sur les alcools, rien sur la bière, rien sur le vin, rien sur le thé, rien sur le tabac. J'admire l'étonnante simplicité de tant de gens qui, dans^une bienheureuse ignorance de l'histoire et du produit de nos impôts, pensent qu'une taxe sur les chats ou sur les chiens, proportionnellement à leur taille, ou sur les bicyclettes, ou même un droit de quittance gradué permettrait d'acquitter les dépenses de guerre dans l'Afrique du Sud. Voici mon expérience sur ce point. Tout projet d'établir un droit de timbre ou de licence sur tout ce qu'on imagine, billets de théâtre, de concert, de chemins de fer, d'une part, sur les ventes aux enchères et les courses, de l'autre, aurait ce résultat certain qu'il tracasserait et désorganiserait toute notre organisation sociale, tandis qu 'en raison dunombre d'exemptions nécessaires, par suite aussi de la fraude et des frais de perception, de tels impôts arriveraient difficilement à donner un revenu appréciable. Je ne suis pas disposé à m 'embarquer dans une telle politique. Je veux une taxe qui soit largement productive. Il me faut taxer un objet de consommation générale qui soit à très bon marché. Il me faut une taxe qui échappe au reproche d'être un droit protecteur comme le serait un impôt sur un article qui serait abondamment produit dans notre pays. Aussi suis-je assez audacieux pour proposer un droit sur les sucres. Le sucre est un article qui est taxé dans tous les pays d'Europe et aux Etats-Unis, et tous les économistes reconnaissant qu'il peut être justement frappé d'impôt en cas de nécessité financière. Mais ce ne sera pas un droit protecteur. Longtemps après que le régime du libre-échange .eût été établi dans ce pays, une taxe sur le sucre fut maintenue à un taux bien plus1 élevé que celui que je propose maintenant. La première année de la guerre
de Grimée, la taxe sur le sucre a varié entre 13 sh. 4 pence et 17 sh. 4 pence par quintal. Le premier acte de Gladstone, en vue de trouver de l'argent piour cette guerre, fut d'élever la taxe à un taux tel qu'elle produisit 700.000 L. par an. L'année suivante, la taxe fut élevée par sir Georges Lewis à un taux qui n'était pas inférieur à 20 sh., et même dans l'année qui suivit celle où prit fin la guerre de Crimée, la taxe sur les sucres était encore de 18 sh. 4 pence par quintal. A partir de ce moment, elle fut graduellement réduite jusqu'en 1874, année au cours de laquelle elle fut abolie par sir Northcote. Mais la situation est aujourd'hui la même que celle à laquelle M. Gladstone faisait allusion en 1860 quand il disait: « Si nous devons supporter de très grandes dépenses et un taux très élevé pour l'impôt sur le revenu, je ne peux pas admettre que pen- -* dant que la masse du fardeau pèse sur les épaules de ceux qui possèdent la propriété, comme c'est évidemment le cas maintenant, il ne soit pas désirable que les travailleurs supportent leur part de ce fardeau sous la forme qui leur sera la plus palpable et la plus intelligible ». Il est à notre avis de l'intérêt de l'économie et de la paix que les classes laborieuses, aus'si bien que les autres classes, sachent qu 'elles ont à supporter les frais de la guerre et les frais de la préparation à la guerre.
(( Le droit que je propose sur te sucre raffiné est de 4 sh. 2 pence par quintal, et je propose pour le sucre brut un droit qui sera diminué dans certaines conditions, en tenant compte de son degré de polarisation...
» J'aborde maintenant une autre proposition d'impôt. C'est une proposition d'un genre que t 'Angleterre, ne connaît plus depuis cinquante-cinq ans. .C'est un droit de 1 shilling par tonne de charbon exportée. Maintenant je connais tous les arguments fournis contre 'les droits d'exportation, mais je ne veux pas les discuter pour la seule raison que le charbon a toujours été considéré comme un produit occupant une situation spéciale. Le charbon, une
fois extrait de terre, disparaît. C'est un capital, non un intérêt comme le blé, la farine, la laine, Ile coton ou le bois, matières brutes que la bienfaisance de la nature et le labeur des hommes produisent continuellement. Le charbon est, d'autre part, le nerf de notre industrie. C'est pourquoi deux des plus grands hommes qui se soient occupés des finances de ce pays au cours du siècle dernier, ont considéré le charbon sous un autre jour que les autres marchandises. Je veux parler de Robert Peel et de Gladstone. Le produit de cet impôt s'élèvera, je l'espère, à 2.100.000 L.
)) Le Parlement peut voir que je propose de tirer cette année par voie d'augmentation d'impôts 3. 800.000 L. de l 'Income-Tax, 5.100.000 L. de l'impôt sur le sucre, 2 millions 100.000 L. de la taxe sur le charbon, soit en tout 11 millions de livres sterling. Je me suis efforcé dans cette répartition, non seulement de maintenir la proportion existante entre l'imposition directe et l'imposition indirecte, mais encore de l'accentuer au bénéfice de l'imposition indirecte. 1 * - 1
» Ma balance fiscale s'établit comme suit:
» J'estime que les douanes donneront 30.800.000 L., les accises 33.100.00T) L., les droits de succession 14 millions de livres, le timbre 8 millions, l'impôt foncier 2.500.000 L:, l'income-tax 33.800.000 L., soit un total d'impôts de 122 millions 200.000 L. (3 milliards 55 millions de francs). En y ajoutant les revenus ne provenant pas de l'impôt, on arrive à un total de recettes de 143.225.000 L.
)) Je propose de réduire les dépenses, comme je l'ai déjà fait l'an passé, en suspendant l'amortissement. Les dépenses seront ainsi ramenées à 182.962.000 L. Déduction faite des recettes, le déficit sur les prévisions sera de 39 millions 737.000 L., auquel il faut nécessairement ajouter 1.000.000 à 1.250.000 L. pour l'intérêt de la nouvelle dette qu'il va falloir contracter.
» Et à ce propos je dirai que je dois pour deux raisons demander au Parlement l'autorisation d'emprunter bien au-delà de cette somme de 41 mi'lilions de livres. La pre-
mière, c'est que nos prévisions pour la guerre du Transvaal et l'expédition de Chine sont de 10 millions de livres inférieures aux dépenses faites pour ces deux guerres l'an passé. Je ne veux pas vous tromper en moins. Mais il y a une autre addition à faire à ces autorisations d'emprunt par suite de 'la façon dont s 'opèrent les recouvrements du Trésor. Quand on demande à i'income tax, comme nous le faisons cette année, une aussi large part de nos ressources budgétaires, il en résulte que les encaissements les plus importants se font dans le dernier trimestre, alors que durant les trois premiers trimestres le Trésor se trouve relativement dépourvu, et, en conséquence, c'est une autorisation additionnelle de 10 millions de livres qu'il me faut demander pour approvisionner l 'Echiquier durant les trois premiers trimestres. Si, au contraire, les réalisations de recettes se réalisent, et si l'intégralité de l'emprunt n'est pas utilisée, je puis facilement consacrer le surplus à rembourser les bons du Trésor émis en vue de la guerre, ou toute autre partie de la dette. Je demanderai donc au Parlement l'autorisation de contracter en temps voulu un emprunt jusqu'à concurrence de 60 millions de livres.
» J'arrive maintenant à une question dont il me faut vous dire un mot, Messieurs, à savoir si, en ce qui concerne cet emprunt, il nous est possible de compter sur le Transvaal dans une certaine mesure. A la séance du 1er décembre dernier, je vous exprimais l'espoir de vous soumettre, à l'occasion de ce budget, des propositions définitives au sujet d'une contribution au coût de la guerre à exiger du Transvaal. J'informais la Chambre que j'avais confié à sir David Barbour la mission de visiter le Transvaal et de me faire un rapport sur sa situation financière et sur les conditions d'établissement d'une pareille contribution. Sir David Barbour a commencé sa mission, mais je dois reconnaître que la prolongation de la guerre l'a beaucoup entravée. Il lui a été impossible de terminer son enquête et je n'ai pas encore son rapport. J'ai reçu seulement quelques observations préliminaires et je dois dire en toute
franchise qn Viles ne sont guère encourageantes. Sir Barbour m'informe qu'il lui paraît impossible d'arriver à des conclusions précises et définitives sur Ile montant de la contribution qui pourra être réclamée au Transvaal avant qu'une période assez longue (deux ou trois ans) ne se soit écoulée après le rétablissement de la paix. Le Parlement verra avec moi que la guerre a conduit le Transvaal presque à la ruine. Nous ne pouvons attendre de ce pays aucune contribution, immédiate ou prochaine, aux frais de la guerre... Nous allons réserver notre réclamation et, quand la prospérité sera revenue au Transvaal (nous pensons bien qu'elle reviendra avec la paix), comme j'ai assigné aux emprunts de guerre déjà autorisés des échéances espacées, celui qui aura alors la gestion des Finances de ce pays pourra facilement, si le Transvaal est alors en état d'offrir des garanties pour un emprunt de contribution de guerre, faire en sorte que cet emprunt soit appliqué au remboursement d'une partie de nos propres emprunts.
» Je vous rappellerai, en effet, Messieurs, que nous avons déjà emprunté pour cette guerre 67 millions de livres, et il est clair que la contribution que nous pourrions exiger de nos nouvelles colonies ne saurait en aucun cas dépasser ces 67 millions de livres.
» Et, maintenant, Messieurs, comment faut-il emprunter une somme aussi 'Considérable que celle qui nous est nécessaire ! La guerre actuelle ne peut plus être considérée comme une petite guerre. Par ses dépenses, c'est une grande expédition.Laissez-moi vous faire connaître à combien sont évaluées actuellement les dépenses du conflit : en 1899-1900, les prévisions ont été de 23.217.000 L. ; l'an passé, elles ont atteint 68.620.000 L., et cette année elles sont de 60.230.000 L,, y compris chaque année les intérêts des emprunts. C 'est clone un total de plus de 152 millions de livres sterling.
» Je vous' rappelle, Messieurs, que ces chiffres comprennent les dépenses des deux guerres du Transvaal et de Chine dans leur ensemble. Je dois y ajouter encore 1 mil-
lion 250.0001 L. pour l'emprunt de cette année, ce qui fait au total 153 millions de livres. C'est le double de la dépense de la guerre de Crimée, et si je jette un coup d'œil sur la guerre contre la France, je vois que les deux années les plus coûteuses ont été 1813 et 1814. Les troupes engagées étaient moins considérables que maintenant, et en ces deux années, les dépenses totales pour la guerre et la marine ont atteint 144.581.000 L. C'est un total inférieur aux charges des deux guerres actuelles. Aussi ai-je le droit de dire qu'au point de vue des dépenses la guerre du Transvaal est une grande guerre. Il est clair, à mon avis, qu'il n'est plus possible de recourir pour les emprunts qu'elle nécessite à des engagements temporaires. Nous avons déjà emprunté pour cette guerre 67 millions de livres sterling en dette non fondée, venant à échéance dans les dix prochaines années. Nous avons ainsi émis environ 36 millions de livres de Consolidés en 2 3/4 et 2 1/2, remboursables en 1905. Aussi, quelle que soit la prospérité du pays, quel que soit l'état de nos finances, il est parfaitement évident que les plus zélés partisans du rachat de la dette pourront donner libre cours à leur énergie dans les années qui vont venir. C'est pour cette raison que je vous prie, Messieurs, d'ajouter les Consolidés aux types d'emprunt auxquels des lois précédentes, m'ont autorisé à recourir. Je pense qu'il est nécessaire de me laisser le libre choix dans les circonstances actuelles, et je prie l'Assemblée de bien vouloir me donner cette faculté dans sa résolution... »
Toutes les propositions du Chancelier de l'Echiquier furent adoptées par le Comité.
Grâce aux principes de saines finances de Peel et de Grladstone, principes dont s'inspirait aussi sir Stafrort Northcote, on avait pu, en 50 ans, amortir 200 millions de livres cle la dette publique ; malheureusement, la guerre sud-africaine eut pour conséquence de rétablir ce fardeau.
Le 19 avril, sir Michaël Hioks Beach soumit à la Chambre des Communes la proposition d'un crédit d'emprunt
pour l'année 1901-1902 de 60 millions de livres, à se procurer :
a) Par la création de Consolidés 2 3/4, identiques à ceux créés par la loi de conversion de 1888;
b) Ou par rémission d'obligations analogues à celles autorisées par le AVar Loan Act de 1900;
c) Ou par l 'émission de bons du Trésor (Treasury Bills) ; cl) Ou par l'émission de bons de l'Echiquier (Exohequer
Bonds).
Le capital et les intérêts étaient mis à, la charge du « Consolidated Fund ».
Le Chancelier de l'Echiquier expliqua pourquoi il empruntait une pareille somme d'un coup. La moitié de l'emprunt fut cédée à quelques grandes maisons de la Cité, afin d'en assurer le succès. Les 30 millions pilacés avant l'émission furent répartis comme suit: 11 millions de livres à M. de Eothschild et fils, 10 millions L. à la maison Morgan et C°, 9 millions L. à la Banque d'Angleterre qui céda 500.000 L. au secrétaire d'Etat pour l'Inde et 2 millions de livres aux Commissaires de la Dette nationale. Le Chancelier de l'Echiquier se déclara satisfait d'avoir pu obtenir le prix de 94 1/2, en considérant que, le lendemain du jour où il fit son exposé budgétaire, les Consolidés étaient à 94 1/4. Après l'émission, les cours se relevèrent.
Jetant une vue d'ensemble sur les événements que nous avons analysés jusqu'ici, il résulte de nos développements que le Chancelier a pris, la première année de la guerre, sur les recettes de l'impôt 9.035.000 L., la seconde 15 millions 413.000 L., la troisième 20.523.000 L., c'est-à-dire que sur 153 millions de livres de dépenses de guerre, l'impôt a fourni 45 millions de livrets. C'est une jolie proportion.
Le tableau suivant indique les dépenses effectuées et prévues du 1er avril 1899 au 31 mars 1902 pour la guerre du Transvaal et l'expédition de Chine, et les ressources au moyen desquelles ces dépenses ont été couvertes:
Ressources provenant de l'impôt
Ressources provenant de
l'emprunt
( Excédent du budget 1899-1900.
iSuspension de l'amortissement
} en 1900-01 et 1901-02
^Impôts nouveaux en 1900-01 et j 19U1-02
I Bons du Trésor
\Emprunt de guerre.
]Bons de l'Echiquier
/Emission de Consolidés (sur
42 lOi.000 L
Le tableau ci-dessous résume les emprunts contractés depuis le début de la guerre boer jusqu'en mai 1901:
Emprunt de guerre 2 7 4 émis à 98 L 10 sh. pour,/0 (rembonr. en 1910). Bons de l'Echiqaier 3 °/° émis à 98 pour cent (remboursables en 1903) Bons de l'Echiquier 3 0/° émis à 98 L 3. sh. pour %(remboiïr. en 1905) Bons de l'Echiquier 3 0/o émisa 97 L 5 sh. pour 0/0(remboursables en 1905) Bons du Trésorà 6 mois rapportant entre 3, 5, 11, et 4, 0. 8. Bons du Trésor à 9 mois rapportant entre 3, 17, 1 et 4, 3, 11. Bons du Trésor à 12 mois rapportant entre 8, 10 et 4, 2, 9. Consolidés 2 3//, émis à 94 L. 10 sh. pour cent
Total.
Livres Sterling
Sir David Barbour estimant, dans son rapport sur les finances du Transvaal et de l'Orange, que l'Angleterre ne pouvait guère compter sur une indemnité de la part de ses nouvelles colonies avant que deux ou trois années ne se fussent écoulées après la signature de la paix, sir Michaël Hicks Beaoli en fut donc réduit, comme nous l'avons dit, à proposer à la Chambre des Communes d'émettre des Consolidés. Ses propositions ne furent pas acceptées sans
débat; U dut modifier les bases de l'impôt sur le charbon exporté, tout au moins pour les contrats en cours, ce qui réduisit la recette de 2.100.000 L. à 1.300.000 L. pour la première année. La taxe fut votée par 333 voix contre 227. La proposition d'emprunter 00 millions de livres en Consolidés fut votée le 19 avril par 186 voix contre 117 et, dès le 22 avril 1901, le chancelier s'occupa de la réaliser. Depuis les grands emprunts de l 'indemnité de guerre contractés par la France, cet emprunt de 60" millions de livres (1 milliard 12 de francs) était la plus grosse somme empruntée par un Etat d'un seul coup. Le Chancelier de l'Echiquier crut avantageux de procéder ainsi, en bloc; il céda 30 millions de livres d'emprunt à un syndicat anglo-américain à 94 1/2 f)/0, et mit l'autre moitié en souscription publique. Ces nouveaux Consolidés étaient absolument assimilés aux anciens, devenant du 2 1/2 le 5 avril 1903 et jouissant de la garantie d 'inconvertibilité jusqu'en 1923. Pour souscrire, il fallait opérer un versement de garantie de 3 0/0 sur le montant de la souscription. La libération s'effectua en huit versements dont le dernier en décembre 1901. Pour les 30 millions de livres qu'on lui demandait, le public souscrivit 200 millions L.
Nous tenons à rapporter ici, quoiqu'elles ne soient pas d'une grande importance pour notre sujet; certaines appréciations recueillies dans le « Marché Financier » de M. Eaffalovich (années 1901-1902). Elles nous montreront combien ont changé, depuis lors, les conditions et la situation des divers marchés financiers. « Certainement, lisonsnous, il y a de graves objections à l'émission de Consolidés en vue de la guerre. Il faut vendre le titre pour le prix qu'on peut obtenir dans des conditions défavorables, c'est-à-dire théoriquement à perte; mais le seul moyen de le racheter et de l'amortir, c'est à l'aide d'achats sur le marché au prix auquel les détenteurs consentent à s'en défaire. Il est donc fort possible que, dans l'espace de quelques années après le rétablissement de la paix, le commerce étant inactif, l'argent surabondant, le Chancelier de
! 'Echiquier trouvera de la peine à racheter à 104 1/2 le titre qu'il se vantait d'avoir pu placer à 94 1/2. La perte qui en résulte pour le Trésor, c'est-à-dire pour les contribuables, vaut la peine d'être prise en considération à une époque d'accroissement continu des dépenses. On ne saurait donc dire que l'opinion publique se trompe lorsqu'elle se prononce en faveur d'un titre remboursable par tirage ou comportant un procédé moins onéreux et moins aléatoire que rachat sur le marché au-dessus du pair.
» Quant à la sagesse de faire du nouvel emprunt de guerre un emprunt du Transvaal, gagé sur le revenu de la colonie nouvelle, mais garanti quant au capital et aux intérêts par le Gouvernement anglais, il y a davantage place à discussion. Il y a, de prime abord, quelque chose d'absurde à asseoir un emprunt sur un territoire nouvellement annexé, mais non encore entièrement conquis, et cela d'autant plus qu'il s'écoulera bien des années avant que le Transvaal soit en mesure de porter sur ses propres épaules le poids de cet emprunt. »
La poursuite de la guerre continuait à exiger des sacrifices. Durant l'année 1901, il fut expédié au Transvaal 179.000 chevaux; 40.000 hommes vinrent renforcer l'armée d'occupation qui, au 1er janvier 1902, s'éleva à 237.800 hommes. Le ministre de la Guerre, M. Brodrick, exposa à la Chambre des Communes que le Gouvernement britannique avait eu à entretenir dans l'Afrique du Sud, au cours de l'exercice 1901-02, 280.000 hommes, y compris ceux employés dans l 'armée à un titre autre que militaire, 27.000 soldats boers prisonniers, 150.000 Boers de la population civile, 208.000 chevaux ou mules^ 30.000 bœufs. Il estimait, en moyenne, les dépenses de la guerre à 5 millions de livres par mois.
Dès le mois de janvier 1902, le Gouvernement introduisit au Parlement une demande d'ouverture de crédit supplémentaire de 5 millions de livres pour l'achat de chevaux et l'entretien des troupes. Le Chancelier de l'Echi-
quier se lit autoriser à prendre cette somme sur le produit de l'emprunt de b"0 millions.
La situation du marché financier durant l'année 1901 fut naturellement anormale. Le cours usuel des choses dans le Royaume-Uni implique une courte période de bon marché relatif des capitaux, en janvier, à laquelle succède une tension croissante jusqu'à la fin de mars, tandis que la rentrée des impôts directs remet de plus en plus le contrôle du marché dans les mains de la Banque d'Angleterre. En 1901, cependant, Tannée débuta avec l'argent cher et une faible réserve de la Banque, si faible même que, le 3 janvier, le taux officiel d'escompte fut porté de 4 à 5 0/0. A cette date, la réserve dépassait à peine 16 millions de livres ; on savait cependant que les grosses sommes en billets et numéraire, qui entrent dans la circulation à la fin de l'année, reflueraient bientôt et grossiraient la réserve. Le Conseil de la Banque décida néanmoins que la réserve avait besoin d'être renforcée par une mesure extraordinairement rigoureuse. Son action cle hausser l'escompte fut vite récompensée puisque bientôt, en février, il put l'abaisser à 1 1/2, puis à 4 0/0.
En dehors de cet incident inusité au commencement de l'année, la situation purement monétaire à Londres fut tranquille et satisfaisante dans ses grandes lignes. Le taux d'escompte fut abaissé à 3 1/2, puis à 3 en juin, et ce ne fut que le 31 octobre qu'il fut nécessaire de revenir à 4 0/0, taux qui put être maintenu jusqu'à la fin de l'année sans perturbation ni tension indues, bien que le montant que le marché dut emprunter à la Banque durant la dernière semaine de décembre fut plus grand que de coutume.
On peut féliciter la place de Londres d'avoir traversé la seconde année de guerre avec ce minimum cle trouble financier, mais il faut reconnaître qu'elle put le faire grâce aux abondantes ressources que les marchés monétaires étrangers mirent libéralement à sa disposition. Au début cle 1901, ce furent les capitalistes américains qui, croyant qu'ils avaient plus d'argent à leur disposition
qu'ils ne pouvaient en employer utilement chez eux, vinrent au secours de l'Angleterre en plaçant leurs dollars en effets sur Londres et en nouveaux Consolidés. Plus tard, lorsque les Américains trouvèrent que leurs millions existaient en grande partie sur le papier et que leurs ressources liquides étaient nécessaires pour tenir le marché de New- York, sous la secousse, d'abord du corner en actions du Northern Pacific, puis de la grève des ouvriers du Steel Trust, enfin de l'assassinat du président Mac Kinley, l'abondance monétaire et la baisse du taux de l'escompte à Paris amenèrent un afflux d'argent français à Londres, lequel empêcha tout resserrement gênant des taux d'escompte hors banque dans Lombard Street par suite de la concurrence très vive que les institutions financières et les banquiers français se firent pour acheter des bons du Trésor et d'autres titres libellés en livres.
Un exemple intéressant de l'ironie des choses, c'est que la place de Londres fut aussi libéralement assistée de capitaux étrangers pendant toute la seconde année de la guerre boer, bien que celle-ci eût été l'objet cependant -d'une condamnation unanime et emphatique de la part de l'opinion publique à l'étranger.
On estime que les maisons de banque françaises n'ont pas détenu moins de 60 à 70 millions de livres (1.500 millions à 1.750 millions de francs) de valeurs et lettres de change britanniques.
Il est vrai qu'au mois d'octobre, l'appui prêté par la France fut retiré pendant un temps, que de gros envois d'or furent faits de Londres à Paris, mais c'est seulement parce que Paris traversait une petite crise personnelle et qu'à cette époque, l'aide libérale qu'elle avait donnée à Londres avait fait son œuvre et permis à Lombard Street de passer avec tranquillité une période durant laquelle la situation vraiment critique de l 'Angleterre aurait pu, sans cela, produire de graves événements.
La position du marché de Londres fut passive pendant l'année ; les deux incidents les plus notables de 1901 furent
les deux crises aiguës de New- York et le malaise, la dépression commerciale et financière en Allemagne. Londres en ressentit le contre-coup, mais il ne s'y développa aucun phénomène spécial et particulier. La place de Londres s'était en quelque sorte retirée des affaires, sauf èel-' les de faire les fonds de la guerre sud-africaine.
Elle offrait un bon taux pour les capitaux, et les capitalistes étrangers, bien que détestant l'objet pour lequel l'argent était nécessaire, ne purent résister à la tentation de faire de bons emplois en effets sur l'Angleterre. Les changes furent défavorables à Londres pendant presque toute l 'année, mais, de quelque manière, ce fut un stimulant de plus pour le capital étranger : il est évident, par exemple, qu'un placement en Treasury Bills est plus tentant pour des financiers français lorsque le change est à 25,10 que lorsqu'il est à 25,20.
LTne autre raison du calme relatif de la place de Londres au cours de l'année 1901, c'est que les emprunts du Gouvernement furent effectués sur une grande échelle et, sauf pour l'émission des Exchequer Bonds, qu'ils furent faits en une seule opération. Le système des petits paquets, adopté en 1900, fut remplacé par une émission de 60 millions L. en Consolidés, destinée, dans l'esprit du Chancelier de l'Echiquier, à pourvoir, et au-delà, à toutes les dépenses de la guerre pendant tout le cours de l'année. Il est certain que cette dernière méthode devait troubler bien moins le marché financier que les petits appels au crédit, renouvelés souvent. Malgré une tension modérée les jours de versement sur les titres de l'emprunt, cette demande pouvait être prévue, satisfaite; on avait, d'ailleurs, échelonné exprès la libération complète des souscripteurs sur huit versements. Il en résultait un effort bien moindre que les incertitudes qu'entraîne l'éventualité d'emprunts sur lesquels on ne comptait pas.
Quoique l'emprunt des 60 millions de livres en Consolidés ait reçu un chaleureux accueil auprès du public, il faut toutefois remarquer que son succès1 fut moindre que
celui de l'emprunt de guerre de 1900. Celui-ci, de 30 millions de L., avait été couvert plus de 11 fois, par un total de 335 millions de livres; les 30 millions de l'emprunt en Consolidés émis dans le public ne furent pas couverts 7 fois, le total des souscriptions n'atteignant que 200 millions de livres.
La réserve de la Banque d'Angleterre, qui atteignait en janvier 16.000.000 L., s'éleva en août à 27 millions L. En septembre et en octobre, tout d'abord l'Autriche, puis la France et l'Allemagne, prirent de l'or, si bien qu'à la fin de l'année, la réserve était retombée à 19 millions et demi de livres.
La facilité relative du marché monétaire durant l'année est démontrée par le fait que le taux moyen d'escompte fut de 3,14,0 contre 3,18,10 en 1900, et hors banque de 3,3,2 contre 3,13,2.
Un livre blanc anglais, publié par ordre de la Chambre des Communes, sur la proposition de M. Sidney Buxton, donne les tableaux suivants, intéressants à consulter:
Emprunts contractés pour les besoins de la guerre jusqu'en mars 1902
Treasury Bills
Treasury Bill Act, 1899.
War Loan Act, 1900
Supplementary War Loan Act, 1900
Exchequer Bonds
Supplemental War Loan
Act, 1900
War Loan (Stock and Bonds). War Loan Act, 1900
Ï Loan Act, 1900 Resolution of House of Commous (in anticipation of Act)
Total.
Montant nominal
Produit encaissé
Voici le tableau des ressources demandées à l'impôt pendant la même période:
Ressources extraordinaires demandées à l'impôt jusqu'en mars 1902