Roubles
Total des recettes ordinaires.
Recettes extraordinaires
Dépôts perpétuels à la Banque de Russie
A prélever sur les disponibilités du Trésor
Total général
Les ressources importantes que fournissaient les chapitres des droits réguliers et du domaine de l'Etat provenaient, en première ligne, des chemins de fer d'Etat et du monopole de la vente des spiritueux, des postes, télégraphes et téléphones, de la monnaie, des terres et des usines domaniales et de la Banque de Russie.
Il est impossible de faire une étude d'ensemble sur le budget russe sans étudier, sans aborder plutôt, même superficiellement, la grosse question des chemins de fer. Question capitale pour le pays qui possède le plus grand réseau d'Etat du monde!
Les premiers chemins de fer russes, entre Moscou et Saint-Pétersbourg, entre V arsovie et Vienne, avaient été construits par l'Etat dans des conditions ruineuses. L'exploitation laissait des déficits importants. On résolut alors de confier l'exploitation et la construction de lignes nouvelles à l'initiative privée. Mais on ne pouvait compter sur les capitaux indigènes, peu importants, ni sur ceux de l'étranger, médiocrement tentés d'entreprendre des affaires peu rémunératrices.
L'Etat résolut donc de fournir sa garantie aux capitaux destinés à la construction des chemins de fer, en suppléant aux insuffisances de recettes ou en faisant des avances aux Compagnies. C'est de cette époque que date
la grande Compagnie des chemins' de fer russes, dont les obligations sont devenues une dette directe de l'Etat (1).
Ce système de patronage permit à la Russie de développer considérablement son réseau. Cependant, les régions peu peuplées, déshéritées par la nature et le climat, restaient, malgré tout, dépourvues de voies ferrées. Or, il fallait songer à créer une vie économique dans ces immenses régions. De plus, l'exploitation des chemins de fer devenait très coûteuse pour l'Etat, qui y engageait des sommes de plus en plus considérables du fait d'avances et de garanties d'intérêt, tandis qu'il ne retirait rien des lignes fructueuses, dont les bénéfices allaient grossir les portefeuilles privés.
Devant les vices de ce système, on résolut de confier à FEtat la construction et l'exploitation des lignes nouvelles. En 1881, le réseau d'Etat ne comprenait que 62 verstes ; onze ans plus tard, il en comptait 10.000 environ, dont 3.600 rachetées aux Compagnies concessionnaires. Mais ce fut surtout sous la gestion de M. de Witte que la construction de voies ferrées par l'Etat prit son essor merveilleux. On sait qu'il y consacra les excédents budgétaires importants de sa gestion financière, ainsi que le produit de nombreux emprunts.
La situation kilométrique était, en 1904, la suivante :
Europe Asie Total
Chemins de fer de l'Etat 34.582 | 10.337 | 44.919 Km. Compagnies privées 20.789 j »» | 20.789 —
Quels pas de géant depuis 1892, à l'arrivée de M. Witte au pouvoir, où 18.636 kilomètres appartenaient aux Compagnies et seulement 11.032 kilomètres à l'Etat II a natu-
(1) Revue économique internationole, année 1906, tome 2, page 149.
rellement fallu beaucoup emprunter pour réaliser ce programme, et c'est, ce qui a provoqué dans la presse européenne des malentendus fâcheux. La dette publique russe apparaît presque double de ce qu'elle serait si les chemins de fer étaient restés aux mains des sociétés privées, et le public oublie trop souvent qu'en face de cette dette importante, il y a un actif productif de revenu, en temps normal.
Le Gouvernement russe a développé son réseau très rapidement. Il a construit 26.000 kilomètres en 13 ans. Il a été amené ainsi à exploiter un grand nombre de lignes peu fructueuses, et, malgré la modicité des tarifs, l'année 1903 donnait une recette de 453 millions de roubles pour 39.Q00 kilomètres exploités, soit 83 francs par jour-kilomètre. C'est un beau résultat, comparé à celui du réseau de l'Etat français, qui ne donne que 43 francs par jourkilomètre. C'est d'ailleurs la moitié environ de ce . que donnent les réseaux d'Etat belges (157 francs par jour kilomètre) et prussiens (173 francs par jour-kilomètre).
Certaines lignes ont coûté énormément cher ; il en fut ainsi du Transsibérien, pour la construction duquel on dut faire venir la main-d'œuvre de très loin; son exploitation continue, d'ailleurs, à exiger beaucoup de frais, car son personnel est, pour ainsi dire, obligé de s'expatrier, et on a dû lui construire des habitations dans des villages créés de toutes pièces. D 'autre part, les tarifs ont été très réduits pour favoriser le développement du trafic, et les recettes sont, par suite, peu importantes. Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que les bénéfices nets soient peu élevés. Ils ont été, en 1903, de 36 millions de roubles, alors que les charges des emprunts de chemins de fer s'élevaient à 120 millions de roubles. Si l'on estime, d'après le Bulletin des Congrès du chemin de fer, que le réseau de l'Etat russe a coûté 13 ou 14 milliards de francs (y compris les excédents budgétaires employés à cela), on peut trouver qu'un bénéfice net de 100 millions' de francs environ (36 millions de roubles) est réellement infime et
que pareille exploitation constitue pour l 'Etat une affaire ruineuse. Mais, il ne faut pas oublier que les chemins de fer sont une condition sine quanon du développement des pays neufs et que la modicité des tarifs exerce la plus heureuse influence sur l'extension de plus en plus grande du trafic. Sait-on, en effet, que, toutes proportions gardées, les recettes de 1902 sont deux fois supérieures à celles de 1892, et ce, malgré l'ouverture récente de lignes peu productives.
Donc, s 'il convient de ne pas s 'exagérer la valeur contributoire, au point de vue budgétaire, du réseau ferre de la Eussie, il ne faut pas affirmer péremptoirement que les chemins de fer soient une mauvaise affaire pour l'Etat russe. Il ne faut pas oublier, non plus, en comparant la dette russe à la dette publique d'un autre grand Etat, qu'une partie non négligeable de cette dette est couverte par un actif normalement productif et a servi à la construction de voies ferrées, créant la circulation des biens là où elle n'existait pas, la facilitant là où elle existait déjà, et permettant le développement des forces productives du pays, au grand avantage du Trésor. C 'est un des facteurs importants, avec la richesse agricole du sol, du relèvement de la Eussie après la défaite et la révolution !
Les résultats du commerce extérieur russe, à la veille de la déclaration de guerre, étaient les suivants :
IMPORTATIONS
EXPORTATIONS
roubles
roubles
Il y avait donc une marge importante en faveur des exportations, qui tendait d'ailleurs à s'accroître de plus en plus. Et il est certain que le développement du réseau des communications, ainsi que leur amélioration, devaient
contribuer à augmenter encore dans l'avenir cet excédent. La facilité des moyens de transport, tout comme le bon marché de la main-d'œuvre, est l'un des facteurs les plus influents dans la lutte économique que constitue la concurrence internationale.
C'est l'état favorable de la balance du commerce pour la Eussie, qui avait justement permis, dans les années antérieures, d'améliorer la circulation monétaire de l'Empire, le nombre des billets en circulation restant sensiblement constant tandis que le stock métallique de la nation s'accroissait chaque jour davantage, s 'accumulant sans cesse de plus en plus dans les caisses de la Banque (1).
Circulation de /'or :
Fin 1901...
Fin 190-2...
Fin 1903...
Circulation des billets :
Fin 1901. . . 558 millions de roubles. Fin 1902... 559 - Fin 1903... 284 —
En 1904, l'équilibre budgétaire semblait devoir se réaliser à bref délai, avec un caractère de continuité presque assuré, mais il aurait fallu pour cela, bien évidemment, une période de prospérité économique à l'intérieur et de calme à l'extérieur. La balance du budget s'était soldée ainsi qu'il suit, pour les trois années .antérieures:
RECETTES