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LA PAIX ARMÉE ET SES CONSÉQUENCES FINANCIÈRES

En présence d'une pareille éventualité, est-il donc tellement surprenant que les Etats prennent toutes les précautions possibles pour ne pas être attaqués, ou du moins pour s'assurer la victoire en cas de conflit? La sagesse des peuples dit en effet : si vis pacem, para bellum.

Aussi pouvons-nous assister dans tous les pays à une fiévreuse activité militaire d'un caractère principalement défensif,qui constitue le régime de paix armée. En agissant ainsi, les gouvernements ne font que suivre l'exemple des particuliers avisés qui se déchargent d'un risque par le paiement de primes, parfois très élevées, à une compagnie d'assurances.

Il est bien évident qu'en présence d'un voisin qui, ostensiblement, renforce un matériel militaire susceptible de jouer un^rôle offensif aussi bien que défensif, il faut songer à se défendre contre toutes les surprises (1). Pour si pacifiste que l'on soit, on doit demeurer dans le domaine des réalités. On peut être pacifiste, c'est-à-dire estimer que la guerre est un non-sens au point de vue économique ; penser qu'il est impossible de fonder à notre époque une richesse durable sur la conquête et la guerre ; soutenir notamment, comme Norman Angell, que les cinq milliards d'indemnité payés par la France à l'Allemagne comme un lourd tribut

(1) Le budget de la guerre en France depuis un siècle, dans l'Information du 8 mars 1913.

n'ont servi qu'à déchaîner dans ce pays, en 1873, une crise économique terrible (1); et cependant, ne pas croire qu'il suffira de quelques paroles de paix pour triompher d'appétits barbares, et de cette autre forme d'ignorance, économique celle-là, qui considère les armements comme de bons placements, les guerres comme des entreprises rémunératrices.

Et alors, que d'énormes dépenses nouvelles vont peser, comme un faix accablant, sur les épaules des peuples, des travailleurs de toute espèce, pour se transformer en armements! Il est utile de montrer, ne serait-ce que pour une seule nation, quel accroissement monstrueux les budgets de la guerre ont subi depuis un siècle environ.

Au surplus, il ne faut pas se faire d'illusions : il est pratiquement impossible de faire l'état complet des dépenses que les nécessités de la défense nationale, la prévision d'une attaque possible, entraînent pour un pays comme la France. Il est une foule de dépenses qui n'entrent pas directement dans le budget de la guerre et qui, cependant, sont rendues inévitables par les nécessités militaires et les besoins de l'armée. C'est ainsi qu'une bonne partie des pensions servies par l'Etat sont des pensions militaires, devant logiquement prendre place dans le budget de la guerre.

Il est, d 'ailleurs, assez difficile de lire dans les comptabilités d'un Etat, si compliquées, si obscures, souvent volontairement. Pour certains, le coût de la guerre franco-allemande se serait élevé à 10.634.000.000 de francs, dont 5 milliards pour l'indemnité de guerre payée à l'Allemagne, 1 milliard pour les intérêts et le change de cette indemnité, 4.200.000.000 pour les dépenses de cette guerre et la reconstitution de notre matériel militaire, le reste pour des indemnités de secours aux victimes de la guerre.

M. Mathieu-Bodet a donné successivement deux totaux : 9.820.000.000 et 10 milliards de francs. Les évaluations de

(1) Voir aussi Alfred Neymarck, Les Finances contemporaines.

M. Léon Say avaient été de 11.471.000.000. En 1886, M. Jules Boche avait évalué les dépenses à 11.076.000.000, puis il est retombé à 10.880.000.000. En 1890, M. Camille Pelletan était arrivé à un total de 9.228.000.000 de francs pour la guerre avec l'Allemagne et l'insurrection de la Commune. Plus tard, on est venu affirmer que le coût de la guerre de 1870 avait été de 15 milliards de francs. Cela a été l'évaluation de M. Georges Cochery.

En 1822, le budget de la guerre en France n'atteignait que le chiffre vraiment modeste de 192.500.000 francs. Il varie un peu dans la suite, atteignant même 386.500.000 francs en 183] sous l'influence des événements d'Algérie, mais il faut arriver à 1840 pour voir le chiffre de 300 millions dépassé une fois pour toutes. Au milieu de larges oscillations, on atteint, en 1848, 400 millions de francs pour retomber ensuite très notablement durant les années suivantes. La conquête de l'Algérie touche, en effet, à sa fin.

Il va de soi que, sous le Second Empire, on ne pouvait se contenter longtemps d'un pareil chiffre, puisque diverses campagnes allaient se poursuivre. Ce fut l'occupation de Eome, puis les campagnes de Crimée, d'Italie, du Mexique, les expéditions de Chine, de Cochinchine, de Syrie. Et c 'est ainsi qu 'en 1854 on arrivait au chiffre de 567.000.000 et que l'on dépassait 850.000.000 de francs l'année suivante. A la suite d'une diminution fort importante, on en était encore à 606.500.000 francs en 1859. Depuis ce moment jusqu'en 1870, le budget de la guerre se tint généralement aux environs de 450.000.000 de francs, sauf en 1867. C'est un total que l'on ne devait plus retrouver après la campagne franco- allemande.

Les dépenses de la guerre, de 1870 à 1906, ont coûté 41.849.928.775 francs, soit 42 milliards en chiffres ronds. De 1907 à 1912, les dépenses de la guerre et de la marine, d'après les chiffres inscrits aux budgets, ont été les suivantes: ,

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