‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 55 sur 133 · I. — Budget ordinaire · texte numérisé non relu

I. — Budget ordinaire

A. Recettes

MILLIONS DE YENS

Impôts directs et indirects 158,5

Timbre

Revenus du domaine industriel de l'Etat

Revenus du placement des fonds d'Etat et de différents

fonds spéciaux

Total

des Finances

B. Dépenses

MILLIONS DE YENS

Liste civile 3,0

Ministère des Affaires Etrangères 2,3

— de l' Intérieur .. . 10,6

dette publique 42,4

autres dépenses ■'. , 19,5

de la Guerre 38,5

de la Marine 22,1

de la Justice 10,6

de Tlnstruction Publique £,0

de l'Agriculture et du Commerce 2,9

des Voies de Communication 21,6

Il -— Budget extraordinaire

A. Recettes

MILLIONS DE YENS

Emprunts 7,4

Fonds formé par la contribution chinoise 3,6

Subventions des administrations locales pour travaux

publics - 1,1

Recettes provenant de la vente des domaines 0.9

Fonds spécial de l'administration forestière 2.1

Recettes diverses 4.8

Total 19,9

— 3ÔB —

B. Dépenses

MILLIONS DE YENS

Ministère des Affaires Etrangères 0,1

— de l'Intérieur 16,7

— des Finances 5,1

— de la Guerre ...... 3,7

— de la Marine . .- 7,1

— - de la Justice 0,5 *

— de l'Instiuction Publique '. 1,7

— de l'Agriculture et du Commerce.. 7,5

— des Voies de Communication 23,9

Total... 66,3

A la différence du budget russe, dans le budget extraordinaire du Japon on fait entrer toute une série de dépenses qui ont d'autres destinations que des objets productifs. •

.Parmi les dépenses, la plus forte était celle pour le service de la dette publique : il absorbait 1/6 du budget global, î/4 du budget ordinaire. Les dépenses pour la guerre et la marine (ordinaires et extraordinaires réunies), quoique minimes en apparence, étaient énormes dans le cadre du budget japonais, absorbant presque un tiers des ressources budgétaires. D'ailleurs, sur ce point, les deux dernières années avant la guerre russo- japonaise avaient été relativement favorables, puisque, comme le montre un de nos précédents tableaux, les dépenses de la guerre et de la marine avaient oscillé, de 1896-97 à 1901-02, entre les 2/5e et la moitié du budget total.

« Au lendemain de la guerre chinoise, dit M. Bernard Serrigny, le Japon, reprenant à son profit la tradition allemande, prétendait, après avoir vaincu sur le champ de bataille, remporter un égal succès sur le terrain économique. Sans tarder il se mettait à l'ouvrage, portant son activité sur toutes les branches de la production, et ses progrès étaient rapides.

» Une loi d'expérience, chaque jour vérifiée, veut que les peuples, au début de- leurs carrières économiques, se

consacrent de préférence aux industries textiles... Le Japon, à peine adolescent ne pouvait échapper à cette obligation; la sobriété et la pauvreté du travailleur nippon assuraient, d'ailleurs, à ses usines une supériorité de bon marché incontestable sur leurs rivales d'Europe ou d'Amérique. Le succès devait donc couronner rapidement leurs efforts, et effectivement, peu d'années après ces premiers essais, les produits nippons venaient lutter victorieusement sur les marchés d'Extrême-Orient avec ceux d 'outre-mer.

)) Sur les autres terrains, les progrès de l'Empire étaient sans doute moins brillants : métallurgie, raffineries, tissages de soie et de laine ne se développaient qu 'à pas menus. Malgré toute leur énergie, il manquait, en effet,, aux ingénieurs, comme aux ouvriers japonais, l'expérience et l'habileté professionnelles qui sont les fruits de l'atavisme et du temps. Mais, en attendant que l'adaptation de la race eût permis au peuple nippon de prendre dans ces branches l'essor que mérite son génie national, celui-ci vendait au dehors la plus grande partie de sa production minière et séricicole grandissante et acquérait ainsi les capitaux indispensables à son équipement industriel comme à l'accroissement de sa puissance militaire et navale. De 1896 à 1903, son commerce extérieur avait ainsi doublé et l'accroissement continu des dépôts dans les banques ou clans les caisses d'épargne faisait éclater aux yeux les plus prévenus l'enrichissement progressif des fils du Soleil-Levant.

» Malheureusement toute médaille a son revers ! Ces premiers succès surchauffèrent vite 1% patriotisme des citoyens nippons qui, volontiers, mettaient déjà leur puissance en parallèle avec celle des vieilles nations d'Extrême-Occident ; à leurs yeux, la comparaison devait même s'établir tout à leur avantage le jour où ils posséderaient une organisation militaire comparable à celle des grandes sociétés européennes. Pour satisfaire l'opinion publique comme son ambition personnelle, le Gouvernement impé-

rial se mit donc en mesure de la créer de toutes pièces et il se lança dans l'exécution d'un programme militaire bien lourd pour les forces de ce peuple naissant, à cette heure où le développement économique l'engageait dans des dépenses considérables, en vue de l'accroissement des instruments d'échange.

» Le résultat ne se fit pas attendre ; en sept ans, la dette nipponne augmenta de 80 0/0 et, chaque année, pour équilibrer son budget, le Mikado se vit dorénavant dans la triste obligation d'accentuer la charge des anciens impôts ou d 'en créer de nouveaux.

» Le Japon ne semblait donc pouvoir compter, pour acquitter ses dépenses de guerre, ni sur un relèvement fiscal, ni sur les capitaux très minimes circulant ou existant dans le pays, ni sur le crédit de la Banque, dont la puissance était faible, l'encaisse réduite et l'extension du pouvoir d'émission presque nulle !

» Pour comble de malheur, on ne pouvait espérer trouver, dans 1 industrie naissante du pays, les approvisionnements de toute nature indispensables à la lutte. De toute manière, on devait s'adresser à l 'Indo-Chine pour obtenir le riz, base de la nourriture du soldat nippon, aux Etats-Unis pour les armes, les munitions, les rails, les locomotives, à l'Angleterre enfin pour les chauds tissus de laine nécessaires à une campagne d'hiver.

» Lorsque les capitaux nationaux placés à l'étranger sont nuls, lorsque, même en temps de paix, la balance commerciale de l'Etat s'incline à son détriment, comment faire face à de telles échéances? Le Gouvernement japonais n'avait évidemment que deux moyens à sa disposition : exporter de l'or ou conclure un emprunt à l'étranger. Le premier compromettait pour longtemps la réforme monétaire de 1897 et bouleversait l'industrie du pays en pleine gestation; l'autre, seul capable de protéger les intérêts économiques de la nation, semblait d'un maniement difficile, car les capitalistes du monde semblaient se soucier médiocrement de commanditer un peuple que l'opi-

nion publique s'accordait à regarder comme vaincu d'avance. »

La dette publique du Japon, tant intérieure qu'extérieure, avait suivi, d'après Le Rentier, dans les dernières années avant la guerre, la progression suivante :

Années

Totalité de la Dette

419.380.217 yens, 505.166.702 — 510.189.078 — 546.617.556 — 561.164,258 —

L'ensemble de la dette japonaise était donc, à la fin de 1903, de 1 milliard et demi de francs environ. Cette dette provenait de diverses causes et se répartissait de la manière suivante entre les différentes émissions (1) :

Désignation des Emprunts Yens

Ancienne dette (sans intérêt) 4.169.636

Rentes pour rachat des droits féodaux 5 0x0 19.630.475

Emprunt de la marine 5 0i0 (1877-1890) 8.297.300

Emprunts de conversion 5 0[0 (diverses dates) 167.128.350

Emprunt des chemins de fer 5 0[0 (diverses dates) 37.248.900

idem 4 0x0 1900 17.577.750

Emprunt de guerre 1895 5 0x0 115.641.150

Emprunt de travaux publics 5 0{0 (diverses dates) 60.134.600

idem 4 0[0 1 899 78 . 052 . 250

Chemin de fer de Hokkaïdo 5 ÔjO 1898. . .. 3.592.500

idem 4 0x0 1900 2.000.000

Emprunt pour retrait du papier-monnaie (1891) 22.000.000

Emprunt travaux publics de Formose (1901-03). 16.707.900

Emprunt pour virement de Formose (1900-03) 5.440.200

Divers.. 2.000.000

Total de la dette de l'Etat 559.621.011

En 1899, la dette du Japon était exclusivement intérieure et dépassait à peine 400 millions de yens (1 milliard de francs environ). Dès 1900, elle était devenue en partie extérieure et commençait à excéder 500 millions de yen,. En 1903, elle atteignait 560 millions de yens en chiffres

(1) Revue économique internationale, année 1905, tome IV, page 190.

ronds. Il faut y ajouter une avance variable de la Banque du Japon à l'Etat. Des divers emprunts émis jusqu'à la guerre, un seul était libellé en monnaie étrangère: c'était le 4 0/0 émis à Londres en 1899 (s 'élevant en capital à 10 millions L. ou environ 100 millions de yens. En outre, il avait été placé à Londres quelques emprunts 5 0/0 en yens, dont le montant variait entre 95 et 150 millions de yens. Ainsi, de toute la dette japonaise au moment de la guerre, environ 200 ou 250 millions étaient dans lés mains étrangères, tandis que le reste, 300 millions de yens, se trouvait au Japon (1).

Nous avons dit que l'histoire financière de l'Empire du Soleil-Levant se divisait en deux périodes! bien distinctes : avant la guerre chinoise, et après. Vers 1880, la situation du Japon, au point de vue financier, toute proportion gardée quant aux chiffres, présentait quelque analogie avec celle de la Eussie au sortir de la guerre contre les Turcs: dans les deux cas,, un accroissement démesuré de la dette, de l'émission du papier-monnaie, un ébranlement du crédit public et de la valuta (2).

Tout comme en Eussie commença alors, pour le Japon, une période de reconstitution financière. Les recettes de ] 'Etat furent augmentées par le doublement de l'impôt sur l 'alcool ; les dépenses de l 'Etat furent allégées par le transfert d'attributions aux autorités locales, dont le pouvoir fiscal fut augmenté. L'esprit d'économie fut imposé à toutes les branches de l'Administration. Les excédents budgétaires ainsi obtenus furent employés, pour moitié, à renforcer le fonds d'échange gouvernemental. Vers la fin de 1885, ces mesures avaient déjà suffisamment amélioré la situation pour que l'agio sur le yen d'argent eût disparu et que le Gouvernement pût reprendre les paiements en

(1) L'Economiste européen du 14 mai 1904 parle de 250 millions, TEconomist du 7 mai 1904 de 195 millions de yens.

(2) Helfferich, opusc. cit, page 56.

argent le 1er janvier 1886. En même temps- qu'on réglait la circulation du papier-monnaie, on ordonnait à nouveau rémission de billets de banque. On imposa aux banques nationales le retrait graduel de leurs billets ; on créa sur le modèle européen une banque centrale, la Banque du Japon {Nippon Ginko), qui devait seule posséder le droit d'émettre des billets et qui avait pour mission de régler la circulation monétaire. La dette proprement dite, malgré la progression des dépenses pour les voies de communication, pour l'armée et la flotte, avait plutôt diminué.

La consolidation des finances japonaises, à la fin de l'année 1880, était suffisante pour que le Japon pût songer à alléger ses charges budgétaires par la conversion de ses anciens emprunts. A partir de 1888, les emprunts intérieurs aux taux de 6 0/0 et davantage (175 millions de yens sur 244) furent remplacés par une rente 5 0/0 consolidée. L'opération fut terminée en 1803.

Cette période d'ordre dans les finances, de développement progressif général, est close par la guerre avec la Chine.

La période qui commence avec la guerre sino-japonaise présente un tout autre caractère. L'influence de l'issue heureuse de cette guerre et de la contribution imposée à la Chine sur l'énergie économique des Japonais présente une analogie intéressante, dit M. Helfferich, avec l'influence de la guerre franco-allemande sur l'économie nationale allemande. Il se produisit une expansion puissante de toutes les entreprises. La baisse de l'argent métal amena une dépréciation considérable de la valuta-argent du Japon, une hausse rapide de tous les prix, phénomène qui surexcita la spéculation. Bien que l'essor démesuré ait été interrompu en 1897 et 1898 gar une crise violente, le résultat final du nouveau développement constituait cependant une extension formidable de l'économie nationale du Japon, à la veille de la guerre avec la Eussie.

En 1896 et en 1897, le Gouvernement japonais fit ap-

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