‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 56 sur 133 · IÎ · texte numérisé non relu

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prouver par la représentation populaire un programme pour l'organisation 3e l'armée et de la flotte, pour des travaux publics extraordinairès et pour des objets économiques 'spéciaux. Ce programme prévoyait une dépense extraordinaire de 516 millions de yensi; son exécution devait être répartie sur dix années de 1897 à 1906; cependant, elle était presque achevée à la fin de 1903.

En dehors de l'accroissement des charges pour la dette, la réorganisation militaire et économique du Japon rendit nécessaire un relèvement considérable des dépenses courantes, qu'il fallut couvrir par un relèvement correspondant des recettes ordinaires. Dans ce but, à partir de 1896, le Japon serra fortement la vis fiscale: en 1899, augmentation, de l'impôt sur le revenu; en 1896, 1898, 1901, augmentations de l'impôt sur le saké; en 1898, établissement du monopole du tabac;, en 1901, introduction d'un droit sur la bière et le isucre.

Ces modifications ressortent du tableau que voici:

MILLIONS DE YENS

Excédent du budget extraordinaire

Jusqu'ici, nous avons montré dans quelle mesure le Japon, dans les dix dernières années avant son conflit avec la Russie, avait mis ses finances à la disposition de sa force militaire. S'il avait dû avoir recours dans des proportions considérables à l'emprunt, la solide gestion de ses finances de 1880 à 1885 lui avait permis toutefois de se procurer par cette voie les ressources nécessaires, sans

trop de difficultés, à des conditions relativement bon marché et sans nouvel ébranlement de son crédit. Le tableau de la situation financière du Japon au moment de la rupture exige cependant quelques explications sur la manière dont cet Etat avait réglé sa constitution monétaire, d'une si haute importance en temps* de guerre.

La Banque du Japon est une société anonyme par actions, fondée en 1882, au capital de 10 millions de yens (25.830.000 fr.). Ce capital, Heux fois doublé, était, en 1904, de 30 millions de yens. Dès sa création, elle reçut le monopole exclusif de rémission de billets, garantis principalement par de la monnaie d'argent. Vers 1880, le Gouvernement nippon se prépara à supprimer définitivement le papier-monnaie qui circulait à l'intérieur; il constitua pour cela un fonds d'échange à l'aide des excédents budgétaires qui existaient alors, et il put ainsi, à partir du 1er janvier 1886, rembourser le papier-monnaie en argent métal.

Avec la reprise des paiements en espèces et la disparition du papier-monnaie, le Japon se trouva, en 1886, en possession d'un étalon métallique, la monnaie d'argent. Par suite des fluctuations violentes du cours de l'argent qui se produisirent de 1885 à 1895, le change japonais oscilla par rapport à l'étalon du marché mondial, la monnaie d'or. Les inconvénients de cette situation pour le commerce extérieur et les difficultés de l'afflux de capitaux étrangers étaient presque- aussi considérables avec l'étalon d'argent qu'avec le papier-monnaie. Enfin, l'existence d'un stock d'argent monnayé, qui ne peut être vendu que difficilement et à perte sur le marché, n'avait pas, en cas de guerre, pour le Japon, la même importance comme réserve suprême qu'un stock d'or qu'on peut immédiatement utiliser.

Cependant, les financiersi japonais avaient eu en vue de se servir de ce stade intermédiaire qu'était le métallisme argent pour arriver au stade parfait, Ie^mono-métallisme

or. Le passage immédiat de la monnaie de papiér à l'étalon d'or leur avait paru devoir exiger des sacrifices trop lourds pour les finances du paysi à cette époque.

L'issue de la guerre chinoise et la contribution imposée au Céleste-Empire fournirent l'occasion attendue pour obtenir sans sacrifice trop sensible l'or nécessaire à l 'adoption de l'étalon d'or. La contribution était, à la vérité, fixée en argent (taëls), mais un accord intervint avec la Chine par lequel celle-ci s'engagea ultérieurement à payer en monnaie d'or. Après- que l'acquisition du métal jaune eût été ainsi garantie, la loi du 29 janvier 1897 introduisit l'étalon d'or.

Dans le même temps, le Gouvernement avait terminé le retrait du papier-monnaie et des billets des banques nationales. Le premier n'avait plus cours depuis le 31 décembre 1899, les seconds depuis le 9 décembre de la même année.

Les billets de la Banque du Japon étaient donc, en 1904, les seuls signes de paiement en papier qui circulaient à l'intérieur à côté de la monnaie de métal. La circulation de ces* billets dépassait de beaucoup la circulation métallique: au 31 décembre 1902, la circulation de la monnaie d'or était indiquée comme étant de 89,2 millions de yens, .celle de» monnaies divisionnaires de 77,1 millions et celle des billets de la Banque du Japon de 221 millions de yens. En présence d'une circulation fiduciaire deux fois et demie plus considérable que la circulation d'or, la destinée de la valuta japonaise en 1904 était aléatoire et très incertaine et dépendait de l'habileté de la Banque du Japon à satisfaire au remboursement en or de ses billets.

La Banque du Japon est organisée comme les Banques d'émission européennes. Outre son capital de 30 millions de yens, elle dispose d'une réserve de 16,6 millions de yens. Ses attributions sont délimitées d'une façon analogue à celles de la Reichsbank, dont la constitution a été prise pour modèle. La Banque peut émettre des billets pour le montant de ] 'encaisse métallique augmenté d'un maximum fixe

de découvert. Ce maximum, qui était au début de 70 millions de yens, s'élevait, en 1904, à 120 millions Y. Tout billet émis au delà du maximum paie un impôt de 5 0/0 l'an.

Avant la guerre, la base de la circulation fiduciaire de la Banque du Japon s'établissait comme suit, d'après les chiffres moyens de l'année 1905 (1) :

La circulation fiduciaire était de 198,1 millions de yens, contre lesquels il y avait une encaisse-or de 112,5 millions de yens et un montant insignifiant d'argent.

La couverture en or des billets était ainsi seulement de 56,8 0/0. Le contraste avec la Banque d'Etat de Bussie, où la couverture or pour un montant plus considérable de billets était de 150 0/0, éclate aux yeux. Les comptes courants des particuliers s'élevaient à 20,6 millions de yens, ceux du Gouvernement à 19,9 millions, soit ensemble 30,5 millions Y. La Banque du Japon avait, en outre, accordé à l'Etat une avance de 36,9 millions de yens en moyenne.

Le tableau suivant montre les variations des divers postes importants du bilan de la Banque du Japon dans les dix années avant la guerre (en millions de yens) :

décembre

Or en circulation

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