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II. Emprunts libellés en roubles de 1/15 impériales

Emprunts non amortissables par tirages. ...

Emprunts amortissables

Total

Arrérages

Amortissement

Total

Les dépenses du budget ordinaire de 1905 avaient été estimées à 1.916 millions de roubles: elles s'élevèrent à

1.937 millions R. par PouyertMe de crédits! supplémentaires pour le service d'intérêts d'emprunts émis en cours d 'exercice. Quant aux dépenses extraordinaires de guerre, elles ne figuraient pas au budget de 1905 : le règlement impérial, rendu le 26 février 1890, sur les crédits à ouvrir pour pourvoir aux dépenses de cette nature, prescrit en effet, que ces dépenses, vu l'impossibilité d'en déterminer à l'avance le montant avec une approximation suffisante, doivent être imputées sur des crédits spéciaux à ouvrir en cours d'année au fur et à mesure des besoins.

En tous cas, l 'accroissement énorme des dépenses provoqué par la guerre rendit inévitable en Russie l'aggravation de la fiscalité. Aux termes d'un décret rendu en Conseil de l'Empire, le 31 décembre 1904, le prix de vente dans la Russie d'Europe de l'alcool potable fut augmenté de 40 copecks par védro d'alcool pour là qualité ordinaire et de 1 rouble pour la qualité supérieure. En Sibérie, l 'augmentation de droit ne fut respectivement que de 20 et 40 copecks. En outre, par décret en Conseil d'Empire du 13 avril 1905, il fut décidé :

1° De percevoir, sur tous les appointements et pensions à payer par l'Etat et excédant 600 roubles par an, une retenue additionnelle variant de'l à 3 0/0 selon l'importance des émoluments ;

2° De relever de 50 0/0 le taux des droits de succession ;

3° D'augmenter de 33 1/3 0/0 en moyenne les droits sur les malts employés à la fabrication de la bière;

4° De doubler le prix des vignettes à apposer sur les boîtes d'allumettes;

5° De majorer de 10 copecks par livre les droits sur la levure sèche mise en vente ;

6° D'appliquer uniformément à tous les produits du naphte sans exception le droit de 60 copecks par poud, qui n'était jusqu'alors perçu que sur certaines huiles minérales d'éclairage.

Un troisième décret, rendu en Conseil de l'Empire le 30 mai 1905, releva le droit de timbre pour certaines eaté-

gories d'actes. Enfin, conformément à nne délibération du Conseil de l'Empire, les taxes sur le commerce et l'industrie furent augmentées, mais cette dernière mesure ne devait être appliquée qu'à partir de l'année 1906 (1).

A l'intérieur, le Gouvernement russe releva donc le taux de ses impôts. Il conclut, en outre, sans difficultés, deux emprunts successifs de 200 millions de roubles chacun, à émettre exclusivement sur le marché national. Ces emprunts, amortissables en 49 ans, furent émis, le premier à 96, le second à 95, et produisirent respectivement 188,4 millions R. et 190,5 miiïions R. Ils étaient exempts de l'impôt sur le revenu et garantis jusqu'au 1er mars 1917 contre tout rachat ou conversion.

Puis, le 12 janvier 1905, le ministre des Finances russe émit un nouvel emprunt extérieur de 231,5 millions de roubles (500 millions de marks). La place de Paris se trouvant surchargée de fonds russes et la presse politico-financière française ayant entrepris une campagne de dénigrement à l'égard de ces placements, le Gouvernement impérial crut devoir abandonner son commanditaire habituel et faire appel aux marchés allemand et hollandais. Cet emprunt fut émis, au cours de 95 et au taux de 4 1/2, simultanément sur les places de Berlin, Amsterdam et Saint- Pétersbourg. Il produisit 209,5 millions de roubles et fut largement couvert. Il était remboursable au pair, le 1er janvier 1911, à la demande des souscripteurs. Le Gouvernement russe s'interdisait tout rachat ou conversion jusqu'au 1er janvier 1917.

Ces opérations suffirent à la Russie pour faire face à tous les besoins de la guerre jusqu'à la conclusion de la paix. « A cette date, dit M. Serrigny, la Russie avait pré-

(1) Grâce à ces relèvements, les recouvrements effectués dans les dix premiers mois de 1905 avaient augmenté de 89 millions R malgré la guerre, les désordres intérieurs et la mauvaise récolte de l'année. Les grèves et l'agitation révolutionnaire des deux derniers mois devaient réduire cette plus^alue à 5,767,000 R.

levé sur le nia relié du monde 2.350 millions de roubles, dont 1.417 millions R. à l'étranger et 933 millions R. sur le territoire national; la Banque d'Etat était absolument intacte; ses ressources or, jointes à celles du Trésor, tant en Russie qu'à l'étranger, s'élevaient à 1.344 millions de roubles ; la circulation fiduciaire atteignait seulement 1.038 millions R. et celle de l'or sur le territoire national n'avait pas notablement changé. »

Outre les dépenses dérivant de la guerre et qui, nous l'avons vu, n'étaient pas prévues dans le budget extraordinaire de 1905, mais qu'on évaluait à environ 1 milliard de roubles, il fallait faire face aux crédits ci-après, non prévus dans la loi de finances de cet exercice :

Service des emprunts conclus depuis le mois de décembre 1904 20,4 millions R.

Secours aux populations éprouvées par la famine. 40 —

Prêts à consentir pour la reconstitution des exploitations de naphte 5 —

Autres besoins 3 —

Avec le milliard de roubles de dépenses prévues pour la guerre, c'était donc un total de 1.068 millions de roubles qu'il s'agissait de couvrir au cours de 1905. Les diverses mesures fiscales et les différents emprunts que nous avons exposés ci-dessus eurent précisément pour but d'atteindre ce résultat. Le Trésor impérial escompta, en outre, à l'étranger 150 millions R. de traites, ce qui lui procura 141,7 millions de roubles. Enfin, aux termes du décret impérial du 9 décembre 1905, le ministre des Finances fut autorisé à émettre des traites du Trésor pour un montant éventuel de 400 millions de roubles. Il faut encore savoir que, d'après le compte rendu du contrôle de l'Empire sur l'exécution du budget cle 1904, le solde des disponibilités du Trésor, au début de 1905, s'établissait tout compte fait à 61,8 millions R.

Les ressources extraordinaires de guerre, pour 1905, étaient donc les suivantes :

Millions R.

Emprunt extérieur 4 1/2 (Berlin, Amsterdam, St-Péters-

bourg) :

Premier et second emprunt 5 0/0 intérieur

Traites 5 0/0 du Trésor escomptées à l'étranger.

Produitdu solde des bons du Trésor intérieurs, 3,600/0 1904 Solde des disponibilités du Trésor au 1er janvier 1905

Total ......

Emission éventuelle de traites du Trésor.

Total

D'autre part, d'après le compte rendu du contrôle de l'Empire sur l'exécution du budget de 1905, les dépenses à la date du 20 décembre avaient motivé pour l'ensemble des ministères intéressés des ouvertures de crédit s 'élevant à 962,5 millions de roubles.

Pendant le cours de l'exercice 1905, en dehors de la guerre contre le Japon, la Russie souffrit d'une mauvaise récolte dans plusieurs provinces, et surtout de troubles intérieurs. Des grèves dans les postes et télégraphes, dans les chemins de fer et dans les diverses branches de l'activité industrielle entravèrent, suspendirent même parfois la vie économique du pays, qui ne demandait qu'à se reprendre après les terribles défaites d'Extrême-Orient. Les trois derniers mois de l'exercice furent particulièrement mauvais : les neuf premiers mois avaient vu se produire une plus-value de 90 millions de roubles' sur l'ensemble des recettes ordinaires, mais les grèves et les agitations révolutionnaires eurent tôt fait de la réduire de 84 millions R. Heureusement, le retour au calme et le rétablissement de l'ordre eurent un effet presque immédiat sur les recettes du Trésor, qui, pendant les premiers mois de 1906, dépassèrent de 23 millions celles de 1905.

La paix fut signée à Portsmouth en août 1905, mais la guerre ne fit place en Russie qu'à la révolution et l'Em-

pire des Czars connut des heures véritablement tragiques. Et ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que ces troubles domestiques eurent sur les finances du pays une influence beaucoup plus profonde et beaucoup plus mauvaise que celle qu'avait pu avoir une guerre malheureuse de dix-huit mois. Le niveau le plus bas des cours des valeurs russes fut atteint dans les mois qui suivirent la signature de la paix. L'émigration des capitaux et du numéraire, qui parut menacer temporairement les assises même du régime monétaire, fut intense en novembre et décembre. Mais la Russie possède une élasticité, une force de récupération, qui font l'admiration de ses amis, l'étonnement et la fureur de ses adversaires : dès que le calme renaît, ce pays, dont la grande masse des habitants semble si pauvre, dont les ressources sont encore peu développées, ce pays retrouve sa vitalité fiscale.

Au commencement de la guerre, nous l'avons vu, la circulation fiduciaire avait pour contre-partie une encaisse métallique beaucoup plus considérable et l'or circulant dans le pays constituait le principal instrument des échanges (766 millions R. d'or en circulation contre 589 millions R. de billets et moins de 250 millions R. d'argent). A la fin de la guerre, c'est-à-dire au 1/14 septembre 1905, les ressources métalliques, qui s 'étaient accrues clu produit des emprunts contractés à l'étranger, s'élevaient à 1.344 millions de roubles, soit, par rapport au aernier jour de janvier 1904, une différence en plus de 281 millions de roubles. Il faut observer, d'ailleurs, que les emprunts extérieurs susvisés n'ont déterminé aucun mouvement d'espèces, ni de lingots entre les pays qui les ont souscrits et la Russie, ces emprunts ayant eu seulement pour effet d'accroître les soldes créditeurs du Trésor à l'étranger. La différence en plus qui se produisit, de février 1904 à août 1905, dans les ressources métalliques du Gouvernement impérial n'eut que trois facteurs: la production des mines d'or russes, l'augmentation de l'encaisse de la Ban-

que aux dépens de la circulation du pays et l'augmentation des disponibilités du Trésor à l'étranger.

A la date du 1/14 septembre 1905, la circulation effective de l'or dans le pays n'était plus que de 676 millions de roubles, tandis que celle de la monnaie fiduciaire atteignait 1.038 millions E. Ainsi considéré dans son ensemble, le total des deux principaux instruments d'échange en circulation avait progressé pendant la guerre de 358,5 millions E., l'augmentation ayant d'ailleurs exclusivement porté sur la quantité de billets de crédit sortis des caisses de la Banque. La quantité d'or en circulation avait, par contre, diminué de 90 millions de roubles.

Sans doute, cette inflation de la circulation fiduciaire pendant la guerre ne saurait être considérée comme sans importance. Mais on ne doit pas perdre de vue qu'une très notable ' partie des billets émis durant cette période ne cessèrent de circuler sur le théâtre des hostilités, que 90 millions E. de billets ne rirent que se substituer dans la circulation aux espèces d'or qui refluaient dans les caisses de la Banque, et qu'une certaine fraction du reste dut pourvoir à l'accroissement normal du besoin d'instruments d'échange à raison de la guerre.

C 'était donc, somme toute, une situation monétaire tolérable. Il appartenait aux révolutionnaires de modifier cet état de choses. Les nombreux désordres qui se produisirent à l'automne de 1905 sur divers points de l'Empire et l'ébranlement qui en résulta dans la vie économique du pays ne devaient malheureusement pas tarder à jeter la désorganisation dans toutes les branches de l'activité et à exercer une très fâcheuse influence sur l'état de la circulation monétaire. Les difficultés qui survinrent dans les transactions pécuniaires par suite de l'état anormal des moyens de correspondance, et cela juste au moment où la vente de la récolte détermine un immense mouvement d'affaires, eurent pour effet d'accroître dans une mesure exceptionnelle les demandes de monnaie. En même temps, les entreprises commerciales et industrielles éprouvaient un

pressant besoin de crédit et cherchaient de l'aide auprès des banques privées qui, elles-mêmes, se trouvaient embarrassées, leur clientèle retirant ses dépôts et leurs correspondants à l'étranger réduisant les crédits dont elles disposaient chez eux.

La Banque de Eussie se vit contrainte, pour faciliter les transactions pécuniaires, d'élargir ses opérations d'escompte et de prêts, ce qui eut pour effet d'augmenter la circulation dans le public des espèces d'or et de la monnaie fiduciaire. Plus tard, sous l'influence de l'inquiétude qui s'était emparée des esprits et, en partie aussi, à la suite des campagnes de malveillance, les réalisations et les exodes de capitaux mobiliers à l'étranger se multiplièrent rapidement, ainsi que les demandes de remboursement en or des billets et des dépôts des caisses d'épargne. En Russie, en effet, la clause dite (( de sauvegarde » n'existe pas, comme chez nous, et les caisses, sur le désir des déposants, doivent leur rembourser immédiatement la totalité de leur avoir. La guerre n'avait eu d'autre effet sur les dépôts que de ralentir quelque peu la progression, très rapide en temps normal, des soldes créditeurs de la clientèle. Les menées révolutionnaires furent, par contre, l'occasion d'importants retraits ainsi que d'un commencement de panique.

Cet ensemble de conjonctures peu riantes eut pour conséquence, à la fin de l'année, une assez forte diminution des ressources métalliques de l'Etat. Dès le 8 décembre 1905, le total général de l'encaisse or de la Banque de Eussie et des disponibilités du Trésor impérial et de la Banque à l'étranger était ramené à 1.099,5 millions de roubles, soit, par rapport au 1er septembre de la même année, une diminution de 244,5 millions de roubles. En même temps, la circulation des billets effective atteignait 1.166 millions E. Etant donné qu'à cette date du 8 décembre les ressources métalliques de la Banque de Eussie seule se chiffraient par 985 millions de roubles, les billets de crédit en circulation avaient une couverture métallique excédant encore de plus

de 100 millions de roubles le montant exigé par la loi. Aux termes de la loi monétaire russe, en effet, il peut être émis 300 millions de billets sans couverture métallique : tout le surplus de la -circulation fiduciaire doit avoir sa contrepartie en or dans les caisses de la Banque.

Ultérieurement, la situation monétaire ne fit qu'empirer et, le 19 décembre/ler janvier 1906, les ressources métalliques de la Banque de Russie avaient diminué, par rapport au 8 décembre, de 61 millions E. pendant que la circulation des billets progressait de 40 millions E. Un semblable état de choses ne manquait pas d'inspirer des inquiétudes pour le nouveau régime monétaire russe qui, suivant l'expression du ministre des Finances, M. Chipofr", se voyait menacé à la fois par deux facteurs: d'une part, la raréfaction du stock métallique résultant des sorties d'or que la' Banque ne pouvait empêcher et de l'exode a l'étranger d'importants capitaux mobiliers; d'autre, part, l'augmentation, pour les besoins du marché intérieur, de la quantité de billets de , crédit en circulation.

Une grande opération de crédit à l'étranger s'imposait: à deux reprises, M. Kokovtzeff avait entamé des négociations ; en 1905, une première fois, avec les établissements de crédit et les maisons de banque de Paris : la défaite de Moukden avait interrompu les pourparlers; une seconde fois, en octobre, avec un syndicat international qui comprenait, à côté des représentants de la finance française, le chef de la maison Baring, des banquiers allemands et hollandais. On était tombé d'accord, en -principe, lorsque éclata la grève générale des chemins de fer, et l'opération fut ajournée.

Dans ces conditions, il fallut recourir à une opération de trésorerie, que M. Kokovtzeff, qui avait été remplacé au ministère des Finances par M. Chipoff, négocia à Paris: 100 millions E. en rentes du Trésor 5 1/2 au 1er janvier 1907, avec faculté pour le porteur de les faire réescompter à la Banque de Eussie moyennant 1 0j/0 de commission, furent ainsi placés. Cette opération était destinée à facili-

ter la liquidation financière jusqu'au moment où un emprunt de consolidation pourrait être conclu: elle devait procurer au Trésor et à la Banque de Russie l'aisance qui leur était nécessaire.

Les mois qui suivirent furent meilleurs. Les sorties d'or de la Banque s'arrêtèrent; l'encaisse en or monnayé, qui. était descendue à 297 millions R. au 1er octobre 1905, à 200 millions R. au 1er janvier 1906, était remontée à 274 millions R. au 29 mars 1906. La quantité de billets en circulation, qui avait été de 1.096 millions R. le 1er octobre, de 1.229 millions R. le 23 décembre 1905, n'était plus que de 1.132 millions le 23 mars 1906. Le commerce et l'industrie avaient moins besoin de recourir à l'aide de l'institution centrale : aussi le portefeuille de la Banque se dégonfla-t-il sensiblement. En outre, les caisses d'épargne purent rembourser à cette institution les 55 millions R. qu'elle leur avait avancés pour faire face aux retraits des déposants: elles virent même apparaître à nouveau un solde à leur crédit à la Banque de Russie.

Malgré les symptômes d'amélioration, les préoccupations des hommes placés à la tête des finances russes furent sérieuses pendant les premiers mois de 1906. Les sommes au crédit de la Banque de Russie chez ses correspondants à l'étranger descendirent à 135 millions de roubles, le 1er avril 1906 (vieux style). La marge d'émission s 'était réduite par là même.

Le tableau suivant, que nous empruntons à la Revue^économique internationale, montre les variations des principaux postes du bilan de la Banque de Russie du 5 février 1904 au 5 février 1905, c'est-à-dire pendant la première année de guerre:

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