‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 60 sur 133 · BILLETS DE CRÉDIT · texte numérisé non relu

BILLETS DE CRÉDIT

BANQUE DE RUSSIE KT TRÉSOR

EN

CIRCULATION

BANQUE DE RUSSIE ET TRÉSOR

EN

CIRCULATION

BANQUE DE RUSSIE ET TRÉSOR

EN

CIRCULATION

Millions de R.

Millions de H.

Millions de H.

Millions de R.

Millions de R.

Millions de R.

Fin 1903 ....

Fin 1904

Augmentation

Diminution . . .

Les chiffres ci-dessus font ressortir deux faits importants qui caractérisent le mouvement monétaire de l'année 1904: 1° le total général des existences d'or dans le pays (Trésor, Banque de Russie et circulation) avait progressé d'une année à l'autre, malgré la guerre, de 7¥,3 millions R. ; 2° le total général de la circulation, plus fort, fin 1904, qu'il n'était fin 1903, avait subi une modification profonde dans les éléments dont il se composait, la monnaie d'or ayant diminué et la monnaie fiduciaire s 'étant sensiblement accrue.

Les émissions de billets qui avaient eu lieu à cette époque (270 millions R.) s'expliquent par des raisons bien compréhensibles. Pendant le premier semestre, elles avaient eu pour principal objet les remises de fonds considérables à faire en Mandcliourie où tous les paiements s 'effectuaient en billets russes: l'or n'y avait, en effet, pas cours, et l'argent russe n'y était accepté que pour sa valeur intrinsèque. Force avait donc été, pour le Gouvernement russe, d'adopter la monnaie de papier comme instrument des échanges en Mandcliourie, sauf à constituer sur place un stock d'argent en barres faisant office d'encaisse métallique. Au début dé la guerre, ce stock avait, d'ailleurs, été considérablement augmenté pour permettre à tout moment

le remboursement des billets en monnaie du pays, c'est-àdire en lingots d'argent d'un poids déterminé. Mais ces mesures, qui eurent d'excellents effets au point de vue de la stabilité du cours du rouble dans l 'Extrême-Orient, agirent de deux façons sur la circulation monétaire intérieure de la Russie: d'une part, le stock d'argent monnayé du pays diminua; d'autre part, l'émission des billets augmenta considérablement, \

Il nous faut encore mentionner que la Banque de Russie avait été autorisée par le Comité des Finances à émettre de petites, coupures de billets aux caisses- de ses succursales de l'Est et de lai Sibérie. Cette mesure, en parfaite harmonie avec les besoins de la circulation dans ces régions, et qui avait pour but de drainer l'or vers les caisses de la Banque, explique la disparition progressive du métal jaune de la circulation. Elle fut, d'ailleurs, bien accueillie, le public russe acceptant volontiers les billets tant que le cours du rouble n'est pas sujet à des variations, les préférant même à l'or comme plus commodes.

Nous avons dit que, malgré l'état' critique des événements extérieurs en ce qui concernait la Russie, l'année 1904 n'avait pas eu le spectacle d'une débâcle financière sur les marchés de fonds publics de cet Empire. Pourtant la rupture des négociations et les actes de guerre du Japon au commencement de février secouèrent fortement la Bourse de St-Pétersbourg. Elle était moins optimiste peutêtre que les Bourses de Paris et de Berlin et la baisse fut des plus fortes, comme le montre le tableau ci-dessous :

Tableau

FÉVRIER

FÉVRIER

FÉVRIER

FÉVRIER

FÉVRIER

oy

Sud-Est

L'affolement qui se produisit à cette époque à la Bourse de Saint-Pétersbourg provoqua auprès de la Banque de Russie et du ministre des Finances de pressantes demandes d'intervention. On croyait qu'au moyen de leurs disponibilités, la Banque ou le Trésor pourraient arriver à soutenir les cours et à faciliter la reprise. Mais le ministre et le gouverneur de la Banque s'y refusèrent, comme ils l'avaient fait, d'ailleurs, bien d'autres fois, et le ministre des Finances, en réponse aux demandes d'intervention, fit la communication que voici (1) :

(( Les événements d'Extrême-Orient ont provoqué, ces jours derniers, une baisse considérable dé nos fonds publics et des autres valeurs. La Banque de l'Etat qui, au début de l'année, achetait la Rente russe 4 0/0 à 99 1/2 p. c. a dû, sous la pression de l'offre, réduire progressivement son prix d'achat à 93 0/0 (cours du 28 janvier/10 février). En même temps baissaient nos^ autres fonds publics, y compris les emprunts à lots et les lettres de gage; les actions de banques et les valeurs industrielles suivaient le mouvement.

» Cet état de choses a fait naître dans le public un certain mécontentement contre la Banque de l'Etat, à qui on

(1) Le Marché financier, par Raffalovich, page 641,

reproche de n'avoir pas soutenu le cours des* titres et d'avoir laissé se produire une dépréciation aussi forte. La baisse des cours .est cependant un phénomène qui se constate dans tous les pays lorsque viennent à éclater de graves complications politiques. Aucune banque d'émission n'a pu empêcher les valeurs de baisser: pour arriver à ce résultat, il faudrait débourser des sommes immenses et -telles que les plus puissantes institutions de crédit n'en ont pas à leur disposition. Les banques d'émission sont, d'ailleurs, obligées de poursuivre d'autres buts qui constituent leur tâche essentielle: faciliter les transactions commerciales et assurer la fixité du régime monétaire en maintenant à un niveau convenable les réserves métalliques du pays. Employer des sommes considérables a empêcher les valeurs de baisser, ce serait se mettre en contradiction absolue avec ces buts essentiels, et, par suite, on doit considérer comme complètement inadmissible et dangereux d'immobiliser au delà d'une certaine mesure les ressources d'une banque d'émission en achats de valeurs.

» Si la baisse des cours, au moment où commence une guerre, constitue ainsi un phénomène habituel et qui ne saurait être empêché par l'intervention de la grande institution de crédit du pays, on n'en doit pas moins considérer que c'est là un phénomène à prendre en isériéuse considération. Il est de toute certitude que la principale cause de l'effondrement des valeurs en pareille circonstance consiste dans l'affolement des porteurs, lequel est exploité sans scrupule par la spéculation à la baisse. On vend, non parce qu'on a besoin d'argent, comme c'est le cas en temps normal, mais exclusivement par peur. On se sent frappé de panique à l'idée d'une nouvelle baisse des cours, et l'es ventes que l'on fait ainsi sans motif suffisant ont précisément pour effet d'entraîner la dépréciation et les pertes par crainte desquelles on les a effectuées. Sans parler de nos fonds d'Etat, il est difficile d'imaginer quelque raison plausible à la baisse qui se

constate aujourd'hui sur les titres hypothécaires. N'est-il pas évident, en effet, que les événements d'Extrême- Orient ne sauraient en aucun cas diminuer la valeur des terres situées dans l'intérieur de l'Empire, lesquelles servent de gage aux obligations de nos banques foncières.

» Autre exemple, plus frappant encore: par quelle considération raisonnable peut bien se justifier la déroute qui s'est produite sur le marché des actions de sociétés métallurgiques, alors que l'ouverture des hostilités a souvent pour effet de faire donner aux usines des commandes qui augmentent leur production et leurs bénéfices? Autant la baisse de ces titres est explicable aux époques de crise industrielle, alors que les usines sont obligées de réduire leur production, autant elle est illogique lorsque la guerre vient d'éclater et que, par suite, les industries respectives reçoivent une nouvelle impulsion. Ici, la baisse des cours est le résultat immédiat et direct du peu de réflexion des porteurs et des manœuvres de la spéculation, qui se garde bien de faire la contre-partie des banques pour déterminer une nouvelle baisse et acheter ensuite les titres à vil prix.

» Au début d'avril 1877, avant la guerre avec la Turquie, une baisse des cours très notable 3 'était pareillement produite... Le même état de chose» se renouvelant aujourd'hui, le ministère des Finances croit devoir mettre les porteurs de titres en garde contre les: ventes irréfléchies, qu'ils auraient à regretter et dont profiterait une spéculation déshonnête qui sème l'inquiétude pour récolter des bénéfices. Il faut du calme, du sang-froid. Il faut se rendre un meilleur compte de la portée des événements d'Extrême-Orient, qui peuvent nous causer des difficultés momentanées, mais qui ne sauraient ébranler la puissance économique de la Eussie. »

Gomme nous l'avons expliqué dans la première partie de notre ouvrage, à propos des tempêtes de Bourse, la peur n'est pas la seule cause des débâcles financières. En

dehors de cet élément psychologique, dont nous ne nions certainement ni l'existence, ni l'influence primordiale, un autre élément, celui-ci financier, explique la généralisation de la baisse d'une catégorie de valeurs à toutes les valeurs cotées sur le même marché.

« Il faut bien se rendre compte de ce phénomène, dit M. Leroy-Beaulieui: quand un ou deux compartiments très importants1 de la Bourse sont soudain et profondément atteints, les autres en éprouvent, passagèrement tout au moins, le contre-coup. Beaucoup de spéculateurs s'engagent sur plusieurs valeurs à la fois, ou du moins, en dehors- de leurs engagements sur une valeur, possèdent en portefeuille des titres divers. Quand la tourmente vient les surprendre, ils sont obligés d'effectuer des réalisations, et ils commencent par vendre les titres qu'ils possèdent et qui ont le moins fléchi, ce qui cause à ceux-ci une faiblesse (1). »

Il y a, d'ailleurs, une raison générale, en dehors de celle ci-dessus exposée, qui provoque, à l'occasion d'une guerre, une baisse des cours assez accentuée dans tous les compartiments de la Bourse: c'est le relèvement du taux de l'intérêt, qui accompagne toujours l'explosion d'un conflit armé: de fortes demandes de capitaux se font jour de tous côtés, aussi bien de la part des belligérants que de la part du commerce et de l'industrie, qui, entrevoyant une ère de placements difficiles et coûteux, se hâtent de demander au crédit ce qui leur est indispensable pour laisser passer la tourmente.

A la Bourse de Paris, les fonds russes subirent, dans la séance du 8 février, une baisse considérable, mais leur tenue se raffermit rapidement.

Nous reproduisons ci-dessous, d'après Le Rentier, le tableau des cours des fonds russes au 15 février 1904

(1) L'Economiste français, 1904, tome I, page 237.

comparés aux cours les plus hauts et les plus bas des ami é e s p r é c é d e u tes :

Bourse de Paris

Plus haut

Années

Plus bas

Années

•Cours 15 févr.

4 Vu

1890 (29 et 3e emprunt)

1890 (4e série

1893 (5« série)

1894 (6e série)

Consolidé (lre et 2e série)-

Consolidé (3e série)

Trancaucassien

A la Bourse de Saint-Pétersbourg, d'ailleurs, il en fut de même. Les cours se raffermirent bientôt. Le premier moment de panique passé, les titres industriels remontèrent à des cours inconnus avant l'ouverture des hostilités. Quant aux rentes, les pires désastres ne devaient point les faire sortir de leur inaltérable sérénité, ainsi qu'en témoigne le tableau .suivant. Lai Bourse se contenta parfois de marquer sa mauvaise humeur par une baisse de trois ou quatre points sur les cours de celles-ci:

Bourse de Saint-Pétersbourg

Liao-Yang Port-Arthur

Moukden 1905 Fin guerre

28janvier

23 février

17 avril

24 avril

20 août

21 déc.

24 février

19 août

Rente 4 0/o 1894-

Banq. internation.

Banq. d'escompte-

^1) Bernard Serrigny, opusc. cit., page 138.

Au 1er janvier 1905, la dette publique totale de la Russie s'élevait à la sommé de 7.081 millions de roubles (soit 18.843.975.000 fr.), dont 3.903 millions R. provenaient d'emprunts contractés pour les besoins généraux de l'Etat et 3.178 millions R. d 'emprunts de chemins de fer. Durant l'année 1904, y compris 2,5 millions de dépôts perpétuels à la Banque de l'Etat, elle avait augmenté de 452 millions 508.184 R. ; d'autre part, elle avait diminué de 22,6 millions de roubles par le fait de l'amortissement.

La dette russe comprend des emprunts libellés en roubles de 1/15 impériales ou en monnaie étrangère, et des emprunts uniquement libellés en roubles de 1/15 impériales. Les premiers s'élevaient, au 1er janvier 1905, à 8.051.574.949 franc® ; les seconds) à 10.492.400.000 francs. L'intérêt et l'amortissement de ces. divers emprunts exigeaient les sommes suivantes, ainsi qu'il résulte des chiffres inscrits au budget de 1905:

I. Emprunts libellés en roubles de 1/15 impériales ou en monnaie étrangère

Emprunts non amortissables par tirages

Emprunts amortissables

Total.

Arrérages

Amortissement

Total '

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