‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 73 sur 133 · CD H · texte numérisé non relu

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Nous devons maintenant aborder l'étude des questions concernant la Banque du Japon et le rôle qu'elle a joué durant l 'année de guerre 1904-05.

« Avec la surcharge considérable que le Japon s 'est vu obligé d'imposer à sa population par les impôts de guerre, à ses finances par les nouveaux emprunts, dit M. Helffericb, la tentation de mettre la main sur l'encaisse-or et sur le droit d'émission de la Banque du Japon a dû être forte dès le début. D'autre part, la situation peu brillante de cette Banque et la prédominance du papier dans la circulation par rapport à l'or ont dû imposer h l'administration financière japonaise une prudence toute spéciale dans ses relations avec la Banque. ))

Un examen des bilans hebdomadaires de la Banque du Japon montre que celle-ci, dans le cours de l'année de guerre 1904-05, fut de temps à autre mise fortement à contribution pour couvrir les besoins financiers de l'Etat. Ce fait ressort peu du mouvement des « Comptes du Trésor à Banque », mais il apparaît nettement au chapitre (( Avances à l'Etat )).

Le total des comptes du Trésor avait été, en moyenne, en 1903, de 19,9 millions de yens ; le premier bilan de 1904, celui du 9 janvier, indique 15,5 millions. Les semaines qui suivirent apportèrent, jusqu'à la guerre, une légère augmentation, puis un abaissement de 9,6 millions, le 6 avril. Au commencement de mai se produisit un fort relèvement, et, le 11 juin, on atteignit le maximum avec 34,3 millions; le 13 août, le solde des comptes du Trésor redescendit à 19 millions. Le relèvement de la courbe à partir de mai jusqu'en août est en rapport avec l'emprunt conclu à Londres le 10 mai.

Quant à l'avance de la Banque à l'Etaf, son augmentation est entrée dans le cadre du décret du 28 décembre 1903, approuvé par le Parlement en mars 1904. La moyenne des avances avait été, en 1903, de 36,9 millions ; le premier bilan de 1904 porte 46 millions. Les semaines

et les mois qui suivirent apportèrent une progression continue, jusqu'à 96 millions le 4 juin, puis, en relation avec l'emprunt anglo-américain, une réduction jusqu'à 81 millions le 2 juillet, enfin un relèvement à 104 millions le 23 juillet. Le bilan du 13 août indique seulement 49 millions. En comparaison de la moyenne de 1903, l'avance de la Banque fut supérieure, par moment, de 70 millions, c'est-à-dire d'une somme égale aux deux tiers du stock or moyen de la Banque du Japon en 1903.

L'effet de l'accroissement des avances à l'Etat se fit sentir surtout sur l'encaisse métallique, les effets sur l'étranger et la circulation des billets. Les mouvements de la circulation fiduciaire ressortent des chiffres suivants: de 209 millions de yens le 9 janvier, l'émission monta lentement à 228,6 millions de yens le 13 février, descendant ensuite à 189,4 millions vers le milieu du mois de mai, et remontant enfin, le 23 juillet, à 233,6 millions de yens. Le 13 août, elle était de 221,9 millions. Par conséquent, dans les moments où l'avance à l'Etat était plus considérable, l'émission a plutôt diminué. On en peut donc conclure que ces avances eurent lieu, non en billets, mais en or ou en traites sur l'étranger. Et, en réalité, le stock d'or de la Banque subit à diverses reprises de grands affaiblissements. L'encaisse métallique (or et argent) 'descendit presque sans interruption de 119,9 millions de yens le 9 janvier, à 72,5 millions le 11 juin. Le stock or seul descendit de 115,7 millions au début de janvier à 64,1 millions de yens clans la seconde semaine de juin.

La couverture des billets qui, au début de l'année 1904, était de 54 0/0, tomba en juin au-dessous de 33 1/3 0/0. Le danger qui en résultait pour la Banque et le système monétaire du J apon était d 'autant plus grand que le Gouvernement avait besoin d'or, surtout pour les paiements à l'étranger. Effectivement, dans les trois premiers mois de l'année, 43,8 millions de yens d'or furent expédiés aux Etats-Unis, dont 19 millions durant le seul mois de mai. Vu la disparition rapide du stock or de la Banque, une proclamation demanda, en février, aux détenteurs de monnaie

d'or et d'objets en or de les porter à la Banque. La famille impériale donna elle-même l'exemple de ce dépouillement en faveur de l'institut national d'émission. Le résultat atteint fut peu considérable ; les -chiffres du bilan de la Banque ne subirent que de faibles accroissements.

Dans la suite, grâce à l'emprunt anglo-américain, la situation de la Banque et du système monétaire du Japon s'améliora. L'or n'eut plus à sortir ; des traites sur l'étranger payables en or furent mises à la disposition du commerce et l'importation de métal jaune semble même avoir recommencé. Dans ces conditions, l'encaisse or remonta, du 7 au 13 août, à 106,6 millions. La circulation fiduciaire s'éleva à 224,6 millions, si bien que la couverture en or (y compris la valeur du portefeuille des effets sur l'étranger) dépassa 50 0/0.

Donc, le Japon se servit, en 1904, dans une très large mesure, presque jusqu?à l'abus, de sa Banque centrale pour satisfaire ses besoins d'argent.

L'emprunt extérieur à Londres et àvNe.w-York amena, à partir du mois de juin, un allégement vraiment sensible. Il n'en est pas moins vrai, toutefois, que, durant cette année de guerre, la Banque du Japon ne se comporta pas aussi brillamment que la Banque d'Etat de Eussie: son rôle fut plus effacé et l'aide qu'elle apporta à ] 'Etat moins efficace, quoique tout aussi précieux.

Le tableau suivant met en parallèle les chiffres des principaux postes du bilan de la Banque du Japon en 1903 et à diverses dates de 1904 :

Moyenne

9 janvier 190't

11 juin

23 août

Effets sur l'étranger

Total

Circulation fiduciaire . . .

Excédent des billets sur l'or et les effets étran-

Le compte rendu de la Banque du Japon pour Tannée 1904 est intéressant à consulter: il fait preuve, en effet, d'un optimisme que d'aucuns étaient' loin à cette époque de partager. « L'explosion de la guerre, dit-il, n'a pas été une surprise pour le monde des affaires, et c^est pourquoi de trop graves perturbations dans la vie économique ont pu être évitées par de prudentes mesures de précaution. La baisse des cours à la Bourse a été arrêtée par les victoires de nos armées. La population a été très économe ; les dépôts dans les banques et dans les caisses d'épargne ont augmenté; des avances ont été remboursées par les débiteurs. La récolte a été bonne, ce dont l'agriculture et l'industrie de la soie ont profité. Les emprunts intérieurs, de 280 millions de yens, ont reçu un excellent accueil : ils ont été couverts un grand nombre de fois. »

Tout cela est bien vrai, mais n'empêche pas que la situation de la Banque ait été peu brillante en 1904. Comme nous l'avons vu, en effet, l'Etat mit fortement à contribution, durant cette année de guerre, l'institut central d'émission. Au début de l'année, il lui devait 54 millions de yens, en décembre 116 millions, et dans l 'intervalle, parfois davantage encore.

La Banque, en vue d'éviter un accroissement démesuré de la circulation fiduciaire, releva l'escompte à deux reprises. Le taux d'escompte fut, en 1904:

Janvier

Juillet

Effets sur place

Effets de place â place

6,93 Vo

Décembre . .

La circulation des billets augmenta de 188 millions en mai à 286 millions de yens en décembre. De cet accroissement de 100 millions de yens environ, une trentaine allèrent en Corée et en Mandchourie pour servir aux paiements qui y étaient effectués.

Malgré les deux emprunts extérieurs (22.000.000 L) contractés en 1904, il sortit du Japon près de 100 millions de yens d'or durant cette seule année de guerre.

Nous arrivons ainsi au début de l'année 1905. Nous avons vu que, les hostilités se prolongeant, le Gouvernement impérial dut prendre, en décembre 1904, une série de mesures destinées à créer de nouvelles sources de revenus pour la couverture des dépenses militaires. Il présenta, en même temps que le budget général de 1905-06, un budget des revenus résultant de l'augmentation du taux des impôts en mars 1904 (supplément au budget général ordinaire), un budget supplémentaire aux dépenses de guerre déjà votées par la Diète japonaise, un budget des fonds de réserve pour les dépenses administratives et diplomatiques que la guerre pouvait entraîner, un projet de loi concernant le paiement des dépenses de guerre, un projet d'augmentation, du taux des taxes spéciales, un projet relatif au monopole du sel.

Tous ces projets furent adoptés par la Diète et promulgués le 1er janvier 1905.

Pour l'exercice 1905, le total du budget relatif à la guerre s'élevait à 776 millions de yens, dont 700 millions pour les dépenses extraordinaires et 76 millions pour le fonds de réserve des dépenses administratives et diplomatiques. Cette somme provenait: 1° de disponibilités résultant d'économies réalisées sur les dépenses ordinaires du budget et du non-emploi de certains crédits affectés d'habitude aux dépenses ordinaires de la guerre et de la marine; 2° de virements de fonds de la comptabilité spéciale; 3° de recettes provenant de l'élévation des taxes spéciales; 4° de contributions volontaires; 5° d'emprunts publics; 6° de recettes diverses.

571 millions de yens devaient être couverts au moyen d'opérations de crédit. Aussi, dès le mois de mars 1905 (après la bataille de Moukden), le Gouvernement nippon lança-t-il par moitié à Londres et à New- York un emprunt 4 1/2 d'un montant de 30 millions de livres sterling, gagé

sur les recettes du monopole du tabac. Le cours d'émission était de 90 p. c. L 'emprunt était à vingt ans. Il fut cédé au syndicat financier au taux de 86 1/4 0/0.

Une seconde tranche de cette emprunt, également d'un montant de 30 millions de livres, fut émise dans les mêmes conditions à Londres, New- York et Berlin, en juillet 1905.. L'emprunt était en seconde hypothèque sur les tabacs. Il fut cédé au Syndicat au taux de 85 1/2 p. c. Les versements de libération furent échelonnés jusqu'au 10 décembre 1905.

Enfin, dans l'intervalle, le Gouvernement mikadonal avait émis deux emprunts intérieurs de 10O millions de yens chacun, en bons du Trésor 6 0/0. La première émission eut lieu en avril, la seconde en mai 1905. Le taux d'émission fut, chaque fois, de 90 p. c.

La paix fut signée à Portsmouth, le 30 août 1905, et le Japon déclaré officiellement vainqueur. La guerre terminée, l'Empire du Soleil-Levant profita de l'amélioration de son crédit pour procéder à la création d 'un 4 0/0 sans garantie spéciale destiné à remplacer les deux emprunts extérieurs des douanes, 6 0/0 1904. Les désordres intérieurs de la Russie, qui avaient fait ajourner l'emprunt international projeté par cet Etat, permirent au Japon de faire appel, dès le mois de novembre, au crédit de l'étranger. Un emprunt 4 0/0 d 'un montant nominal de 50 millions de livres (1.250 millions de francs ou 455 millions de yens) fut donc décidé. M. Takabashi, vice-gouverneur de la Banque du Japon, fut envoyé en Europe pour négocier la conversion. Sur les 50 millions de livres qu'on se proposait d'emprunter, la moitié seulement, soit 25 millions L., fut émise en novembre : le produit de cette opération servit à rembourser les bons du Trésor 6 0/0 circulant à l'intérieur, et émis en avril et en mai 1905. La seconde partie de l'emprunt, soit 25 millions L., était destinée à opérer la conversion des emprunts extérieurs des douanes, qui ne pouvaient venir à remboursement qu 'à partir du 5 avril 1907.

La première tranche de l'emprunt (25 millions. L.) fut placée en novembre 1905, à raison de 12 millions L. pour la

France et de 13 millions L. pour l'Angleterre, les Etats- Unis et l'Allemagne. D'après le prospectus, le consortium émetteur était composé de la maison de Rothschild frères de Paris, de la « Honkong and Shanghaï Banking Corporation », de la « Parr's Bank », de la « Yokohama Specie # Bank », de la maison N. de Rothschild de Londres, de la (( National City Bank », de la maison Kuhn Loeb et C° de New- York, de la « Deutsehe-Asiatische Bank », de la « Dàrmstaedter Bank », de la « Deutsche Bank », de la (( Dresdner Bank », du « Schaffhausen Bankverein », de la « National Bank », Les 12 millions L. réservés au marché français furent émis par la maison de Rothschild frères au taux de 89,90 (titre libéré) et de 90,34 (titre non libéré) . Il n'y eut pas de souscription publique; les souscriptions furent simplement reçues aux guichets de la banque.

Londres se vit attribuer une part de 6.500.000 L. pour l'Angleterre, la Belgique, la Suisse et la Hollande; New- York et Berlin eurent chacun 3.250.000 L. Les porteurs demeurant à l'étranger étaient affranchis de tous impôts japonais grevant les valeurs mobilières. Les groupes financiers qui prirent l'emprunt étaient les mêmes que ceux qui avaient déjà figuré, pour l'Angleterre et les Etats-Unis, dans les emprunts 6 0/0 et 4 1/2 0/0, pour l'Allemagne dans le second emprunt 4 1/2 0/0.

D'après la Gazette de Francfort, on procéda en Angleterre comme pour l'emprunt de 4 1/2, c'est-à-dire qu'il y eut d'abord un syndicat de garantie (Underwriting Syndicate), qui reçut 1 1/2 0/0 de commission et qui céda l'emprunt à un syndicat d'émission. L'emprunt produisit environ pour le Gouvernement japonais 86 0/0 net du montant nominal.

Quant à la conversion des emprunts 6 0/0 des douanes, le vice-gouverneur de la Banque du Japon fut à nouveau envoyé à Londres, avec mission de placer la seconde partie de l'emprunt de 50 millions de livres. Pour cette seconde partie, d'un montant nominal de 23 millions L., il fallut accepter le type du 5 0/0, mais sans gage spécial pour les

créa liciers. Cet emprunt fut pris par le Syndicat londonien et la maison de Rothschild frères, de Paris. Sur cette dernière place, rémission fut faite sans souscription publique, au moyen de simples circulaires. Les banques suisses procurèrent des souscriptions à la maison de Rothschild et rirent coter l'emprunt à Bâle, à Zurich et à Genève. Le cours d'émission futr à Paris, de 50*2,50 pour 505 francs de capital nominal, soit 99,55 p. c. ; à Londres, il fut de 99,50 p. c. Les souscriptions étaient accompagnées d'un versement de garantie de 5 0/0; les versements libératoires avaient lieu : 15 0/0 à la répartition, 20 0/0 le 29 avril 3 907, le 28 mai, le 20 juin, et 19,5 0/0 le 29 juillet.

Cet emprunt est inconvertible jusqu'en 1922 ; il doit être remboursé avant l'année 1947. L'Allemagne ne participa pas à l'opération. La conversion réussit parfaitement et les porteurs de 6 0/0 1904 firent peu usage de leur droit au remboursement.

Le tableau suivant, emprunté à V Economiste' Européen, donne un aperçu des emprunts contractés par le Japon depuis le début de la guerre jusqu'au traité de Portsmouth. Les deux premiers emprunts dont nous venons de parler, n'étant que des emprunts de conversion, ne s'y trouvent pas:

Dette de guerre contractée par le Japon entre le 7 février 1904 et le 30 août 1905

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