ÉMIGRÉS
REPATRIEMENTS
Or on sait que les émigrants italiens ne quittent pas le sol sans esprit de retour. Une très forte proportion de ces émigrants, en effet, ne reste qu'un certain nombre d'années à l'étranger et revient dans le pays avec le pécule qu'elle a amassé. C 'est à cet état de choses qu'il faut attribuer, en partie, l'augmentation de la richesse acquise de l'Italie. D'autre part, c'est grâce aux remises des Italiens établis à l 'étranger que la situation monétaire de l 'Italie, très précaire il y a une vingtaine d'années, avait pu s'améliorer au point que, malgré le maintien du cours forcé, la prime sur l'or avait presque disparu en 1911. Enfin, c'est au retour des émigrés qu'il faut attribuer, pour la plus grande part, l'amélioration des méthodes de culture employées dans certaines régions de l'Italie, ainsi que le développement rapide dont l'industrie italienne avait bénéficié durant les dernières années avant la guerre.
Les progrès réalisés aux points de vue agricole et industriel ne pouvaient manquer de se traduire par un développement rapide du commerce extérieur national. Le ta^
(1) L'Information du 10 avril 1913.
bleau suivant, dans lequel nous avons relevé les chiffres d'importations et d'exportations à des dates caractéristiques, permettra de se faire une idée de ce développement :
ANNÉES
IMPORTATIONS
EXPORTATIONS
(En millio
ns de lire)
Dans l'ensemble, le commerce extérieur de l'Italie s'était accru, depuis 1875, de 3.350 millions de lire, ou de 160 0/0 environ.
On remarquera que les importations s 'étaient beaucoup plus rapidement accrues que les exportations. Depuis 1875, les premières avaient augmenté de 180 O/0 et les secondes de 125 0/0 seulement. L'Italie apparaissait donc de plus en plus comme un pays importateur et c'est là une situation qui pouvait sembler d'autant plus défavorable au point de vue de la tenue des changes sur l'étranger qu'aux 1.200 millions de lire environ d'excédents d'importations accusés par les dernières statistiques, il fallait ajouter les remises faites au dehors par l'Etat (une soixantaine de millions par an) et par les entreprises créées avec des capitaux étrangers ou dans lesquelles de tels capitaux étaient
intéressés (125 millions de lire par an environ). C'était donc, en définitive, par près de 1.400 millions de L. que se chiffrait le déficit de la balance des échanges de l'Italie. Mais ce déficit était en grande partie comblé — le change étant voisin du pair — par les remises des Italiens établis à l'étranger, remises que l'on évaluait à un demi milliard de lire par an, par les dépenses des touristes (300 millions de lire par an), par le revenu des valeurs étrangères possédées par des Italiens, par les bénéfices de la marine marchande, etc.. (1).
La question du change italien nous conduit à dire quelques mots du système monétaire de l'Italie. A la suite de difficultés financières et économiques qui s'étaient produites à la fin du siècle dernier, les banques de la Péninsule avaient augmenté leur circulation dans des proportions considérables: le résultat fatal de cette politique fut une élévation rapide de la prime sur l'or qui atteignit jusqu'à 30 0/0 en 1893. Cette augmentation de l'agio fut, d'ailleurs, une des causes principales des difficultés avec lesquelles le Gouvernement italien se trouva aux prises : elle se traduisait, en effet, par un accroissement important des sommes que l'Etat devait remettre à l'étranger pour le service de sa dette. D 'autre part, elle entraînait une gêne croissante dans les transactions commerciales. Le Gouvernement comprit la nécessité de remédier à uri pareil état de choses, si fâcheux. Il réduisit le nombre des banques d'émission à trois: la « Banque d'Italie », la « Banque de Sicile » et la « Banque de Naples ». En même temps, la circulation fiduciaire était maintenue dans d'étroites limites et gagée de préférence sur les réserves métalliques des instituts d'émission dans la proportion de 60 0/0 de ces réserves. Enfin, ces instituts furent chargés de la liquida-
(l) Voir à ce sujet le très intéressant rapport présenté en 1912 par M. Bonaldo Stringher, directeur général delà Banque d'Italie, à la commission nommée pour l'éludé des statistiques du commerce extérieur italien.
tîon graduelle des établissements atteints par la crise, et notamment, de la Banque Romaine. Ces mesures, et surtout l'amélioration de la situation économique et financière du pays, eurent pour conséquence une atténuation graduelle de la perte au change, qui disparut définitivement en 1903. Pendant plusieurs années, cette perte fit même place à une prime appréciable, qui n'avait pas entièrement cessé au moment de la déclaration de guerre.
A côté des trois instituts d'émission, il existait en Italie de très nombreuses banques, dont certaines, très importantes, avaient vu leur action s'étendre considérablement depuis une quinzaine d'années, dont d'autres n'aspiraient qu'à faire de même, tachant de seconder le Gouvernement dans ses ambitions coloniales pour en obtenir, d'autre part, une bienveillante protection. Nous n'avons pas à revenir ici sur le rôle joué par le (( Banco di Roma » dans -l'expédition de Tripolitaine : nous l'avons suffisamment exposé dans notre introduction.
D'après une statistique sérieuse, le capital des 33 banques italiennes constituées sous la forme de sociétés par actions était, au commencement de l'année 1911, de 460 millions de lire. Leurs dépôts se chiffraient par plus de 800 millions de lire, les comptes-courants par un milliard, le portefeuille d'escompte par 1.100 millions L. Il existait, en outre, de très nombreuses banques populaires, 7 ou 800, avec un capital global de plus de 100 millions de lire et un portefeuille d'escompte de près de 600 millions L.
Tous ces chiffres donnent une idée de l'importance de la fortune italienne au commencement de l'année 1911, importance qui se trouve attestée, d'autre part, par l'augmentation toujours croissante du nombre des sociétés par actions et par une progression des dépôts aux caisses d'épargne. D'après le journal VItalie, le ministère italien du ; Commerce, de l'Industrie et de l'Agriculture a recueilli les données suivantes et comparatives sur l'épargne nationale de la période 1908-1911 (1).
(1) Le Rentier du 17 juin 1912.
La situation de l'épargne, an 31 décembre 1908, était de 5.729 millions de lire. An 30 juin 1911, c'est-à-dire deux ans et demi après, et à la veille de la guerre, elle était arrivée à 6.935 millions L., avec une augmentation totale de 1.206 millions de lire correspondant au chiffre remarquable de 40 millions L. par mois. Dans cette période, l'épargne avait donc progressé à raison de 21 0/0.
Avaient contribué à former ce chiffre de presque 7 milliards de lire, pour 2.225 millions les caisses d'épargne ordinaires, pour 1.821 millions les caisses d'épargne postales, pour 89 millions les caisses d'épargne rurales, pour 596 millions les monts-de-piété, pour 710 et 505 millions les banques populaires et coopératives, pour 945 millions les instituts de crédit ordinaires et pour 110 millions ceux d'émission.
Le progrès le plus important avait été fourni par les caisses d'épargne avec une augmentation totale de 657 millions et par les instituts de crédit avec une de 192 millions de lire dans la période considérée.
Ces données sont la preuve la plus évidente du bien-être dont jouissait le pays à l'ouverture des hostilités et de son rapide développement économique.
Au 30 juin 1911, la circulation fiduciaire à la charge de l'Etat et de la Banque de Naples s'établissait comme suit:
Banque de Naples . 18.704.675 L.
Banque d'Italie
couverture intégrale couverture partielle
Total
Voici la répartition par coupures :
44.860.390 billets de 5 lire . . . . , 24.000.C00 — 10 lire.....