conversion
Si nous insistons >assez longuement sur ces détails qui peuvent sembler ne pas avoir de relation bien étroite avec notre sujet, c'est que la -guerre !de Tripolitaine a soulevé en Italie une question du change dont nous aurons à nous occuper .au cours de notre étu'de et qui, elle, ne peut être bien comprise qu'à la lueur de tous éléments susceptibles id 'influer, dansi ce pays, sur la balance internationale des paiements.
Nous empruntons au « Eapport au ministre du Trésor », présenté par M. Bofrerio, directeur général de la Trésorerie italienne, les renseignemeaitsi suivants sur l'état de la dette publique avant la déclaration de guerre, qui complètent ceux que nous a fournis le « Eapport à la commission de surveillance 'de la Dette ».
Voici les cours cotés &ur la rente italienne à la fin des années 1900 à 1910 et au commencement de 1911 :
Années
Fin 1900 19(»2
Cours moyen
Années
Commencement 1911
Cours moyen
103,30 li 3,40 103,90 1U5,00 104,60 104,00
Etant donnée la conversion qui avait été effectuée, en 1906, du 5 0/0 en 3 3/4 (puis en 3 1/2 en 1912), les cours moyens des dernières années donnaient toute .satisfaction et plaçaient le crédit de l'Italie parmi les premiers, du monde. Grâce à cette conversion, le montant des intérêts à payer annuellement sur la dette était, en 1911, de 100 millions inférieur à ce qu'il était en 1900; l'économie réalisée n'était donc pas insignifiante.
Il est utile aussi de faire remarquer l'augmentation, d'année en année, du nombre des titres de rente italienne immatriculés au nominatif: c'était la preuve du bon classement des titres et de la confiance qu'ils inspiraient à leurs détenteurs.
Depuis plusieurs années, l'Italie n'avait pas contracté de nouvelles dettes, si ce n'est pour le rachat de son réseau ferré intérieur, et, si l'on ne pouvait encore, eu 1911, qualifier cette opération de directement lucrative, elle offrait du moins l'énorme avantage d'avoir intensifié les communications, grâce à l'augmentation du nombre des trains, et d'avoir donné satisfaction aux exigences modernes du commerce.
Quelques émissions qui avaient eu lieu, d'ailleurs, ne s'étaient pas montrées inférieures à celles d'autres Etats dont la solidité financière jouit d'une grande réputation. Tandis que l 'Empire germanique avait émis, en 1909, deux emprunts d'une valeur totale de 320 millions de marks en 4 et 3 1/2 0/0, aux taux respectifs de 102,70 et de 95,60, et que la Prusse en avait également contracté deux, d'un total de 480 millions de marks, aux mêmes conditions d'intérêt et de taux d'émission, l'Italie avait emprunté, en 1909, une somme de 150 millions de lire en 3 1/2 0/0 à 102 p. c. Tandis qu'en 1910 l'Empire allemand avait recueilli pour 340 millions de marks de souscriptions sur un emprunt en 4 0/0 à 102, l'Italie était arrivée au chiffre de 260 millions à l'occasion d'un 3 0/O à 90 p. c. Ces chiffres nous montrent, évidemment, la confiance
qu'inspirait en Italie le crédit public de l'Etat et combien étaient considérables, à cette époque, les capitaux nationaux en quête d'un placement.
On peut donc dire, en résumé, que la situation financière de l'Italie, à la veille de l'ouverture des hostilités en Cyrénaïque et Tripolitaine, sans être des plus brillantes, loin de là, permettait toutefois d'envisager sans appréhension l'éventualité d'une expédition militaire coloniale contre la Turquie. Depuis déjà de nombreuses années, les déficits budgétaires avaient fait place à des excédents, parfois notables, et lesi reliquats d'exercices clos, en s 'accumulant, avaient mis à la disposition du Gouvernement italien d'importantes réserves susceptibles, un jour, d'être facilement mobilisées. Etant données, en ou- . tre, les plus-values considérables qui se produisaient chaque année sur les prévisions des recettes, ainsi que la bonne tenue des fonds d'Etat nationaux, l'Italie était assurée de trouver rapidement, aussi bien par l'impôt que par l'emprunt, toutes les sommes dont elle pourrait avoir besoin pour couvrir ses dépenses de guerre. Deux ombres seulement pouvaient venir obscurcir ce tableau: une ombre politique, d'abord, résultant de complications européennes susceptibles de naître à l'occasion d'un conflit italo-turc; l'Italie eut soin de l'écarter, grâce surtout au concours favorable de la diplomatie française'; une ombre purement financière, ensuite, résultant de l'état de la balance internationale des paiements pour l'Italie, susceptible de provoquer, à lia faveur d'une guerre, la réapparition dans ce pays d'une question du change. Il semblerait a priori que le meilleur moyen pour le ministre des Finances d 'éviter cette dépréciation du change eût été de contracter un emprunt à l'étranger et d'en déposer le montant chez les correspondants du Trésor, de façon à pouvoir effectuer les paiements extérieurs1 sans sortie de numéraire, jusqu'à ce que la balance des paiements fût redevenue favorable. C'était là un moyen très simple et que
beaucoup d'économistes eussent conseillé. Le Gouvernement italien, cependant, comme nous le verrons, n'a pas cru devoir, ou n'a peut-être pas pu, par suite desi circonstances, agir ainsi; et pourtant, .si le change italien a subi pendant quelques mois une (dépréciation sensible, il est vite revenu aux environs du pair, malgré l'absence de toute opération extérieure de crédit. C'est la preuve d'une bonne et saine politique financière et la récompense de tous les efforts faits dans le passé par les hommes d'Etat chargés en Italie des affaires publiques.
II. La politique financière de l'Italie dans la guerre de Tripolitaine
Nous empruntons au « Eapport de la Direction générale du Trésor italien » les renseignements! suivants, relatifs à la situation financière et économique de l'Italie durant l'exercice 1911-1912 (1) :
D'après le projet de budget rectifié, les encaissements prévus pour cet exercice s 'élevaient au total à 2.806.660.454 lire, et il devait en résulter un excédent global de 59.214.741 L. Déduction faite de divers crédits engagés et laissés hors budget, cet excédent se réduisait à environ 23.600.000 lire.
Les versements effectivement reçus, atteignirent le chiffre de 3.069.560.675 lire, donnant ainsi une plus-value de 262.900.221 L. sur les prévisions'.
Par contre, les dépenses budgétaires' s'élevèrent au total fà 2.938.182,320 lire, en augmentation de 177.579.896 lire sur .ceiïesi du précédent exercice. Ces dépenses se répartissaient de la manière suivante entre les divers départements ministériels! :
(i) Voir Le Rentier des 7 février et 27 septembre 1913.
Trésor .
Finances
Justice et Grâces . . . .
Affaires étrangères
Instruction publique
Intérieur
Travaux publics
Postes et Télégraphes
Guerre
Marine . . f
Agriculture, Industrie et Commerce
Les résultats définitifs de l'exercice 1911-1912 furent donc sensiblement meilleurs que ne le laissaient prévoir les évaluations rectifiées; ils dépassèrent même les1 espérances les plus optimistes que l'on avait pu concevoir. En effet, l'excédent définitif n'atteignit pa>s moins de 103.734.000 lire. Cette différence active, représentant le bénéfice du compte du Trésor, fut imputée, lors du règlement définitif, sur les crédits ouverts au ministère de la Guerre pour le mettre en mesure de rembourser au Trésor une partie des sommes avancées pour l'expédition de la Tripolitaine. '
En somme, bien que l'exercice comportât neuf mois de guerre et malgré une diminution de 44 millions de lire dans le produit des douanes et ldes chemins de fer, le budget de 1911-12 laissa le plus large profit que le Trésor italien eût encore enregistré jusque-là.
D'après la note du ministre des Finances communiquée à la Chambre le 8 janvier 1912 (1), le Trésor italien disposait d'autres ressources, d'ailleurs moins aléatoires que celles provenant d'excédents budgétaires à venir, pour couvrir ses dépenses militaires extraordinaires: au 1er janvier 1912, il avait 100 millions de lire en dépôt dans des établissements de crédit à l'étranger, sans compter des dépôts aux Banques d'Italie et de Sicile. C 'était là, à
(1) Bulletin de statistique et de législation comparée, 1912, 1, 406.
n'en pas douter, une réserve de guerre excessivement précieuse.
D'autres disponibilités importantes résultaient, en outre, des résidus actifs accumulés durant les derniers exercices. D'après l'exposé du ministre du Trésor précité, les dépenses 'de la mobilisation italienne et des deux premiers mois de la guerre furent en partie couvertes au moyen de ces excédents >anciens (1).
Malgré ces puissantes réserves, les dépenses de la guerre de Lybie pesèrent lourdement, dès l'année 1912, sur la situation financière de l'Italie. Le Trésor réduisit fortement ses dépôts à la Banque d'Italie, dont la circulation fiduciaire se trouva ainsi accrue d'autant.
L'état du change, qui perdait 1 0/0 dès le mois de mars 1912, est très symptomatique du déséquilibre qui existait alors dans les finances de la Péninsule.
Au 31 juin 1912, la dette totale de l'Italie s'élevait, en capital, à 13.129.361.597 lire et, en rente, à 451.085.681 lire, comme le montre le tableau ci-après (1) :