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CHAPITRE XXVlll

I. Les jacobins n'eurent pas d'autre programme que celui de vivre au jour le jour, en dévorant les réserves du pays, et en escomptant l'avenir.

— Suppression des'sociétés de crédit; fermeture de la Bourse de Paris; lois de maximum; réquisitions, etc. — Promesses mensongères à la tribune. — II. Idées financières de Clavière, Faypoult, Saint- Jast.

— III. Cambon . — IV. Ramel. — Les jacobins gouvernent les finances jusqu'à la fin de la Révolution.

L'esprit financier des jacobins consista exclusivement en ceci : épuiser à outrance le présent, en sacrifiant l'avenir. Le lendemain ne compta jamais pour eux : les affaires furent menées chaque jour comme s'il s'agissait du dernier : tel fut le caractère distinctif de tous les actes de ia Révolution. Tel est aussi le secret de son étonnante durée: la déprédation quotidienne, des réserves accumulées chez une nation riche et puissante fit surgir des ressources inattendues, dépassant toute prévision.

Les assignats, tant qu'ils valurent quelque chose, si peu que ce fût, inondèrent le pays en quantités sans cesse progressives.Laperspective delà faillite n'arrêta pas un seul instant les émissions. Elles ne cessèrent que sur le refus absolu du public d'accepter, même à vil prix, n'importe quelle sfir-lr' de papier- monnaie.

Pendant toute la durée du fonctionnement de la planche aux assignats, aucune mesure de prévoyance ne tenta d'enrayer leur dépréciation. Cambon parvint à relever quelque temps les cours par la menace de pénalités draconniennes: il dégagea la circulation, d'une manière violente et passagère, en démonétisant les assignats à face royale. Mais ces tentatives n'eurent jamais d'autre but que le succès du moment et l'écoulement de nouvelles séries.

Les titres des sociétés de crédit faisaient concurrence à l'assignat. Cambon imagina d'écarter immédiatement cette concurrence, en supprimant d'un trait de plume les sociétés de crédit elles-mêmes. « Il existe, en ce moment, dit-il, un « combat à mort entre tous les marchands d'argent et « l'affermissement delà République. Il faut do?ic tuer ces « associât ioiifi destructives du crédit public, si nous vou- « Ions établir le règne de la liberté. » (Séance du 24 août 1793.) En conséquence, l'assemblée décréta : « Les asso- « dations..., dont le fonds-capital repose sur des actions « au porteur, ou sur des effets négociables, ou sur des in- « scripLions sur un livre, transmissibles à volonté, sont « supprimées. » (Décret du 24 août 1793.)

La crainte de l'agiotage dénoncé, ainsi que les perfides menées des émissaires de Pitt, comme l'unique cause de la baisse persistante des assignats, inspira une résolution subite et radicale, la fermeture de la Bourse de Paris.

« La Bourse de Paris, dit Glavière, n'a rien qui milite « en sa faveur. Législateurs, faites fermer la Bourse, et ■-< la République vous en remerciera. La négociation des « effets publics se fera comme celle des lettres de « change. La nécessité en décidera : le calme du cabinet ^< en écartera les surprises (1). » (Rapport de Glavière,

1. Glavière ajoutait : « Lorsqu'un canal profond et commode aura mis Paris en communication avec la nier, imc Bourse lui sera, sans doute.

ministre des finances, à la Convention, l^"" février 1TÇ)3.) Nous avons vu le Grand-Livre institué dans le seul but de favoriser l'émission simultanée d'un emprunt d'un milliard .

En établissant un maximum sur le prix des marchandises, en réquisitionnant les denrées de première nécessité dans les campagnes pour l'alimentation des villes et des armées, la Convention ne songea aussi qu'à parer momentanément aux plus urgentes difficultés. Ces barbares mesures aggraveront presque aussitôt le mal: chacun le prévoit. Elles supprimeront tout moyen régulier et efficace d'approvisionnement : cette conséquence prochaine apparaît dès le premier jour. Mais l'elfet immédiat importe seul. Les cultivateurs et propriétaires auxquels le décret du 4 mai 1793 prescrit de déclarer immédiatement les quantités de grains qu ils possèdent, et, par approximation, celles des grains qui leur restent à battre, surpris à l'improviste par cette injonction, se trouvent bien contraints d'abord d'y obéir. Grâce à sa brusque intervention, le gouvernement saisit, au début, ujie masse considérable de denrées.

A-t-il besoin de ravitailler ses armées, les premières réquisitions lui en fourniront largement les moyens. «Les « approvisionnements manquaient à la marine, dit Jean- --< Bon-Saint- André, Bréard fit des réquisitions : elles fu- « rent suivies et augmentées. La flotte fut ravitaillée et « mise en état d'entreprendre une croisière d'hiver. » (Rapport de Jean-Bon-Saint- André sur sa mission à Brest, 12 pluviôse an IL) « Bourbotte m'a fait demander deux <-< mille paires de souliers, écrit Garnier ; j'ai fait mettre '' immédiatement en réquisition tous ceux de la ville, et

« jK'ncssairc. » (Idem.) Celle pi'(^'vision grandiose d'un canal de Paris à la mer, dans le cours d'un rappoii consacré à la détresse du Trésor, parail loiil au moins puérile.

« j'espère les lui fournir aujourd'hui. » (Lettre de Garnier, de Saintes, 29 frimaire an II.)

Cependant, après un mois ou deux d'expérience, que devient le résultat de ce système si productif au début? Les conventionnels eux-mêmes vont nous l'apprendre. « Citoyens, écrit Barère, la loi du maximum fut un piège « tendu à la Convention par les ennemis de la Républi- « que... On vida les boutiques, on ferma les magasins... « L'effet désastreux du maximum commença à déployer « son influence sur le commerce, sur les prix, sur les quan- « tités des objets nécessaires à la vie des citoyens. » (Rapport de Barère, au nom du comité de salut public, 3 ventôse an II.) En même temps, Legendre constate que la viande disparaît des marchés, et, pour économiser sa consommation, il propose de décréter un carême civique, en remplacement de Tancien carême religieux. « Décrétez le « carême que je vous propose, autrement il viendra malgré « vous : l'époque n'est pas éloignée oii vous n'aurez plus « ni viande, ni chandelle. » (Séance du 3 ventôse an II.)

La Convention n'en organisa pas moins, de rechef, le maximum en élargissant ses bases, pour étendre la main sur une quantité plus considérable de subsistances. (Loi du 10 ventôse an II.) Elle voulut, une dernière fois, recourir à cette suprême ressource, en fermant les yeux sur l'avenir qu'elle préparait. Mais cet avenir était si proche qu'elle dut elle-même, avant sa séparation, en reconnaître l'inéluctable réalité.

« Je vais, Législateurs, dit un membre, vous dire la vé- « rite; vous l'aimez; daignez m'entendre. Des manufac- « tures à demi ruinées, des ateliers déserts, les matières « premières manquant au travail de l'ouvrier,... le com- « merce effrayé, découragé,... les moyens et les éléments « de l'agriculture diminués,... une administration contre

« nature, contre tous les vrais principes, dirigeant tout : « tel est le tableau de notre situation intérieure. » (Opinion d'Eschassériaux aîné sur les causes de l'état présent du commerce et de l'industrie, frimaire an III.)

Les comités, forcés par l'urgence de remédier à la disette universelle, proposèrent alors le retrait immédiat de toutes les lois relatives au maximum. (3 nivôse an III.) Il y avait un an à peine que la loi du 10 ventôse an II avait réorganisé l'institution, en vantant ses bienfaits. Le langage maintenant était changé. On nommait « décret fatal, sys- « tème affreux et dévastateur, etc. », la mesure à laquelle on avait attaché le salut de la République. « Cette loi^ par « laquelle le prix des objets de consommation fut taxé, « aussi immorale qu'absurde et destructive, contraria tous « les intérêts, coupa tous les liens de la société, brisa les « ressorts de l'agriculture, du commerce, de l'industrie et « des arts : o?z V avait prévu! » (Discours de Beffroy, 3 nivôse an III.)

« Qu'est-ce qui a tué le commerce, anéanti l'agricul- « ture ? Le maximum. Qui eût osé approvisionner la France « de denrées de première nécessité, quand, sous peine « d'être poursuivi, on était obligé de les donner pour « moins qu'elles ne coûtaient, quand on les enlevait aux « agriculteurs, à force armée? car le fait est vrai : c'était « à force armée! (Discours de Bréard, 3 nivôse an III.)

Ce même Bréard recevait, un an auparavant, les éloges de Jean-Bon-Saint-André pour le succès de ses réquisitions à Brest.

L'avenir avait donc été, encore une fois, impitoyablement et sciemment sacrifié à l'intérêt du moment, si passager qu'il fût.

Les rigueurs édictées contre les détenteurs d'or, d'argent et d'objets précieux ramenèrent de même, sous le

coup du premier eiïmi. quelques espèces métalliques dans la circulaLion. (Loi du 23 brumaire au 11, 13 novembre 1793.)

« Art. 1. — Tout métal d'or et d'argent... et tout autre « meuble ou effet précieux, qu'on aura découvert ou qu'on « découvrira, enfoui dans la terre ou caché dans les caves, « dans l'intérieur des murs, des combles, parquets ou pa~ « vés, âtres ou tuyaux de cheminée et autres lieux, seront « saisis et confisqués au profit de la République.

« Art. 2. — Tout dénonciateur qui procurera la décou- « verte de pareils objets recevra le vingtième de leur valeur « en assignats. »

Ce décret permit de mettre la main sur quelques réserves. Ainsi, une perquisition effectuée dans les caves du notaire Dutartre, à Paris, amena la découverte d'un dépôt de 66.000 livres en or, de 42.000 livres en argent, d'un panier de vaisselle, de 340 jetons en argent. (Communication du comité de surveillance à la Convention, 3 nivôse an IL)

Mais bientôt, en dépit des décrets comminatoires et des dénonciations, chacun cacha de nouveau ses objets précieux avec plus de méfiance que jamais. Cambon proposa alors de pousser plus loin les inquisitions : « Je demande, « dit-il, que vous décrétiez que tout ce qui sera confls- « cable sera sujet à la déclaration, et que, faute de déclara- « tion,robjetseraréputécachéetparconséquentconfisqué. » (14 nivôse an IL) Bourdon de l'Oise objectait très justement : .< Gomment est-il possible qu'à chaque heure du jour, « chaque individu vienne faire inscrire l'augmentation ou « la diminution de sa fortune? » Le décret rendu sur le rapport de Ramel ne donna pas satisfaction à la proposition de Cambon. (Décret du 14 nivôse an IL)

Cambon alla jusqu'à s'attaquer aux lettres de change, dernier refuge, à ses yeux, delà spéculation. Sans vouloir, dit-il, les détruire complètement, « afin de ne pas rompre

« toutes les communications avec l'étranger, dont le gou- « vernement a besoin pour payer les objets qu'il en tire », il proposa de les transformer en « contrats qui ne pour- « ront être cédés que par ministère de courtiers ou •s d'agents de change ». (Rapport du 12 septembre 1793.) Le nom de l'acheteur, celui du vendeur, et le prix de la transaction devaient être inscrits sur un registre : « Gela « nous fournira, ajoute-t-il, le taux des fortunes en por- « tefeuille. » (Idem.)

Les conceptions jacobines, dont nous pourrions grossir rénumération, portent toutes le même cachet. Nul décret ne se préoccupa de Tavenir. On pesait la valeur des secours que pouvait instantanément procurer chaque mesure, sans se soucier de ses conséquences prochaines, non plus que de sa loyauté et de sa justice.

Du haut de la tribune, les exagérations, les fanfaronnades, les chilfres faux n'ont également pour objectif que le moment actuel. Qu'importe si la réalité les dément, une fois l'eiîet produit !

Ainsi Gambon déclare qu'on se bat à la porte de la trésorerie pour souscrire à l'emprunt volontaire, qu'on vient de toute part échanger dii numéraire contre des assignats, que la circulation monétaire fait réapparaître des mojiceaiix d'or, etc. (Rapport du I" frimaire an II.) Nous citons plus loin textuellement ces monstrueuses invraisemblances.

A la même époque, Barère s'ecriait: « Citoyens, jamais « la fortune publique n'a été élevée au point où elle est en « ce moment. Riche de liberté, riche de population, riche « de domaines, la République compte employer pour « l'amélioration du sort des citoyens les milliards des ri- « ches. » (Rapport de Barère, 21 floréal an II.)

Deux ans auparavant, Gambon avait déjà dit : « Je dois « annoncer à l'assemblée;, je dois annoncer à l'Europe que

<^ dans ce moment la France a plus de numéraire effectif « qu'aucune puissance de l'Europe n'en a dans ses coffres. » Discours du 24 février 1792.) — « Les despotes n'appren- « dront pas sans effroi la masse des ressources qui nous « restent encore pour les vaincre. » (17 octobre 1792.)

Les démentis infligés par les faits ne troublaient pas son imperturbable assurance.

Presque tous les chefs de la Montagne, à cette époque^ émaillent leurs discours de semblables mensonges, qu'on ne saurait qualifier d'illusions, car la situation, en l'an II, n'en comportait plus guère (1).

La valeur des domaines nationaux, gage des assignats, s'enfle au fur et à mesure des émissions, sans qu'aucun orateur ou rapporteur prenne la peine d'indiquer la source de ses nouveaux chiffres (2). La vérité se fera jour plus tard : elle perce déjà.

Mais tant qu'il sera possible de la dissimuler plus ou moins, les jacobins préféreront l'avantage immédiat de cet artifice à la confiance durable, fruit de la sincérité.

En dehors de cette incurie intentionnelle de Tavenir, de cette préoccupation exclusive du présent, le système des jacobins ne s'appuie sur aucun principe. L'on ne trouve dans leurs écrits, comme dans leurs discours, aucune théorie financière, aucune idée originale sur un sujet si digne cependant de fixer leur attention.

1. Ilérault-Séchelle, au moins, s'exprimait franchement: « Ruinonsnous, mais soyons libres! » s'écriait-il. (2 août 1793.)

2. Nous citerons, dans un prochain chapitre, divers exemples de ces estimations fantaisistes.

« Si nous contiimons à regarder comme une ressource do « fausses et stériles économies, si l'horizon de nos vues en « matière de finances ne peut pas s'agrandir;,. ..hâtons-nous « de capituler, et demandons pardon à l'univers d'avoir « osé nous croire grands. » (Rapport de Clavière à la Convention, 1" février 1793.)

Voilà le programme du ministre des finances de la Convention en ce qui concerne les dépenses Celui du Directoire, Faypoult, ne connaît, en fait de recettes, d'autre refuge que l'emprunt forcé, auquel il attribue de merveilleuses vertus : « C'est de cet emprunt que doivent résulter « une foule d'effets tous importants au salut de la patrie. « Il doit mettre une masse d'assignats hors de la circula- « tion. Il doit mettre dans la trésorerie de très grandes « sommes pour servir aux dépenses ; il doit relever le cré- « dit public, etc. Voilà l'ensemble des espérances sur cet « emprunt. » (Rapport de Faypoult, 1" pluviôse an IV. Arch. nat., AF. III, 115.)

Robespierre, pendant la durée de son pouvoir absolu, ne parla jamais deflnances. Son célèbre rapport sur la situation politique do la République (27 brumaire an II) reste muet sur ce sujet (l).M.Taine dit de lui : «En matière de finances « et d'art militaire, il ne sait rien et ne se risque pas, sauf « pour dénigrer ou calomnier Garnot et Cambon, qui sa- « vent et se risquent. » {La Révolution, tome III.) Danton prononça, à l'occasion de l'emprunt forcé et de la démonétisation des assignats à face royale, les attaques contre les riches que nous avons citées. En dehors de là, il demeura do môme absolument étranger aux matières de finances.

1. A rassemblée consliliianlc, Robespierre n'inlervint clans les affaires de finances que dans de rares circonstances, en se plaçant toujours au point de vue politique.

Si nous consultons un des écrits jacobins possédant le plus d'autorité, lOiS Fragments sur les mstitutions répuhlicaines, par Saint-Just, nous y trouvons, au sujet des finances, les passages suivants :

« Il faut tirer les assignats de la circulation, en mettant « une imposition sur tous ceux qui ont régi le? affaires « et travaillé à la solde du Trésor public. »

« 11 faut détruire la mendicité, par la distribution des « biens nationaux aux pauvres... »

« Voici le but qu'il nous semble qu'on pourrait se « proposer d'atteindre : ... 2° Asseoir équitable ment les tri- « buts sur tous les gains, sur tous les produits, par un « moyen facile^, sans fisc, sans agents nombreux... »

« 3" Lever tous les tributs en un seul jour sur toute la « France. »

« 5° Empêcher tout le monde de resserrer les monnaies, « de thésauriser, de négliger l'industrie pour vivre dans « l'oisiveté... »

« Il n'existera d'autre impôt que l'obligation civile de « chaque citoyen âgé de 21 ans de remettre à un officier « public, tous les ans, le dixième de son revenu et le quin- « zième du produit net de son industrie. Le tableau des « payements sera imprimé et affiché toute l'année. »

Les plus fervents admirateurs du jeune héros de la Révolution ne reliront pas sans étonnement le na'if programme financier que nous détachons de ses œuvres !

L'absence de principes financiers chez les jacobins comporte, néanmoins, une exception : le manque de foi devint leur véritable et constant programme.

Nous avons montré comment les assignats à face royale furent effrontément démonétisés en pleine émission ; puis vint la faillite générale du papier-monnaie, le payement en

papiers sans valeur des rentes et des pensions, ia réduction définitive des deux tiers sur les arrérages, etc.

Dès le mois d'avril 1792, Gambon proposait, comme une très simple opération, l'ajournement des remboursements dus, à échéance fixe, aux anciens fermiers généraux (30 millions), aux anciens administrateurs des domaines (26 millions), aux régisseurs généraux, etc. « On « vous dit, s'écrie-t-il, que vous ne pouvez suspendre, même « pour un très court intervalle, le payement d'aucune des « parties de la dette, comme si tontes les créances pou- « valent se pcq/er à la fois! comme s'il ne fallait mettre « aucun ordre dans les remboursements !... Nous faisons « la guerre pour notre Constitution, et le maintien de la « Constitution n'est -il pas la dette la plus sacrée? (Dis- « cours du 30 avril 1792.) — L'intérêt même de vos « créanciers vous oblige de sacrifier toutes vos ressources <r pour le succès de la guerre. » (14 mai 1792.)

Loi suprême du salut public, nécessité de régler l'ordre des payements^ prétendu souci de l'intérêt des créanciers, aucun argument ne manque dans ce premier plaidoyer méthodique en faveur des manques de foi. Les jacobins auront souvent l'occasion de le reproduire. Plus tard, en outre, ils courront sus aux aristocrates et confisqueront leurs biens sans ambages.

Que dire maintenant de Cambon qui conduisit à peu près seul les finances sous la Convention jusqu'au 9 thermidor et même postérieurement?

Le personnage semble très justement dépeint par cet extrait de la Biofjraphle universelle : « C'était un homme à

« vues courtes, travailleur, probe, infatigable et ennuyeux « parleur, tenant pour article de foi qu'il était un aigle en « finances... Il y avait du narcotique dans sa voix solen- « nelle. »

Après le 9 thermidor, Gambon fut violemment attaqué tant à la tribune que dans la presse (1). Sa probité paraît être sortie intacte deTépreuve; on n'en peut dire autant de ses mérites. « C'est surtout à la trésorerie nationale, où il « s'est fait maître souverain, qu'on peut prendre une juste « idée du désordre de sa tête. Il a tout confondu, il en a « interverti l'ordre, brouillé chaque partie, désorganisé « l'ensemble, vicié la comptabilité ; le lo^ial même n'a pu « résister à sa manie de bouleverser. » {Coup d^œil d'un aveugle sur V administration du contrôleur général Cambon.)

Par une réaction naturelle, le public, après l'avoir longtemps encensé, lui imputa tous les malheurs du temps et l'accabla d'injures (2).

1. Coup d'œil d'un aveugle sur l'administration du contrôleur général Cambon. (]794. Bibl. nat., Lb. 41, 1413.) Terray-Cavibon traité comme il le mérite, par un très petit créancier de l'État. (Idem, Lb. 41, 1414.)

2. Extraits des rapi^orts journaliers de police : (Adolph Schmidt, Tableaux de la Révolution française, Leipsig, 870, t. I.)

P.228, 8 fructidor an II. Cavagnac, officier de paix, et plusieurs inspecteurs ont arraché ce matin deux placards écrits à la main portant ces mots :

Peuple trop bon, Quand écartèleras-tu Cambon ?

Peuple trop bon, Quand guillotineras-tu Cambon".'

Ibid., p. 287, 28 pluviôse an III : Cambon était traité très défavorablement : on l'accusait de malversation et d'avoir, par ses opérations financières, ruiné le crédit de la République et discrédité les assignats. (Rapport sur les propos tenus dans les cafés et dans les groupes.)

Mais, avons-nous dit, les accusations accumulées sur Gambon par ses collègues de la Convention, par les journaux, par les brochures et par le public, ne frappaient pas juste en s'en prenant à sa malhonnêteté personnelle.

« Quant à moi, s'écriait -il en 1793, je déclare à la Gon- « vention que le bilan de ma fortune sera imprimé : il le « sera avec exactitude, parce que j'ai des associés. » (Discours du 14 mai 1793.) « Groiriez-vous, ajoute-t-il, qu'on « a dit et imprimé à Nismes que j'avais envoyé à mon « père 45 livres pesant d'assignats et, quelques jours après^ « 3 millions ! » (11 juillet 1793.) Plus tard, après le 9 thermidor, il réplique à Tallien : « Viens m'accuser, Tallien !

I/jUL, p. 299, 21 ventôse an III : « Au théàti-e Favart plusieurs couplets ont été chantés, entre autres un couplet satirique contre Cambon, ayant pour titre : « Le Financier d'État ou Cambon en Vaudeville. »

Ibid., p. 301, 25 ventôse an III : « Les officiers de paix ont trouvé hier affichées deux pièces de vers :

De par un certain comité,

Défense à la Nation

D'oser dire la vérité En parlant du coquin Cambon.

Cambon le tripoticr, successeur de Calonno, Portait, la larme à l'œil, sa plainte au comité, Disant que tout Paris dont il est la colonne Le traite de brigand, de voleur éhonté. — Quoi donc? répond Mathieu, vit-on jadis Cartouche, Qui fut en son vivant pareillement traité, A ceux qu'il détroussait vouloir fermer la bouche? — Collèg'ues, dit Cambon, était-il député?

////t/., p. ol5, 17 gerniiiial an III : Le décret d'arrestation de Lecointre, Cambon, Thuriot et autres était le principal objet des conversations : on approuvait généralement cette mesure. L'opinion publique paraît plus forteaicnl prononcée contre Cambon que contre les autres. On l'accuse d'être le !)ourrt'au des finances.

« Je n'ai fait que surveiller; nousverrons si dans tes comp- « tes tu as apporté le même désintéressement? » (18 brumaire an III.) Ces affirmations ne sont sans doute point des preuves, mais leur énergie, leur persistance et leur ton convaincu semblent dénoter une conscience sans reproche. Aucun fait précis ne fut d^ailleurs jamais allégué sa charge.

Le jour de son exclusion du comité des finances, il s'essaye encore, d'une main lourde et maladroite, à refaire sa biographie : « Je fus dans le commerce six ans avant la « Révolution : j'ai travaillé à mon compte, quand aupara- « vaut je travaillais pour le compte de mon père. Mon

« père a marié sa fille » L'assemblée n'en voulut pas

entendre davantage et l'interrompit brusquement en le mettant hors du comité des finances. (Séance du 14 germinal an III.) (1).

En 1797, Cambon écrivait encore dans une brochure : « Pendant les quarante-trois mois que j'ai été membre des « assemblées législatives, j'ai été presque toujours mera- « bre des comités des finances, mais je n"ai jamais ordon- « nancé, fait, ni fait faire aucun payement. Je n'ai jamais « été en mission : j'ai surveillé la trésorerie. » [Lettre de Cambon fils aîné à ses cojicitoyens sur les finances, 1797.)

La suite de sa vie montre, en effet, qu'il sortit pauvre du pouvoir (2).

1. Le procès-verbal porte à la suite de ce vote d'exclusion : « Les plus « vifs applaudissements éclatent dans la salle et dans les tribunes. »

2. Cambon, après les événements du 12 germinal an 111, se retira dans une propriété qu'il possédait près de Montpellier, et y vécut modestement. Bien qu'il s'y occupât d'agriculture et non de politique, sa notoriété faillit un jour lui coûter la vie. Une troupe d'hommes armés parcourant la campagne le reconnut et le poursuivit. « Si c'est Cambon, dit l'un d'eux, tirez- « lui un coup de fusil. C'est un conventionnel, et il faut nous défaire de

Le désordre n'était pas davantage son défaut. Ses travaux, au contraire, témoignent de beaucoup de méthode et de soin, d'un goût méticuleux pour la symétrie. Sans doute, il ne réforma pas l'administration des finances ; mais il combattit, du moins, les abus avec ardeur. Il dénonça sans cesse les agioteurs et les fournisseurs infidèles : « Si la République est mal servie, disait-il , ce n'est pas qu'elle « ne paye pas cher ses fournisseurs. Le grand vice est que « les bureaux de?, ministères ont toujours été gorgés (Tin- « trigants. Cette race dévorante est pire que sous l'ancien « régime. Nous avons des commissaires ordonnateurs « dont les brigandages sont épouvantables. J'ai frémi « d'horreur, lorsque j'ai vu pour l'armée du Midi des mar- « chés de lard à 34 sous la livre ! ■» (Discours du l*"" novembre 1792.)

Malheureusement, cette indignation ne s'appuyait pas toujours sur des faits, et surtout aucun plan de répression efficace ne la sanctionnait. Ainsi, après avoir accusé de prévarication le citoyen Marchai pour un marché de lard salé, etl'abbéDespagnac « pour une fourniture de « chevaux et de mulets, à raison de 5 livres, 15 sols, à la « charge par la nation de nourrir l'homme et le cheval », il ajoute: « J'annonce que le même marché a été affermé à « raison de 50 sols pour l'armée du Rhin. » (Séance du 20 novembre 1792.) Rewbell lui fait alors judicieusement remarquer que, «si les marchés ont été faits en assignats, « les fournisseurs pourront les justifier». (Idem.) Là, en

« tous les membres de celte infâme assemblée . » Cambon, couchr en joue, se jeta dans l'eau jusqu'à la ceinture. Un des fusils fil faux feu : l'autre partit sans l'atteindre. Protégé par le débordement du ruisseau, (Jambon put se retirer chez son frère. (Plainte au citoyen juge de paix du canton de Gcorges-d'Orgues, par Pierre-Joseph Cambon fils aîné, 5i8 thermidor an V,15 août 1797.)

effet, résidait le point essentiel à éclaircir tout d'abord. « Pour épargner le temps de la Convention, conclut Lan- « juinais, Cambon aurait dû demander les pièces au mi- « nistre de la guerre, et venir ensuite seulement proposer « à la Convention un décret d'accusation. » (Idem.)

De même, lorsqu'en 1793, Cambon vint répéter à la tribune : « Depuis neuf mois, nous avons dépensé 552 mil- « lions avec Tbabillement ! Voilà comment tous les jours « on met le désordre dans les finances », il s'attire cette réplique parfaitement justifiée de son collègue Biroteau :

« Il est bien étonnant qu'on vienne sans cesse nous an- « noncer des dilapidations, des malversations, des acca- « parements, et qu'onnait jusqii'ici pris aucune mesure « pour faire punir les accapareurs et les voleurs de la « République ! » (Séance du 25 mai 1793.)

Le rôle de dénonciateur était, en effet, plus facile et moins dangereux à remplir que celui de réformateur. Mais quelles réformes auraient pu triompher de la désorganisation générale.

D'un esprit médiocre, comme le dit la Biographie universelle et comme le prouvent les citations précédentes, capable néanmoins de très bien comprendre et de bien exécuter, sinon de concevoir et d'imposer personnellement un programme, faible de caractère malgré sa jactance méridionale, Cambon ne fut en somme qu'un jacobin enrégimenté avec ses collègues. Ceux-ci lui confièrent la direction des finances en raison même de ses qualités secondaires et de sa passive subordination.

Sa gestion refléta leurs idées. Il poursuivit à outrance l'émission des assignats qu'il trouva ouverte ; il organisa l'emprunt forcé dun milliard. Ces deux moyens diili-

menter les caisses publiques appartiennent au fonds commun des idées révolutionnaires.

Les manques de foi trouvèrent, de même, en lui un docile instrument. Nous l'avons entendu proposer et appuyer successivement chacune des faillites de la Convention. S a loyauté d'ancien commerçant eût sans doute protesté, dans des jours meilleurs, contre le mépris des plus solennels engagements.

Mais le mot d'ordre était donné au club des Jacobins. Gambon respectait aveuglément ses décisions et se les appropriait. Le 13 brumaire an II, un membre du club s'écrie » : Gomment voulez-vous qu'un vrai sans-culotte « puisse fournir un cautionnement? Il s'ensuit que les « places de la trésorerie ne pourront être remplies que « par les Messieurs. » Léonard Bourdon ajoute : « Le sans- « culotte n'a pas d'argent. Il n'a que du patriotisme et de « Id^y^vin. Le véritable cautionnement, c'est la guillotine. » (Société des Amis de la liberté et de l'égalité, séant aux Jacobins.)

Un mois après, Gambon monte à la tribune et dit: « Je « rappelle à la Convention la proposition qui lui fut faite « un jour par Ghabot : elle tendait à supprimer les caution- « nements comme ayant le double inconvénient d'exclure « des administrations publiques les sans-culottes et les « vrais amis de la Révolution, pour y placer les riches, et « d'être enfin une mesure illusoire. Le comité des finances, « persuadé que le temps est venu de faire disparaître les « privilèges et de n'admettre dans l'exercice des fonctions « publiques que le cautionnement des vertus et des talents, * m'a autorisé à vous proposer de décréter le principe de « la suppression des cautionnements. » (Séance du 17 décembre 1793.) Livré à lui-même, dans un autre milieii, Gambon eût-Il

jamais proposé de déporter en masse, à la Guyane, 50.000 prêtres non assermentés : « Qu'on leur donne des vivres, « s'écriait-il, des femmes même, mais qu'on s'en débaf- « rasse sans pouvoir les craindre. > (23 août 1792.)

Ses écrits dénotent, au contraire, en divers passages beaucoup de rectitude naturelle d'esprit. Vers la fin de la Convention, à la suite d'un long résumé des opinions émises sur la question du retirement des assignats, reconnaissant le vide des projets présentés et les périls de la voie parcourue, il trace en termes remarquables, — bien tard sans doute, — le véritable programme qu'il eût fallu suivre. « Tout le monde sait, dit-il, que pour établir « l'ordre dans les finances du gouvernement, on doit régler « ses dépenses ordinaires de manière qu'elles n'excèdent « pas le produit des recettes ordinaires... Le plus sûr, on « peut même dire l'unique moyen d'affirmer le crédit « public, serait d'établir un bon système de contributions : « car, sans revenus fixes, point de confiance.

« Depuis le commencement de la Révolution, on a tou- « jours attaqué la source des revenus publics^sans exami- « ner si les moyens de remplacement suffiraient aux dé- « penses ordinaires. Voilà, n'en doutez pas, les causes du « discrédit dont on se plaint, puisqu'elles paralysent les « recettes ordinaires. Disons au peuple, il en est temps, « qu'une grande société n'aura jamais un gouvernement « protecteur des personnes et des propriétés, si les recettes « ordinaires ne lui fournissent pas les moyens d'acquitter « les dépenses ordinaires. Disons-lui que, sans contribu- ■"- tions, point de tranquillité publique ; disons aussi aux c créanciers de l'État que leur intérêt particulier est lié à « l'existence et à la rentrée des contributions.

« C'est en mettant en pratique ces principes éternels de « Tordre social que nous parviendrons à établir un système

« de finances. » (Rapport lu à la séance du 7 ventôse « an III, 25 février 1795, par Gambon.)

Ainsi, après quatre ans de désastreuses expériences, à bout d'expédients, la Révolution entend de nouveau proclamer,par la bouche même de Gambon^ les principes que Necker avait tant de fois, et si vainement recommandés.

Le ministre qui, après Gambon, gouverna le plus longtemps les finances de la République, Ramel, manifesta des tendances personnelles non moins caractérisées.

Ramel avait été membre de la Gonstituante et de la Convention. Dans ces deux assemblées, on l'avait vu successivement, tantôt suivre l'inspiration de son bon sens très net et très droit, tantôt céder malheureusement à rintkience de son entourage.

Ainsi, c'est lui qui fit proclamer par la Convention le principe de l'impôt progressif : « Votre comité des contri- « butions, dit-il, s'est occupé avec assiduité de répartir « les charges publiques d'après des taxes progressives qui « porteront principalement sur le luxe et le superflu des « riches. » (17 mars 1793). Un décret conforme à sapro- « position fut rendu le 18 mars.

Quelques mois après, il rédigea le grand rapport qui précéda le vote de l'emprunt forcé et progressif d'un milliard sur les riches. (18 août 1793.)

Mais, d'un autre côté, il s'opposa ouvertement à la démonétisation des assignats à face royale^ déclarant cette opéi-ation funeste au crédit public, et prévoyant qu'elle détruirait la confiance dans la sécurité du papier-monnaie. 11 lut des premiers à combattre les lois de maximum : « Je

« regarde, disait-il, cette mesure, non seulement comme « inutile, maisje la trouve injuste et dangereuse. » (3 septembre 1793.) Il fit un remarquable rapport contre l'impôt en nature 2i pluviôse an II), demanda qu'on séparât les contingents des propriétés bâties et des propriétés non bâties (Idem), réclama la levée du séquestre des biens des étrangers (9 nivôse an III), tenta de rectifier le mode vicieux suivi en 1791 pour la répartition de la contribution foncière (23 nivôse an III), etc.

Une fois au pouvoir, du 14 février 1796 au 20 juillet 1799, tout ce qui sort de sa plume, tout ce qui émane de son initiative devient irréprochable. En suivant, dans un prochain chapitre, les actes de son ministère, en analysant sa correspondance et ses rapports, nous pourrons nous convaincre des excellentes intentions qui l'animèrent (1).

Par quelle fatalité cependant, durant son administration, les plus détestables pratiques révolutionnaires continuèrentelles à prévaloir? Quelle influence contraire à la sienne renouvela, sous le Directoire, les désordres, les manques

1. Ramel cousacrait tout son temps aux soins do son administration et se vouait exclusivement aux affaires de finances. Aussi chei'cliait-il à s'exempter des réunions du Directoii-e, oii se traitaient les questions politiques : ses lettres d'excuse abondent dans les archives:

«Retenu dans ma chambre, pendant quarante cinq heures, par une dou- « leur dans la poitrine et par un mal à la gorge dont je m'efforce de me « délivrer afin d'assister à la cérémonie de demain, je ne pourrai me ren- « dre, etc.... (l*"" pluviôse an VI.) — Je resterai toute la journée chez « moi pour remettre mes affaires journalières au courant : on se ressent « auministère des finances d'une différence de douze heures. » '12 pluviôse an VI.) Une autre fois, c'est une séance de commission de finances qui s'est prolonc^r-c '11 germinal an VII), ou bien même, sans alléguer aucun motif, il écrit au président : « Je ne pourrai me rendre aujourd'hui au Directoire exécutif. » ,'21 germinal an VI.) (Àrch. nat., A F. III, 114. Correspondance des ministres avec le Directoire.)

de foi, les gaspillages qui avaient déshonoré la Convention? Corruption des fournisseurs^ concussions des fonctionnaires, faillite sur les assignats et la dette publique, mandats impayés, misère des créanciers de l'État, éternel recours au papier-monnaie sous toutes ses formes ! Gomment concilier l'existence d'un tel bilan avec la gestion d'un homme honnête, modéré et intelligent?

C'est qu'en dépit du ministre, l'esprit jacobin persistait à diriger la marche des finances. Les jacobins, sous le Directoire comme sous la Convention, possédaient la majorité. Dès que cette majorité tendait à se déplacer dans les conseils, un coup d'État la reconstituait. Ramel dit très justement : « On était en révolution pendant Tan VII, « comme on l'était dans le temps de la Convention natio- « nale.» {Des finances de la République. )y[QmQ en juin 1799, cinq mois avant l'avènement du Consulat, les jacobins, encore tout puissants, ne connaissant d'autre programme financier que le papier-monnaie et l'emprunt forcé, faisaient décréter un emprunt forcé et progressif de cent millions sur les riches.

Les plus terribles enseignements ne les avaient pas éclairés. Ils se proclamaient toujours aveuglément les sauveurs de la patrie, sans écouter aucun avis, ni profiter d'aucune leçon. Tant qu'ils détinrent le pouvoir, on les vit persévérer dans le système financier qui procédait de leur essence même, celui d'exploiter le présent aux dépens de l'avenir, jusqu'au complet épuisement du pays.

« Écoutez les jacobins sur les finances, dit un journal « de la fin du Directoire. Depuis qu'ils s'en mêlent, les im- < pots ne sont plus payés, les caisses sont vides, les ren- « trées impossibles, les terres dépréciées et sans valeur;

« Malgré 50 millions de garnisaires (d'après le rapport

« d'Arnould), il y a un arriéré de 180 millions sur les

< années antérieures à l'an VII. On leur répète qu'il faut « nécessairement varier et diviser les contributions, au lieu « de charger exclusivement les terres et de rendre par là « les propriétaires insolvables...

« Ils sont sourds à ces vérités si simples : ceux qui les « énoncent sont des chouans, des amis des rois, etc. Voilà « leur réponse la plus solide.

« Malheur au pays ou la bêtise est triomphante ! » (L'Aifii des lois, 15 fructidor an VII, n» 1465.)

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