RESUME GENERAL
apparaissent comme de lointains précurseurs des agissements financiers de la Révolution.
Après Tavènement de Louis XVI, Turgot et Necker ne purent, on Ta vu, accomplir toutes les réformes qu'aurait comportées la gestion de la fortune publique. Le temps leur manqua. Ils laissèrent subsister Timperfection de la comptabilité, Fabsence de prévisions budgétaires, le simulacre de comptes d'exercices sans justifications authentiques, en un mot tous les vices de l'ancienne organisation qui avaient favorisé tant d'abus. Après eux, Galonné et Brienne reprirent, sans résistance, le cours de dilapidations et de désordres inauguré à la fin des règnes de Louis XIV et de Louis XV par leurs plus coupables prédécesseurs.
C'est dans cette voie, ainsi laissée ouverte, que s'engagea la Révolution. Incertaine d'abord, elle se contenta d'assister passivement aux expériences malheureuses de Neckér; puis, s'emparant de la direction des affaires, elle ne tarda pas à tomber, comme il arrive toujours en l'absence de principes solides et de moralité administrative, dans les utopies et dans les expédients.
Au lieu d'organiser le budget, d'assurer avant toutes choses son équilibre, de remplir scrupuleusement le vide des impôts, de garantir non seulement le présent mais l'avenir par de sages règlements, par un régime efflcace de contrôle parlementaire, par un sévère examen des évaluations de recettes et de dépenses, l'assemblée constiluante préféra puiser, sans compter, pour ses besoins ordinaires el extraordinaires,dans le trésor des biens nationaux. Dès lors, toute ombre d'organisation budgétaire s'évanouit. Necker n'est plus écouté, le papier-monnaie constitue le seul instrument financier. Dire que ce système fut l'exacte continuation du système pratiqué sous l'ancien régime
serait une inadmissible exagération. Mais, au fond, le même défaut de principes produisit les mêmes résultats. De part et d'autre, on vit les ressources normales des budgets ordinaires s'effacer au second plan, les recettes et les dépenses, dépourvues de cadres fixes, se mouvoir en dehors des prévisions annuelles, le Trésor vivre au jour le jour, nulle comptabilité n'enregistrer les opérations, ni permettre leur contrôle. Enfin, ce qui caractérise surtout les deux régimes et leur imprime une même flétrissure, c'est le manque de foi^ conséquence immédiate des embarras financiers et solution unique des difficultés extrêmes.
Nous avons vu les ministres de Louis XIV et de Louis XV infliger déjà au xviii* siècle la honte de sept répudiations officielles des engagements de TÉtat. La Révolution, en continuant ces actes coupables, les dépassa et y joignit € l'atrocité de son génie. » L'abbé Terray revint des enfers, comme dit Mirabeau eii 1790, et les malheureux exemples du passé poussés à l'extrême aboutirent à la catastrophe financière la plus formidable que l'histoire ait jamais enregistrée. Là est le résumé des précédents chapitres.