‹ Les finances de l'Égypte sous les LagidesChapitre 220 sur 227 · Tebt. Pap., App. II · texte numérisé non relu

Tebt. Pap., App. II

sous LES LAGIDES. 233

Egypte, il resterait à peine, s'il s'agissait de cuivre, une somme de 1,500 à 3,000 talents d'argent, somme dérisoire, à peine le septième des revenus annuels, et qui n'aurait certainement [)as mérité l'attention de l'historien. En réalité, la question reste insoluble tant que nous ignorons, d'une part, la source d'Appien, de l'autre, le trésor apporté d'Asie par Ptolémée Sôter P''^ Le seul fait certain, c'est que les trois premiers Ptolémées ont été très riches, et avec ostentation-, et leurs successeurs toujours à court d'argent; on ne peut expliquer la chose par le seul fléchissement des impôts, puisqu'ils baissèrent à peine de 2,000 talents pendant toute la durée de la dynastie.

En somme, ce n'est qu'un incident de l'histoire financière des Lagides : le trésor de Philadelphe disparait mystérieusement après lui. La vraie ressource des rois d'Egypte fut dans l'organisation étonnante cju'ils avaient trouvée dans le pays et dont ils avaient si bien su tirer parti en la développant au mieux de leurs intérêts et de ceux du pays. Cette organisation était si remarquable que, lorsqu' Auguste voulut refaire celle du monde romain, il ne sut trouver un meilleur modèle que

1. Droysen, Zum Finanzivesen cler Ptolemàer (dans les Sitzungsbericittc Kgl. pr. Ak. Wissenscli. Berl.^ mars 1882, fasc. 11), p. 207 et suiv., a précisément essayé d'établir ces deux points.

2. Voy. la pompe décrite par Callixène, dans Athénée, Banq., V, 25-36.

23^ LES FINANCES HE l'f'gYPTE SOUS LES LAGIDES.

rÉgypte et que, plus tard encore, ce fut peut-être là que Dioclétien alla chercher les principes de sa réforme. Ainsi, le régime financier des Pharaons, si habilement transformé par les Lagides, régit tout l'empire romain, et par lui a donné, après des modifications de plus en plus importantes il est vrai, les principes sur lesquels est fondé le régime financier des sociétés modernes.

Discussion de la liiérarchic des fonctionnaires financiers au IIP et au IP siècle.

La hiérarchie des fonctionnaires est parfois assez difficile à établir. Si, dans certains cas, les fonctions mêmes des officiers suffisent à nous indiquer leurs rapports entre eux (par exemple, leur fonction même nous montre que le nomarque est supérieur au toparque et celui-ci au cômarque), il y a bien des cas où ce système est inapplicable, soit que nous ne sachions que de façon très imprécise les fonctions d'un officier, soit que celles de deux employés différents se confondent presque et qu'il soit par suite très difficile de les distinguer (par exemple pour le stratège et le personnage appelé ô ïrX tôjv ::pc(7;oa)v). De plus, ce système peut devenir dangereux, car, dans le cas où nous ne connaissons que très vaguement les fonctions d'un employé, c'est surtout par sa position hiérarchique que nous pouvons les préciser un peu; c'est donc un cercle vicieux qui ne permettrait pas d'avancer.

Heureusement, nous avons une série de documents très utiles à ce sujet : ce sont les listes d'officiers qui composent les protocoles des ordonnances royales, et du reste, en général, celles que l'on trouve éparses un peu pai'tout dans nos papyrus. Mais les plus sûres sont sans contredit celles de la première catégorie : le roi d'Egypte,

en têle de ses lettres, salue tous ses officiers suivant leur rang. Nous pouvons donc par là voir les places respectives de ces officiers.

1° Hiérarchie au m® siècle.

Au iii« siècle, nous n'avons qu'un seul document : c'est le protocole qui se trouve dans le Papyrus des revenus, col. 37, 2-5 :

BaaiXeJùç IlToXsiJ.aîoç [toTç d-pJaTYjYoTç xxc toT[ç t'âTCap-

xa]l Totç y;yî[j.6iti xal to[Î]ç vo[j.ap'/atç y.al toTç T:o[7:âpxa'.ç y.ai To]iç

oîy.]ovc[xoii; xai totç àvTtYpaipsjai xal TOtç P3cciX[aotç Ypa[j.-

/,]al Totç Atêuipy^aiç xal tcÎç àpy/çuXaxii:a[t(; xaat Xajtpciv.

Dès la lecture de cette liste, on voit que les officiers ne sont pas nommés à la file suivant le rang hiérarchique de chacun, et pour ainsi dire par couches successives comprenant tous les fonctionnaires de même grade et descendant ensuite d'un degré. Encore moins peut-on admettre que le rang des personnages va en diminuant du premier au dernier. Ils sont rangés par corps, suivant la préséance attribuée à chacun de ces corps, et, dans chacun d'eux, ils sont nommés à la suite et par ordre hiérarchique, des grades supérieurs aux grades inférieurs, en sorte que le dernier degré du corps des officiers militaires , par exemple, qui a la préséance sur celui des administrateurs du domaine royal, se trouve précéder immédiatement le grade le plus élevé de ceux-ci. C'est le système employé dans toutes les listes de fonctionnaires égyptiens subsistantes. Il semble au premier moment qu'il laisse beaucoup de place à la fantaisie et que chacun puisse disposer le tableau comme il lui plaît; mais, en s'aidant des ren-

seignements sûrs qui restent sur les fonctions des officiers et leur rôle, on peut arriver à préciser le tableau.

Dans la liste ci-dessus, écartons tout d'abord le premier et le dei^nier groupe, l'armée et la police qui ne rentrent pas dans notre sujet. Le toparque est certainement inférieur au noraarque, puisqu'il y a plusieurs toparchies dans une noraarchie. D'autre part, l'économe ne peut être l'inférieur du nomarque, car nous savons que, dans le nome, il y a plusieurs nomarques, mais un seul économe. C'est donc le chef d'un service différent, et ils sont indépendants l'un de l'autre. L'antigraphe, qui sert de conti^ôleur à l'économe, doit, par suite, être son égal, et ne peut lui être inférieur. Quant au basilicograramate, on peut hésiter, et il est difficile de savoir s'il était l'inférieur ou l'égal de l'économe. Cependant, il faut songer qu'il est le chef d'une organisation spéciale de contrôle qui doit être partout indépendante pour être efficace; comment le basilicogrammate pourrait-il contrôler les actes de l'économe s'il lui était soumis? De plus, il était l'égal des deux économes au siècle suivant, sans que nous voyions que ses attributions aient changé. Il faut donc le considérer lui aussi comme la tête d'un iroisiènie groupe de fonctionnaires.

On obtient ainsi le tableau suivant :

Ofkiciers militaires

Roi

Slralt'i'es

Ilippaniuos ^\iye[t.rjvBZ

Intendants

I) Il DOMAINE

Xoiiiar(|ucs

Topar((ucs

Employés

F I N A N C I E li s

Écoiioinos ot Aiitigra|ilios

Scrip.es

Scribes royaux

Police

Arcliipliy lacilis

Comme on le voit, ce tableau est assez incomplet; tous

238 AITENDICES.

les officiers inférieurs sont passés sous silence; nous savons pourtant qu'ils existaient, car il en est fait de fréquentes mentions çà et là dans les papyrus. En réalité, la lettre n'est adressée qu'aux chefs de service; c'est à eux qu'incombera le soin de prévenir leurs subordonnés.

On voit aussi que ce passage ne marque aucun intermédiaire entre le roi et les groupes d'officiers provinciaux du nome. Il est tout naturel que le diécète ne soit pas nommé; la lettre ne s'adresse qu'aux fonctionnaires de province. Ce qui serait étrange, c'est que les fonctionnaires provinciaux supérieurs aux chefs des nomes ne le fussent pas s'il y en avait eu^. On ne peut, en effet, alléguer que c'est un parti pris de ne commencer la nomenclature qu'aux officiers du nome; c'est là une supposition gratuite que rien ne justifie, puisque nous savons que dans tous les autres services (armée, administration du domaine royal, police] le nome est à cette époque la plus grande division administrative et que les épistratégies ne datent (jue du siècle suivant. Puisque le roi n'a pas jugé à propos de mentionner d'officiers supérieurs aux économes, nomarques, etc., alors que la lettre les eût intéressés au même degré que les fonctionnaires des nomes; que, d'un autre côté, nulle part dans le Papyrus des Revenus, il n'est fait mention d'eux ni de leur surveillance (et cependant il fallait bien qu'ils fissent quelque chose, et ils auraient certainement eu quelque l'ôle dans la surveillance des monopoles d'Etat); on peut en inférer qu'il n'existait pas de pareils officiers, et, qu'entre le diécète (central) et l'économe, il n'y avait aucun intermédiaire, ni diécète local, ni autre. Ces personnages avaient été inventés en partant de cette idée que le diécète d'Alexandrie eût été écrasé de travail si tous les rapports qui sont adressés à

1. C'était l'opinion de Grenfell dans Rev. Pap., p. 133, reprise ensuite par Wilcken, Ost., I, v, g G, p, 493, et depuis abandonnée par Grenfell dans Tebt. Pap., 5, 27, note, p. 33-34.

un personnage appelé diécète lui étaient vraiment adressés; par suite, on avait eu l'idée de diécètes locaux, à qui l'on avait attribué tous les passages des Papyrus de Pétrie qui n'étaient pas applicables exclusivement au diécète central. Mais rien dans aucun papyrus connu n'autorise cette hypothèse, et nous venons de voir qu'au contraire la liste de fonctionnaires citée ci-dessus lui est a])soluraent contraire.

Ce passage nous montre de plus qu'il n'y avait à cette époque aucune espèce d'unité administrative dans le nome. Intendants du domaine, employés financiers et scribes forment trois groupes indépendants et irréductibles. Bien plus, l'Egypte semble encore être considérée comme une série de domaines privés, domaines du roi, domaines des terbples, domaines des seigneurs féodaux, etc. Nulle part elle n'est administrée réellement : les nomarques ne sont pas des préfets, mais plutôt des intendants, des régisseurs; de plus, ils sont jusqu'à cinq par nome. En laissant de côté la Thébaïde, qui semble avoir eu une organisation spéciale, l'Egypte d'alors a vingtquatre nomes ' ; on voit combien il pouvait y avoir de circonscriptions indépendantes les unes des autres sur un aussi petit territoire ! L'administration financière n'est guère mieux centralisée; il est vrai que l'économe semble avoir tous les pouvoirs dans ses mains; mais il n'a guère de pouvoir que pour les impôts affermés, les revenus du domaine regardant les nomarques. Ainsi, celte organisation soulfre surtout du manque d'unité; nous verrons que tous les efforts de la réforme tendront précisément à lui en faire une.

2° HiÉRARCHIF, AU II® SIKCI.K.

Nos renseignements sont beaucoup plus nombreux pour 1. Rer. Pop.. 31: 60 et suiv.

le II'' siècle, et la hiérarchie peut y être établie de façon beaucoup plus complète.

Le papyrus 23 de la 2^ série des Papyrus grecs de Grenfell et Hunt' nous montre le chemin que suivait à cette époque un ordre du diécète; il l'adresse à l'hypodiécète, qui, lui-même, le transmet à un subordonné dont le nom n'est malheureusement pas donné, et c'est cet employé qui accomplit l'ordre. Mais là encore se pose la question : s'agit-il du diécète central ou d'un officier provincial portant ce nom ? Ici encore il faut écarter l'hypothèse d'un diécète provincial. Les papyrus de ïebtynis, si précis cependant, ne connaissent pas d'intermédiaires entre les officiers du nome et le diécète d'Alexandrie-. De plus, les requêtes du Sérapéum passent directement des mains du roi dans celles de l'hypodiécète, sans qu'il soit mention d'un diécète quelconque, soit central, soit provincial. Cela se comprend bien s'il n'y a en Egypte qu'un diécète unique, remplaçant le roi dans toutes les questions financières; dans ce cas, en effet, le roi reprend pour un instant ses pouvoirs au diécète et en use comme il lui plaît; mais, s'il y avait un diécète provincial, pourquoi les pièces passeraient-elles ainsi par-dessus sa tête pour aller directement à l'hypodiécète, un subordonné? La marche de ces requêtes est (avec la substitution du roi au diécète) la même que celle du Papyrus de Grenfell cité plus haut. Dans les deux cas, on doit donc admettre qu'il n'y avait qu'un seul diécète, au II'' comme au iii^ siècle, résidant à Alexandrie et exer-

Page 1