Tebl. Pap
I!VÏR0I)LCTI0.\. 27
et serait formée du domaine privé du roi et peut-être des princes'.
Il me semble en effet impossible de voir dans la VY) '!oicy,Tï)Toç ce que nous appelons aujourd'hui la propriété privée. Il serait fort étrange que nulle part, dans toutes les listes de papvrus ([ui nous ont été conservées, il ne s'en trouvât pas une seule où fût fait mention d un propriétaire lOio/.TYjp.ojv. Les éditeurs des Papyrus de Tebtijnis expliquent le silence en remarquant que presque tous nos documents proviennent du Favoum, et que cette province fut presque entièrement gagnée sur les eaux et les marais du lac Mœris h l'époque grecque ; les terres ainsi desséchées seraient entrées de suite dans le domaine royal. Mais une moitié du Favoum existait déjà aux temps pharaoniques, et la future Crocodilopolis-Arsinoé était déjà une bourgade assez importante; et le bassin du Gharak où se trouve Tebtynis est précisément une des régions qui, depuis le plus longtemps, avaient cessé d'être sous les eaux, lors de la conquête macédonienne. Ainsi le nome arsinoïte ne s'est nullement ti'ouvé dans une situation exceptionnelle; par suite, si l'on admet que le régime de la propriété avait pu se développer dans le reste de l'Egypte jusqu'à la formation d'une véritable propriété privée, il est difficile de voir pourquoi ce développement aurait été empêché juste dans le nome qui nous fournil presque tous nos documents.
1. Ces a|iana}ips devaient èlre souvent assez iinportanls, s'il faut admettre que les nouiI)ieuses villes appelées Ai si une et Bcrriticp. étaient réellement données eu fief aux reines qui leur servaient d'éponymes et leur imposaient leur nom.
En somme, dans l'Egypte ptolémaïque, il n'y avait, du moins d'après les documents découverts jus([u'h ce jour, aucune trace de la propriété privée telle que nous l'entendons aujourd'hui. Terre royale, terre sacrée, apanages des princes, fiefs des grands seigneurs, lots des colons militaires, voilà tout ce que nous rencontrons. Si l'on met de côté les communautés helléniques, Alexandrie et Plolémaïs, et quelques autres de moindre importance (les Hellénomemphites par exemple), qui usaient du droit grec, les Lagides n'introduisirent aucun changement dans le régime de propriété foncière qu'ils trouvèrent établi.
Paiement des impôts : paiemeint en nature, paiement en monnaie.
Du reste, ils ne cherchèrent presque jamais h modifier les habitudes de leurs sujets que lorsqu'ils devaient tirer de ce changement de grands avantages, et c'est ce que les transformations qu'ils ont apportées dans l'organisation financière des anciens Egyptiens montrent bien. Ils ont laissé subsister le cadre antique, et l'on peut dire que tout leur système est contenu dans celui des Pharaons; il n'v a guère d'impôts importants que ceux-ci n'aient connus : ils levaient un impôt foncier, un impôt personnel; les éleveurs de bétail et de volailles étaient taxés; les industriels payaient des taxes proportionnelles à la quantité des objets manufacturés. Le système des fermes d'impôts existait déjà, et avec lui le système de contrôle et de surveillance que nous retrouvons à l'époque grecque. Mais, tout en conservant ce cadre
ancien, ce qui avait ravanlai^e de ne pas déranger les habitudes de leurs sujets, ils ont fait subir à son économie intérieure la plus profonde des modifications : ils ont introduit la monnaie en Egypte.
Les anciens Egyptiens n'avaient jamais connu la momiaie'; tous les impôts se payaient en nature. C'était un principe absolu, l'impôt sur les volailles se pavait en volailles, l'impôt sur les grains en grains. On note aussi des recettes en poissons, en fèves, en « pains excellents », en bière, en dattes, etc.^. Pour les comptes, on avait établi une série d'étalons auxquels on rapportait tout : ainsi, pour les volailles, tous les comptes se faisaient en canards, ce qui ne veut pas dire que les paysans payaient tout en canards. On avait établi des équivalences : 1 oie cendrée = 8 canards; i oie d'une autre espèce = 4 canards; i grue = 2 canards, etc^. Pour les objets manufacturés, l'impôt s'évaluait en bœufs : tant de pièces d'étoffe valaient un bœuf; tant de chaussures en valaient un autre.
C'est bien encore ce même système qu'ont suivi les Ptolémées; mais l'intervention de la monnaie, en rendant les transactions plus faciles, a permis de simplifier le mécanisme de la perception. Au lieu de
1. La découverte d'une monnaie d'or de l'époque de Nectanebo I" ou de Takhùs ne prouve rien là-contre. Même en admettant que la |)ièce soit authentique, ce qui est probable, mais n'est pas formellement prouvé, elle n'a été frappée que pour payer les mercenaires grecs de ce prince. Voy. Bull. Inst. Franc. Archéol. Or., année 1901, p. 78 et suiv. : Chassinnat, Une monnaie d'or à légende hiéroglyphique trouvée en Egypte.