IJ
- L’administration publique de tous les Etats peut être envisagée comme une grande banque dont les sorties et tes rentrées se balancent è la fin de l’année. Sans approuver un pareil expédient, on comprend que, profitant du mouvement du trésor et de la facilité qu’ofTrc le payement de Vinipôt, le gouvernement crée une monnaie fiduciaire qui se inaintieudra dans la circulation sans l’encombrer.
si on n’oublie point de la restreindre dans les li- • mites marquées par l importance même des recouvrements è opérer. La prudence la plus vulgaire commande de se tenir dans une limite du quart au tiers du montant total du budget des recettes, ce qui donnerait pour la Russie une marge d’environ 100 millions de roubles (400 millions de francs). Ce chifïre, déjà considérable, se trouve presque septuplé, sans que la possibilité de l’écliange des billets contre espèces vienne raffermir la base chancelante d’une immense circulation
fictive.
fRKMIKRE PARTIE.
Rien de plus curieux ni de plus instructif que riiistoiro du piipier-nionnaie en Russie ; elle nous ofïre le contre-pied des principes sur lesquels pont s’asseoir un crédit sérieux : l’audace des entreprises le dispute à la facilité avec laquelle les engagements les plus solennels se trouvent désertés. C’est encore un écrivain russe, justement accrédité, qui nous fournira les données précises propres à jeter la lumière sur ces graves questions La monnaie de papier apparut pour la première fois .sous Catherine II; le manifeste publié par l’impérulrice, le 20 décembre 1708, s’appuie sur cette circonstance, que la monnaie de cuivre, alors instrument principal de la circulation, se prêtait mal au mouvement commercial et au transport do place en place. Afin de donner au papier-monnaie, créé sous le nom d’assûjnals, la faculté de circuler comme le métal, le même manifeste ordonne qu’il soit reçu dans toutes les cais.scs publiques, é l'égal du numéraire, en payement d'impôts. On fit plus, on obligea les contribuables à s'acquitter au moins pour le vingtième en assig)tats. Kn outre, des bureaux d’échange des assi-
' M. Ivan Üorlov, professeur à runivorsitc de l'étersbourg et inspecteur de la fucultc de droit, a fait paraître en 1SG2 ses Principe:! d'économie politique. Ix second volume contient (pages 200-227) les notions le.s plus roniplétes sur la circulation fiduciaire de la llussie.
gnats contre la monnaie de cuivre furent ouverts à Pétersbourg et à .Moscou. Un brillant succès couronna cette première tentative, à tel point que les cuisses publiques purent obtenir 1/i pour 100 do prime à rémission du papier. Afin de fournir la menue monnaie nécessaire aiiv transactions quotidiennes, on ouvrit en 1772 de nombreux comptoirs qui payaient les assignats en numéraire de cuivre.
l u oukase du 10 janvier 1771 avait prescrit de ne dépasser en aucun cas un total de 20 millions de roubles (80 millions de francs) pour l’émission des assignats ; mais cet engagement ne tarda pas à être violé ; les besoins de la guerre de Timpiie entraînèrent le gouvernement A se créer des ressources en usant du moyen trop commode que lui offrait la fabrication de la monnaie de papier. Un nouveau manifeste du 28 juin 1780 proclama l’assurance formelle que jamais la somme des assignats ne dépasserait 100 millions de roubles. Le manifeste aftiriuait que la masse déjà créée du papier-monnaie ne répondait pas aux besoins de la circulation; mais l’expérience montra bientôt que le chitl'rc de IttO millions dépassait de beaucoup ces besoins, car la valeur des assignats déclina promptement. Déjà en 1787, le rouble d’argent (divisé en 100 kopecks) était payé lO’l kopecks en assignats, le cours de ces assignats descendit à
PREMtÈRE PARTIE.
108 kopecks en 1788, à 109 kopecks en 1789. Les (lt‘peiisos occasionnées j»ar les guerres de Turquie et de l’ologue eutraînèrenl de nouvelles- émissions do jta[)ier, et les cours continuèrent de fléchir Il était tout simple (|ue le change sur l’étranger se^ ressentit de cet aflaiblissement des cours, etc’esl ce (|ui arriva. Une autre conséquence était inévitablej* le renchérissement de tous les objets, lu hausse du \ ]>ri\ nominal des choses. .Aussi I oukase du 23 juin 1791 éleva-t-il le chiffre de la capitation des paysans, « vu que le prix accru de tous les produits leur permettait de gagner davantage par la cuUure et par d'autres travaux. » L’iiupôt des (jitildes, lu quotité du capital exigé pour faire partie des trois corporations de marchands, la redevance sur le fer et le cuivre, le timbre, Jes droits sur les patentes, les privilèges, les paise-porls, tout fut accru. Ln oukase du 28 juin suivant augmenta la solde de l’armée.
‘ Voici un tableau qui rosùmc ce inouvemeul à la fin ilu siècle
dernier.
Rn
circulation.
Emiisioo
DouTcUe.
Prix du rouble-argent en papier.
10 millions de roubles.
€0 millions.
lOô kupetOLS.
Digilized by
A deux reprises r 1 impératrice Catherine viola l’engagement pris de se renfermer dans un maximum déterminé d’émission. Elle avait dépassé la limite de 20 millions primitivement posée; elle franchit de môme celle de 100 millions fixée plus tard. A sa mort, la somme du papier-monnaie s’élevait à 1.57,703,000 roubles. Ses successeurs ne s’arrêtèrent point en si beau chemin. En 1810, les assignats s’élevaient au chiffre colossal de 577 millions de roubles, .\lexandre 1" reconnut, par sou manifeste du 2 février 1810, cette masse de papier comme dette de l’Etat; il lui donna pour garantie l'ensemble de la fortune publique, en ajoutant qu’aucune nouvelle émission de monnaie de papier n’aurait plus lieu. Cette promesse eut 1e sort de celles qui l'avaient précédée : en 1817, le total du papier-monnaie atteignait 830 millions de roubles.
Il est difficile de le nier après de pareils précédents, la facilité do créer la monnaie de papier recèle une fatale puissance d’expansion qui ne peut céder qu’à un moyen radical : si on recule devant l’application d'un remède héroïque, on aggrave le mal, on l’étend et on expose tout l’organisme de l’Etat à un terrible ébranlement. Les résultats des nouvelles émissions se montrent d'ailleurs invariablement les mêmes : la monnaie métallique continue de monter par rapport au
PRBMlivHE PABTIE.
papier-monnaie, le change ne cesse de fléchir, et le prix nominal de tontes les marchandises s’élève aussi en causant la ruine des particuliers et des perles sensibles pour TKlal.
De 1798 à 1817, la masse du pnpie.r-inonnaio avait plus que quadruplé, en entraînant la réduction de la valeur réelle du rouble-assignat au quart de la valeur nominale, cl mémo au-dessous. IW's 1810 cependant, afin de rétablir l'équilibre rompu par une émission inconsidérée do papier, un manifeste du 27 mai avait annoncé un emprunt intérieur et la vente d'une partie des domaines de l'Etal; l'imj)ératrice Catherine avait^déjà songé à une pareille mesure. C'est en 1817 soulement que ces projets j)urenl se réaliser en partie : un emprunt fut contracté i\ 83 1,3 pour lüO en obligations produisant G pour 100; il eut lieu en papier-monnaie, de manière à consolider au moyen d’une dette portant intérêt une portion de la dette improductive. Celle opération fut renouvelée en 1818, au taux de S.’i pour 100; en 1820, un nouvel emprunt 5 pour 100 fut conclu au dehors en numéraire au taux de 72 pour 100, ce qui procura au gouvernement une ressource de 29 millions à peine contre un engagement porté à 40 millions; d’autres emprunts analogues suivirent, au taux de 77 et 77 1,'2, et une partie des sommes ainsi obtenues fut remise à la commission d’amor-
tissement de la dette, chargée de retirer par ce moyen une certaine quantité de papier-monnaie de la circulation. La masse du papier fut réduite en 1822 à 595,770,000 roubles.
C’était le comte Cancrin qui prenait cette époque la direction des finances ; il se refusa résolùment à transformer une dette sans intérêts en une dette qui entraînait des charges annuelles pour le trésor. Il préféra soutenir, autant que faire sc pnuvaj^t, le cours <le la monnaie de papier, en attendant le moment où il pourrait lui substituer le imm'érairof sans courir le risque d'acheter par un sacrifice permanent, la perspective de nouvelles émissions fiduciaires et de nouvelles révolutions dans les prix. Il demeura fidèle ù cette résolution, et cette fermeté, qui fit maintenir jusqu'en 1839 les 595,775,000 roubles-assignats sans aucun, aceroissement fait d’autant plus d'honneur au ministre, que la situation dos finances avait été exposée ù d’autres échecs par les campagnes de Turquie et de Perse et par la guerre de Pologne.
Pendant cette période, il se manifesta un singulier phénomène, d’une explication difficile. Tandis que les caisses publiques acceptaient le rouble de papier au taux nominal, le rouble d’argent à 3 roubles-assignats 00 kopecks, et la demi-impériale d’or à 18 roubles 25 kopecks, le commerce et le public admettaient un autre cours, à savoir ; le