Le trésorier des fonds militaires, l'exétaste et
les trittyarches, les préposés à l'administration,
au III*^ siècle (i).
■ Les institutions financières, au IIP siècle, offrent de multiples problèmes Mentionnons d'abord les faits principaux.
Ont disparu :
les apodectes, cités pour la dernière fois dans II, i8i, en 323/2,
les préposés au théorique,
le -zoL^iaq xoO 8T,p.ou.
Subsiste :
le icayLioLç Twv «rrpaxtwTUWv.
(M Pour les institutions à cette époque, cf. Spangenberjî, De Atheniensium i)ublicis aetateMacedonum commutatis, Halle, 1884.
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Apparaissent :
premières années du III" siècle, l'exétaste et les trittyarclies,
le préposé ou les préposés à l'administration, h ou oi
Sont mentionnés ensemble o Tajjiiaç twv TTpaT'.wTixwv et ol éîul -yj S',ou/)T£!, dans II, 827, vers 270, II, 5, 383c, entre 216-214, 4^7^ vers la fin du IIP siècle.
Un premier groupe de difficultés se présente à propos du ou des préposés à l'administration ; d'abord leur nombre ; puis la date de l'établissement de cette magistrature ; enfin la durée de ses fonctions.
Le nombre des titulaires varie : tantôt un, tantôt plusieurs, et cela aux mêmes époques (i).
La date de leur établissement est douteuse. Le silence d'Aristote dans la Politeia des Athéniens nous a déjà obligé à donner à Lycurgue, non pas la fonction ordinaire de préposé, mais une commission extraordinaire sous un titre identique ou analogue. La question est donc de savoir quand cette magistrature est devenue ordinaire. Dans IG, II, 167, apparaît avec ce titre Habron, fils de Lycurgue. Kôhler (^) avait reporté cette inscription à l'année 307/6, Cette attribution a été contestée (^) ; mais bornons-nous à remarquer que, d'après II, 25i, l'existence du préposé dans les dernières années du IV*^ siècle n'est pas douteuse : cette inscription appartient à l'une des années entre 807 et 3oo. Remarquons le texte : le préposé à l'administration y est chargé de s'occuper de la confection d'une statue et d'une couronne ; mais il ne les paye pas ; l'inscription ne contient de prévision que pour les frais de la stèle et pour l'indemnité promise à des députés ; et c'est le trésorier du Peuple qui les payera. De même dans II, 167, il assiste les polètes dans la mise en adjudication des fortifications : il agit dans ces deux cas plutôt comme ministre des travaux
(1) M. Homolle examine cette question, BCH, 1898, p. 363.
(2) AM, V, p. 276.
(3) Busolt, Staatsaltert. p. 287, n. 6.
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publics que comme ministre des finances. Nous n'irons cependant pas jusqu'à lui dénier les attributions financières que son titre même indique: seulement nous lui refuserons la gestion d'une caisse : l'exemple des apodectes montre que les Athéniens concevaient la séparation de l'office de receveur et de celui de payeur ; tout aussi bien devaient-ils concevoir la séparation de ces deux offices d'une part et d'autre part de celui de surveillant général ou de directeur général de l'administration, y compris les finances.
Les attributions des préposés ne tardent pas à être réduites à celles de simples payeurs : ils exercent pour la première fois ces attributions réduites dans II, 32o où ils payent les frais de la stèle ; mais la date de cette inscription est incertaine : de 299/8 à 295/4 ou de 287/6 à 281/0. La première inscrii)tion datée avec quelque exactitude où ils payent les frais de la stèle est II, 3oo de l'année 295/4.
Enfin, je ne vois aucune raison d'assigner à leur gestion une durée supérieure à une année ('). Il est vrai que Lycurgne a été en fonctions durant trois périodes de 4 ans chacune (*) ; mais cette exception au principe de l'annalité n'est pas attestée d'une façon certaine pour Vb éttI tt, St.o'-XT,T£t,, magistrat ordinaire.
Un second groupe de difficultés d'ordre plus général surgit ici :
a) Les apodectes ont disparu : l'office de receveur général a-t-il été supprimé ?
b) Vers la même époque, la dépense pour les stèles est mise à la charge de magistrats différents.
c) Comment le raio-iaç twv <TTpaT!.wTuwv et les préposés à l'administration peuvent-ils être chargés ensemble du payement des stèles ?
Examinons concurremment les doux premières difficultés. Nous les rencontrons dans les documents relatifs à l'exétaste et aux trittyarches : dans II, 297, en 299/8, ils
(1) Hermann-Thumser, p. 63i.
(2) Vit. orat. p. 841.
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payent les frais de la gravure de la stèle, eiç ùï tt,v àvaypa- <pTiV TrjÇ (TT'/.Xriç ooOva'. tov é^eTaorxr.v xal xoùç Tp'.TXuâpyo'jç. Même formule dans 298. Les n"^ II, Soo eu 295/4 et II, 5, 3oob sont remarquables: dans 3oo, ordre d'élever une statue à un inconnu et l'exétaste et les trittyarches sont chargés de la dépense jjiepia-ai oti av àvàXwjjia y£[vTiTa'.], tandis que les frais de la stèle sont misa la charge du préposé à l'administration, 5o'Jvat.T]ôv stcI zèi 8t.o!.xriaei.
Dans 3oob, pour ce qui regarde la statue, ji.e]p{a-a!. xo âvâX(0{ji.a ei[ç TaÛTï^v rôv é^eTaorriJv xal xoùç Tp'.TTuàp[y^ouç. Quant aux frais de la stèle, e[fç Ss T'>iV àvaypacp]Y,[v] twv (TTr|)vWv ooùva!, xôv £[711 x"^'. 3t,o!.XT,(7st.] (3o dr )... èx xwv [zic, xà xaxà t};ri<pi<T]p.axa âvaXi<7Xop.£vwv xwi [S'/jjJiw!.].
Dans 297, l'exétaste et les trittyarches payent la stèle ; , dans 3oo et 3oob, c'est le préposé qui la paye.
De même dans plusieurs inscriptions, cette dépense incombe tantôt au trésorier des fonds militaires, tantôt au préposé (^).
Je ne vois qu'une seule explication : la loi sur les virements a été abrogée et le Peuple donne aux fonctionnaires qui ont des fonds en caisse l'ordre de payer. Il y a encore, vers 295/4, on vient de le voir, un budget du Peuple, éx xwv eîç xà (|;TiC5('7[ji.axa âvaX'.o-xopiÉvwv xw otijaw ; mais il disparaît dans les premières années du IIP siècle C) ; dorénavant le Peuple imputera la dépense par décret, sur telle ou sur telle caisse ; mais, déjà dans les années antérieures, à l'époque même où le budget existait encore, le Peuple pouvait, par décret, sortir des limites budgétaires.
Nous avons vu que le mot [ji£p{(7ai, quand il s'applique aux apodectes, a un sens précis : « distribuer » les recettes entre les magistrats en vertu de la diataxis, tandis que BoGvai veut dire : payer une dépense. Ce dernier mot se fait de plus en plus rare au III** siècle et l'on trouve des cas où, sans aucun doute, il reçoit un équivalent dans piEp'Ia-ai, comme dans II, et II, 5, 3i4, 1- 71, vers 284/3 où
(') Larfeld, Griech. I^pig. IT, p. 721. {•^) Larfeld, II. p. 725.
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les préposés à l'administration sont priés de {jispio-ai, éx rwv eîç rà xaxà t|;ricpi<Tp.aTa âva)^!.(Txoji.£vwv TÔi BT;{Jit[>, donc de payer avec les fonds du budget du Peuple.
Dans II, 3oo, et 3oob, la présence des deux termes est à coup sûr remarquable ; il ne semble pas qu'il faille leur attacher des sens différents ; l'exétaste et les trittyarches ne « répartissent » pas les recettes ; mais le Peuple les charge de la dépense, vote par décret un crédit spécial.
Cette synonymie entre les deux mots est peut-être la conséquence de la suppression des apodectes ; il n'y aurait donc plus de receveur général ; de nouveau les recettes auraient été divisées entre plusieurs bureaux.
Quant aux payements, le régime ancien de la division subsistait, mais aggravé par les facilités rendues au vote des crédits spéciaux et virements.
La dernière difficulté résulte de quelques inscriptions du IIP siècle (') : 385c, 1. 3o après 217, tô 8s ysvdpievov âvâ- Awjjia piepiiTa', xôv rajxiav xwv <TTpaT'.(OT'.x(iJv xal toÙç stiI xèt. oioixTi<T£'.. Formule identique ou à peu près dans II, 327 vers 270, II, 5, 4oie, fin du IIP siècle. La dépense est mise à la charge des préposés et du trésorier. Les inscriptions portent bien xai et non pas r\. M. Homolle croit que le tamias et les préposés à l'administration formaient un seul collège. Cela paraît difficile à admettre : cette association de magistrats différents est sans exemple; puis, elle entraînerait la fusion des caisses et par conséquent la disparition de l'un ou de l'autre des deux caissiers. Et surtout la différence des époques paraît indiquer une mesure de circonstance. Laquelle ? J'avais supposé que les Athéniens avaient constitué une caisse spéciale, un fonds des inscriptions, géré par les deux magistratures ; mais cela n'est possible que si le budget du Peuple a de nouveau été institué ; or, il n'y en a pas de trace à cette époque. Je propose de s'en tenir au sens littéral : les deux caisses supporteront la dépense, apparemment par moitié. S'il en est ainsi, elles étaient toutes deux dans une situation bien misérable.
(') Ces inscriptions ont été étudiées par M. Homolle, liCll, 1S91, p. 363.
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Conclusion.
On a pu suivre, je pense, dans ce qui précède, les essais des Athéniens pour perfectionner leur administration fino.ncière. Ils prouvent tout à la fois leur savoir-faire et leur inconstance. A maintes reprises, ils s'efforcent d'unifier et de centraliser : tour à tour, ils emploient à cet effet les directeurs du théorique, le trésorier des fonds militaires, le directeur de l'administration. Les titres diffèrent : les fonctions sont les mêmes. Cette succession révèle la persistance de l'idée et les oublis momentanés dans lesquels elle retombe.
Au IIP siècle, si nous ne nous sommes pas trompé, la décadence se marque dans le domaine administratif, comme dans tous les autres.
Malgré tout, l'administration financière des Grecs valait beaucoup mieux qu'on ne le dit d'ordinaire. Ils ne lui ont pas donné les derniers perfectionnements : elle n'est pas restée dans l'enfance où on nous la dépeint souvent. Comme toutes choses en Grèce, elle s'est développée, améliorée. Comment en eût-il été autrement? Quand on lit l'Odyssée, on admire la sagesse et l'habileté avec lesquelles Laërte et Ulysse gèrent leurs biens : leurs héritiers ont gardé ce savoir-faire pour leurs intérêts ; ils en ont mis quelque chose dans l'administration des intérêts publics. Ils en auraient mis davantage, s'ils avaient pu introduire, dans ce domaine, un peu plus des procédés monarchiques du père de famille gérant son avoir. Ici encore, ils ont trop sacrifié l'autorité à la liberté, telle qu'ils l'entendaient dans un gouvernement démocratique, c'est-à-dire qu'ils se sont trop méfiés du pouvoir exécutif, qu'ils ont trop redouté les empiétements des magistrats sur l'Assemblée populaire.