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l'administration financière du temple de DELPHES. 249
Toutes les recettes, môme celles qui n'ont pas été perçues par les prytanes, entrent donc dans les caisses du Conseil. Il n'en peut d'ailleurs être autrement, puisque le collège des naopes ne siège pus à Delphes d'une façon permanente.
Si le Conseil a la garde des richesses sacrées, il ne s'en occupe généralement pas en corps : il est représenté par la commission financière des prytanes. Lui-même n'intervient que pour exercer une haute mission de contrôle et de surveillance.
Ainsi est réalisée, dans une certaine mesure, l'unité de larecette; elle est encore imparfaite, car, si on peut le dire, elle n'existe qu'au second degré.
Au premier degré, le principal, la perception des recettes est encore divisée ; l'unité ne commence que plus tard et elle consiste en ce que les prytanes reçoivent en dépôt, des divers trésoriers, les sommes que ceux-ci ont recueillies. Elle n'existerait pleinement que s'il n'y avait qu'un seul receveur comme il n'y a qu'un seul dépositaire : alors le contrôle, par comparaison de leurs deux comptabilités, serait vraiment efficace.
Remarquez cependant une exception possible à propos des dixièmes de garantie : le Conseil n'est ])as mentionné à cette occasion ; n'en a-t-il donc pas la garde dans l'intervalle des sessions ? Cela est improbable et rien ne nous autorise à l'affirmer.
N'oublions pas que dans les caisses confiées au Conseil, toutes les espèces ne sont pas confondues. Elles sont versées, suivant leur provenance, dans des cassettes différentes et les écritures des prytanes portent tous les mouvements que suit le contenu de chocune. Dans l'une d'elles, notamment, a été versée une certaine somme provenant des collectes, et que M. Bourguet désigne justement sous le nom de dépôt des naopes.
Qu'est devenue l'autre partie ? Elle n'entre pas dans le dépôt, puisque celui-ci n'augmente pas : il se vide par les prélèvements des naopes ; il ne reçoit rien.
Les souscriptions nouvelles entrent donc dans une autre caisse gardée comme les autres par le Conseil.
25o l'administration financière du TKMPLE de DELPHES.
Considérons maintenant les payements. lei plus d'unité, plusieurs bureaux payeurs.
D'abord les naopes. Nous savons que sous Damoxénosprintemps, ils disposent d'une caisse à eux, mais nous ignorons comment elle était alimentée. Y a-t-il infraction ici à la règle de l'unité de la recette? Nous avons vu que les naopes perçoivent certaines recettes, mais les remettent au Conseil. Durant l'absence des premiers, tous les fonds sont centralisés dans les mains des membres du Conseil : faut-il croire que quand les naopes sont présents, toutes les sommes perçues n'effectuent pas le trajet complet jusqu'aux caisses du Conseil, mais que certaines d'entre elles s'arrêtent dans les caisses des naopes? Nos renseignements sont trop peu nombreux pour que nous puissions trancher la question : en dehors de l'existence même de ce fonds de roulement, nous ne savons rien.
Ils ne payent pas seulement avec leur fonds de roulement : ils payent encore avec les retraits qu'ils opèrent sur leur dépôt, et nous aurons môme à nous demander si tous les payements faits avec celui-ci, l'ont été par eux ou si certains n'ont pas été faits directement par les dépositaires c'est-à-dire par les prytanes.
Ils payent enfin à l'aide de fonds que les prytanes leur remettent, mais qui proviennent d'autres caisses que celle du dépôt.
Le Conseil n'a pas seulement, nous l'avons déjà dit, la garde des caisses, mais encore la gestion par l'intermédiaire de sa commission financière. Nous voyons les prytanes dans les comptes d'Aristonymos acquitter directement certaines dépenses et, en même temps, effectuer des versements aux naopes. Ils puisent ces sommes dans une caisse autre que celle où se trouve le dépôt.
Parmi les payements sous Aristonymos, nous en notons qui concernent le sanctuaire de Delphes comme celui à l'ouvrier qui a rétabli la couronne sur la tête d'une statue et ceux qui regardent la gravure de plusieurs stèles, mais la majorité d'entre eux sont relatifs à des travaux faits au sanctuaire des Pyles.
Notons donc bien que les naopes comme le Conseil effee-
l'administration financière du temple de DELPHES. 25l
tuent des payements avec des fonds autres que ceux du dépôt.
Deux inscriptions nous permettent de suivre les opérations des naopes et du Conseil pendant trois années, archontats de Damoxénos en 346/5, d'Arclion en 345/4, de Cléon en 343/2. Les comptes du Conseil ont été publiés BCH, XX, et ceux des naopes BCH, XXII.
Le Conseil rend compte du dépôt, et du dépôt seulement, appaitenant aux naopes et dont la ville a la garde. Il renfermait sous Argilios 85ooo D ; le total des dépenses d'Argilios à Tlieucliaris inclusivement est de loSag D, 3 ob. 1/2. Si on la soustrait des 85ooo D on obtient 74670 D, 2 ob. 1/2 sous Damoxénos.
Les naopes rendent compte des payements qu'ils ont effectués.
Le problème consiste à rechercher s'ils tiennent une comptabilité générale, dans laquelle entrent toutes les dépenses faites pour le temple, à l'aide du fonds de dépôt ou s'ils se sont contentés d'inscrire celles qu'ils avaient payées réellement, celles que le Conseil a payées pour eux restant dans les comptes de celui-ci.
M. Bourguet déclare, et il a raison, que les deux comptes des naopes et du Conseil ne pourraient pas tomber d'accord, puisque les naopes payent avec d'autres fonds que ceux de leur dépôt ; mais toutes les sommes inscrites par le Conseil comme versées aux naopes doivent se trouver dans le compte de ceux-ci. C'est ce qu'il s'agit de vérifier en rapprochant et en comparant les deux comptes. Pour moi, les deux comptes tantôt coïncident, tantôt sont indépendants ; le Conseil note des versements faits par lui aux naopes et des payements faits pour eux ; les naopes ne notent que les versements qu'ils ont reçus directement.
252 l'administration financière du temple de DELPHES.
Comptes du Conseil. Comptes des naopes.
Sorties. Sorties.
Archontat de Damoxénos.
Printemps : Payements :
Versements aux naopes automne : /\ T>, 3 ob. 1/2,
io5 D. printemps : 1845 D, 4 ^^^
3 eh.
Remarquons d'abord que les ^ D, 3 ob. 1/2, dépensées par les naopes sous Damoxénos-antomne, n'ont aucune contre-partie dans les recettes.
Avec quoi les ont-ils paj^ées ? Nous l'ignorons.
A partir de Danioxénos-printemps, tout est clair. Les naopes nous apprennent qu'ils ont une encaisse, un fonds de roulement de 3404 D, i ob. qui leur vient de leurs prédécesseurs. Ils vont opérer sur lui des prélèvements. De plus, ils vont puiser dans leur dépôt.
Dans la comptabilité, on voit se refléter les opérations matérielles, le maniement des espèces. Nous devons nous figurer dans une cassette la somme de 3404 D. Cette cassette, que nous pouvons comparer aux jarres de Délos, est à la disposition des naopes ; mais, sans doute, son ouverture est soumise à certaines formalités et à certain contrôle.
Ils en retirent 1877 D, 5 ob. et les mettent dans une autre cassette, nous l'appellerons leur caisse journalière. Ils y ajoutent io5 D, qu'ils prélèvent sur le fonds de dépôt que garde la ville et qui est de 74670 D, 2 ob. 1/2. Ils ont donc dans leur caisse journalière 1982 D, 5 ob.
Voilà le total de leurs entrées. C'est de cette somme qu'ils rendent compte.
Ils ont dépensé sous Damoxénos-printemps 1845 D, 4 «b- 3 ch.
Il reste donc dans leur caisse journalière :
1982 D, 5 ob.
— 1845 D, 4 ob. 3 ch.
i37 D, 9 ch.
N.B. Les naopes n'établissent pas ce solde dans nos documents.
l'administration financière du temple de DELPHES. 253
Archontat d'Archon.
Conseil. Naopes.
Automne, aucune sortie. A divers, 399 D, 3 ob.
Avec quels fonds les naopes ont-ils payé sous Arclionautomne ?
Pas avec un prélèvement sur leur dépôt, puisque le compte du Conseil ne porte aucune sortie. Il faut supposer, car la partie de l'inscription qui donnait leurs entrées a disparu, qu'ils ont utilisé le solde qui restait dans leur caisse journalière et un prélèvement fait sur une autre caisse.
Soulignons cette constatation: les naopes payent à l'aide de fonds autres que ceux de leur dépôt et que ceux de leur caisse journalière.
Archon-printemps : D Archon-printemps : D ob.
Tégéiites 12600 Détouriiemeut de l'eau, n i ' 2
LabotasetDamophanès i4oo Laurier » i
Xénodoros, architecte . 3()0 Gar<le des troupeaux . » 3
Grammatiste .... ^o Cuisiniers Sa
Xénodoros, architecte 3Go
Grammatiste .... 40
Sous Archon-printemps, les écarts entre les deux comptabilités sont très forts.
Des deux côtés, nous trouvons le traitement de l'architecte, 36o D et celui du grammatiste, 40 D.
Par contre, dans le compte des naopes, de menues dépenses pour 4 I^, I ob. 1/2 et dans celui du Conseil, l'avance aux Tégéates, 12600 D, à Labotas et à Damophanès un versement de 1400 D.
Dans le compte des naopes, une sortie de 4o4 D i ob. 1/2, dans celui du Conseil, une sortie de i44oo D.
On se demande tout d'abord s'il faut additionner les 36o D payées par les naopes à l'architecte avec celles qu'a payées le Conseil ; de même pour les 40 D du grammatiste qui se rencontrent des deux côtés. Je crois que oui. Le
254 l'administration financière du temple de DELPHES,
traitement de l'architecte monterait ainsi à 720 D payées moitié par les naopes, moitié par le Conseil.
Nous savons que le traitement ordinaire durant une pylée, était de 36o D, éx Tz'Sky.iy.^ d<; TiuXaiav.
Il est vrai que ce salaire n'était pas régulier, pas plus que les services rendus par l'architecte.
M. Homolle dresse le tableau que voici :
Sous Damoxénos-printemps . 210 D Sous Damoxénos-automne . . i5o D Sous Nicon-printemps. . . . 116D, 3ob.
Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que Xénodoros n'eût touché sous Arclion que 36oD. Cette somme ne lui a certainement pas été payée en automne par les naopes, puisque toutes leurs dépenses pour cette période n'atteignent que 199 D, 3 ob ; mais elle peut comprendre un traitement inférieur à 36o D.
Je crois, pour des raisons qui vont être plus amplement développées^ que la concordance des deux comptabilités n'est qu'apparente ; il s'agit en réalité d'un double paiement de 36o D.
Même solution pour les ^o D du grammatiste. Remarquez que plus tard le traitement de ce fonctionnaire est de 90 D et plus tard encore de 140 D (').
On pourrait objecter que, dans notre hypothèse, il est étrange, et cela se reproduit sous Cléon, que le traitement des deux pylées soit payé à l'architecte en une fois. Mais remarquez que dans les comptes d'Eleusis, certains payements sont postérieurs à la prytanie durant laquelle la dépense a été faite, et spécialement le traitement de l'architecte ne lui est payé qu'une fois à la 1^ prytanie ; il ne figure pas dans les comptes des autres prytanies ; il a dû être payé plus tard.
Notons que l'architecte des Pyles, Euphorbes, reçoit en une fois le salaire de trois années, dans les comi)tes d'Aristonymos, à raison de 2 st. par jour (^).
(1) BCH, XXVI, p. 41, 1- ^ ; P- 64, 1. 25.
(2) BCH, XXVI, p. 8, 1. 5o-55.
l'administration financière du temple de DELPHES. 255
L'opération la plus intéressante est celle des deux sommes payées, la première aux entrepreneurs Tégéates, l'autre aux deux naopes, Labotas et Damophanès, qui se trouvent à ce moment à Corintlie : toÛtwv Ta p.£v xpta TaÀavTa toiç TeYeâxa'.ç è'ypTjTav ttotî. xàv xarao-xe'jàv ràç ).'/jaywy{aç xàç eîç Ae)v'ioû{;, waT'. oe [J.vàç Aot.'^jô)~y.'. xal i\ajj.o^âveî. ttotI xà è'pya xà ly KopîvOwt.. Je leur applique la même solution qu'au cas qui précède : ces versements ont été faits par le Conseil sur l'ordre des naopes ; ceux-ci en sont débités et l'opération ne figure pas dans leur compte de caisse, puisqu'aucune somme n'est entrée matériellement dans leurs mains.
D'après M. Bourguet, en ce qui regarde les comptes sous Archon-printemps, (dans le compte du Conseil, i44oo D versées aux naopes, 4^4 ^» ^ "^' i/^ seulement dépensées par ceux-ci), nous avons affaire à un cas exceptionnel. Les naopes avaient d'abord avancé l'argent, puis ils se sont fait rembourser par le Conseil. Ainsi se comprend que la somme soit inscrite dans le compte du Conseil et pas dans celui des naopes.
« Les naopes avaient fait l'avance aux Tégéates des 3 talents. Le transport se trouva fixé sous Damoxénosprintemps et les naopes purent alors verser aux entrepreneurs une partie de leur dixième de garantie qu'ils ne devaient toucher qu'après achèvement et livrance du travail. Pourquoi les naopes attendirent-ils la session d' Archon-printemps pour se faire rembourser de leur avance par le Conseil ?
« Avaient-ils l'habitude de n'informer la ^o'jXà de leurs commandes et de leurs payements que lorsque le travail était terminé ? Nous ne pouvons l'affirmer. Du moins il me paraît certain que, dans les deux séries de comptes, il est question du même transport. La restitution x[pt,axaxia;] est par là justifiée (^). m Et dans son livre, p. gS, il dit : « Sous Damoxénos-printemps, exactement un an avant que le Conseil verse aux naopes les 14400 D, on voit les naopes verser aux deux Tégéates entrepreneurs de trans-
(1) BCH, XXII, p. 3o4 et 3i5, 1. 87-42.
256 l'administration financière du temple de DELPHES.
ports, une somme, sûrement pins de looo D, et probablement plus de i3oo, aTio toû éTr'.oexàxo'j, c'est-à-dire ils leur remettent une partie de leur dixième de garantie. C'est du même travail qu'il est question dans les deux cas et les deux passages s'éclairent l'un l'autre. Les trois talents, dont les naopes avaient fait Vavance, ne représentent pas le prix total de l'ouvrage : les naopes, selon leur habitude, avaient commencé par en retrancher le to*' ; la somme entière était donc de 12600 + 1400 = 14000 D. Et c'est une partie de ce lo'^ qu'ils versent en lait aux deux Tégéates sous Damoxénos-printemps. »
Il faudrait donc admettre la suite des opérations que voici :
payement de 12600 D par les naopes aux Tégéates ;
remboursement par les mêmes aux mômes du lo*^" de garantie (1400 T), sous Damoxénos-printemps ;
remboursement de 3 T par le Conseil aux naopes, sous Archon.
Je me permets de faire contre cette façon de voir quelques objections.
D'abord, l'opération de remboursement est singulièrement exprimée.
Puis, on ne la comprend pas bien : les naopes ont fait une avance avec des fonds autres que ceux du dépôt ; ils ont donc opéré comme ils l'ont fait en maints cas, utilisant les ressources dont ils disposent. Plus tard, ils ont besoin de fonds pour d'autres payements ; ils s'adressent au Conseil ; ce n'est pas d'un remboursement qu'ils ont besoin : ce qui est payé est payé, mais ils ont besoin d'un versement pour d'autres dépenses.
Puis encore, pourquoi les naopes ont-ils attendu si longtemps avant de se faire rembourser ?
Et enfin, nous ne voyons pas pourquoi les naopes exigeant ce remboursement ne demandent pas du même coup celui d'une seconde avance qui semble être indiquée dans ce passage des comptes du Conseil, qui suit immédiatement celui où il est question des Tégéates : uaxt. oè {xvàç Aa[îi(ÔTai, xal Aa[jLOcpâvet tiotI xà è'pya xà éy KopivOwt,. On dira que ce n'est pas nécessairement une avance. Certes ; mais quelle que soit la raison pour laquelle elle a été versée,
l'administration financière du temple de DELPHES. 257
cette somme, qui figure dans le compte du Conseil, ne figure pas dans celui des naopes. Voilà donc un cas où les deux comptabilités ne coïncident pas. Comment expliquer cela ? C'est que le Conseil a payé pour le compte des naopes et ceux-ci ne portent la somme ni à leur avoir ni à leur passif.
S'il en est ainsi dans ce cas, pourquoi n'en serait-il pas de môme dans le cas des Tégéates ? D'autant plus que les chiffres ne concordent pas : ainsi le dixième de garantie est de 1400 D ; or c'est une somme inférieure, « sûrement plus de 1000 D et probablement plus de i3oo », mais pas exactement 1400, qui a été versée par les naopes sous Damoxénos-printemps.
Mais, à son tour, M. Bourguet pourrait nous faire une objection; le passage commence ainsi : àCkho è'owxe à 7rô)x'.<;
T. A. ôeurépav Béa'.v tolç '/oLO'KO'.o~.q. La ville paye aux naopes
3 T, 25 m., 25 st. ; puis usage de cette somme : 3 T prêtés aux Tégéates ; 20 m. à Labotas et à Damoplianès; 5 m. 5 st. à l'architecte ; 20 st. au grammatiste. N'oublions pas que le talent comprend Go mines, que la mine est divisée en 35 statèresou 70 drachmes ; les 3 talents prêtés aux Tégéates font donc bien 12600 D. (Voir le chap. I de l'ouvrage pour tout ce qui regarde le système monétaire).
Relisons bien : la ville è'Swxe a versé aux naopes toîç
VOLOTZOlOÎq.
Dans notre interprétation, cela n'est pas littéialement vrai ; il faut comprendre : la ville a payé à tels et à tels pour compte des naopes.
Cela fait, j'en conviens, une difficulté ; mais elle ne me paraît pas décisive. Il n'y a qu'un seul créancier, les naopes, à qui le fonds appartient ; donc tous les payements se font à lui-môme ou pour son compte, dans ses mains directement ou aussi indirectement puisqu'ils servent à acquitter des mandats émis par lui. Acquitter ces mandats, c'est encore une façon de payer aux naopes.
Ce sont ces deux façons de payer que je crois retrouver dans le compte du Conseil : quand les espèces sont versées aux naopes, on le dit et on ne s'occupe pas de leur emploi ; pourquoi le ferait-on? Quand, au contraire, on s'occupe de l'emploi des fonds, c'est que les espèces ont été versées à
258 l'administration financière du temple de DELPHES.
tel ou à tel créancier des iiaopes, et pour quelle autre raison le mentionnerait-on ?
Le commencement du compte, relatif aux payements de l'arcliontat d'Aristoxénos-automue, me paraît faire ressortir clairement ce second mode — le plus ordinaire — et indiquer les conditions dans lesquelles il se pratique : le Conseil a réellement payé aux entrepreneurs : è'Bwxe a Tz6\i(;.... Toîç épywvat.<;, mais sur Tordre et en présence des naopes, y.iktitàvTMV tkxvtwv twv vaoTroiwv, TiapeôvTwv 5e vao7rot,wv TtôvSe....
Plus tard, la formule se simplifie : elle ne mentionne plus que la somme et le créancier auquel la ville a fait le versement.
Le premier mode, versement nux naopes, sans justification de l'emploi, ne se rencontre, dans les comptes de Damoxénos-Arclion-Cléon, qu'une seule fois, à propos de io5 D sous Damoxénos-printemps. Les naopes, cette fois, ont touché eux mêmes les fonds et les portent à leiii" avoir. Partout ailleurs, leur intervention s'est bornée à donner l'ordre de payer aux entrepreneurs : le Conseil les débite légitimement en môme temps que ces derniers.
Dans les comptes d'Aristonymos, on distingue très nettement les deux modes de payement : le (-onseil porte les versements faits aux naopes sans justification et ses propres payements en spécifiant la cause.
l'administration financière du temple de DELPHES. 269
ArCHONTAT DE Cléon.
Dans le compte des naopes, plus de recettes. Les naopes n'inscrivent plus que leurs sorties.
Conseil. Naopes.
Sorties.
Mois Apellaias : D Automne : D, ob.
a) Athaiiogeiton .... 700 Laurier 24
Cléoii-automne : Garde des troupeaux . 41/2
Nicodamos, Téléphauès. 4^90 ^) Roseau i
Chairolas 432i Cuisiniers .... Sa
. ,, ^„, Gravure de la stèle . 2
Agathonymos .... 534 .^ . . , „
Destruction desoffran-
h) Xénodoros, architecte . 253 des d'Onomarchos. 8 3
Nicodamos Argien . . 162 Enlèvement des statues 7
Capon Béotien .... 194 Athanogeiton ... 20
Archétimosde Corinthe . 97 Héraut 2
Damostratos .... 97 h) Xénodoros, architecte. SGo
T - . K Grammatiste . . . 4o
Ismenios 25 1 , , ^
k) Athanogeiton Aâxoix'jç 981
a) Roseau i » . ,
' Agathonymos ....
■ II 200 Lacune.
J'ai souligné les trois cas abc où les deux comptabilités paraissent concorder.
M. Bourguet examine spécialement celui de Xénodoros* il aurait reçu 3Go D seulement que les naopes lui auraient payées avec les 253 D remises par le Conseil et 107 D prélevées sur un autre fonds. On pourrait appliquer cette solution (') à Athanogeiton qui a donc reçu en tout et pour tout 981 D et il n'y a eu qu'un seul roseau payé avec l'obole versée par le Conseil aux naopes.
Les divergences entre les deux comptes sont trop nombreuses pour que cette solution soit admissible. Toutes les sommes qui sont dans le compte du Conseil, sans être dans celui des naopes, ont été payées directement par le pre-
(') L'explication de M. Bourguet est autre, p. 87.
26o l'administration financière du temple de DELPHES.
mier. Dans la majorité des cas, les deux comptes sont indépendants : il est au moins probable qu'ils le sont également dans les trois cas signalés.
Il est vrai que se représente pour Xénodoros du moins l'objection déjà signalée : il reçoit, nous le supposons, en tout, 253 + 36o D = 6i3 D et cela dans la même pylée, bien que l'une des deux sommes devrait concerner la première pylée, l'autre la seconde. Donc encore un retard dans le payement. Nous avons déjà répondu à cette objection.
On fera observer qu'une comptabilité telle que je me la figure est tout ce qu'il y a de plus embrouillé : oui et non. Oui, si on désire savoir ce que le temple a coûté, puisque certaines sommes figurent deux fois, ainsi les io5D versées par le Conseil sous Damoxénos qui se trouvent dans les dépenses du Conseil et dans celles des naopes. Non, si on désire savoir ce que chaque trésorier a encore en caisse : ainsi si on désire savoir ce qu'il reste à un moment donné du fonds de dépôt, rien de plus facile que la vérification de la caisse du Conseil.
Et, en réalité, c'est ce que les Grecs désirent savoir d'abord. Qu'est devenu l'argent? Voilà la question qu'ils posent à leurs trésoriers. Et ceux-ci leur répondent en leur fournissant leur livre de caisse et en les invitant à vérifier la caisse elle-même pour constater la concordance.
On poussera plus loin l'objection : le Conseil a deux façons de payer, directement ou par l'intermédiaire des naopes: comment évite-t-on les doubles payements? Ainsi l'ai'chitecte a été payé en partie i)ar le Conseil, en partie par les naopes ; comment empêcher qu'il ne réclame une seconde fois son salaire? C'est vrai, c'est le grand inconvénient ; mais cela se passe dans un village où tous les fonctionnaires se connaissent et se coudoient. Si on ne veut pas se fier à leurs conversations, on peut d'ailleurs imaginer des procédés de contrôle. Il suffit d'imaginer que le Conseil ne pouvait payer que sur mandats délivrés par les
naopes.
Qu'on ne croie d'ailleurs pas que ces choses ne se passent qu'en Grèce.
l'administration financière du temple de DELPHES. 261
Dans toutes nos communes, il y a un Bureau de bienfaisance, parfois subsidié par la commune. Strictement ce subside doit entrer dans la caisse du Bureau de bienfaisance et c'est le receveur de cet établissement qui payera. Mais il arrive que ce receveur est en même temps le receveur de la commune, que de fait, c'est le bourgmestre qui seul s'occupe du service de la bienfaisance. Il en résulte que parfois on supprime tous les détours ; la dépense est mandatée directement sur le subside communal et le mandat entre dans le compte communal.
Les deux comptes ne sont pas plus ni pas moins exacts que ceux de Deli)lies. Ils sont exacts, puisque l'on a paj^é ce qui devait être payé. Ils ne le sont pas, puisque le compte du Bureau ne contient pas en recettes le subside de la commune, en dépenses le mandat acquitté.
La seconde i)ériode se caractérise par l'établissement des Tamiai.
Ce collège fut établi en 889 ; il subsista une douzaine d'années.
M. Bourguet expose savamment les circonstances et les raisons de cette création. Je retiens surtout cette considération : (c avant 389, l'unité de caisse n'existait absolument pas... la réforme de 889 consista essentiellement à établir l'unité de caisse et à créer un bureau-receveur et payeur international. »
En ce qui regarde les recettes, cette unité n'est pas complète: «à côtédela caisse qu'ils géraient, d'autres recevaient régulièrement des fonds. Nfais toutes les dépenses du sanctuaire étaient réglées ])ar eux. »
Remarquez que les prytanes sont préposés à la garde delà nouvelle caisse comme à celle des autres, « Mais tant qu'existe le collège des trésoriers, cène fut plus la commission financière qui paya ce qu'elle remettait auti'cfois directement aux naopes, aux entrepreneurs des travaux autres que ceux du temple et d'une manière générale à tous les créanciers des deux sanctuaires. »
Les tamiai ou trésoriers, institués sous Palaios, ouvrent immédiatement leurs écritures et constatent qu'ils ont en caisse une somme de 184 T, 54m. Ils reçoivent cette somme des mains des hiéromnémons, qui sans doute l'ont retirée
262 l'administration financière du temple de DELPHES.
des caisses de la ville où elle était déposée. A la fin de la première pylée, le solde est remis aux prytanes.
Nous saisissons, semb\e-t-il, dans ce cas, la nature des rapports entre les deux collèges : les prytanes, gardiens de l'argent du dieu ; les tamiai qui en ont la perception et, comme nous le verrons plus loin, la gestion.
Nous saisissons aussi une nouvelle application du principe de la séparation des caisses : les tamiai ne disposent pas de toute la fortune du dieu ; nous le savons pour le fonds de dépôt qui provisoirement restera inemployé ; ce sont donc d'autres ressources, en particulier les acomptes des Phocidiens, qui constituent la caisse des tamiai. La distinction entre cette caisse et la fortune du dieu est bien marquée dans plusieurs comptes : ils commencent par établir l'encaisse et ils précisent : l'encaisse des trésoriers, è^eiTitro toÎç Ta|j.îat.ç Tiapà rViu. tioA^v twv AeXcpwv, (suivent les chiffres).
Passons en revue les recettes.
Avec les tamiai apparaissent les loyers des domaines du Temple. A Delphes, comme ailleurs, une partie des propriétés du dieu devait rester inculte ; aussi le produit des fermages n'est-il pas bien considérable ; le produit des loyers de maisons n'atteignait pas non plus une somme élevée. M. Homolle a étudié les documents qui nous restent BCH, XXV, p. 105-142. Cette recette est perçue par les tamiai, mais n'entre pas dans leur caisse : elle est versée immédiatement dans l'une des caisses confiées à la garde de la ville.
Les acomptes de l'amende des Phocidiens sont perçus par les tamiai et restent dans leur caisse jusqu'à la fin de la pylée.
Les tamiai disposent donc d'abord des excédents des pylées précédentes et de leurs propres recettes. Leurs comptes, sous Caphis et sous Théon, les portent toutes ainsi que les payements ; le solde est de nouveau versé au Conseil.
On peut se demander si, à ce moment, l'administration du Temple continuait à recueillir des aumônes : cela paraît probable, puisque encore à la fin du IV® siècle, des inscriptions portent le produit des collectes : mais durant la
l'administration financière du temple de DELPHES. 263
période où les trésoriers sont en fonctions, par qui sontelles encaissées ? Pas par les tamiai, puisque nous ne les trouvons pas dans leur comptabilité. Il est permis de supposer que cette recette continue à être encaissée par les naopes.
Qu'y a-t-il jusqu'ici de nouveau durant cette période ? Pas, à coup sûr, le rôle du Conseil qui, après comme avant 339, est le dépositaire de la fortune du dieu. Le fonds de dépôt, dont nous avons parlé plusieurs fois, continue à lui être confié. Sous Palaios, les opérations relatives à ce fonds sont arrêtées ; les versements antérieurement faits aux naopes sont totalisés: le solde est de lo T,35 m., 20 st., 8 ob. 1/2. Cette somme reste intacte : dix ans après, sous Charixénos, 330/29, on en constate solennellement l'existence dans les caisses de la ville.
Nous retrouvons ici une application curieuse de la règle de la séparation des caisses. Les tamiai sont chargés de l'administration de certaines caisses : le dépôt n'est pas de celles-là ; provisoirement, nous pouvons le supposer, la caisse où il se trouve est scellée et les tamiai ne pourront y toucher. Ce n'est que sous Pleiston, 326/5, qu'elle est de nouveau ouverte et le Conseil remet aux prytanes 3o m. qu'eux-mêmes remettent à leurs successeurs ; cette somme, non utilisée par les premiers prytanes, ne rentre donc pas dans le dépôt ; elle reste dans une caisse spéciale.
Enfin, l'année suivante commence une série de versements de 3o m. aux naopes delphiens ; elle se poursuit jusqu'en 319/8.
M. Bourguet a conjecturé ingénieusement qu'à ce moment les travaux de construction sont terminés et que la somme de 3o m. est destinée à l'exécution des détails et à l'entretien : c'est précisément le môme crédit qui est ouvert à Athènes, dans le même but.
Mais le Conseil continue en outre à être le gardien des sommes affectées à l'administration des tamiai et dont nous venons d'indiquer l'origine.
Tout ceci est la continuation des anciennes pratiques.
Ce qu'il y a de nouveau, c'est la centralisation plus grande des recettes : la plupart passent par les mains des
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tamiai ; ils ont pris à cet égard la place des naopes et celle aussi des prytanes qui, dans la période précédente, percevaient les acomptes des Phocidiens.
Les tamiai encaissent aussi les amendes, infligées aux entrepreneurs (ainsi sous Capliis-print.).
Cependant, ainsi que nous l'avons observé, l'unité de la recette n'a pas été poussée jusqu'au bout : le bureau des tamiai est le principal receveur ; il n'est pas le seul. (Voir ce qui a été dit plus haut à propos des collectes.)
Considérons les payements. Ici la nouveauté du régime est plus considérable encore. Nous avons vu antérieurement les prytanes et les naopes effectuer les payements : maintenant l'unité du bureau payeur est réalisée.
Voici dans quelles conditions.
On distingue dans les comptes de Capliis et de Tliéon deux pratiques. D'abord les tamiai effectuent directement quelques payements, celui du traitement de leur secrétaire et d'autres fonctionnaires subalternes ; la confection des stèles, par exemple de celle qui porte les dixièmes retenus à titre de garantie.
D'autre part, les plus grosses dépenses qu'ils portent en comptes consistent en versements de fonds aux naopes ; la justification de l'emploi n'en est pas donnée ; elle se trouve sans doute dans les comptes des naopes. Ceux-ci continuent à être payeurs i)our les travaux du temple, mais ils ne peuvent plus l'être (pie par l'intermédiaire des tamiai. Autrefois les naopes recevaient directement des fonds des prytanes : maintenant, entre les prytanes et les naopes, on a placé le nouveau collège.
Dans les comptes des trésoriers sous Caphis, il entre en recettes une certaine quantité de dariques d'or que les trésoriers ont reçue des prytanes : ils l'ont fait fondre et transformer en couronnes. Les dariques ont été tirés des caisses où le Conseil garde la fortune du dieu, et, dans ce cas aussi, le principe est resi)ecté selon lequel tous les fonds doivent passer par les mains des trésoriers.
Remarquez le souci de l'unité même dans les détails. Les liiéromnémons continuent à garder en caisse les dixièmes de garantie. Quand le travail est achevé, ils les versent
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aux tamiai, Caphis-automne. Les tamiai remettent la somme aux naopes qui la payent aux entrepreneurs.
01 TTwXriTYipsç -ràv ôexaràv. Ils sont au nombre de six. « On peut croire que, comme les polètes athéniens, ils mettaient en adjudication la ferme des impôts. Il est très naturel qu'auprès d'un sanctuaire, un collège ait eu pour fonctions d'affermer les dixièmes, probablement assez nombreux, que le dieu pouvait percevoir. D'eux aussi a dû déj^endre l'adjudication des domaines sacrés » (p. 62.)
Ces fonctionnaires apparaissent en 870 dans le compte du Conseil et font aux naopes des versements prélevés sur le dépôt, versements qui, auparavant, étaient faits par le Conseil lui-même: cùXy. àîueowxav roi TrwXyirFipeç Tàv oexaxàv
(ils sont six) èirl Hoi-vitovoç ap^ovTOç vaciroiorç AeXcpoîç
{jivàç Tp'.âxovTa.
Mêmes mentions sous l'archontat de Lyson.
Voici comment j'avais essayé d'expliquer l'intervention de ces fonctionnaires: j'y vo^'ais des magistrats de la ville et je supposais que celle-ci, ayant utilisé pour elle-même une partie du dépôt, avait chargé les polètes de rembourser les naopes, au fur et à mesure de leurs besoins. J'imputais ainsi aux Delphiens un acte qui ressemble assez bien à un détournement. Aussi n'avais-je présenté cette hypothèse qu'en l'entourant de réserves. M. Bourguet n'a pu se décider à l'admettre et il produit des objections dont je suis loin de méconnaître la valeur ; mais il ne lui substitue pas d'explication tout à fait satisfaisante.
Je m'aperçois en terminant, que je n'ai peut-être pas rendu à M. Bourguet tout ce qui lui revenait. J'aurais dû le citer continuellement, là même où je n'étais pas complètement d'accord avec lui ; car c'est presque toujours dans son livre que j'ai puisé les éléments dont je me suis servi.
Et j'aurais peut-être dû aussi marquer plus nettement les endroits où je me séparais de lui, en commençant par rappeler son opinion. Mais c'eût été là un double travail fastidieux et inutile pour le lecteur. Cet article ne peut avoir la prétention d'épuiser le sujet et j'espère qu'il inspirera à ceux qui le liront le désir d'en savoir davantage et à qui pourraient-ils mieux s'adresser qu'à M. Bourguet ? Ils répareront ainsi eux-mêmes mes omissions et lui payeront ma dette.